Evénement : Quand la littérature Young Adult prend le pouvoir

Young Adult Dixen Michaka Vaconsin
Stéphane Michaka, Victor Dixen et Marie-Lorna Vaconsin en conférence à Livre Paris

La 37e édition du salon du livre s’achève aujourd’hui à la porte de Versailles, l’occasion pour nous de revenir sur les meilleurs moments du salon, et en particulier sur la conférence « Imagine, les jeunes adultes prennent le pouvoir« , qui a eu lieu samedi. Organisée autour des écrivains Victor Dixen (Phobos), Stéphane Michaka (Cité 19) et Marie-Lorna Vaconsin (Le Projet Starpoint), elle a permis un focus intéressant sur la Young Adult, un genre qui a plus que jamais le vent en poupe.

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Passer d’un monde à l’autre

Yound adult starpointLes auteurs ont d’abord essayé de définir ces univers souvent dystopiques où des héros particulièrement jeunes sont amenés à « prendre le pouvoir ». Pour les trois auteurs, une question centrale se pose : comment figurer le passage du monde réel au monde imaginaire ? Stéphane Michaka souligne la difficulté à trouver le moment de bascule qui permette d’emporter le lecteur. Une problématique d’autant plus importante que le lecteur de Young Adult est particulièrement exigeant, comme le rappelle Victor Dixen.

Pour Marie-Lorna Vaconsin, c’est la recherche de ce moment-clé qui a été décisif dans son destin d’auteur. Fan de Narnia, cette jeune auteure a notamment été marquée par la porte de placard qui permet aux personnages d’accéder depuis le réel au monde imaginaire.

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La jeunesse, valeur phare de la YA mais pas que…

Young adult phobosUne autre spécificité de la Young Adult, c’est évidemment le jeune âge des personnages. Est-ce une façon pour les auteurs d’attirer un public jeune ou s’agit-il d’une simple caractéristique du genre ? Pour les trois écrivains, cette prédilection pour des héros jeunes est surtout liée à l’intérêt que représente le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Comme le rappelle Victor Dixen, c’est une période où les questionnements existentiels sont particulièrement nombreux et féconds. Les choix qui sont faits à cette période sont déterminants dans la structure identitaire des individus.

Parallèlement, on trouve aussi dans la Young Adult beaucoup de protagonistes orphelins. Cette caractéristique revêt un double intérêt, pratique et narratif. Stratégiquement, l’absence de figures parentales lève certaines restrictions et multiplie les possibles. L’absence de tutelle permet aussi d’approfondir la dimension initiatique du récit. En l’absence d’une tierce personne pour le guider, le personnage doit apprendre seul. C’est cette solitude qui lui permet d’être acteur de son propre destin.

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Une littérature de l’imaginaire avec un grain de réel

young adult cité 19Dans quelle mesure les univers dystopiques ou de science-fiction doivent-ils être proches de la réalité ? Dans la série Phobos, les technologies, omniprésentes, semblent très avancées au lecteur d’aujourd’hui. Mais si l’on regarde de plus près, la plupart des technologies évoquées dans la saga existent déjà. Elles sont simplement plus ou moins évoluées. Pour Victor Dixen, la référence à des éléments réels permet aux lecteurs de mieux s’immerger dans la fiction. C’est d’autant plus nécessaire que les univers de la Young Adult invoquent des espaces-temps souvent très éloignés des nôtres. Dans une autre mesure, cela permet des projections à même d’interroger divers aspects de notre réalité. Phobos, par exemple, nous invite à réfléchir sur le juste usage des technologies.

Marie-Lorna Vaconsin a quant à elle évoqué l’exploitation des sciences dans son processus de création. C’est la physique quantique qui lui a permis d’expliquer comment les héros passent d’un monde à l’autre dans Le Projet Starpoint.

Pour Stéphane Michaka, Cité 19 a surtout demandé un travail de recherche historique dans la mesure où Faustine, l’héroïne, finit par se retrouver 150 ans en arrière, dans le Paris du XIXe siècle.

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Aller au-delà du divertissement

Sans minimiser le travail de recherche qu’il y a derrière des romans comme Phobos, Cité 19 ou Le Projet Starpointles trois auteurs ont néanmoins insisté, surtout, sur l’importance de l’imagination. Plus que la documentation, c’est le besoin de poésie, de fantastique et d’évasion qui les meut et leur permet de dessiner les frontières de nouveaux mondes. En somme, l’intrigue prime, mais pour être réussie, elle doit égayer la curiosité et l’attention du lecteur grâce à un univers original et bien ficelé.

Dans un genre prolifique qui voit sortir en moyenne 15 à 25 livres par mois, les auteurs qui sortent du lot sont généralement ceux qui allient art du récit et transmission. La recherche du divertissement ne doit pas masquer la responsabilité de l’écrivain, surtout lorsque celui-ci s’adresse à un public plutôt jeune, par définition moins alerte. Il y a cette idée qu’on ne peut pas dire n’importe quoi et que l’instruction et la sensibilisation comptent aussi. Chez Stéphane Michaka, cela passe par la connaissance de l’histoire. Chez Victor Dixen, par la focalisation sur les technologies et les phénomènes de médiatisation.

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