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Commentaire de soizig

À la ligne


Commentaire ajouté par soizig 2019-05-20T16:14:31+02:00

« A la ligne » est le premier roman de Joseph Ponthus. Il a déjà décroché un titre prestigieux et reconnu : le Grand Prix RTL Lire 2019 ainsi que le Prix Régine Desforges. Une belle reconnaissance pour un premier roman ! Avec ces prix, Joseph Ponthus n’aura plus besoin d’aller pointer « sur les lignes « de production ! Mais cela aurait été dommage qu’il ne nous livre pas son vécu de travailleur à la chaîne.

Joseph Ponthus, diplômé d’Hypokhâgne, a commencé sa vie professionnelle comme éducateur social « éducateur de mongolitos ». Je tiens à l’écrire c’est le seul bémol que je donnerais à ce livre : l’expression de mongolitos m’a fortement déplue, je trouve que c’est un manque de respect pour ces personnes. Ne trouvant pas de travail, Joseph Ponthus accepte du jour au lendemain d’être ouvrier intérimaire dans des conserveries de poissons et dans des abattoirs bretons. Très vite aliéné par ces conditions de travail et la cadence infernale qui lui est imposé, il pourrait très vite sombrer dans la folie ou la dépression. Heureusement il arrive à prendre du recul en écrivant et en chantant et surtout en retrouvant - à des horaires toujours différents - sa femme « bien aimée », son chien Pok-Pok et sa mère qui le soutient. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail « à la ligne », le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Il nous relate les relations entre collègues, vraies sans chichi lors des pauses cigarettes, il ne nous cache rien : la saleté, les horaires impossibles, les mesquineries, les vols de produits, l’entraide, les souffrances physiques … Même lorsqu’il est de repos il continue d’être happé par le rythme de l’usine. Impossible pour lui de décrocher. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il nous cite plein de références à des écrivains, chanteurs ou poètes : pèle mêle : Aragon, Proust, Brel, Péguy, Apollinaire, Ronsard, Spinoza, Homère, Dumas, Cendras, Pérec, Braudel... J’en oublie sûrement.

En général « A la ligne » est toujours précédé par un point final. Ici point de ponctuation, si ce n’est parfois des guillemets. « A la ligne » se réfère aussi bien à la ligne de production qu’à une forme littéraire. Tout le livre n’est que textes sous forme de poèmes avec strophes mais sans pied ni alexandrin. Une litanie de mot, comme un travail à la chaîne. 66 chapitres sans titre. Des journées anonymes qui s’enchainent : « J’écris comme je travaille/à la chaîne/à la ligne ». Un texte fabuleux qui doit trouver toute sa puissance lu à haute voix. Ah, quel régal, le chapitre sur l’égouttage du tofu ! Combien de fois ne nous a-t-il pas sempiternellement seriné « j’égoutte du tofu » ? Un travail rébarbatif : « Une sorte de résumé de la vanité de l’existence du travail du monde entier de l’usine ». Des phrases pleines de sens pour celui qui a connu le travail en usine : « car à l’usine c’est comme chez Brel / Monsieur on ne dit pas /on ne dit pas » ou encore « Repose toi trente minutes petit citron/ tu as encore quelques jus que je vais pressurer ». L’épuisement est moral et physique : « Les pieds qui macèrent dans les bottes qui passent d’une personne à une autre/ rien ne nous est épargné ». Je n’ai pu m’empêcher en lisant ce livre de penser au film muet de Charlie Chaplin « Les temps modernes ». Heureusement l’humour est souvent présent : il aime jouer sur les mots : « deux mois de bulot/ deux mois de boulot ».

C’est un vibrant plaidoyer pour dénoncer la dureté des conditions de travail en usine dans un style simple, direct et juste. Un témoignage au nom de tous ceux à qui l’on ne donne que très rarement la parole ou qui ne savent pas la verbaliser. Un milieu trop souvent ignoré des lettres, rarement romancé. A faire connaître !

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