Phénomène : Lire un livre à un enfant rend plus affectueux

Lire adulte enfant

Qu’est-ce qu’un bon parent ? Vaste question, me direz-vous. A défaut de pouvoir vous fournir une réponse exhaustive et satisfaisante, ce qui semble impossible ici, nous avons plutôt décidé d’explorer la piste d’une étude menée par une équipe de psychologues de l’université anglaise du Sussex et parue en décembre dernier. Les travaux des chercheurs leur ont permis d’aboutir à un constat : l’interaction entre un adulte et un enfant pendant la lecture est plus forte et génère plus d’affection lorsque le livre lu est un livre papier.

Comment expliquer cette différence lorsque l’on sait aussi que la lecture numérique et la lecture sur papier sont tout aussi efficaces l’une que l’autre dans le développement cognitif des enfants ?

La réponse tient à ce que les livres papier favorisent une plus grande attention et donc a priori un meilleur esprit de partage et d’échange entre l’adulte lecteur et l’enfant qui écoute l’histoire. Les chercheurs Nicola Yull et Alex Martin se sont basés sur l’observation vidéo de 24 tandems mère/enfant où ces derniers étaient âgés de 7 à 9 ans et où le rôle de lecteur pouvait être endossé aussi bien par l’adulte que par l’enfant. L’étude du support vidéo par les scientifiques a révélé que les séances de lecture autour d’un livre papier étaient plus vivantes et interactives que celles organisées autour d’une tablette.

Dans un article relayé par le Quartz, Nicola Yull explique : « nous avons trouvé qu’il n’y avait pas de différence entre les deux médias pour ce qui est de la mémorisation par les enfants des descriptions et de l’intrigue ». En revanche, précise-t-elle, « les interactions entre parents et enfants étaient différentes dans les deux cas ». Puis, elle ajoute : « lorsque les adultes lisaient sur papier, l’échange était significativement plus chaleureux, avec plus de rires, de sourires et de marques d’affection ».

Selon l’étude, la position physique des deux lecteurs aurait un impact sur le niveau et la richesse de leur interaction. En effet, on ne se tient pas de la même façon devant une tablette que devant un livre. La première, dont le format est étroit, favoriserait moins la lecture à deux que le livre, qui s’ouvre et occupe donc un espace plus large, facilement partageable.

Alors que la tablette ne peut être tenue que par une seule personne, le livre, lui, peut éventuellement être tenu par les deux protagonistes. Cette donnée modifie significativement la façon de se tenir des deux lecteurs et donc leur réceptivité : la position de celui qui tient une tablette entre ses mains peut être qualifiée de « fermée », parce qu’elle l’oblige à se recroqueviller sur l’objet bien davantage que lors de la lecture d’un livre papier. Par conséquent, celui qui ne lit pas tend à garder ses distances, à regarder le support de haut en se tenant droit auprès du lecteur. La proximité est moins forte.

Vous pouvez faire le test vous-même : lorsque vous consultez votre Smartphone ou votre tablette, votre tête est penchée vers le bas, vous avez peu de visibilité sur ce qui vous entoure, vous êtes peu voire pas réceptif aux interactions qui peuvent survenir. Lorsque vous lisez un livre papier en revanche, vous avez davantage tendance à tenir votre support devant vous, légèrement en-deçà de votre poitrine : votre visibilité est plus grande, l’interaction reste facilement envisageable.

Malgré des résultats qui tendent à faire du livre papier un meilleur vecteur de lien, les chercheurs ne se posent pas contre la tablette ou le livre numérique, dont l’usage par les enfants augmente fortement entre 7 et 11 ans. Nicola Yull précise simplement que les écrans devraient être mieux pensés pour favoriser aussi les activités en groupe, comme la lecture à plusieurs. Elle ajoute alors : « les livres restent des livres quoi qu’il arrive, il n’y a a priori qu’une seule façon de les utiliser, contrairement aux écrans qui permettent plusieurs usages, accessibles à un seul utilisateur à la fois, même si ce dernier peut interagir avec d’autres personnes à distance ».

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