La petite histoire : Mais la littérature, c’est quoi au fait ? (partie 1)

Vous êtes nombreux à nous avoir fait part de vos envies d’actus sur l’histoire de la littérature et des grands genres littéraires. So, let’s talk about it*. Pour bien commencer, nous nous sommes demandé comment était née la littérature, et ce qui a fait que quelqu’un un jour s’est dit que les beaux livres écrits par des hommes brillants feraient partie d’un vaste ensemble que l’on appellerait la littérature.

 

Aristote notre papa
Le papa de la littérature, notre papa à tous.

 

Evidemment, les choses ont été bien plus compliquées que nous ne vous le laissons croire, et d’ailleurs, dès le début, c’était « l’embrouille ». En tout cas ce qu’on sait, c’est que le papa de la littérature, c’est Aristote, un intellectuel plutôt génial de l’Antiquité (384 av. J-C – 322 av. J-C) que l’on reconnaît comme l’un des premiers théoriciens, si ce n’est LE premier, de la littérature. C’est dans son fameux ouvrage, La Poétiquequ’il pose les bases d’une définition de la « représentation à l’aide du langage » (la littérature quoi). Il y décrit deux genres représentatifs, l’épopée, et le drame. Ce dernier se divise en tragédie et comédie, mais la comédie se développera bien plus tard, parce qu’à l’époque, ils rigolaient pas avec ça.

 

Parmi les plus grandes stars de l’époque pour le genre épique, on peut citer L’Illiade et L’Odyssée d’Homère chez les Grecs antiques. Leurs manuscrits étaient sans aucun doute de bons « succès de librairies ». Chez les Romains, c’est Virgile avec son Enéide qui a battu tous les records. Mais dans l’histoire, l’épopée la plus ancienne recensée reste L’Épopée de Gilgamesh située dans l’espace oriental entre la Mésopotamie, la Syrie et l’Anatolie. Elle daterait du IIIème millénaire avant Jésus-Christ, et relate des légendes sumériennes et babyloniennes.

 

Les dramaturges avaient eux aussi pignon sur rue. En Grèce antique, on peut citer Eschyle, Sophocle, ou encore Euripide. En Rome antique, c’est les pièces de Plaute, Térence, ou encore Sénèque qui remplissaient les amphithéâtres.

 

Comme vous l’avez sans doute relevé, aucune place n’est accordée à la poésie, ce qui ne l’empêchera pas plus tard, de devenir l’essence la plus pure de la littérature. Par contre, la tradition orale de l’époque voulait que les épopées et les drames aient un rythme que l’on peut qualifier, lui, de poétique. Avec des vers, les textes se retenaient ainsi bien plus facilement.

 

Platon Aristote
Platon et Aristote en plein débat.

Si on revient à Aristote et à sa définition de la poétique, on s’aperçoit que ce n’était vraiment pas un boulot facile. Surtout qu’avec Platon, ils n’étaient pas super d’accord tous les deux. Alors qu’Aristote était plutôt progressiste sur la question, Platon, comme bon nombre d’idéalistes, était assez dubitatif. Dans sa République, par exemple, Platon condamne toutes les fictions, sauf les mythes. Pour lui, les poètes sont des imitateurs, donc des séducteurs, donc des immoraux, et il les chasse.

 

> Il a une vision élitiste de la poétique parce qu’elle est de l’ordre de l’inspiration et de l’irrationnel, et donc difficilement atteignable.

 

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Aristote, cet homme stylé.

Pour Aristote au contraire, la mimesis, c’est-à-dire la capacité d’imitation du réel, permet de mieux nous connaître nous-mêmes puisque, même sous les apparences de la fiction, elle nous dit toujours quelque chose de vrai sur l’homme, et s’impose donc comme une forme d’apprentissage. En fait, la fonction cathartique serait plus importante que la fonction mimétique, ce qui veut dire qu’aux yeux du philosophe, la mise en scène des passions humaines suffit à nous en purifier et à nous apaiser de leur emprise.

 

> Il a une vision optimiste de la poétique, et pense qu’il est possible d’atteindre un art grâce à la technique et à la pratique.

 

Ce qui est triste dans toute cette histoire, c’est qu’ils sont tous les deux morts sans avoir réussi à se mettre d’accord, et que d’autres ont dû finir le boulot à leur place. Cicéron par exemple, fait un mix des deux pour arriver à la conclusion plutôt brillante que le modèle de l’artiste, c’est l’Idée. Ce que l’équation suivante résumerait bien :

L’inspiration de Platon + l’éloquence d’Aristote = le Beau idéal.

Les Bucoliques de Virgile reprend aussi les deux théories et montre encore une fois qu’on peut être, dans une même oeuvre, à la fois dans l’imitation du réel, dans l’amour et dans l’élévation.

 

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Ils ont posé les questions et nous, tout ce qu’on sait, c’est qu’on n’en sait rien.

 

A la Renaissance, La Poétique d’Aristote est devenue un vrai « best-seller », si bien que tous ceux qui réfléchissaient aux belles lettres n’arrivaient pas à écrire d’essai révolutionnaire, et se retrouvaient à faire des pastiches d’Aristote. Mais la réflexion était là, et grâce au livre sacré du philosophe antique, les intellos de l’époque se sont calqués sur la division épopée / tragédie et ont poussé le concept. En gros, il y aurait l’art majeur, et il se diviserait en sous-catégories, et celles-ci fonctionneraient chacune selon des normes bien spécifiques. Ces catégories, ce sont le roman, le théâtre, la poésie et l’essai, et elles correspondent aux genres actuels que vous avez tous appris à l’école. Mais attention, à l’époque, ils n’existent pas encore comme tels.

 

yes we kant
On ne lâche rien.

Après un accouchement de plusieurs siècles, fait de tâtonnements et de brillantes intuitions, c’est Lessing et Kant, au XVIIIème siècle, qui posent les définitions de l’esthétique en affinant une théorie générale des arts, qui découle de tous les enseignements précédents, et qui se diviserait comme suit :

  1. Une catégorie supérieure et absolue : l’Art quoi.
  2. Des entités inférieures : les 7 arts majeurs (dont la classification avait déjà été entreprise par Charles Batteaux au XVème siècle) qui rassemblent l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la littérature, la danse, et aujourd’hui, aussi le cinéma.
  3. Des genres spécifiques à chaque forme d’art : en littérature, on trouve le roman, le théâtre, la poésie et l’essai.
  4. Des mouvements aux normes spécifiques pour chaque genre : le roman, par exemple, peut être classique, réaliste, naturaliste, nouveau en fonction des époques et des auteurs.

 

Enfin, ce sont les romantiques allemands qui rendent autonome la définition de littérature. Les concepts de représentation et d’imitation en vigueur pendant des siècles sont remplacés par celui de beau. Et l’idée de beauté est codifiée. Pour qu’une oeuvre soit considérée comme étant belle, et donc digne de faire partie de la littérature, elle ne doit pas avoir d’autre but que le beau, elle doit être harmonieuse sous tous les aspects (« les parties entre elles et chaque partie avec le tout », comme dirait le philosophe), et enfin, elle doit trouver sa valeur par son caractère intraduisible.

 

C’est comme ça qu’on a réussi à se mettre à peu près d’accord, au bout de quelques milliers d’années (mieux vaut tard que jamais), sur ce qui était art ou pas, et sur ce qui faisait l’unité (ou pas) de chaque forme artistique dans ce bas monde.

 

Et, alors que les choses semblaient enfin claires, on s’est ennuyé, et on a trouvé le moyen, en un ou deux siècles, de chercher d’autres critères pour complexifier le problème…

 

(à suivre…)

 

*Parlons-en donc

 

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