Ce mois-ci finissait Homestuck

Homestuck Pour la plupart d’entre nous, ce nom n’évoque rien, et pourtant la fin de la publication du webcomic, ce 13 Avril 2016, est à rapporter dans les actualités littéraires les plus importantes de ces dernières semaines. Fort de ses sept années d’existence, le webcomic de l’américain Andrew Hussie publié sur son site personnel depuis 2009, a connu un très grand succès sur internet (de millions de visites, de tonnes de fanarts et une fandom très active) et est d’ores et déjà considéré comme une œuvre culte, si ce n’est LE webcomic de référence.

 

Pour les curieux, nous vous proposons de revenir aujourd’hui brièvement sur cette œuvre majeure de la construction d’une littérature 2.0 :

 

 


L’histoire, met en scène quatre amis essayant un nouveau jeu vidéo et déclenchant une série d’événements amenant à la fin du monde. Elle se complexifie de page en page, révélant une intrigue bien plus riche et emmêlée qu’il pouvait y paraître au premier coup d’œil. On y retrouve une galerie de personnages et de mécaniques de voyage dans les temps et dans l’espace très astucieuses et particulièrement retorses. Nous prévenons tout de même : le webcomic étant composé de 10.028 pages, n’espérez pas l’avoir fini en un week-end ! (nous-même n’avons rattrapé que la moitié des publications à ce jour… et gare aux petits malins voulant nous spoiler en commentaire !)

 


Homestuck est, pour ainsi dire, entièrement lié à la culture internet : dans sa technique même, la narration employant des illustrations fixes, des .gif animés, des retranscriptions de conversations tchat, des liens hypertextes, de la musique chip-tune, des animations flash, et même des passages de jeux vidéo ! L’intrigue utilise de même de nombreux éléments de jeux vidéo et de forums de discussions, ainsi que des références répétées à la pop culture de la génération Y ayant grandi avec internet. La retranscription des dialogues dans une langue de tchat parfois très argotique et stylisée (en caractérisant, par exemple, certains personnages par leur lexique d’expressions ou leur code morphologique) rend cependant la lecture particulièrement ardue à un public non-initié et non-anglophone.

 

 
Ainsi, Homestuck peut être vu comme le représentant d’une grammaire 2.0, particulièrement complexe et dense. Au fil des pages se construit, à la manière d’un Ulysse de Joyce en son temps, une manière singulière et résolument nouvelle de raconter une histoire, qui emploie sa propre grammaire et la questionne, jouant avec ses codes, les parodiant parfois, les brisant souvent, en réalisant une synthèse des genres où l’animation se mêle à l’image qui se mêle au texte.

 
En son sens propre, Homestuck est une œuvre totale, développant une approche singulière de la littérature appliquée à internet. Tant dans son ambition que dans sa réalisation, Homestuck est sans doute déjà une des œuvres clés de ce début de siècle numérique.

 
La fin de sa publication nous invite ainsi à rendre hommage à ce monument de la littérature made-in-internet qui a su s’attirer les faveurs de nombreux fans, et mérite qu’on s’y intéresse par bien des aspects !

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