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Charlie

Du sang dans ma bouche… pas le mien.

C’est… si bon.

Non. Pas bon. Mal.

Reprends forme humaine, bon sang.

Mute.

Quand rien ne se passe, je parcours le versant de la montagne, fonce à travers les arbres, saute par-dessus les troncs à terre et les rochers. Mes pattes blanches sont énormes sur les douces aiguilles de pin.

Qu’est-ce que c’est ? Un mouvement dans les fourrés. Je bondis, pivote dans les airs et me lance à la poursuite du lièvre qui détale.

Il n’a pas la moindre chance. Je suis trop rapide. Trop féroce.

Du sang emplit de nouveau ma bouche, chaud et épais. J’engloutis la chair comme un chien affamé.

Puis je trotte jusqu’au ruisseau et m’y désaltère.

Lorsque je vois mon reflet dans l’eau, j’essaie de mordre le gros loup blanc et argenté.

Mute, espèce de monstre. Mute.

Putain, je ne sais même pas où je suis ni comment repartir. Mon cerveau ne fonctionne pas correctement. Je n’ai aucun contrôle sur mon corps. Sur mes… envies.

Je tourne les talons et pars dans la direction qui m’attire. Par miracle, j’arrive devant ma camionnette.

Le désir de monter dans ce véhicule et de quitter cette montagne, de m’éloigner de ce qui s’est passé ici est si puissant que je m’assieds et geins en regardant la poignée de la portière.

Reprends forme humaine.

Qu’a dit Jared pour me faire muter au Honduras ? Simplement reprends forme humaine. Je me concentre pour me remémorer ce moment, quand j’ai vu mes pattes blanches pour la première fois, la sensation de chaleur, mes cellules qui se réorganisent. Soudain, je suis couché sur le flanc, hors d’haleine.

Humain.

Putain, quel soulagement.

Je suis de nouveau humain. J’ai erré sur cette montagne pendant dix-huit heures avant de réussir à muter.

Venir ici pour libérer le monstre était une erreur. Je m’essuie la bouche, écœuré par le goût du sang. Quand le souvenir de ce que j’ai mangé me revient, je manque de vomir à côté de la voiture.

Bon Dieu. Ce n’est pas mon genre de ne pas avoir le contrôle sur mon corps. Cette enveloppe de chair est une machine pour moi depuis que j’ai rejoint l’armée et quitté le Kentucky à l’âge de dix-huit ans. Je peux tuer à mains nues, échapper à n’importe quel danger. Je ne suis jamais aussi efficace qu’en condition de stress.

Ce n’est pas le moment de devenir sensible.

Je ne supporte pas que mon contrôle m’échappe, de ne pas savoir ce que je ferai ensuite. Voir comment j’ai succombé au besoin de chasser de mon animal… Je n’ai pas pu le réfréner. La lune montante m’a attiré ici hier soir.

Merde. Quelle heure est-il ?

Je récupère les clés, que j’ai cachées au sommet de la roue du côté conducteur, et déverrouille la camionnette.

Putain, midi et demi. J’ai manqué le rendez-vous avec mon agente de liaison. Merde, je suis foutu.

Je mets mon jean tout en appelant l’agente Annabel Gray.

« Dune, qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu as disparu pendant vingt heures. » Elle a dû consulter mon traceur. Je ne l’active que lorsque je suis en mission.

Est-ce que j’entends du soulagement dans sa voix ? Ann Gray s’inquiétait-elle pour moi ? C’est une pensée étrange, mais ma relation avec elle a changé le mois dernier, quand je lui ai demandé de m’aider à retrouver la trace des… loups métamorphes. Maintenant, je sais ce qu’ils sont.

Ce que je suis.

Bref, nous avons établi un rapport de confiance. Elle m’a rendu un service et m’a dit que je lui en devais un en échange.

Cette information me pousse à gamberger sur ce que je sais à son sujet. Que pourrait-elle bien vouloir de moi ?

« Désolé. » Je passe mon T-shirt et m’assieds derrière le volant. « J’ai loupé notre rendez-vous.

— Tout va bien ? » Sa voix est hésitante, gênée. Elle s’est vraiment fait du souci.

« Je ne suis pas blessé. » C’est la vérité. Sans trop savoir pourquoi, je n’ai pas envie de lui mentir, et je ne peux pas dire sincèrement que je vais bien.

Découvrir que je suis un loup métamorphe, après que mes gènes de loup se sont activés en voyant mes… semblables, m’a laissé sur le carreau. Je mets en doute ma santé mentale chaque jour. Mais surtout, je remets en question mon efficacité. Mes sens sont ultrasensibles. J’entends trop, je sens trop d’odeurs, j’ai envie de viande et j’ai l’impression que je vais crever si je ne tue pas quelque chose. Mais si je ne peux pas contrôler mes pulsions animales, que se passera-t-il quand je serai au boulot ? Quand des vies seront en danger ?

« J’ai passé la nuit… hors de la ville. Je peux être là dans quatre-vingt-dix minutes. Donne-moi une adresse. »

Elle soupire avec impatience. « Venice Beach, quatorze heures trente.

— On se voit là-bas. »

Je raccroche et écrase l’accélérateur. D’habitude, je me fiche d’énerver mes agents de liaison. Mes performances professionnelles ne sont pas évaluées en fonction de mes interactions avec les autres, mais de mon efficacité à réussir les missions. Pourtant, peut-être parce qu’elle avait l’air réellement soucieuse, j’ai hâte de voir l’agente Gray en face.

Je lui présenterai peut-être même mes excuses.

#

Annabel

J’achète un cornet de glace et m’assieds sur un mur à Venice Beach, me mêle aux hordes de personnes sur la plage. Je suis habillée pour me fondre dans la masse : un débardeur, un short et des sandales à lanière avec lesquelles je peux courir si besoin est.

Je n’arrive pas à croire que je redoute que Charlie Dune ait couché avec quelqu’un hier soir. Merde, qu’est-ce que ça peut bien me faire ?

On n’est pas ensemble.

Je suis son agente de liaison, bon Dieu.

Bien sûr, il est canon. Tous les agents de terrain que j’ai rencontrés m’attirent. Mais bon, comment ne pas être séduite par ces hommes à l’intelligence supérieure dont le corps a été entraîné pour être une arme ? Des agents censés être capables de renverser des gouvernements à eux seuls, de déclencher des guerres ? Des agents qui peuvent sauver des otages ou, si l’on en croit les rumeurs, exécuter sur ordre ? Je n’ai jamais transmis de telles instructions, mais je ne suis pas très haut placée.

Comme tous les agents spéciaux, Dune n’est que muscles ciselés. Il n’est ni massif ni immense ; ils ne le sont jamais. Ils doivent pouvoir évoluer dans les lieux sans se faire remarquer. Se fondre dans la masse.

J’imagine que j’ai un faible pour les espions, et en particulier pour Dune. Il s’est passé quelque chose entre nous le mois dernier. En fait, c’est sans doute juste dans ma tête. Et c’est précisément pour ça que je suis spécialisée dans l’analyse des renseignements et que je ne travaille pas sur le terrain : je suis trop émotionnelle, les gens et les situations me touchent trop. Je m’investis trop. Malgré ma formation au combat, je ne pourrais jamais tirer sur quelqu’un même si ma vie en dépendait.

Le mois dernier, j’ai fait des entorses à certaines règles et j’ai risqué ma place pour obtenir des informations à la demande de Dune. Il m’a expliqué qu’il a perdu quelqu’un dans les incendies des labos. Et j’imagine que ça m’a touchée. Je sais ce que c’est d’enquêter sur les petits secrets honteux du gouvernement quand ça concerne un être cher.

« Au chocolat, mon parfum préféré », dit une voix grave derrière moi.

Je ne sursaute pas. J’ai l’habitude qu’il apparaisse comme par magie. En revanche, je n’ai pas l’habitude qu’il s’approche autant. Si je ne pensais pas être folle, je pourrais jurer qu’il s’est penché pour respirer mon parfum.

Quand je me tourne, son visage est trop proche du mien. Ses yeux verts semblent devenir bleu glace sous le soleil.

Merde.

Ouais, il est plus sexy que je m’en souvenais. Avec son T-shirt noir qui s’étire sur ses muscles durs et sa casquette baissée sur son front, il a tout du surfeur californien bien gaulé.

Il me vole ma crème glacée et la goûte d’un grand coup de langue. Hum, il se passe vraiment un truc. On partage presque notre salive.

Est-ce qu’il flirte avec moi ?

Oh, c’est gonflé après avoir manqué notre réunion matinale à cause de son coup d’un soir. Je n’aurais jamais pris Dune pour un homme à femmes, mais ce n’est pas surprenant. Les agents spéciaux ne pouvant pas avoir de relations sérieuses, ils deviennent souvent des coureurs, qui baisent où ils veulent et dès qu’ils en ont envie.

Connard.

Je me tourne pour le regarder et le vois engloutir ma glace en une bouchée. Je ne savais pas qu’on pouvait manger un cône glacé si vite.

Bon, on ne partagera pas notre salive.

Il a la décence de paraître penaud alors qu’il se lèche les doigts.

« Je t’en achèterai une autre. »

Je lève les yeux au ciel. « Te fatigue pas. Je l’ai achetée pour donner le change.

— Quelle est la mission ? »

Même s’il reste toujours professionnel, mon agacement refait surface.

« On l’a peut-être perdue à cause de ton absence de ce matin. »

Son expression reste impassible. Sous la casquette, ses yeux continuent de parcourir le paysage comme s’il enregistrait chaque personne qui passe et le moindre détail sur ce qui nous entoure. Merde, il est tellement vigilant.

« Je vais arranger ça. Quelle est la mission ? »

Le truc, c’est que je le crois. Je suis sûre qu’il arrangera ça. C’est un agent qui obtient des résultats, c’est pour ça qu’il touche un paquet de pognon.

Je suis pourtant toujours de mauvaise humeur. J’allume ma tablette et lui montre l’écran. « La cible est Lucius Frangelico. Il habite à Hollywood. Occupation inconnue. Potentiellement mafieux ou trafiquant de drogue. En tout cas, il trempe dans quelque chose, c’est certain. Ils veulent qu’il soit mis sous écoute et suivi.

— Pourquoi on doit s’en occuper ? C’est pas plutôt une mission pour le FBI ?

— Il a des liens avec Al-Qaïda. Il voyage à l’étranger et il vend peut-être des armes. C’est une enquête préliminaire.

— Je m’en charge.

— Ouais, par contre, il a quitté la Californie cet après-midi en jet privé. Donc, tu vas aussi devoir le retrouver. »

Il hoche la tête, très sérieux. « Je le ferai. »

J’en suis sûre. Je lui fais entièrement confiance. Et j’ai toujours l’impression qu’il me doit des excuses pour ne pas s’être présenté à notre réunion ce matin.

Comme s’il pouvait lire dans les pensées en plus de tout le reste, il rencontre mon regard. « Je suis désolé pour ce matin. Ça ne se reproduira plus.

— Dune, je me fiche de ce que tu fais de ton temps libre, mais quand je te demande de venir, tu viens. » Je peux être une chieuse quand l’occasion s’y prête.

Il frotte le début de barbe sur son menton, en jetant de petits coups d’œil dans toutes les directions sans bouger la tête. « Ouais, j’étais… coincé. »

J’arque un sourcil. « Elle était si douée que ça ? »

Il redresse brusquement la tête avec un air perplexe. « Quoi ? » Son éclat de rire me prend par surprise. Peut-être que lui aussi. Je détecte du soulagement dans sa voix, et range cette information dans un coin de ma tête pour l’examiner plus tard. « Non, je n’étais pas avec une femme… j’aurais bien aimé. Je veux dire… » Il s’interrompt et plonge ses yeux de jade dans les miens.

On se tait pendant une seconde, nos regards aimantés. Quelque chose palpite dans mon ventre. Ses narines s’évasent et un jeu de lumière donne à nouveau un éclat bleu à ses yeux. Je suis bouche bée. Son regard descend se poser sur mes lèvres.

« Ce n’était pas à cause d’une femme. » Sa voix est plus rauque que d’habitude.

« C’était à cause de quoi, alors ? » La mienne a perdu toute fermeté… elle a un timbre essoufflé que je trouve ridicule.

Il secoue la tête. « D’autre chose. » Il a soudain l’air fatigué, presque abattu.

Je suis stupéfaite par mon besoin de le réconforter, de découvrir quels démons hantent ce guerrier courageux. Que cache ce masque impénétrable de force et de compétence ?

« Écoute. » Il touche ma nuque, juste sous le nœud de mon débardeur. Ce contact léger déclenche une décharge électrique à travers mon corps, des frissons de plaisir courent sur ma peau. Je sais que c’est seulement pour les apparences, qu’on joue le rôle d’un couple qui flirte à la plage, mais la pulsation entre mes jambes ne le comprend pas. « J’aimerais te remercier pour ton aide le mois dernier. Tu as contribué à secourir un enfant kidnappé, donc… ça a été utile. »

Je me demande qui est l’enfant qu’il a secouru et envisage différentes hypothèses. Le sien ? Celui d’un ami ? Cependant, je ne peux me concentrer que sur les cercles qu’il trace légèrement sur ma peau. J’ai du mal à respirer.

« Contente d’avoir pu aider.

— À charge de revanche. Viens me voir quand tu auras besoin d’un service. »

Mes tétons se dressent. « Je le ferai. » Ma voix retrouve son assurance, mais pour une raison inexplicable, je choisis ce moment pour rougir. Peut-être à cause de son regard pénétrant, comme s’il essayait de deviner quel genre de service je pourrais bien lui demander.

J’espère de tout cœur ne jamais avoir besoin de le faire, mais le dossier que j’ai obtenu pour lui n’est pas le seul fichier censuré que j’ai hacké. Et étant donné pour quel département du gouvernement je travaille, les conséquences pourraient être plus sévères qu’une tape sur les doigts. On ne sait jamais.

Avoir un ami capable de protéger ma vie pourrait se révéler utile.

« Tu m’as transféré les infos ? demande-t-il en pianotant sur la tablette, de retour sur le boulot.

— Oui. Dis-moi quand tu les auras reçues.

— Bien sûr. » Il commence à s’éloigner, puis se retourne. « Annabel ? »

C’est la première fois qu’il m’appelle par mon prénom. Ça me fait le même effet que s’il me tenait à la gorge… mais d’une manière sensuelle. Il réquisitionne toute mon attention ; mes mamelons durcissent de plus belle, ma peau se couvre de chair de poule.

« Tu as des ennuis ? »

J’hésite, puis secoue la tête. Pas encore.

Il acquiesce. « Tu me le diras quand il faudra que je le sache. »

Et il s’en va, se mêle aux passants et disparaît aussi vite qu’il était arrivé.

En effet. Je le lui dirai quand il faudra qu’il le sache.

J’espère sincèrement que ce jour n’arrivera jamais.

Dans ce cas, pourquoi suis-je déçue de ne pas partager mon secret avec lui ?

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