Livre Paris : La dystopie vue par Clélie Avit, James Dashner et Victor Dixen

 

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La série Phobos du Français Victor Dixen sera beaucoup plus longue que prévu selon les dires de l’auteur.

Nous savons que vous êtes extrêmement nombreux à adorer la dystopie, et c’est pourquoi nous avons assisté pour vous à la conférence qui s’est tenue au Salon du Livre cette année sur le sujet. Pour honorer le rendez-vous, trois écrivains star du genre sont spécialement venus : l’américain James Dashner, auteur de plusieurs séries à succès parmi lesquelles figure L’épreuve (tomes 1 et 2 ont déjà été adaptés au cinéma, le tome 3 est en cours d’adaptation), et les Français Clélie Avit, auteure des Messagers des vents, et Victor Dixen, romancier à l’origine de la série Phobos.

 

La conversation a démarré avec une rapide définition de la dystopie, qui est comme vous le savez une contre-utopie se situant dans un monde soumis à la violence et au chaos d’un régime totalitaire. La société dystopique est soumise aux trois leviers classiques d’une dictature : la terreur, la propagande, et l’endoctrinement. Cet univers sombre, qui se situe la plupart du temps dans un futur lointain et post-apocalyptique, voit souvent émerger la figure d’un héros, qui se présente au début comme un anti-héros, et prend progressivement conscience de l’importance de son rôle dans le retour à un ordre pacifié. Le genre dystopique a été pour partie façonné d’oeuvres majeures de la première moitié du XXe siècle, comme Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et le très fameux 1984 de George Orwell, qui datent respectivement de 1932 et 1949. Aujourd’hui, c’est un genre qui explose, comme en témoignent l’engouement sans précédent d’un public souvent jeune pour le genre, et les nombreuses adaptations cinématographiques d’aventures dystopiques, le meilleur exemple à ce jour étant la série Hunger Games.

 

Tour à tour, les trois auteurs sont revenus sur les raisons qui permettent d’expliquer le succès de la dystopie aujourd’hui. James Dashner, qui a non sans humour souligné que nous avions tous un côté criminel, a plus sérieusement expliqué que la projection dans des univers post-apocalyptiques était une tendance sensible parmi le lectorat. Cependant, il a également convoqué la réalité actuelle, en soulignant que certains pays connaissent des situations politiques qui pourraient être dignes d’une dystopie. Cet aspect a également été évoqué par Victor Dixen, qui a rappelé combien les adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui étaient confrontés de manière très violente, plus que les générations passées, à une certaine forme de chaos. Dans ce contexte, les dystopies leur permettent d’éprouver cette réalité de façon cathartique, et de la surmonter.

 

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L’épreuve est la série à succès de l’Américain James Dashner. L’adaptation cinématographique du troisième tome est en cours.

 

Les trois auteurs ont aussi, et surtout, associé le succès de la dystopie au héros, la figure centrale, qui porte une charge émotionnelle et narrative essentielle et déterminante dans le succès d’une oeuvre. Et pour être intéressant, ce héros est d’abord un personnage solitaire, celui qui se distingue des autres et de la multitude, et qui menace par sa différence. Ainsi, pour Clélie Avit, le héros dystopique doit se présenter d’abord comme un anti-héros, ou un marginal. L’héroïne de son roman est d’ailleurs précisément un personnage qui ignore tout à fait son identité et les raisons qui le conduisent à être pourchassé. Néanmoins, c’est cette ignorance qui lui donne la force du recul, et, partant, une certaine forme d’intelligence et de capacité critique. Par ailleurs, le héros d’une dystopie se bat rarement seul. Au contraire, si sa conquête du bien commence bien souvent de façon hasardeuse et solitaire, elle prend presque toujours une forme plus évoluée, qui implique la création progressive d’une communauté. En étant entouré et en se confrontant à l’altérité, le héros principal regroupe les maillons qui l’aideront à faire triompher le bien sur le mal. C’est ce processus évolutif que les jeunes aiment tant, car il y a là quelque chose de presque révolutionnaire, comme Victor Dixen l’a souligné, et ce succès, cette adhésion, c’est aussi ce que recherche naturellement tout adolescent d’aujourd’hui dans sa quête d’identité.

 

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Clélie Avit, et sa série, Les messagers des vents, dont le tome 2 paraîtra le 1er juin.

La dystopie mettant en scène un univers hautement visuel, presque scénaristique, la question de l’adaptation cinématographique a été bien évidemment évoquée, et avec beaucoup d’enthousiasme d’ailleurs, par les  trois auteurs. James Dashner, qui a vu adaptés les deux premiers tomes de sa série L’épreuvea exprimé son impatience de voir ce que donnera l’adaptation du tome 3, qui est en cours. Après avoir expliqué combien ses lecteurs passionnés prenaient à coeur le moindre changement entre le livre et l’adaptation cinématographique, il a invité son public à l’indulgence, rappelant à juste titre qu’il préférait un film bien fait qui restitue l’univers du livre malgré quelques changements, plutôt qu’un film mal réalisé mais qui respecterait l’oeuvre au point près. Au contraire, ces petites modulations sont à ces yeux des atouts précieux qui permettent de redécouvrir l’oeuvre sous un angle nouveau. Clélie Avit et Victor Dixen, totalement en phase avec le discours de James Dashner, ont souligné tous deux l’importance de donner au réalisateur ou scénariste potentiel une véritable liberté d’interprétation. Le film étant une nouvelle porte d’entrée pour le livre, ils ont également précisé qu’ils adoreraient voir leurs oeuvres respectives adaptées au cinéma.

 

Quant à l’actu de nos trois auteurs, sachez que le troisième tome de la série L’Epreuve est en cours d’adaptation. L’auteur a annoncé une interruption momentanée du tournage en raison de la blessure de Dylan O’Brien, mais celui-ci devrait bientôt reprendre. Clélie Avit a, elle, précisé que le deuxième tome de la série Les messagers des vents révèlerait davantage d’éléments sur les rouages politiques de l’intrigue, mais en attendant la sortie de ce nouveau volume, prévue pour le 1er juin, le mystère reste entier… Et pour les fans de Victor Dixen, sachez que la série Phobos sera plus longue que prévue. Le tome 3 est annoncé pour novembre, et un préquel sur les personnages masculins de la série a également été annonce par l’auteur.

 

 

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