Evénement : Banalité et grandeur de Michel Houellebecq au Palais de Tokyo

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C’est un écrivain qui, depuis son entrée en littérature, fascine autant qu’il divise et dérange autant qu’on l’adule. Avec son exposition au Palais de Tokyo, intitulée « Rester vivant » du nom de l’un des ses premiers essais paru en 1991, le spectateur (souvent lecteur, aussi) sera surpris de découvrir que Michel Houellebecq est aussi un photographe, scénariste, et plasticien remarquable, bref, un « artiste total » comme aime à le décrire Jean de Loisy, le commissaire de l’exposition.

13621342_10154437434371337_1124984233_oSur dix-huit salles, Michel Houellebecq propose une plongée dans son imaginaire, met à nu ses obsessions et sa vision tantôt désenchantée et cynique, tantôt légère et drôle du monde. Plus qu’une simple exposition, on rentre dans « Rester vivant » comme dans un livre de l’auteur tant la notion de perception y est finement travaillée et l’espace investi de poésie et de désir. Par ailleurs, il est particulièrement intéressant de voir comment s’entremêle l’intime à une représentation globale du monde contemporain qui aborde avec une émotion toute esthétique des questions vastes et diverses comme la religion, l’exil des migrants ou la société de consommation.

13639410_10154437432106337_796394381_oNous pourrions dire que nous évoluons dans l’exposition comme dans un roman de Houellebecq, avec sensibilité et étonnement, découvrant tour à tour des photographies auxquelles s’accrochent des mots et des vers, des montages géométriques qui se juxtaposent les uns aux autres comme des mises en abyme, des installations où la science rejoint l’art, mais aussi des films, des tableaux, des poèmes sous forme de fresques, et des archives personnelles investies par la poésie de l’auteur. Quelques reconstitutions d’espaces invitent à entrer dans l’imaginaire houellebecquien et jusque dans l’espace personnel de l’auteur puisque l’une des salles imite le salon de l’appartement du XIIIe arrondissement où il vit.

13621890_10154437433031337_2019539669_oConfinant parfois jusqu’au voyeurisme plaisant d’un écrivain qui se définit lui-même comme un voyeur, les dernières salles déploient quant à elles un univers érotique qui peut déranger mais ne laisse de surprendre par sa beauté provocante. Et comme s’il n’y avait qu’un pas du désir à l’amour ou de la métaphysique au salon de l’écrivain, la salle qui clôt la rétrospective propose un hommage kitsch et naïf mais sincère et touchant à Clément, le chien qui a accompagné l’auteur de 2000 à 2011, et qui incarne, comme l’exprime l’écrivain dans son roman La possibilité d’une île, le seul amour absolu possible : celui d’un chien envers son maître.

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13621320_10154437498476337_1245661055_oNous aurions pu craindre une exposition fourre-tout où la figure très médiatique de Michel Houellebecq aurait servi de prétexte à la mise en scène d’un ensemble disparate d’œuvres sans lien les unes avec les autres, mais force est de constater que l’esprit génial de l’écrivain a su penser l’ensemble de manière à offrir une véritable esthétique de la banalité, et une flânerie poético-mélancolique où l’on se perd volontiers au gré des images d’un monde vacillant, presque vide, et des sons, qui contribuent à rendre le moment spirituel et l’absence que nous habitons un peu plus supportable.

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  • « Rester vivant » par Michel Houellebecq au Palais de Tokyo de Paris
  • Du 23/06/2016 au 11/09/2016
  • Tous les jours de midi à minuit, sauf le mardi
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