Tour du monde des librairies : La librairie Lello e Irmão, Porto, Portugal

 

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L’escalier à double ouverture, vu du dessus, se scinde en deux pour donner l’accès à chaque côté de l’étage.

 

Située dans le centre historique de Porto au Portugal, la librairie Lello e Irmão, plus communément appelée la librairie Lello, est un véritable joyau. Nombreux sont ceux qui affirment qu’elle est la plus belle librairie du monde. En tout cas, elle pourrait bien être l’une des plus inspirantes. J.K. Rowling, qui a travaillé à Porto comme professeur d’anglais, s’en serait même inspirée pour la création de Harry Potter. Aussi la description de la librairie Flourish & Blotts, où les jeunes sorciers achètent leur matériel, ressemble-t-elle à s’y méprendre à celle que le passant pourrait faire de la librairie Lello. Victime de son succès, il est difficile de se frayer un chemin pour visiter l’endroit, où se pressent peut-être davantage les touristes (l’endroit est très recommandé) que les lecteurs en quête de livres. En somme, voici une librairie qui se visite pour autre chose que pour sa fonction première.

 

 

Il faut dire que l’enseigne, inaugurée le 13 janvier 1906 par les frères Lello, a de quoi impressionner. La façade, de style néogothique, rappelle aussi le mouvement Art Déco par sa modernité. Blanche et marron glacé, elle arbore le nom de la librairie en lettres gothiques ainsi que deux figures peintes par José Bielman, représentant chacune l’Art et la Science.

 

A l’intérieur, c’est plutôt la symétrie de l’endroit qui est frappante, ainsi que l’apparence très boisée de l’ensemble et les vitraux de la voûte. Savamment éclairée, la librairie cultive ainsi son côté historique, et sa grandeur flamboyante. Etant construite sur deux étages, l’escalier qui fait le pont entre un niveau et l’autre fait office de figure centrale.  Il s’érige tout en courbures, imposant son allure aérienne et décidément très décorative. Le plâtre couleur bois foncé contraste avec la tapisserie rouge qui habille les marches, et en dessous, le jeu des perspectives met en valeur des dorures sur fond bleu. En colimaçon, il ressemble selon les perspectives tantôt à un violon, tantôt à un pont suspendu entre deux pans de livres.

 

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Les livres rangés en périphérie, et l’escalier central vu de dos, avec son balcon descendant.

 

Si l’architecture fait évidemment son effet, l’âme du lieu doit aussi beaucoup à un certain sens du détail et des symboles. L’escalier et les vitraux affichent ainsi le monogramme de l’enseigne et sa devise en latin, « Decus in Labore », qui pourrait être traduite par « La dignité dans le travail ». Les piliers, quant à eux, sont sculptés et représentent des écrivains de langue portugaise comme Camilo Casteo Branco, Tomas Ribeiro ou encore Antero de Quental.

 

Ces éléments témoignent bien du rôle important de l’enseigne dans la vie intellectuelle portugaise du XIXe et du XXe siècle. Les frères Lello ont en effet été des figures centrales de la bourgeoisie éclairée de Porto grâce à leur engagement dans les affaires publiques, le développement industriel et le rayonnement culturel de la ville. Dans la rue d’Almada où elle est située, la librairie demeure encore le symbole de l’amour de ses fondateurs pour les livres et la culture. Une passion qu’illustrent les nombreuses éditions limitées d’ouvrages, ou la collaboration avec plusieurs artistes, peintres et illustrateurs entre autres.

 

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Les courbures de l’escalier vu de devant lui donnent une forme de guitare ou de violon.

 

Véritablement reconnue comme un chef d’oeuvre architectural et décoratif, la librairie Lello trouve également son écho dans la voix d’écrivains contemporains comme l’espagnol Enrique Vila-Matas, aux yeux de qui elle représente la plus belle librairie du monde, mais aussi de médias comme le journal The Guardian, qui la classe 3e. Et si vous passez par là, n’oubliez pas de la visiter, les guides touristiques la répertorient régulièrement parmi les monuments à voir. C’est dire !

 

 

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