Jane Austen est-elle morte empoisonnée à l’arsenic ?

Jane Austen glasses

Deux siècles après son décès à l’âge de 41 ans, les circonstances de la mort de Jane Austen restent floues. La plupart des recherches scientifiques menées sur le sujet ont abouti à des théories diverses. L’auteur pourrait être morte d’un cancer ou d’une intoxication alimentaire. L’hypothèse la plus plausible est celle d’une maladie endocrinienne apparentée à celle d’Addison.

La possibilité de l’arsenic

Un article de blog paru le 9 mars dernier a contribué à relancer le débat. Conservatrice à la British Library, Sandra Tuppen a en effet mis en lumière un certain nombre d’indices permettant de corroborer l’hypothèse d’un décès par empoisonnement à l’arsenic. Pour aboutir à ce nouveau postulat, il a suffit à une équipe de spécialistes d’analyser trois paires de lunettes ayant appartenu à l’écrivain. Les énormes variations de correction entre les différents verres utilisés laissent penser que Jane Austen était atteinte d’une forme avancée de cataracte.

Or, l’empoisonnement accidentel par métaux lourds, et notamment par arsenic, est une cause connue de cataracte, comme le rappelle l’optométriste britannique Simon Barnard, sollicité pour l’enquête. Cette théorie doit cependant être envisagée avec prudence. En effet, l’empoisonnement par arsenic n’est pas la seule cause justifiant l’apparition d’une cataracte, même précoce. Par ailleurs, toute romanesque qu’elle soit, l’hypothèse doit être remise dans son contexte. Les spécialistes le soulignent : les habitants du XIXe siècle étaient bien plus exposés à l’arsenic que nous ne le sommes. Contrairement à ce que l’on pense, il était fréquent d’en trouver dans l’eau, le vin, la terre, mais aussi dans le papier peint, les vêtements verts et même les médicaments.

Scepticisme et incohérences

Certains chercheurs et spécialistes de Jane Austen ont exprimé quant à eux leur scepticisme face au manque de preuves qui permettraient d’étayer l’argument de l’arsenic. C’est le cas de Deirdre Le Faye, une critique anglaise indépendante, qui maintient plutôt l’hypothèse initiale de la maladie d’Addison. Elle souligne notamment l’incohérence de certains éléments. Les paires de lunettes analysées laissent penser que Jane Austen était quasiment aveugle à la fin de sa vie, or rien dans ses dernières correspondances n’indique un changement d’état particulier de l’écriture, par exemple.

Reste que même si l’hypothèse n’est ni confirmée ni à exclure, nous nous devons d’écarter tout fantasme. Si empoisonnement à l’arsenic il y eu, il serait purement accidentel. Il ne relèverait ni du meurtre, ni du suicide tragico-romantique façon d’Emma Bovary. A la fin d’un article paru dans le New York Times, Deirdre Le Faye tente d’expliquer cet engouement autour de l’arsenic : « Jane Austen menait une vie tellement tranquille et paisible qu’il n’y avait pas une once de drame à y trouver. Et là où il n’y a pas de drame, les gens commencent à en inventer. »

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Sources :

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