Sélection : Nos romans coups de cœur pour le Prix Goncourt 2016

Parmi les coups de cœur de la rentrée littéraire 2016 que nous vous avons dévoilés dans nos récentes sélections, certains sont en lice pour le Goncourt et voient même leur nom figurer parmi les lauréats potentiels de plusieurs prix littéraires. Alors que les troisièmes sélections du Prix Renaudot et du Prix Goncourt seront respectivement annoncées pour les 24 et 27 octobre, voici les romans que nous adorerions voir primés début novembre. Si vous ne les avez pas encore lus, nous vous les conseillons vivement !

1- L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset / Editions Gallimard

En lice pour le Prix Goncourt et le Prix Décembre.

Prix littéraires l'autre qu'on adoraitDepuis son entrée en littérature en 1990, Catherine Cusset a publié treize romans et a notamment su s’illustrer avec brio dans le registre de l’autofiction avec des ouvrages comme Jouir (1997), La Haine de la famille (2001) ou encore Confessions d’une radine (2003). Retenu pour les Prix Goncourt et Médicis, Un brillant avenir, jusqu’alors le plus grand succès de l’auteur, avait finalement remporté le Goncourt des lycéens en 2008. Mais peut-être Catherine Cusset connaîtra-t-elle la consécration avec son dernier roman, L’autre qu’on adoraitdans lequel elle retrace sous les traits de l’autofiction l’histoire de Thomas Bulot, un brillant universitaire français qui semble foncer dans la vie comme on fonce droit vers un mur.

Réussite professionnelle, vie sentimentale, voyages, amitiés, le jeune homme aborde les éléments de son existence selon le même schéma itératif, avec la conviction inébranlable de réussir au début et l’âpre saveur de la désespérance à la fin. Qu’à cela ne tienne, Thomas avance – le temps lui laisse-t-il d’autre choix ? – sans prendre trop garde à l’espoir qui se mue en abattement et à l’abattement d’où finit somme toute par renaître la promesse du meilleur. Car demain, c’est sûr, Thomas courra toujours plus vite, inattentif au basculement qui depuis longtemps déjà le conduit immanquablement vers sa fin. Schizophrénique, le personnage l’est incontestablement autant que l’écriture implacablement efficace de Catherine Cusset, d’où semble pointer, aussi, une réflexion critique sur la façon dont nous abordons et jugeons la réussite et l’échec aujourd’hui.

Ce que nous avons préféré : 

  • L’univers et l’intrigue : 9.5/10
  • Les personnages : 9.5/10
  • Le style : 8.5/10

Où lire (ou ne pas lire) ce livre : Dans une pièce calme et familière.

Quand lire (ou ne pas lire) ce livre : Plutôt le soir, pour une immersion la plus saisissante possible. Si vous traversez une passe difficile ou que vous êtes en pleine période de questionnement existentiel, attendez un peu d’aller mieux.

Pour accompagner votre lecture : Un théière bien remplie.

A qui prêter / offrir ce livre : A un ami intime.

*

2- Petit Pays de Gaël Faye / Editions Grasset

En lice pour le Prix Goncourt, le Prix Renaudot et le Prix Interallié.

Critique actualisée, initialement parue sur notre site le 16 septembre 2016.

Prix littéraires Petit PaysSi vous connaissez déjà Gaël Faye pour sa carrière d’auteur-compositeur et de rappeur, il est grand temps de le découvrir aussi pour son premier roman, Petit pays, publié chez Grasset en août dernier. Lauréat du prix du roman FNAC, Petit pays fait aussi partie des romans favoris de la rentrée, figurant dans les deuxièmes sélections pour le Goncourt et le Renaudot, et également en lice pour le Prix Interallié.  Un engouement rare pour un premier roman qui aura finalement su séduire la critique comme le grand public.

Il faut dire qu’il y a de quoi, car on se laisse volontiers emporter par l’histoire du petit Gabriel, sorte de double de l’auteur, qui, depuis le Burundi de sa jeunesse raconte l’insouciance, les copains, l’école puis, très vite, les tensions intestines, le conflit ethnique qui monte, l’inquiétude de la guerre qui éclate dans l’Afrique des grands lacs et atteindra la violence qu’on connaît, en 1994, avec le génocide rwandais. Sans tomber dans la tentation du mélo mais avec une justesse remarquable, Petit pays est le récit d’un bout d’enfance heureux qui bascule dans la douleur de l’exil. Nous saluons particulièrement le retentissement de certaines lignes qui, magie de la littérature, sont un écho à la douleur familiale et à celle du monde contemporain.

Ce que nous avons préféré : 

  • L’univers et l’intrigue : 8.5/10
  • Les personnages : 9/10
  • Le style : 8/10

Où lire (ou ne pas lire) ce livre : Dans un endroit qui symbolise votre enfance.

Quand lire (ou ne pas lire) ce livre : Dès que vous avez une ou deux heures de libres devant vous, pour éviter une lecture trop morcelée.

Pour accompagner votre lecture : Un parfum qui vous rappelle votre jeunesse.

A qui prêter / offrir ce livre : A quelqu’un qui vous a fait aimer les livres et la littérature lorsque vous étiez petit.

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3- Chanson douce de Leïla Slimani / Editions Gallimard

En lice pour le Prix Goncourt et le Prix Renaudot.

Critique actualisée, initialement parue sur notre site le 23 septembre 2016.

Prix littéraires chanson douceDoux et inquiétant, le titre du deuxième roman de Leïla Slimani est à l’image de l’intrigue qu’il relate. Dès la première page, le décor est planté avec une scène de crime saisissante : un frère et une sœur en bas âge, Mila et Adam, sont retrouvés, la première morte, le second agonisant. La nounou, elle aussi, gît inconsciente. A cette vision hallucinée succède le récit soigné, chirurgical et de plus en plus oppressant de l’avant-catastrophe, où l’on apprend comment Myriam, jeune maman débordée, décide de reprendre sa carrière ; comment, avec son mari, ils trouvent en Louise la nourrice parfaite, celle qui va redonner de l’élan à toute la famille, maintenir vivant et debout le foyer jusqu’à se rendre indispensable. Puis, progressivement, on découvre la femme qui se cache derrière la nounou, les failles qui subsistent en secret derrière l’impeccable façade.

Au fur et à mesure que l’étau se resserre et qu’un silence inquiétant s’immisce entre les lignes du récit, Leïla Slimani fait du lecteur le complice impuissant d’un fait divers qui embrasse notre époque et brosse au plus près le portrait de ses inquiétudes. Argent, éducation, amour, multiculturalisme, c’est aussi de cela qu’il est question dans Chanson douceUn moyen pour le lecteur contemporain de s’identifier aux personnages et de céder de plain pied au suspense déchirant de ce roman salué par la critique et les lecteurs et en lice pour les prix Goncourt et Renaudot

Ce que nous avons préféré :

  • L’univers et l’intrigue : 9/10
  • Les personnages : 9/10
  • Le style : 8/10

Où lire (ou ne pas lire) ce livre : Dans un parc ou calfeutré(e) chez vous.

Quand lire (ou ne pas lire) ce livre : Un dimanche un peu brumeux.

Pour accompagner votre lecture : Un thermos rempli de thé.

A qui prêter / offrir ce livre : A priori, vous pouvez recommander ce roman à l’ensemble de votre entourage, sauf peut-être à votre nounou ou à une amie en recherche de nounou.

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4- Cannibales de Régis Jauffret / Editions du Seuil

En lice pour le Prix Goncourt et le Prix Renaudot.

Critique actualisée, initialement parue sur notre site le 16 septembre 2016.

Prix littéraires cannibalesMordant, truculent, acerbe, piquant, jubilatoire, et bien plus encore : on ne saurait quel adjectif choisir s’il fallait décrire Cannibales en un mot. Remarquable exercice de style, le roman épistolaire de Régis Jauffret dévoile les échanges cocasses et burlesques entre Noémie, jeune peintre de vingt-quatre ans et la mère de Geoffrey, le petit ami que la jeune fille vient d’éconduire. De courrier en courrier, on se laisse porter par la verve incessante et presque emphatique de deux femmes qui s’adorent à peu près autant qu’elles se détestent et entreprennent finalement le projet insensé de dévorer Geoffrey ensemble.

Derrière l’ironie grinçante de l’intrigue, on devine deux femmes passionnées, l’une ayant donné à son fils Geoffrey le nom du seul amant qu’elle ait aimé, l’autre papillonnant de garçon en garçon à la recherche de l’amour idéal. Dans cette comédie où le marivaudage flirte avec le cynisme et la cruauté, on rit comme dans un vaudeville et on s’émeut aussi volontiers, lorsque les personnages se trouvent pris à leur propre jeu ou qu’ils nous racontent l’amour avec fantaisie souvent, avec justesse toujours. En lice pour le Prix Goncourt et le Prix Renaudot, Cannibales est un roman farouche et délicieux, à dévorer d’une traite.

Ce que nous avons préféré : 

  • L’univers et l’intrigue : 9/10
  • Les personnages : 9.5/10
  • Le style : 9.5/10

Où lire (ou ne pas lire) ce livre : Dans les transports ou à la terrasse d’un café.

Quand lire (ou ne pas lire) ce livre : Dès que vous avez le temps de lire une page ou deux.

Pour accompagner votre lecture : Nous, nous pensons qu’avec une entrecôte saignante c’est l’idéal.

A qui prêter / offrir ce livre : Aucune contre-indication sur ce point, sauf si votre belle-mère n’est pas commode et que votre petit ami est parano.

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