Evénement : Apollinaire admiré et admirable au Musée de l’Orangerie à Paris

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« Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire » par Giorgio de Chirico (1914)

« Vous êtes un homme-époque » disait Alberto Savinio au sujet de Guillaume Apollinaire. Presque un siècle après la mort du poète, les mots du frère de Giorgio de Chirico résonnent encore entre les murs du Musée de l’Orangerie. Vous connaissez sans doute l’Apollinaire poète, auteur d’Alcools et de Caligrammespeut-être connaissez-vous moins Apollinaire dans son exercice de critique d’art. Son influence décisive au sein des mouvements d’avant-garde qui ont émergé au XXe siècle lui a permis de tisser des liens privilégiés avec les plus grands peintres de son époque : Pablo Picasso surtout, mais aussi Henri Matisse, Sonia & Robert Delaunay, le Douanier Rousseau et Marcel Duchamp, pour citer les plus connus. En témoignent les nombreux portraits du poète et hommages picturaux à son effigie signés De Chirico, Picasso, Chagall ou Laurencin de même que les nombreuses lettres et correspondances exposées.

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« Apollinaire et ses amis » par Marie Laurencin (1909)

C’est en 1903 que Guillaume Apollinaire se fait connaître comme critique d’art quand, après un long séjour en Allemagne, il fonde la revue Le festin d’Ésope et commence à fréquenter les ateliers et salons d’art parisiens. Deux ans plus tard, il se lie d’amitié avec Max Jacob et Picasso, au sujet duquel il publiera deux articles fondateurs. S’ensuivra la rencontre du Douanier Rousseau et la découverte de l’oeuvre de Matisse en 1906 et 1907. C’est aussi à cette époque qu’il fréquente Marie Laurencin, présentée par Pablo Picasso et se prend de fascination pour Cézanne, dont il dit en 1910 qu’il est « l’honneur de la peinture du XIXe siècle […] et un des génies indiscutables de la peinture française. »

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« Une Fenêtre » par Robert Delaunay (1912)

L’exposition « Apollinaire le regard du poète » a également le mérite de montrer la grande étendue des domaines artistiques appréciés par le poète. Des arts du cirque à l’affiche en passant par les marionnettes, les arts d’Afrique et même le Moyen Age, une impressionnante palette d’œuvres atteste de la passion incessamment renouvelée d’Apollinaire pour l’époque moderne. Un pan important de la rétrospective est cependant réservé au cubisme, un mouvement auquel Guillaume Apollinaire est très lié. Lorsque le peintre Georges Braque est refusé au Salon d’Automne de 1908, c’est en effet le poète lui-même qui écrit la préface du catalogue de l’exposition, considérée comme la première manifestation du cubisme. Cinq ans après, en 1913, alors qu’il accompagne son ami Robert Delaunay à Berlin pour une exposition, il déclarera même pendant une conférence :  « il y a dans la peinture moderne de nouvelles tendances ; les plus importantes me semblent être, d’une part le cubisme de Picasso, d’autre part l’orphisme de Delaunay ».

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« Nu descendant l’escalier » (n°1) par Marcel Duchamp (1912)

Mais le cubisme et Apollinaire, c’est aussi une histoire d’amitié, celle qui l’a lié à Picasso pendant treize ans, jusqu’à ce qu’e le poète ne meure en 1918. L’exposition consacre une salle entière à la relation qui unit les deux artistes. Vous pourrez y découvrir des œuvres du peintre offertes au poète, un poème du poète rendant hommage au peintre, ainsi que le frontispice original du recueil Alcools, illustré par Pablo Picasso. Plus loin, le portrait de Guillaume Apollinaire couronné de lauriers réalisé par Picasso en 1948 témoigne d’une admiration durable et d’une amitié profonde entre les deux hommes, trente ans après le décès de l’auteur d’Alcools.

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« Hommage à Apollinaire » par Marc Chagall (1912)

A l’occasion de cette célébration en couleurs du plus avant-gardiste des poètes français, vous apprécierez sans doute les nombreux exemplaires de ses œuvres illustrées par de grands noms de la peinture des XIXe et XXe siècles. La variété des tableaux exposés est également particulièrement enthousiasmante. Bien choisies, les peintures présentées entretiennent le regard et le cœur sans jamais lasser le visiteur. « Apollinaire le regard du poète » offre ainsi un panorama admirable des mouvements artistiques majeurs qui ont jalonné la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle, perçus sous l’œil visionnaire d’un poète qui nous guide de tableau en tableau selon la devise simple et poétique qu’il a fait sienne : « J’émerveille ».

Et pour les infos pratiques, tarifs et horaires, c’est par ici.

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