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Elle jouissait d'une grande popularité auprès de ses employés pour la seule raison que c'était une bande d'êtres faibles et inconsistants, qui auréolaient de légendes quiconque leur inspirait de la crainte. On décrivait Agatha comme une "originale", et, comme tous les originaux qui n'hésitent pas à dire le fond de leur pensée, elle n'avait pas de vrais amis.

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Elle avait essayé d'aller au pub, le Red Lion, un établissement rustique à l'atmosphère joyeuse et au patron jovial. Les gens du coin l'avaient accueillie, comme toujours, avec cette singulière sorte d'amabilité qui n'allait jamais plus loin. Agatha aurait su affronter une malveillance soupçonneuse, mais pas cet accueil enjoué qui la maintenait à l'écart. Non qu'elle ait jamais su comment se faire des amis, mais les gens du village avaient une façon imperceptible, découvrit-elle, de repousser les nouveaux venus. Ils ne les rejetaient pas. En surface, il les accueillaient. Pourtant, elle savait que sa présence ne faisait pas une ride sur la surface lisse de la vie villageoise. Personne ne l'invita à prendre le thé. Personne ne montra la moindre curiosité à son égard. Le pasteur ne lui rendit même pas visite. Dans un roman d'Agatha Christie, elle aurait non seulement reçu la visite du pasteur, mais aussi de quelque colonel à la retraite et de son épouse. Tandis que là, toute conversation se limitait à " 'jour ", " 'soir ", et quelques mots sur la météo.

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L’orchestre du village se produisait devant la salle polyvalente de l’école. Avant d’aller l’écouter, Agatha se rendit au lotissement pour offrir à Doris Simpson le cadeau qu’elle lui avait acheté. En poussant la grille du jardin, elle remarqua avec étonnement que tous les nains de jardin avaient disparu. Mais elle sonna à la porte et, quand Doris vint lui ouvrir, lui mit dans les bras un gros paquet emballé dans du papier kraft.

« Entrez ! fit Doris. Bert ! V’là Agatha qui revient de Londres avec un cadeau. C’est drôlement gentil à vous. Vous n’auriez pas dû, vraiment.

– Ouvre donc ! » la pressa Bert lorsque le paquet fut posé sur la table basse du séjour.

Doris enleva l’emballage, révélant un gros nain en tunique écarlate et bonnet vert.

« Vous n’auriez vraiment pas dû ! répéta-t-elle avec émotion. Vraiment pas.

– Vous le méritez. Non, je ne reste pas pour le café. Je vais écouter l’orchestre. »

On avait monté des stands dans la salle polyvalente de l’école. Agatha passa sans se presser de l’un à l’autre, amusée de constater que certains articles de sa vente aux enchères avaient déjà retrouvé le chemin des étals. Puis elle s’arrêta net devant le stand de Mrs. Mason. Il était rempli de nains de jardin.

« Où est-ce que vous les avez eus ? demanda-t-elle, en proie à un atroce pressentiment.

– Oh ! c’était aux Simpson. Les nains étaient là quand ils ont emménagé dans leur maison, et ça faisait une éternité qu’ils voulaient s’en débarrasser. Seriez-vous intéressée par l’un d’eux ? Que diriez-vous de ce joyeux petit gars avec la canne à pêche ? Il égayerait votre jardin.

– Non, merci. »

Agatha se sentit stupide. Et pourtant, comment aurait-elle pu savoir que les Simpson n’aimaient pas les nains de jardin ?

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La réceptionniste, qui paraissait s'ennuyer copieusement et avait les ongles les plus longs qu'Agatha ait jamais vus, décrocha langoureusement le téléphone et appela la direction. Elle annonça : "Mr. Wilson est occupé ", reprit le magazine féminin dont Agatha avait interrompu la lecture et s'absorba dans l'étude de son horoscope.

Agatha lui arracha la revue des mains. Elle se pencha par-dessus son bureau : "Bouge ton petit culture maigrichon de ta chaise et va dire à ton escroc de patron de me recevoir."

La réceptionniste plongea ses yeux sans le regard furibond d'Agatha, émit un couinement et détala à l'étage. Au bout de quelques instants qu'Agatha mit à profit pour lire son horoscope -" Aujourd'hui sera peut-être le jour le plus important de votre vie. Mais veillez à garder votre calme "-, la pimbêche revint en titubant sur ses talons télescopiques et chuchota : "Mr. Wilson va vous recevoir immédiatement. Si vous voulez bien me suivre...

- Je connais le chemin ", grogna Agatha.

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« Ladite Mrs. Mason, grosse femme en robe de nylon violette et chaussures blanches grandes comme des péniches, embrassa l’auditoire du regard. « Comme vous le savez, mesdames, les personnes âgées de notre village n’ont guère l’occasion de sortir. Je demande à toutes celles d’entre vous qui possèdent une voiture de se porter volontaires pour les emmener en excursion quand elles le pourront. Je vais vous lire la liste de nos personnes âgées, manifestez-vous si vous pouvez dégager un peu de temps libre.  »

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On décrivait Agatha comme une « originale », et, comme tous les originaux qui n’hésitent pas à dire le fond de leur pensée, elle n’avait pas de vrais amis. Son travail lui avait tenu lieu de vie sociale. Alors qu’elle se levait pour rejoindre la fête, un petit nuage assombrit temporairement l’horizon habituellement dégagé de son esprit. Devant elle s’étendaient des jours et des jours vides : pas de travail du matin au soir, pas d’agitation, pas de bruit. Comment allait-elle le supporter ? Chassant cette pensée, elle franchit le Rubicon et se rendit dans le hall pour faire ses adieux. « La voilà ! hurla Roy, l’un de ses assistants. J’ai préparé un cocktail spécial au champagne, Aggie. Un truc qui déchire. » Agatha accepta un verre. Sa secrétaire, Lulu, lui remit un paquet emballé dans du papier cadeau, puis tous les autres employés se massèrent autour d’elle avec leurs offrandes. Une boule se formait dans la gorge d’Agatha. Une petite voix insistante répétait à n’en plus finir dans sa tête : « Qu’est-ce que tu as fait ? Mais qu’est-ce que tu as fait ? » Lulu lui offrit un flacon de parfum, et Roy, sans grande surprise, une culotte fendue ; puis il y eut un livre sur le jardinage, un vase, et ainsi de suite. « Un discours, un discours ! cria Roy. – Merci à tous, fit-elle d’un ton bourru. Je ne pars pas pour la Chine, vous savez. Vous pourrez tous venir me voir.

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– Et qui est l’heureuse élue ? – Je ne l’ai pas encore trouvée. Mais une gentille fille discrète fera l’affaire. Ce n’est pas ça qui manque. Quelqu’un qui fera la cuisine et repassera mes chemises. » Décidément, pensa Agatha avec irritation, au fond de tout homme efféminé battait le cœur d’un sale macho. Oh oui, il allait trouver une fille bonasse, docile, pas trop jolie, pour ne pas se sentir inférieur. Elle serait censée apprendre comment organiser de petits dîners, et ne pas se plaindre si son mari ne rentrait que le week-end. Ils se mettraient tous les deux au golf. Roy allait peu à peu s’enrober et se guinder. Tout ça, elle l’avait déjà vu.

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D'immenses guirlandes de glycine festonnaient les portes des cottages, les fleurs d'aubépine tombaient en pluies neigeuses sur le bord des routes, la pierre dorée des maisons flamboyait sous la chaleur du soleil ; Londres paraissait très, très loin.

A Chipping Campden, oubliant sa résolution de perdre du poids, elle mangea une tourte au boeuf et aux rognons dans l'atmosphère douillette et patinée par les ans du Eight Bells, avant d'aller flâner dans la grand-rue du village, entre ses trottoirs de verdure et ses maisons ocre, avec leurs pignons, leurs hautes cheminées, leurs portes voûtées, leurs frontons, leurs colonnes, leurs fenêtres à meneaux ou à guillotine et leurs grosses marches en pierre. Malgré les inévitables groupes de touristes, il régnait dans ce village une atmosphère sereine, pleine de réserve. (...) La vie pouvait être facile.

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Ce courage, conclut-elle, illustre bien la qualité des hommes qui composent les forces de police de notre pays.

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« Mrs. Raisin ! » Elle fit volte-face. Les yeux marron bridés de l’agent Wong étaient au même niveau que les siens. N’était-il pas trop petit pour faire partie de la police ? se demanda-t-elle de façon absurde. « Mrs. Raisin, reprit Wong avec douceur, à mon humble avis, vous n’avez jamais confectionné une quiche ni un gâteau de votre vie. Vos livres de cuisine n’avaient manifestement jamais été ouverts jusqu’à aujourd’hui. Certains de vos ustensiles portaient encore l’étiquette avec le prix dessus. Alors si vous commenciez par le commencement ? Vous n’avez pas besoin de mentir du moment que vous êtes innocente.

– Est-ce que ça va remonter jusqu’au tribunal ? » demanda-t-elle d’un air malheureux, craignant que le comité des fêtes du village ne la poursuive en justice pour avoir introduit illégalement une quiche de la Quicherie dans son concours.

Wilkes répondit d’une voix lourde de menaces : « Seulement si nous le jugeons nécessaire. »

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