Phénomène : Des millions de livres portés disparus en Angleterre

Bibliothèque manifestations Angleterre

Eh non, ceci n’est pas une enquête de Sherlock Holmes mais bien la dure réalité de l’économie. « Cherche livres désespérément », « rendez-nous nos livres ! », voilà à quoi pourraient bien ressembler certains des slogans d’affiches des bibliothécaires anglais, qui manifestent de plus en plus leur mécontentement depuis 2016. Dans le comté du Suffolk, un inventaire révélant la disparition de quelque 10 000 ouvrages dans plusieurs bibliothèques a suffi pour mettre le feu aux poudres à toute la profession. 10 000 livres, c’est l’écart qui aurait été relevé entre les bases de données des différentes bibliothèques et leur stock réel de livres disponibles. Face à l’ampleur du problème, les professionnels britanniques ont exigé un audit national afin d’évaluer la situation avec plus de précision.

Les vols et les pertes de livres seraient-ils en recrudescence dans les bibliothèques anglaises ? Pas vraiment, à en croire les bibliothécaires qui ont une vision plus politique du problème. Selon eux, la mauvaise santé de leurs établissements ne date pas d’hier. Cela fait des années que le stock des bibliothèques britanniques se paupérise, que le budget qui leur est alloué diminue et que leur fréquentation par le grand public baisse. 

En six ans, la situation s’est particulièrement dégradée. Alors qu’à l’échelle nationale les programmes informatiques des bibliothèques chiffrent à 25 millions le nombre de livres manquants dans les bibliothèques, les inventaires en cours laissent présager un nombre bien plus élevé : l’augmentation se chiffrerait en millions, ce qui laisserait penser que le stock d’ouvrages disponibles en bibliothèque s’est effondré de plus de la moitié depuis 1996.

A qui la faute ? Pour les bibliothécaires, les politiques d’austérité appliquées au secteur culturel sont au cœur du problème. L’impact de la réduction des subventions publiques accordées aux bibliothèques aurait en effet contribué à une précarisation des établissements. Sans moyens suffisants, impossible de pratiquer le nombre d’inventaires requis par bibliothèque et d’avoir un suivi précis des stocks. Cette pénurie complique également le renouvellement des livres. Alors que les ouvrages endommagés, volés ou perdus étaient remplacés quasi-immédiatement il y a quelques années, les coupes budgétaires contraignent désormais à retarder, voire à annuler, ce processus.

Pour les employés des bibliothèques, la situation est d’autant plus injuste qu’elle est peu visible du grand public. Une bibliothécaire a ainsi déclaré au Guardian : « Les gens voient la réduction des horaires, la fermeture des bibliothèques, mais ils n’ont pas connaissance des budgets qui sont alloués aux stocks des établissements, donc c’est plus facile de frapper là-dessus ». Un combat longtemps solitaire pour les bibliothécaires anglais, mais qui a au moins le mérite d’éveiller un peu plus les consciences sur les difficultés que le secteur culturel doit essuyer aujourd’hui.

Source : The Guardian

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