La servante écarlate : du livre à la série, les raisons d’un succès

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« Je suppose que c’est pour cela qu’ils ont pu le faire, de la manière dont il l’ont fait, tout d’un coup, sans que personne ne sache rien à l’avance ; s’il y avait encore eu de l’argent liquide, c’aurait été plus difficile. 

C’était après la catastrophe, quand ils ont abattu le Président, mitraillé le Congrès et que les militaires ont déclaré l’Etat d’urgence. Ils ont rejeté la faute sur les fanatiques islamiques, à l’époque. 

Restez calmes, disait la télévision. La situation est entièrement maîtrisée. 

J’étais abasourdie. Tout le monde l’était. Je le sais. C’était difficile à croire. Le gouvernement tout entier, disparu comme dans une trappe. Comment sont-ils entrés, comment cela s’est-il passé ? C’est à ce moment-là qu’ils ont suspendu la Constitution. Ils disaient que ce serait temporaire. Il n’y a même pas eu d’émeutes dans la rue. Les gens restaient chez eux le soir, à regarder la télévision, à chercher à s’orienter. Il n’y avait même pas un ennemi sur lequel mettre le doigt. »

*

Alors que les droits des femmes, et notamment le droit à l’avortement, sont vivement discutés voire remis en question dans l’Amérique ultra-conservatrice de Donald Trump, un livre est revenu sur le devant de la scène. Initialement paru en 1985, La servante écarlatechef d’oeuvre signé Margaret Atwood, est aujourd’hui brandi en signe de résistance. Un succès sans doute revigoré par la sortie de la série télévisée américaine très attendue, The Handmaid’s Tale, au printemps dernier. En France aussi, La servante écarlate fait des émules. Début juin, les éditions Robert Laffont ont réédité le livre dans sa version poche. Et depuis deux semaines, la série est diffusée chaque mardi sur OCS en version originale sous-titrée.

Une fiction saisissante

Si La servante écarlate étonne, interroge et effraye autant, c’est d’abord grâce à la construction et au propos de son récit. Située dans un futur proche et donc facilement substituable au nôtre, cette dystopie prend place une société troublée par une baisse accrue de la fécondité et du taux de natalité. Grâce à son influence et sa capacité à manipuler les masses, la république de Gilead, secte fondamentaliste fondée par des fanatiques religieux,  prend rapidement le pouvoir, faisant des Etats-Unis une nation totalitaire, crépusculaire et archaïque.

Les femmes, hiérarchisées selon un ordre spécifique, sont démises de leur statut de citoyennes et catégorisées en fonction de leur fertilité. Celles qui ne sont pas stériles, les Servantes, se différencient des Épouses par leur statut et leur costume, écarlate pour les premières, bleu pour les secondes. Une troisième classe regroupe les femmes chargées d’entretenir les demeures des Épouses. On les appelle les Marthas. Les Tantes enfin, sortes de bigotes à l’autorité redoutable, président ce système et veillent à l’exécution des règles.

Defred, narratrice et personnage principal du récit, fait partie des Servantes écarlates, dont la mission est strictement reproductive. Comme ses pairs, Defred (anciennement, June) doit engendrer un enfant pour le Commandant et l’Épouse chez qui elle a été placée. Dépossédée de son passé, de sa famille et même de son nom, elle raconte alors sous la forme d’une chronique l’horreur, la déshumanisation et les sévices de la société quasi-féodale au sein de laquelle elle doit désormais (sur)vivre.

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Du livre à la série, quelles différences ?

Comment passe-t-on d’une société démocratique où le pouvoir est contrôlé par des institutions réputées intouchables à une Nation totalitaire et fondamentaliste ? Comment un pouvoir obscurantiste s’installe-t-il pernicieusement et comment des citoyens, hagards, finissent par subir une réalité qu’ils croyaient impensables ? Telles sont les questionnements que permet de soulever La servante écarlate. Des réflexions, qui plus d’une trentaine d’années après la sortie du livre, semblent particulièrement d’actualité.

Relativement proche du récit de Margaret Atwood malgré quelques écarts, la série créée par Bruce Miller complète et éclaire la lecture du roman. Tandis que le livre a le mérite de développer en profondeur les pensées qui traversent le personnage de Defred, la série donne à voir de manière plus directe et frappante le monde confiné, violent et oppressant imaginé par Margaret Atwood.

Une fiction à lire puis à voir

Difficile de regarder la série sans enchaîner sur la lecture du livre, et inversement. Nous vous conseillons toutefois de commencer par le roman, dont on ne peut qu’admirer le style sobre, méticuleux et particulièrement frappant.

La série quant à elle, permet de mieux percevoir la matérialisation d’une société finissante et déshumanisée. Violente et saisissante, cette adaptation brille notamment par la grande qualité de sa photographie. Les décors, les costumes, les silences, le traitement de la lumière et la qualité des plans en font une oeuvre aussi glaçante que sublime. Sans parler de la puissance du jeu des acteurs. Car le casting de The Handmaid’s Tale est impressionnant. On y retrouve entre autres Elisabeth Moss (Mad Men) dans le rôle de Defred/June, Samira Wiley (Orange is the New Black) dans celui de Moira, meilleure amie de June dans le monde d’avant, et Yvonne Strahovski (Dexter) dans celui de Serena Waterford, l’Épouse inquiétante pour qui travaille Defred.

Un bon livre et une série époustouflante, avait-on vraiment besoin de plus pour bien commencer ce weekend de trois jours ?

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