Edition spéciale Livre Paris : Zoom sur le marché de l’édition et ses évolutions

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Premier jour de Salon, et premières conférences pour les professionnels des métiers du livre. Nous avons pu assister à l’une d’entre elles ce matin, organisée par le Syndicat National de l’Edition. Elle nous a permis de croiser les regards d’auteurs, éditeurs et libraires sur leur métier et de nous sensibiliser encore davantage aux évolutions auxquelles ils doivent faire face au quotidien. Autour du plateau entre autres, il y avait Véronique Ovaldé, écrivain, Liana Levi, éditrice, Alban Cerisier, éditeur chez Gallimard et Xavier Moni, libraire de l’enseigne Comme un Roman.

 

Après avoir évoqué le panorama du secteur du livre en quelques chiffres, la discussion a permis de questionner certaines problématiques actuelles, comme le besoin de solidarité et de transparence entre les différents acteurs de la chaîne des métiers du livre, et la nécessité de trouver des solutions pour pallier à la sur-production d’ouvrages afin de produire, diffuser et distribuer des livres selon des logiques de qualité, et non pas uniquement de quantité.

Des données chiffrées prenant en compte la période 1998-2014 permettent de synthétiser et de rendre compte de l’état actuel du marché de l’édition. Ainsi, entre 1998 et 2014, la production du nombre de titres a augmenté de 76%, ce qui explique à quel point la surproduction, problématique, s’impose comme un enjeu majeur pour les acteurs de l’édition. D’autant que parallèlement à cette ascension fulgurante, le tirage moyen d’ouvrages a baissé de 29%, le nombre moyen d’exemplaires vendus a chuté de 27%, et que les prix, eux, ont subi une augmentation d’environ 16% depuis l’an 2000.

 

Au-delà des logiques de marché, qui sont pour partie arbitraires, le marché de l’édition traverse des difficultés structurelles que l’ensemble des personnalités en présence travaillent à diminuer. Dans ce sens, tous ont évoqué le besoin d’un dialogue régulier, transparent et constructif entre auteurs, éditeurs et libraires, ce qui permettrait au secteur de l’édition d’être plus fort et plus armé pour affronter les contraintes économiques auxquelles il est soumis. Cette revitalisation implique aussi un travail plus approfondi avec des analyses chiffrées sur le marché du livre par secteur. En effet, on ne parle pas de la même chose lorsqu’on évoque le marché de la littérature jeunesse, et celui des sciences sociales. Recouper des statistiques mélangeant à tout-va l’ensemble des domaines littéraires édités, comme c’est encore souvent le cas, serait une grave erreur.  Les données à disposition des professionnels se doivent donc d’évoluer dans un souci de cohérence.

 

La formation des professionnels du livre a évidemment eu sa place dans la réflexion à laquelle nous avons assisté. Xavier Moni, libraire de Comme un roman, a souligné, quelque peu éhonté, la difficulté qui consiste à devoir employer des salariés toujours plus diplômés, sans que la rémunération de ces derniers ne puisse être à la hauteur de leurs qualifications. La réflexion quant aux évolutions du modèle économique dans le secteur de l’édition doit aussi prendre ce chemin afin d’avancer vers un modèle plus solide, qui éviterait au maximum les risques de précarité trop récurrente, qui ne touche pas uniquement les libraires, mais également certains éditeurs, et les auteurs, qui ont de plus en plus de difficulté à vivre de leur écriture. Aujourd’hui, on estime à environ 40% le nombre d’auteurs affiliés touchant des salaires inférieurs au SMIC.

 

Malgré un panorama en demi-teinte, nous pouvons souligner que c’est avec optimisme qu’auteurs, éditeurs, et libraires envisagent l’avenir, en s’acheminant vers un modèle qui privilégie la qualité. A cet égard, la question de la surproduction est intéressante. On estime à 60 000 le nombre de nouveautés qui paraissent chaque année. Un catalogue trop lourd qui surcharge le marché et les distributeurs en se faisant l’allié d’une concurrence nocive. Certaines maison d’édition se sont d’ores et déjà acheminées vers une diminutions du nombre d’ouvrages parus par an, et rendent compte de retombées positives. C’est le cas par exemple de Flammarion, qui éditait en 2001 724 nouveautés par an, et qui a vu ce chiffre baisser à 572 titres en 2015, avec pour résultat un chiffre d’affaires multiplié par deux entre ces deux périodes.

 

Si les difficultés du secteur ne s’évanouiront pas du jour au lendemain, cette première conférence donne de bonnes raisons de penser que la stabilité du chiffre d’affaires de l’édition finira par augmenter lorsqu’elle ira de pair avec une organisation structurelle plus cohérente. Et si auteurs, éditeurs et libraires y croient, c’est le début du changement.

 

 

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