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Je ne suis pas sortie de ma nuit

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1999 français
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Description

Ajouté par dadotiste le 18:11
"Je ne suis pas sortie de ma nuit" est la dernière phrase que la mère de l'auteur ait écrite. Dans Une Femme, Annie Ernaux racontait, sous la forme d'un récit, les années qui ont précédé la mort de sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Pendant cette période, elle tenait en parallèle un petit journal dans lequel elle consignait tous les actes de sa mère. Annie Ernaux parle de cette écriture comme une nécessité : "il fallait que j'écrive sur elle, son corps, ses paroles, le lieu où elle se trouvait". Elle nous livre ici ce petit journal, écrit sur le vif, dans la douleur et la spontanéité des émotions. Décrivant et racontant sa mère, l'auteur est souvent stupéfaite de voir dans cet être malade un double d'elle-même, de se voir elle-même. Chaque mot se fait l'évocation d'un instant, contribue à dresser le portrait de la mère. Annie Ernaux écrit "dans la stupeur et le bouleversement" et célèbre une écriture brute, dépouillée.

Extraits

Ajouté par Daphne06 le 07-07-2012
La troisième fête de Pâques qu'elle passe ici. A chaque fois qu'elle arrive, j'ai du mal à la reconnaître, son visage n'est jamais le même, aujourd'hui la bouche tirée vers la droite. Je lui ai apporté une poule en chocolat. Le morceau que j'ai détaché est trop gros, elle ne l'enfonce pas tout entier, il glisse, elle cherche à le rattraper, mais c'est son menton qu'elle saisit à la place. Ce geste et tous les autres où elle se débat dans le vide sont les plus éprouvants de tous. Ensuite, elle malaxe un morceau de chocolat au lieu de le porter à sa bouche, puis elle tente de le manger, en vain. Elle a déjà du chocolat partout. C'est le point où tout bascule, l'horreur non seulement n'a plus d'importance, mais elle est devenue nécessaire. Allez, mets-t'en partout, barbouille-toi complètement. Une sorte de rage qui remonte à mon enfance, tout détruire, tout salir et se rouler dans la saleté. Une rage cette fois détournée sur elle. Après que je l'ai fait manger et que je l'ai nettoyée : "Tu as toutes tes dents ? Moi, mon dentier est..." (Un mot incompréhensible.) Je lui dis que je vais lui en faire refaire un, je lui dis n'importe quoi comme on le fait aux enfants.
La voisine de ma mère est en larmes, elle sanglote dans son fauteuil ; je veux lui offrir un chocolat, elle refuse en relevant son visage, très laid, gonflé de pleurs. Je ne peux pas supporter cela. Ni ceci : je me penche pour vérifier le cran d'arrêt du fauteuil de ma mère : elle se penche et elle m'embrasse les cheveux. Survivre à ce geste, cet amour, ma mère, ma mère.

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