Phénomène : Pourquoi « Paris est une fête » est-il devenu un symbole de résistance après les attentats du 13 novembre ?

Hemingway symbole
Paris est une fête de Ernest Hemingway est devenu un symbole de résistance à la suite des attentats survenus à Paris le 13 novembre 2015.

Après les attentats du mois de janvier, les Français avaient brandi le célèbre Traité sur la tolérance de Voltaire pour afficher leur esprit de résistance. A la suite des événements tragiques qui ont frappé Paris le 13 novembre, c’est le célèbre roman autobiographique d’Ernest Hemingway, Paris est une fête, qui porte la charge d’emblème. Dans cette épreuve, nous avons appris que notre culture des réseaux et de l’instantanéité ne nous conduisait pas forcément à nous détourner de nos sages aînés, et permettait même de renforcer l’écho de leur voix. Ainsi, nous avons été nombreux à être touchés par mamie Danielle, cette retraitée de 77 ans qui exprimait son soutien au lendemain de l’attentat sur la chaîne BFM TV avec ces mots : « C’est très important d’apporter des fleurs à nos morts, c’est très important de voir plusieurs fois le livre d’Hemingway Paris est une fête » déclarait-elle alors.

 

Le phénomène n’a cessé de prendre par la suite. D’abord, sur les réseaux sociaux, où le hashtag #parisestunefete s’affiche en réaction aux attentats, puis, sur les lieux de recueillement où certains Français déposent des exemplaires du livre au milieu des bougies et des fleurs, et, enfin, sur les tables de chevet de très nombreux citoyens en signe de soutien. Pour pallier à l’écoulement de nombreux stocks et satisfaire une demande grandissante, qui est passé de 10 exemplaires par jour avant les attaques à 1500 après, la maison Gallimard a ainsi dû organiser pas moins de 20 000 réimpressions. Par ailleurs, le roman s’affiche toujours en tête du top 100 d’Amazon, occupant la quatrième place des meilleures ventes pour la catégorie livres.

 

Shakespeare & Company
Ernest Hemingway en 1926, en compagnie de Sylvia Beach, à sa droite, fondatrice de la librairie Shakespeare & Company, et de deux autres femmes, en face de la célèbre enseigne.

Mais derrière le titre hautement fédérateur de la version française du roman, son contenu est-il tout aussi significatif ? C’est la question que nous nous sommes posée. Décryptage. Paru à titre posthume en 1964 sous le titre A moveable Feast, littéralement « une fête mobile », c’est le traducteur Marc Sporta qui est chargé de la version française du roman. Véritable hymne au Paris bohème des années 1920, Ernest Hemingway y retrace entre 1957 et 1960 sa vie et ses errances de jeune écrivain. Cette période décisive marque le début de sa vie artistique, dans une période où Paris est une ville peu chère et brillante d’éclectisme pour les intellectuels et écrivains, français comme étrangers. Sans le sou, l’auteur y vit avec sa femme Hadley Richardson d’amour et de vin. Aux périodes de grand dénuement se succèdent parfois quelques parenthèses d’opulence et de folie plus ou moins décousues, qui viennent étayer l’idée selon laquelle la véritable richesse pour la jeunesse ne réside pas dans autre chose que l’insouciance et la liberté.

 

Nous comprenons bien alors la résonance particulière de ce texte face aux événements. Cependant, il est peut-être utile de rappeler que la « fête » à laquelle il est fait appel dans le roman ne doit pas être pensée dans son sens premier, mais plutôt comme un état d’esprit à cultiver. Nous ne sommes ici ni dans l’éclat tonitruant et splendide de Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald, ni dans l’excentricité charmante du film « Midnight in Paris » de Woody Allen. Nous sommes plutôt dans le Paris simple, cosmopolite et chaleureux qui a, un jour, accueilli les écrivains américains les plus brillants du XXème, et, par la suite, tant d’autres voyageurs et de Français de cœur. Et c’est bien cette posture d’ouverture qui mérite d’être fêtée sous un si joli titre.

 

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