Le Prix Décembre 2015 : Le roman ordinaire et itératif de Christine Angot

un-amour-impossible-658397-250-400Retour cette semaine sur les prix littéraires de la rentrée 2015. Nous avons poursuivi nos lectures avec le dernier roman de Christine AngotUn amour impossibleL’auteure, tantôt encensée tantôt décriée par le milieu littéraire, revient, avec un livre qui traite une fois de plus la question de l’inceste. Tel est le fonds de commerce juteux  et le puits sans fond où l’écrivain va puiser son inspiration, comme en témoignent d’autres de ses romans, L’Inceste (1999) et Une semaine de vacances, pour ne citer que ceux-là.

 

Sous un titre de récit « midinette », le dernier Angot revient sur l’amour impossible entre le père et la mère de l’auteure. Texte au long cours, la narratrice y retrace successivement la rencontre de ses parents, sa naissance, son enfance avec sa mère célibataire dans des HLM des années 1960, ses relations avec son père, sa vie de jeune femme mariée, la tournure compliquée des relations qui l’unissent à sa mère une fois adulte, et puis, last but not least*, leur réconciliation et leurs retrouvailles. En somme, une histoire plutôt ordinaire si on fait abstraction du rôle de pervers narcissique du père, qui détruit à petit feu et la mère et la fille.

 

Clairement autobiographique, le roman de Christine Angot fait montre d’une plume simple et plutôt fluide bien que souvent maladroite, si l’on en croit certaines formules à la syntaxe aléatoire et douteuse. Plutôt agaçant pour le lecteur. Pourtant, ces détails linguistiques côtoient un récit « qui se lit bien », avec des passages assez touchants où l’on perçoit avec sobriété et sincérité l’amour et l’admiration de la relation qui unit mère et fille. C’est peut-être là la seule originalité, et du reste la seule lueur de ce roman, que l’on repose en se disant qu’il ne sera pas de ceux qui vous laisseront un souvenir impérissable.

 

Malgré un récit où les personnages frappent souvent par un nombrilisme odieux qui frise l’hystérie, quelques rares extraits peuvent donc émouvoir, comme celui où Christine enfant réalise qu’elle ne pourra offrir à sa maman les boucles d’oreilles qu’elle aime tant pour la fête des mères. Certes, on est loin des grands textes sur l’amour maternel signés Proust ou encore Cohen,  mais l’anecdote a le mérite d’être racontée :

 

J’étais toujours avec elle, ou sur le point de la retrouver. Soit j’étais assise à côté d’elle. Soit je marchais à côté d’elle. Soit je l’attendais. Tout mon argent de poche passait dans les cadeaux que je lui faisais. Je pensais à la fête des mères longtemps à l’avance. La bijouterie Tranchant, avenue de la Gare, était la belle bijouterie de la ville. Une année, j’y ai repéré des boucles d’oreille dorées émaillées de noir. De l’extérieur on ne voyait pas le prix. L’étiquette était retournée. Je suis entrée, la vendeuse a plongé la main dans la vitrine et m’a donné un chiffre. Après, j’ai couru en pleurant jusqu’à la gare routière. J’ai pris mon bus. A la zup, j’ai traversé le terrain vague en courant. J’ai monté les sept étages en larmes, et j’ai sonné à la porte :

– Mais qu’est-ce qui t’arrive Christine ?

Je suffoquais.

– Mais enfin qu’est-ce qui se passe ? Il y a eu quelque chose ? C’est quelque chose qui s’est passé à l’école ?

Je lui ai raconté.

Elle m’a prise dans ses bras. J’ai accroché mes doigts derrière sa nuque, et j’ai posé ma tête sur sa poitrine. Elle caressait mes avant-bras et mes poignets.

– Il est là mon plus beau collier. C’est les deux bras de ma petite fille.

 

 

Ce que nous avons préféré :

– L’univers et l’intrigue : 6/10

– Les personnages : 5/10

– Le style : 4.5/10

 

 

Où lire (ou ne pas lire) ce livre : à lire comme un roman de gare, entre deux métros, pendant un trajet en train, ou en attendant un rendez-vous. Par petits passages, la lecture n’est pas désagréable.

 

 

Quand lire (ou ne pas lire) ce livre : surtout pas pendant une période de brouille avec votre mère, sinon, à peu près à chaque fois que vous avez de courtes périodes de temps à occuper.

 

Pour accompagner votre lecture : du chocolat, pour ne pas oublier que la vie n’est pas aussi sombre qu’un roman de Christine Angot.

 

 

A qui prêter / offrir (ou pas) ce livre : à votre mère évidemment, qui appréciera comme vous la peinture de l’amour maternel qui est faite par l’auteure. En revanche, contentez-vous de l’option « prêt », ça devrait suffire.

 

 

last but not least : dernier point, mais pas des moindres

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