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Bibliothèque de Aryia : Liste d'argent

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Chamanes, Tome 2 : Traque Chamanes, Tome 2 : Traque
Rachel Dubois   
Pendant bien des années, j’avais cette fâcheuse tendance à enchainer les lectures sans jamais m’accorder de pause pour digérer le livre que je venais de dévorer. J’étais à la limite de la boulimie livresque ! Fort heureusement, les choses ont bien changées depuis l’ouverture du blog. En effet, je me suis rapidement rendue compte que j’étais tout simplement incapable de rédiger une chronique à peine la dernière page tournée (il me faut une bonne nuit de sommeil pour laisser retomber l’émotion et réussir à mettre des mots sur mon ressenti), mais également que je devais attendre d’avoir écrit l’article pour me plonger dans une nouvelle lecture, sinon je me mélange les pinceaux et n’arrive plus à parler du livre précédent. Si je m’accommode désormais parfaitement de cette attente, puisque je me rends compte qu’elle me permet de mieux savourer et assimiler mes lectures, je dois bien avouer avoir eu toutes les peines du monde à me retenir de me jeter sur ce second tome aussitôt le premier achevé ! Le cliffhanger final était tellement affreux qu’attendre a été un vrai supplice, je grognais littéralement de frustration !

Depuis que Greg a été enlevé par les Ombres, Sandra n’est plus la même. Incapable de localiser son âme-sœur, elle met tout en œuvre pour le retrouver et le sauver, quitte à se mettre en danger. Mais la disparition de son Léopard n’est pas son seul souci : entre les manigances des Chefs de meute qui cherchent à récupérer sa Terre, l’équilibre fragile de son Clan atypique et hétéroclite qui ne cesse de s’agrandir et la menace que fait régner la Confrérie européenne des Mages, Sandra n’a pas de répit. Parviendra-t-elle à retrouver celui sans qui son âme n’est plus entière ? Parviendra-t-elle à protéger les siens des attaques extérieures, mais aussi des conflits internes ? Prendra-t-elle les bonnes décisions ? A-t-elle le choix ?

Si le premier tome était finalement plutôt léger et rafraichissant, ce second volume est bien plus sombre et saisissant. Dès les premières pages, on le sent : il est fini, le temps où le lecteur découvrait avec émerveillement et attendrissement l’univers magique et les personnages attachants que nous proposait le premier tome ! Place à la noirceur des Arènes des Ombres, place à l’excitation de la Traque, place à la menace permanente. L’atmosphère est ici bien plus tendue, bien plus sinistre qu’elle ne l’était auparavant, et je dois bien avouer avoir eu des sueurs froides et des frissons à bien des reprises : on s’est tellement attaché à Sandra et aux autres durant le premier volume qu’on craint à chaque page tournée de se les faire arracher. Tout comme Greg attend avec une impatience malsaine le début des combats sanglants au sein de l’Arène afin de pouvoir sentir l’espace de quelques minutes la présence de Sandra, le lecteur attend avec fébrilité ces quelques pages nous montrant qu’il est encore en vie, tandis que grandit l’urgence d’un sauvetage. Que d’angoisse, que d’inquiétude, que d’appréhension !

Il faut dire que le lecteur n’a jamais le temps de souffler, il se passe toujours quelque chose qui vient bouleverser cet équilibre déjà précaire. Le Clan Neve ne cesse de s’agrandir et d’affirmer sa différence en accueillant en son sein des Chamanes de tout horizon, des solitaires attirés par le charisme de Sandra et l’harmonie qui règne au sein du groupe en dépit des disparités. Mais des tensions apparaissent parfois, nées d’un manque de confiance ou de tolérance, nées aussi de cette angoisse permanente qui pèse sur eux. Je suis tombée amoureuse de ce Clan : pris individuellement, les personnages sont déjà complexes et intéressants, mais collectivement, ils sont encore bien plus attachants. On a envie de faire partie de cette étrange famille, qui vit isolée au cœur de la forêt, soudée en dépit de tout. J’aime tout particulièrement Faune, son caractère imprévisible et sa maladresse, ainsi que Lya et son innocence, ce petit rayon de soleil que tous cherchent à préserver. L’union fait la force, voilà ce que montre ce livre !

Plus encore que dans le premier tome, la plume de l’auteur fait des merveilles : la narration est vivante, captivante, envoutante. Sa simplicité-même est la clé qui emprisonne le lecteur au cœur de l’histoire : pas besoin de réfléchir, il suffit de se laisser porter. Et voilà que l’on frémit d’inquiétude aux côtés des personnages, on soupire de soulagement lorsque les choses ne se passent pas trop mal … Oui, vraiment, je n’ai eu aucune difficulté à me plonger dans l’histoire, bien au contraire, c’est en sortir qui était difficile ! Il faut dire que chaque fin de chapitre annonce un nouveau rebondissement, que la tension dramatique monte au fur et à mesure pour exploser à la fin du livre, que le rythme est tout simplement parfaitement bien maitrisé … tous les ingrédients sont là pour tenir le lecteur en haleine ! J’ai vraiment eu le sentiment que l’auteur a pris confiance en elle entre le premier et le second tome, il y a un petit quelque chose en plus dans la narration de ce deuxième volume qui le rend encore meilleur que le premier ! Même les quelques petites coquilles qui se sont glissées ci et là (des lettres inversées, une ponctuation parfois maladroite …) n’ont pas réussies à me gâcher le plaisir de la lecture, et c’est bien la preuve que ce livre est top !

En bref, un second tome riche en rebondissements et en émotions qui a su me captiver ! Une intrigue de plus en plus complexe, des enjeux de plus en plus grands, des conflits de plus en plus palpitants, des coups de théâtre de plus en plus étonnants … Cette saga devient de plus en plus exceptionnelle au fur et à mesure que les pages s’accumulent ! Je suis vraiment ravie d’avoir le troisième tome sous la main pour pouvoir le commencer dès à présent, le suspense est tout simplement insoutenable, l’auteur nous laisse avec une fin atrocement cruelle ! Un petit conseil aux intéressés : attendez d’avoir l’intégralité de la saga à disposition pour vous lancer dans Chamanes, cela vous évitera bien des frustrations …

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2017/12/chamanes-tome-2-traque-rachel-dubois.html

par Aryia
Chamanes, Tome 1 : Héritage Chamanes, Tome 1 : Héritage
Rachel Dubois   
Lorsque j’ai sorti ce livre de la boite aux lettres, je me suis fait la réflexion qu’il arrivait au bon moment : la neige venait de faire son apparition dans les hauteurs, et quelques flocons voletaient déjà autour de la maison. Je n’ai cependant pas pu le dévorer aussitôt reçu, car j’avais d’autres obligations littéraires à honorer (on m’a prêté des livres, et je fais toujours passer les emprunts en priorité pour éviter de les garder trop longtemps puis de les oublier …). Alors, pendant des jours, ce roman et ses deux camarades (messieurs les tomes 2 et 3) m’ont narguée sur le bureau, exhibant leurs jolies couvertures hivernales, exposant leur résumé particulièrement intriguant … Bref, il m’a fallu beaucoup de volonté pour résister à la tentation et ne pas m’enfermer dans un igloo de couverture pour les lire sans attendre !

Aux yeux de tout le monde, Sandra est une adolescente banale. Voire plus que banale, insignifiante. Au collège, nul ne la remarque, hormis Greg et ses deux cousins, Alex et Luc, qui prennent un malin plaisir à empoisonner son existence. Ils feraient sans doute moins les malins s’ils savaient ce qui se cache derrière ces kilos en trop et ce caractère effacé. Car Sandra n’a rien d’une petite humaine timide et sans défense. Sandra est une Chamane, elle est autant Panthère des neiges qu’elle n’est humaine, et elle manipule avec une aisance rare la magie ancestrale de la Terre et de la Lune. Dans quelques mois à peine, Sandra sera considérée majeure par les siens et pourra ainsi revendiquer officiellement la Terre que lui a léguée sa grand-mère. Cette Terre qu’elle protège farouchement envers et contre tout. Aussi, lorsque trois Léopards et un Lion font irruption dans son univers, Sandra est prête à tout pour préserver son héritage ...

Un premier tome d’urban fantasy qui pose les bases d’un univers riche et complexe, mais surtout magique et mystérieux. L’auteur a réussi le pari de mêler métamorphose, magie et mythologie pour proposer quelque chose de finalement très original. Ici, pas de loups garous soumis au cycle lunaire comme on en voit tellement de nos jours, pas de baguettes magiques ou de chaudrons bouillonnants, mais des Chamanes, héritiers des Esprits Animaux, capables de se transformer en volonté en l’animal qui partage leur esprit et de manipuler la magie environnante en fonction de leur affinité avec la Lune, le Soleil ou la Terre. A tout cela s’ajoute une mythologie que j’ai vraiment énormément appréciée car elle s’appuie sur les mythes que nous connaissons bien (l’histoire mythe de la fondation de Rome a toujours fait partis de mes légendes préférées, et la retrouver ici avec cette touche de magie en plus a fait mon bonheur). S’ajoutent également les us et coutumes de ce peuple aussi puissant que discret, qui se cache des humains pour éviter les chasses aux sorcières, ce peuple soumis à des traditions ancestrales et des jeux politiques plus complexes que l’on ne peut le penser au premier abord.

Ce livre est un paradoxe ambulant. D’un côté, il plonge le lecteur au cœur d’une lutte de pouvoirs, d’un combat entre l’Ombre et la Lumière. Il y a du combat, du sang, des larmes, du désespoir, de la mort et de la haine. Rien n’est épargné à Sandra, qui est à la fois si forte et si fragile, qui se cache derrière un masque de froideur et de puissance mais qui n’est au final qu’une adolescente perdue et trop solitaire pour son propre bien. Ce livre, il est dur, violent. Mais d’un autre côté, ce livre est une vraie bouffée d’air frais qui régénère. C’est une belle histoire d’amour, d’amitié et de fraternité. Seule, Sandra ne serait rien. Mais entourée de ses amis, de son Clan, Sandra est capable de tout. L’union fait la force, dit-on, et cela se vérifie bien ici. Ensemble, ils ont l’espoir, la confiance, l’entraide et le soutien. J’aime déjà Sandra, Greg, Luc, Axel, Fabio et Danaë individuellement, mais en groupe, ils sont tout simplement irrésistibles, j’aime vraiment le groupe qu’ils forment. Ce livre, il est aussi léger, revigorant. Et c’est justement ce mélange entre ces deux ambiances qui le rend aussi sympathique.

Car ce livre se lit sans que l’on ne s’en rende vraiment compte, on tourne les pages tranquillement, avec une curiosité croissante mais sans ressentir cette fébrilité qu’entraine certains page-turners. C’est un livre sans prise de tête, un vrai livre-détente qui joue parfaitement son rôle d’évasion et de divertissement. On ne va pas se mentir, ce livre n’a rien d’un Goncourt. Et heureusement ! On a tous besoin de lectures purement distrayantes, faciles à lire, qui viennent soulager notre esprit surchargé par la lourdeur du quotidien. Ce livre est un ami qui vous veut du bien. Il veut tout simplement vous aider à déconnecter un peu, à penser à autre chose. L’écriture est simple et fluide, pas de mots compliqués ou de tournures emberlificotées, la narration est là pour jouer son rôle, décrire l’action et susciter des émotions, sans faire de nœuds au cerveau du lecteur. Même remarque pour l’intrigue : bien qu’elle s’appuie sur des retournements de situation et autres coups de théâtre, elle reste finalement assez simple pour ne pas perdre le lecteur, qui sait où il va. Il y a l’héroïne et ses compagnons, les gentils, et il y a ceux qui veulent nuire à Sandra, les méchants. Pas d’ambiguïté, pas de confusion, ça fait du bien, parfois, une intrigue aussi classique.

En bref, un premier tome qui remplit parfaitement son rôle : il nous présente l’univers dans lequel se place l’histoire, introduit les personnages et les liens qui les unissent, et lance l’intrigue en exposant les enjeux mis en jeu. Et surtout, il nous donne atrocement envie de lire la suite, car la fin est absolument insupportable ! Fort heureusement pour moi, j’ai le tome 2, et même le 3, à ma disposition, merci beaucoup à l’auteur pour cet envoi groupé qui m’évite une attente difficile ! Vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement ce livre : les personnages sont très attachants, l’histoire est captivante, la plume est agréable à lire … Si vous aimez la magie, les histoires de famille compliquées, la nature, les mystères, les trahisons et l’humour, ne cherchez plus, vous avez trouvé le livre qu’il vous faut pour vous détendre durant ces longues soirées d’hiver, en compagnie d’un bon chocolat chaud ou d’une tisane, en regardant les flocons danser par la fenêtre …

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2017/12/chamanes-tome-1-heritage-rachel-dubois.html

par Aryia
Chamanes, Tome 3 : Masques Chamanes, Tome 3 : Masques
Rachel Dubois   
Le risque, lorsque l’on se lance dans la lecture d’une saga, c’est que celle-ci s’essouffle au bout de quelques tomes : une intrigue trop complexe que l’auteur ne parvient plus à dénouer, ou au contraire une intrigue creuse qui tourne inlassablement autour d’un seul élément. Pour une raison que je ne m’explique pas, lorsque j’ai demandé les trois premiers tomes de Chamanes sur Simplement, je savais déjà qu’aucun de ces deux « dangers » n’allait se glisser insidieusement au cœur de l’intrigue de la série. Mon intuition s’est révélée juste : au bout du troisième volume, je suis toujours aussi captivée, toujours aussi admirative, toujours aussi enthousiaste. L’auteure est vraiment douée, elle est parvenue à me faire tomber amoureuse de son univers, de ses personnages, de sa plume, et clairement, je ne m’en lasse pas !

Tout semblait pourtant s’arranger au sein du clan Neve : Greg est en vie et de retour, Danaë est enceinte. Mais ce n’était que le calme avant la tempête. Sandra doit faire face à la disparition de son frère, à l’enlèvement de sa sœur et à la possession de son âme sœur par un ancêtre cruel et puissant. Elle a beau être forte et déterminée, elle a beau être soutenue par l’amour de son Clan tout entier, cela commence à faire beaucoup pour une seule personne. Tandis que les mauvaises nouvelles affluent de tous les côtés, tandis que la mort rôde à sa porte, Sandra va devoir prendre des décisions, rapidement et radicalement. Quitte à souffrir. Quitte à mourir. Car une seule chose compte désormais pour Sandra : la sécurité des siens. Pour eux, elle est prête à tous les sacrifices …

S’il y a une chose qui m’impressionne dans cette saga, c’est qu’elle s’améliore de tome en tome tout en suivant un véritable fil rouge qui en assure la belle continuité. Se greffent ainsi à l’intrigue « globale » tout un tas de péripéties et de rebondissements qui viennent redonner un coup de peps à l’histoire du Clan Neve. Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer, il se passe toujours quelque chose ! Et pourtant, chose admirable, je n’ai pas une seule fois eu le sentiment qu’il y en avait « trop », comme cela peut parfois être le cas : l’auteure a vraiment réussi à trouver le juste milieu, l’équilibre idéal. Car à côté de ces nombreux coups de théâtre, à côté de ces batailles épiques et de ces traques angoissantes, il y a des moments de répit, de calme, de douceur, d’émotions. On en apprend un peu plus sur certains nouveaux membres du Clan Neve, sur leur passé, on s’attache progressivement à eux tandis que se dévoilent à nous leurs blessures, leurs peines, leurs douleurs. De l’action et de l’émotion, le compte est bon !

La plume de l’auteure est également de plus en plus belle au fur et à mesure que la saga évolue. Les maladresses se font de plus en plus rares, les imprécisions également : si dans le premier tome, j’avais quelques difficultés à repérer les changements de points de vue et étais régulièrement déboussolée, ici, tout est fluide, clair, précis. J’apprécie énormément cette pluralité de points de vue : on a ainsi une vision d’ensemble de la situation, et pas uniquement le ressenti de Sandra. Cela m’a d’ailleurs plusieurs fois amenée à essayer vainement de la prévenir de ce qui était en train de se tramer derrière son dos (imaginez-moi chuchoter furieusement à mon bouquin « Mais ouvre les yeux ! Sandraaaa ! » et vous comprendrez pourquoi je ne lis pas en public). Il faut dire que l’auteure sait jouer avec nos nerfs : on sent que l’instant fatidique approche, implacable, inéluctable, et alors notre petit cœur se met à courir le marathon … Car Rachel Dubois ne ménage ni ses lecteurs, ni ses personnages. J’ai pleuré, grogné, sangloté, refermé vivement le bouquin en niant catégoriquement l’existence de la phrase que je venais de lire …

Et ce que j’aime définitivement beaucoup chez Rachel Dubois, c’est sa capacité inouïe à raconter une histoire vibrante, captivante et émouvante avec simplicité. Ce livre est la preuve qu’il est parfaitement possible de faire rentrer le lecteur dans une intrigue sans avoir à user d’un vocabulaire et d’une syntaxe digne de la noblesse des temps passés ! La narration de l’auteure est simple mais efficace : les descriptions sont à la fois suffisamment précises et admirablement concises, la narration joue parfaitement son rôle sans se perdre dans les méandres du langage soutenu, les dialogues sont vivants et expressifs, parce qu’ils ne s’embarrassent pas d’incises à rallonge ou de répliques invraisemblables. L’auteure est restée concentrée sur l’essentiel : l’histoire, qu’elle raconte au lecteur comme le ferait une conteuse, avec émotion et justesse mais sans fioriture inutile. J’aime beaucoup, car le lecteur est vraiment focalisé sur le plus important : les aventures et mésaventures des personnages, les événements marquants, le déroulement de l’intrigue en somme. Quand il faut déjà lire trois fois une phrase pour en comprendre le sens, il est difficile de s’immerger dans l’histoire racontée, par exemple ! Bref, que j’aime cette narration fluide et jolie qui sait cependant rester simple et efficace !

En bref, vous l’aurez compris, mon amour pour cette saga atypique se confirme : je suis toujours aussi amoureuse de l’univers magique mis en place par l’auteure, toujours aussi captivée par cette mythologie qui refait surface, toujours aussi envoutée par cette histoire pleine de rebondissements … Je suis très frustrée de ne pas avoir la suite entre les mains, cette fin est atrocement cruelle pour mon petit cœur sensible, rien que d’y repenser j’ai terriblement envie de pleurer, j’ai besoin de savoir comment les choses vont évoluer. L’attente est tout simplement insoutenable, si quelqu’un a une machine à aller dans le futur, j’achète ! En attendant, je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans cette série aussi magique que dramatique, qui vous happe de la toute première à la toute dernière page et qui s’invite dans vos rêves sans crier gare …

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2017/12/chamanes-tome-3-masques-rachel-dubois.html

par Aryia
Absurditerre Absurditerre
Solène Azelma Sigaux   
Je devais avoir six ou sept ans la première fois que j’ai affirmé à mes parents, avec beaucoup de sérieux et de gravité, que j’étais une extraterrestre égarée sur Terre. Je ne savais pas comment exprimer plus clairement le profond sentiment de « décalage » que je ressentais continuellement : je ne me sentais pas à ma place dans ce monde, dans cette société aux mœurs si étranges, aux règles si compliquées … et à la logique fort peu évidente. Et malheureusement pour moi, les choses ne se sont pas arrangées, bien au contraire : aujourd’hui encore, je me demande où diable ai-je atterrie ! Vous comprendrez donc que le titre de cet ouvrage – joli mélange entre « absurdité » et « terre » qui veut tout dire – a attiré mon attention … Et je suis vraiment très heureuse que l’auteur ait acceptée ma demande de service de presse, ce fut un réel plaisir de découvrir ce petit roman à la couverture si magnifique !

En l’an 3000, les habitants de la Terre vivent en harmonie. Entre eux, et avec la nature. Respect, égalité et générosité sont les fondements de cette société sans frontières ni guerres, sans violences ni gouvernances. Les comités d’éducation, chargés de concevoir les programmes scolaires – identiques pour tous les enfants du globe – font ainsi appel à l’avis du peuple pour entériner leurs décisions … Et comme chacun leur fait confiance, leurs propositions sont généralement adoptées. Cependant, le jour où le sujet du référendum est « Voulez-vous que nos enfants connaissent l’existence des maux qui ont détruits l’Ancien Monde ? » – drames du passé que les membres des comités avaient choisi de taire pendant des siècles –, le résultat est plus mitigé … mais positif. Ainsi, puisqu’il vaut mieux « prévenir que guérir », tous les enseignants du monde devront cette année apprendre aux enfants les catastrophes de l’humanité, afin d’éviter que l’humanité ne reproduise un jour les mêmes erreurs. Mais quelles seront les conséquences de ces révélations ?

Imaginez un monde sans gouvernement, un monde sans argent, un monde sans frontière, un monde sans pollution, un monde sans guerre, un monde sans maltraitance animal … un monde idéal, où chacun respecte chacun, où vous avez la possibilité de faire ce qui vous plait sans avoir à rendre de compte à personne du moment que vous ne dérangez personne, où tout le monde est heureux et où tout le monde aide tout le monde. Et maintenant, imaginez-vous tenter d’expliquer aux enfants de ce monde idyllique ce que c’est que l’argent, que la démocratie ou la monarchie, que le meurtre ou la justice … Et surtout, essayez d’imaginer leur réaction. A votre avis, que penseraient-ils de tout cela ? Plus important encore : mettez-vous à leur place … comment réagiriez-vous ? que penseriez-vous ? Ce livre, il nous invite à prendre du recul, à poser un regard extérieur sur notre monde, sur notre société … et ainsi d’en apprécier toute l’absurdité.

En effet, si nous faisons l’effort de tâcher de nous délivrer de tout l’endoctrinement social que nous subissons depuis notre naissance – qui veut nous faire croire que les frontières sont légitimes, et qu’il est parfaitement raisonnable d’avoir besoin d’une autorisation pour franchir une ligne invisible et imaginaire, décidée arbitrairement par les Grands de ce monde –, alors nous ne pouvons que nous dire « Mais quelle aberration ! ». Nous vivons dans un monde – et l’anecdote est véridique –, où une maman va appeler son fils pour diner par sms interposés, alors qu’ils sont dans la même pièce ! Nous vivons dans un monde où nous ne pouvons rien faire sans « l’assistance » d’une machine : ce sont désormais des bracelets « intelligents » qui nous dictent combien de kilomètres nous devons courir pour évacuer le surplus de calories du repas ! Nous vivons dans un monde où nous torturons des animaux innocents … pour rien, car la surproduction au nom de la sacro-sainte « Croissance » nous conduit à jeter des tonnes et des tonnes de viande. Nous vivons dans un monde où nous courrons après la productivité, après l’argent, après les richesses, au détriment du bonheur : nous passons notre vie à courir dans tous les sens, à stresser, à penser que plus notre compte en banque sera rempli mieux ce sera, alors qu’à côté nous n’avons même pas le temps de jouer au Monopoly avec nos enfants … Nous vivons dans un monde qui se meurt, sur une planète que nous tuons à petit feu, nous détruisant nous-mêmes sans vouloir le voir …

Car voilà ce que dénonce ce livre, également : l’aveuglement volontaire de l’humanité. Nous nous mettons des œillères, pour ne pas voir ce qui dérange. On se dit qu’on ne peut rien faire, à notre niveau, et alors des milliards de veaux et d’agneaux sont égorgés dans d’atroces souffrances chaque jour. On croit nos gouvernements qui affirment que l’électricité est une énergie « propre » – alors qu’il semble évident que les déchets nucléaires sont tout sauf propres ! – et alors on se rue sur les voitures électriques, qui vont nécessiter la construction de nouvelles centrales … Centrales que les ingénieurs ont « l’excellente » idée de construire sur des failles sismiques, alors qu’un minimum de bon sens suffit pour comprendre que c’est dangereux. On suit aveuglément les « modes » vestimentaires, jetant notre collection de jeans datant de six mois à peine pour en acheter de nouveaux, en réalité rigoureusement identiques, mais que « tout le monde s’arrache » … et voici des hectares et des hectares de champs de coton qui finissent à la poubelle ! Les exemples se multiplient, le livre en apporte d’autres, mais ce qu’il en ressort, finalement, c’est bien : allons-nous continuer à suivre aveuglément le troupeau, ou allons-nous choisir de montrer qu’un autre chemin existe ?

Malgré tout, ce roman ne nous oblige pas à être d’accord avec tout ce que dit l’auteur : en tant que croyante, je suis donc parfaitement en désaccord avec le conte abordant l’absurdité de la croyance en un Créateur – mais je suis d’accord avec le fait que les extrémismes sont dangereux ! A chacun, finalement, de se faire sa propre opinion, en fonction de ses convictions, de ses intérêts … Ce livre n’impose rien, il expose. Il expose des situations dont le ridicule est poussé à son paroxysme. Le lecteur est obligé de réfléchir, de faire un travail d’interprétation, d’analyse, d’appropriation du message véhiculé, afin d’en retirer ce qui correspond à son propre cheminement de pensée, à sa propre vision critique de la société. Mais ce livre ne laissera personne indifférent, parce qu’il montre crûment la cruauté, oui la cruauté, de notre monde. C’est un livre coup de poing, un livre qui va très loin pour nous obliger à nous demander : mais voulons-nous vraiment en arriver là ? Car, le retournement de situation final le montre bien : l’humain est, par essence, par nature, attiré par le pouvoir, la violence, la gloire … Même si je ne m’attendais pas à cela, je trouve finalement que cette fin est encore plus évocatrice que tout le reste … et c’est même douloureux de s’en rendre compte.

En bref, un ouvrage très intéressant, très joliment écrit, qui a pour objectif d’ouvrir les yeux du lecteur pour l’inviter à voir plus loin que le bout de son nez. J’ai énormément apprécié le fil rouge du récit : un instituteur qui, par l’intermédiaire de contes subtilement choisis, transmet à ses petits écoliers l’Histoire … et surtout, j’ai beaucoup aimé les réactions de ces enfants. Choqués, mais pourtant fascinés par toutes les atrocités qu’ils découvrent, ils sont tiraillés entre l’éducation qu’ils ont reçus depuis leur naissance et l’attrait de ces terribles choses qui sont notre quotidien … C’est un livre assez dur, certains passages sont même vraiment difficiles à supporter, mais c’est un livre qui ouvre tout de même à l’espoir : tout n’est pas perdu, on peut cheminer vers un monde plus sain, plus harmonieux … Le monde parfait et idéal n’adviendra jamais, car la nature humaine est ce qu’elle est, mais en acceptant une vie plus simple, on pourrait tout de même avoir une vie plus belle !

http://lesmotsetaientlivres.blogspot.com/2018/07/absurditerre-azelma-sigaux.html

par Aryia
Albédo Albédo
Sébastien Fritsch   
Cela fait déjà plusieurs jours que je fusille du regard ma page Word vide sans savoir comment commencer cette chronique. Pourquoi tant d’indécision, de tâtonnements, de soupirs et d’hésitation ? Tout simplement parce que ce livre est un OVNI dans ma bibliothèque : vous le savez bien, mes genres de prédilection, c’est le young-adult, la fantasy, la science-fiction. Absolument pas le drame contemporain. Alors pourquoi diable ai-je postulé sur SimPlement pour tenter de recevoir ce livre ? Très honnêtement : aucune idée. La couverture a attiré mon regard, le titre m’a intriguée et le résumé m’a charmée. Sans même réfléchir une seule seconde, j’ai envoyé ma candidature. Et très sincèrement, quand j’ai trouvé le livre dédicacé dans ma boite aux lettres, j’ai eu une bonne minute de panique : mais dans quoi m’étais-je donc embarquée ? Pourquoi diable avais-je donc cédé à cette impulsion en choisissant un livre s’éloignant tellement de ma zone de confort ? Moi qui suis en pleine panne de lecture, j’ai bien cru voir ma dernière heure de lectrice arriver … et pourtant, je suis toujours en vie, et même très heureuse : ce fut une très belle lecture !

Emmanuel pensait avoir définitivement tourné la page et avoir laissé derrière lui son adolescence. Mais voilà que le passé lui retomber soudainement dessus, arborant le visage fermé de Mock : quand un vieil ami, qui a tant fait pour vous, vous demande de lui rendre un service, un seul, comment refuser ? C’est ainsi qu’il se retrouve sur cette plage, en retrait, pendant que Mock répand les cendres de celui qui fut, bien des années auparavant, sans vraiment l’avoir voulu, l’hôte généreux de tout leur petit groupe d’adolescents en quête de liberté. Mais Emmanuel était bien loin de se douter que ces sombres retrouvailles auraient un arrière-gout rance d’adieux silencieux. Car quelques jours après être retourné à son quotidien routinier mais ô combien rassurant, voilà que Maud, la sœur de Mock, dont il était tellement amoureux, le contacte à son tour : Mock a disparu. Commence alors pour Emmanuel une véritable quête de la vérité, qui le conduit à faire face au passé, à découvrir ce qu’il n’avait même pas soupçonné …

Albédo, c’est un roman dans lequel on se plonge progressivement. Dans la plupart des récits, l’auteur fait attention à donner au lecteur suffisamment d’informations pour comprendre aisément le passé des personnages. Pas ici. Ici, les souvenirs se dévoilent petit à petit, telles des pièces de puzzle éparpillées que le lecteur doit de lui-même analyser, trier, organiser pour saisir l’enchevêtrement des événements passés … et leur implication sur le présent. Ici, tout tourne autour de cette dualité passé/présent : comment réagir lorsque le passé refait brusquement surface, alors que l’on pensait avoir définitivement tourné la page ? Les premiers chapitres sont captivants, mais terriblement difficiles à suivre : on ne comprend pas tout, on tâtonne, on fronce des sourcils en se demandant où cela va nous emmener. Et c’est ainsi pendant tout le livre : on fait des suppositions, on essaye de recoller les morceaux, on se fait surprendre, parfois. Bien souvent, j’ai douté de mes idées, avant de constater qu’elles n’étaient peut-être pas complétement absurdes, mais pas tout à fait vraies non plus … J’ai vraiment apprécié le fait de ne pas avoir toutes les cartes en main, même si plus d’une fois je me suis dit « non mais j’en peux plus j’veux comprendre maintenant ». C’est vraiment une des forces de ce livre : le lecteur n’est pas passif, il a vraiment un rôle à jouer, un rôle qui progressivement semble indispensable à l’intrigue : pour pouvoir en saisir toutes les subtilités, le lecteur doit réfléchir, doit faire l’effort de reconstituer un passé tout en clair-obscur.

Mais Albédo, c’est aussi et surtout une formidable histoire d’amitié : entre Emmanuel et Mock, entre Emmanuel et Maud, il y a une amitié véritable, une amitié qui résiste même au temps et à l’absence, et une amitié si forte, si profonde, et bah clairement, ça m’a donné les larmes aux yeux pendant une grande partie du livre. A travers une narration à la première personne aussi fluide que poétique, bien que parfois un peu déconcertante, on ressent une myriade d’émotions qui viennent résonner au plus profond de notre cœur : que l’on ait la chance ou non d’avoir des amis aussi fidèles, on ne peut que se laisser emporter par cette histoire d’amitié. Il faut dire que les personnages sont terriblement attachants : Emmanuel, un peu paumé, terriblement maladroit dans les relations sociales, porte pourtant l’intrigue avec une force insoupçonnée de tous y compris de lui-même. A côté, on a Maud, aussi fragile que forte, une jeune femme qui restera toujours la petite sœur de Mock, celle que Mock protège. Et Mock, d’ailleurs … Mock, c’est le mystère incarné, c’est celui que nul ne peut comprendre, l’électron libre et solitaire qui met véritablement en mouvement cette intrigue. A côté de ce trio, il y a Lison, la collègue d’Emmanuel, attentive mais impulsive, qui va soutenir Emmanuel en même temps qu’elle va le booster. J’aime beaucoup Lison, je l’admets volontiers, d’autant plus qu’au final, elle débarque un peu comme un cheveu sur la soupe, elle s’incruste là-dedans sans gêne, et je trouve ça particulièrement décalé par rapport à la tonalité si dramatique du reste du récit que je ne peux qu’approuver !

En bref, Albédo est un roman qui a su me surprendre, mais surtout, qui a su me faire dépasser mes premières appréhensions en me proposant un véritable condensé d’émotion et de mystère. Des personnages attachants liés les uns aux autres par des liens forts et complexes, un passé dont chacun détient un morceau de vérité et qu’il va désormais falloir reconstituer pour comprendre les agissements d’un d’entre eux avant qu’il ne soit trop tard, mais aussi une véritable réflexion sur la vie, l’amour, l’amitié … A travers ces quelques centaines de pages, l’auteur nous offre tout simplement d’accompagner le narrateur au cours d’une étape de son existence, d’une de ces étapes qui constituent à la fois un retour vers le passé et une passerelle vers l’avenir. Car tout est intimement lié dans une vie, et c’est ce que ce récit met en évidence : comment avancer lorsqu’on a oublié d’où on venait ? Aussi, pour ce roman empli de douceur et de poésie, je remercie vivement Sébastien Fritsch !

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2017/07/albedo-sebastien-fritsch.html

par Aryia
Au Bonheur des Dames Au Bonheur des Dames
Émile Zola   
Bien souvent, au lycée, lorsque les professeurs nous invitaient à lire du Zola, la plupart de mes camarades plissaient les sourcils et grimaçaient tout en pestant contre la « sale manie » de Zola de rédiger des phrases et des descriptions à rallonge, et également contre sa propension à ne proposer que des fins terriblement déprimantes. Je me suis toujours sentie gênée au cours de ces conversations car, personnellement, j’adore Zola et sa plume. J’apprécie de pouvoir en apprendre plus sur l’Histoire tout en lisant une histoire. J’apprécie de pouvoir me représenter sans difficulté le cadre et l’ambiance dans lesquels s’inscrit l’intrigue. Certes, ce n’est pas toujours très réjouissant, mais c’est réaliste et cela ne me choque pas.

C’est donc dans le cadre d’un petit challenge personnel (lire l’intégralité du cycle « Les Rougon-Macquart ») que je me suis lancée dans la lecture d’Au Bonheur des Dames. Nous faisons la rencontre de Denise, une jeune femme modeste et spontanée, qui débarque en plein cœur de Paris avec ses deux petits frères dont elle a la charge. Afin de subvenir aux besoins de sa petite famille, Denise cherche à trouver un emploi dans la petite boutique de tissus de son oncle. Mais ce dernier ne peut se permettre de l’embaucher : les affaires sont dures pour les petits commerçants tels que lui depuis l’ouverture du Bonheur des Dames, un magasin gigantesque qui affiche des prix imbattables. Son directeur, Octave Mouret, est un jeune homme ambitieux qui croit en une conception nouvelle du commerce et qui voit dans son magasin un excellent moyen de tenir la femme à sa merci, de la faire se sentir reine pour l’inciter à dépenser toujours plus.

Malgré la désapprobation de son oncle, qui refuse d’admettre l’inéluctable déclin de son commerce, Denise va se faire embaucher comme vendeuse au Bonheur des Dames. Raillée par ses collègues, dénigrée par les clientes, Denise va voir sa sensibilité mise à rude épreuve, d’autant plus qu’elle ne comprend pas ce qu’elle a pu faire de mal pour s’attirer ainsi la haine des autres femmes. Renvoyée par un supérieur auquel elle s’est refusée, Denise va finalement être réengagée après avoir attiré l’attention de Mouret, qui l’attire autant qu’il la terrifie. Mouret, de son côté, va être touchée par cette orpheline, pleine de candeur et d’honnêteté, qui de plus est la seule à ne pas céder immédiatement à ses avances. Progressivement, son regard va changer et une fièvre passionnée va prendre le pas sur la froideur qu’il s’appliquait jusqu’alors à manifester dans ses relations.

Vous l’aurez compris, ce roman est avant tout une histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose, deux individus qui refusent d’admettre cette attirance réciproque. Denise n’arrive pas à concevoir comment un homme tel que Mouret, riche et talentueux, pourrait s’intéresser à une petite vendeuse telle qu’elle. Mouret, lui, ne comprend pourquoi Denise occupe tant de place dans ses pensées et son cœur, lui qui jusqu’alors ne voyait les femmes que comme des clientes enfiévrée, des acheteuses frénétiques qui font tourner son commerce mais qu’il dirige à sa guise. De plus, il ne parvient pas à saisir les raisons qui conduisent Denise à repousser sans cesse ses avances, à refuser ses propositions les plus alléchantes. Il y a dans cette relation un véritable jeu du chat et de la souris, un « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis » que je ne m’attendais absolument pas à retrouver dans un livre classique ! Comme je suis une grande romantique, j’avoue que ce côté-là du roman m’a énormément plu !

Mais ce n’est pas le seul point positif de ce livre ! Fidèle à son objectif, qui est de peindre un tableau général du Paris du second Empire, Zola nous offre dans ce récit un véritable « instantané » de la société de l’époque. Ainsi, nous assistons à la naissance des grands magasins, au début du capitalisme moderne et à la montée en puissance de la consommation de masse. Mouret ne se contente pas de vendre un type de marchandises : il aspire à devenir l’unique ressource de ses clientes, l’ultime commerçant qui leur permettra de n’avoir plus qu’un seul magasin à visiter pour faire ses emplettes. Mouret cherche également à susciter l’envie d’acheter, à créer des besoins. Pour cela, il va multiplier les rayonnages, les promotions « exceptionnelles », il va appâter l’acheteuse potentielle en lui faisant traverser l’intégralité du magasin pour parvenir au rayon qu’elle souhaitait d’abord visiter … lui offrant ainsi une multitude de tentations auxquelles elle finira bien par succomber. Des techniques encore bien utilisées de nos jours …

Un autre bouleversement majeur se trouve dans la gestion du personnel : oubliées les vendeurs « ad vitam aeternam » qui faisait presque partis de la famille chez les petits commerçants, le capital humain du Bonheur des Dames fluctue lui aussi en fonction de l’affluence. La rentabilité est le maitre-mot et les employés trop maladroits, trop lents ou trop peu productifs sont aussitôt remerciés. La direction a également mis en place des primes pour les meilleurs vendeurs, tout une armée d’inspecteurs pour veiller au grain … Le magasin est une machine cruelle qui n’a aucune considération pour ses rouages, qui sont considérés comme interchangeables et facilement remplaçables. La chasse au profit devient plus importante que l’humanité et la solidarité … Zola le déplorait déjà à l’époque.

Au fur et à mesure que le Bonheur des Dames se développe, les petits commerçants alentours se meurent, rongés par le manque de clients et hantés par la faillite imminente. La plupart refusent de s’adapter aux nouvelles normes en vigueur dans le commerce et assistent avec impuissance au déclin de leur activité. Zola illustre cette déchéance par la famille Baudu : au fur et à mesure que les ventes se raréfient, que la boutique se voit mangée par la concurrence, les membres de cette maison dépérissent à vue d’œil. Dépassés par la modernité, les Baudu tirent leur révérence, lutant jusqu’à leur dernier souffle contre l’inexorable victoire des grands magasins sur le petit commerce traditionnel. Toute la noirceur du roman se retrouve concentrée dans cette personnification de la mort des petites boutiques.

Je pourrais encore continuer longtemps : il y a tant de choses à dire sur ce livre ! Je conclue donc en réitérant mon exclamation première : que j’aime Zola ! Ses longues descriptions m’enchantent, son style de narration me fascine et son côté « historien poète » me captive. Ses personnages sont très intéressants, j’ai particulièrement bien aimé Mouret qui est un être complexe, lunatique et assez étrangement très attachant. Si vous souhaitez lire du Zola mais que vous ne savez pas avec quel livre débuter, je vous invite fortement à choisir Au Bonheur des Dames, qui est sûrement le récit le plus léger que j’ai pu lire de lui jusqu’à présent.

http://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2016/07/au-bonheur-des-dames-emile-zola.html

par Aryia
Aussi loin que possible Aussi loin que possible
Éric Pessan   
C’est en sortant ce roman du carton qui lui sert d’étagère (manque de place chronique) que je me suis rendu compte que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de livres « courts » : avec 138 pages au compteur, cet ouvrage est bien différent des pavés que j’engloutis habituellement. Autant dire qu’il n’a pas fait long feu : en moins d’une heure, la dernière page était tournée ! Moi qui comptais sur lui pour m’occuper tout le temps que durerait le rendez-vous de mes parents, j’ai dû trouver une autre occupation pour la seconde partie de l’attente (j’en ai ainsi profitée pour préparer le brouillon de cette chronique).

Ce matin-là, en déposant leurs sacs de cours au pied d’un buisson et en s’accroupissant tandis que l’un d’eux entamait le décompte, Antoine et Tony n’avaient à l’esprit qu’une simple petite course amicale afin de déterminer lequel des deux était le plus rapide. Eux-mêmes étaient bien loin de se douter qu’ils allaient poursuivre cette course par-delà les limites du quartier, de la ville, du fleuve, qu’ils allaient courir côté à côte durant des jours, laissant derrière eux leurs soucis, leurs problèmes, leur quotidien. Ils étaient loin d’imaginer que leur existence toute entière allait basculer ce matin-là, lorsque sans se concerter ils ont continué de courir … aussi loin que possible.

Pour être parfaitement honnête, lorsque j’ai reçu ce roman par l’intermédiaire de mon abonnement Ecole des Max, j’étais assez sceptique : que pouvait-il y avoir de bien palpitant dans l’histoire de deux garçons qui ne font que courir ? Moi qui déteste la course à pieds et me demande régulièrement ce qui pousse tant de gens à se torturer quotidiennement en s’obligeant à courir après le temps qui passe, j’ai bien failli ne jamais donner sa chance à ce livre … Fort heureusement pour lui comme pour moi, j’avais besoin d’un roman pas trop gros à trimballer pour m’occuper dans une salle d’attente et je me suis souvenue de son existence. En effet, contrairement à ce que je craignais, il n’est pas si mal que cela, ce roman qui court !

Pour les médias, Antoine et Tony ont couru pour soutenir une cause. Mais en réalité, Antoine et Tony ont couru pour fuir la peur. Dans le cas de Tony, il s’agissait de fuir la crainte de se faire expulser vers l’Ukraine, ou pire, d’être séparé de ses parents et de ses frères et sœurs pour être placé en famille d’accueil. Antoine fuyait la violence et l’impulsivité de son père colérique. On s’attache facilement à ces deux adolescents malmenés par la vie, mais que la vie n’est pas parvenue à briser : on a envie de les voir réaliser leurs rêves, de les voir libérer de cette angoisse quotidienne, de ces chaines qui les entravent et les empêchent de vivre pleinement. Ce ne sont pas des rebelles, des voyous : si au cours de leur « fugue » (qui n’en est pas vraiment une), ils ont été amenés à voler ou à entrer par effraction dans des résidences secondaires pour trouver de quoi manger et dormir, ils ne le font jamais « de bon cœur ». Sans cette peur qui les poussait à aller toujours plus loin, jamais ils n’auraient fait cela, et j’ai beaucoup aimé les petites remarques d’Antoine à ce sujet : il se demandait parfois s’ils ne devaient pas mettre un petit mot pour s’excuser d’avoir brisé la vitre, de s’être servi dans les conserves … Ce livre montre bien que tous les jeunes des cités ne sont pas des criminels en puissance ! J’aime beaucoup ces deux garçons, qui ne cherchent finalement qu’une seule chose à travers ce marathon sauvage et improvisé : se vider l’esprit de tout ce qui, dans leur vie, est trop sombre pour être supportable …

On ne va pas se mentir, l’action est quelque peu monotone : ils courent, se procurent de quoi manger, cherchent un abri pour la nuit, puis repartent en courant. Excepté quelques conversations épisodiques, ils n’échangent pas un mot, chacun plongé dans ses propres pensées. L’esprit d’Antoine, notre narrateur, vagabonde autant que son corps, et ce sont justement ces réflexions, ces égarements, qui rendent le récit si intéressant. Antoine ne se contente pas, fort heureusement, de nous raconter leur cheminement, de nous relater mésaventures et moments de joie, il nous parle également de ses états d’âme, de ces questionnements … Il nous partage sa vision du monde qui l’entoure : une société où chacun vit les yeux rivés sur sa propre personne sans jamais les poser sur les autres, où la routine devient une prison aussi surement que la nature se voit grignotée par des villes toujours plus étendues et déprimantes. Tout comme Antoine et Tony, on peut parfois être tentés de tourner le dos à cette sombre réalité … mais tout comme Tony et Antoine ont été rattrapés par elle, nous n’avons aucun moyen de l’éviter. Alors, peut-être, faudrait-il essayer de la changer pour qu’elle soit plus humaine, moins froide ?

En bref, un petit récit très court mais très percutant, qui a su me surprendre et me faire oublier mes appréhensions premières. Une ode à la liberté et à l’amitié qui invite à profiter du moment présent et à se vider l’esprit de tout ce qui l’encombre inutilement … mais aussi à se questionner sur le bien-fondé de certains comportements de notre société. S’il risque d’ennuyer les lecteurs amoureux des intrigues pleines de rebondissements et d’actions, il fera la joie de ceux qui apprécient les réflexions sur la vie, le monde … Je le conseille tout particulièrement aux plus jeunes lecteurs de par sa petite taille : peut-être cet ouvrage leur donnera-t-il envie de faire bouger les choses, pour que notre société n’oublie pas l’importance du partage et de l’échange, pour que chacun se préoccupe des autres et non plus uniquement de lui-même …

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2017/11/aussi-loin-que-possible-eric-pessan.html

par Aryia
Dalla-dalla Dalla-dalla
Satomi Ichikawa   
L’entrée en primaire, c’est bien évidemment l’âge des premiers « grands » apprentissages, mais c’est également l’âge où l’enfant commence à penser au futur : « Quand je serai grand, je serai pompier ! », « Quand je serai grande, je serai maitresse ! » … Avec ce petit album, très court mais très riche, Satomi Ichikawa emmène le petit lecteur sur l’île de Zanzibar, au cœur de l’océan Indien, et lui fait faire la connaissance d’un petit garçon très différent de lui, mais qui rêve aussi …

Juma, notre petit narrateur, passe la plupart de son temps chez son grand-père. En effet, son père est conducteur d’un petit camion-bus et est donc quasiment tout le temps sur les routes pour transporter les habitants de l’île un peu partout. Lorsqu’il apprend que son grand-père était lui aussi conducteur de dalla-dalla, Juma est bien décidé à suivre les pas de son père et de son grand-père ! Mais ce dernier espère pour lui bien plus, remarque que ne comprend pas Juma … jusqu’à ce qu’il apprenne que les avions peuvent conduire bien plus loin que les limites de l’île ! A partir de ce moment-là, c’est décidé : il sera conducteur d’un dalla-dalla volant et partira découvrir le monde avec son père et son grand-père !

Comme bien souvent avec Satomi Ichikawa, ce petit album répond à plusieurs objectifs. Tout d’abord, faire rêver, faire voyager par l’intermédiaire de quelques mots et de jolies illustrations. Les dessins sont vraiment magnifiques, c’est un vrai régal que de les admirer ! Les illustrations sont très réalistes, elles sont riches en détails et accentuent le dépaysement en mettant l’accent sur la sobriété et la pauvreté de la vie à Zanzibar : les vêtements, l’habitat, les modes de transport sont mis en évidence. Mais ces illustrations sont également pleines de vie, le jeu des couleurs véhicule une ambiance à la fois très douce et très sauvage : pour un peu, on sentira le vent chaud autour de nous et on entendrait les cris des pélicans !

Ensuite, cet album fait découvrir au petit lecteur une autre culture : Juma vit sur une île bien loin de chez nous, il a une autre couleur de peau, il est musulman … Son quotidien n’est pas le même que celui des petits français, ses jouets non plus (sur une des planches, on voit un petit garçon jouer avec un petit dalla-dalla fabriqué en matériaux de récupération) … mais comme beaucoup d’enfants, Juma s’imagine un avenir et veut découvrir le monde. Ces points communs entre Juma et le jeune lecteur, constituent finalement le cœur de l’histoire et forment la base du message que cherche finalement à faire passer cet album : on ne se ressemble pas tous, on ne vit pas de la même manière, mais on est tous humains, avec les mêmes envies, les mêmes sentiments … Tolérance et respect des différences par la reconnaissance des ressemblances, voilà finalement ce à quoi conduit ce petit récit si joliment illustré !

En définitive, il s’agit d’un album à mettre entre toutes les petites menottes ! Il s’adresse tout particulièrement aux très jeunes lecteurs : un vocabulaire simple, des phrases courtes, de nombreux dialogues et exclamations … c’est vraiment un livre idéal pour les premières lectures en autonomie ! Mais c’est également un album que l’on peut introduire plus tôt en guise d’histoire du soir : l’histoire est vraiment courte (environ treize pages à peine), les dessins sont riches en couleurs et illustrent vraiment bien l’intrigue, il n’y a donc aucune raison pour priver les plus petits de cette jolie histoire et de ce joli voyage !

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2017/11/dalla-dalla-satomi-ichikawa.html

par Aryia
Dans les larmes de Gaïa Dans les larmes de Gaïa
Nathalie Le Gendre   
Pendant des années, je suis passée devant ce livre à la bibliothèque sans lui accorder la moindre attention : bien que le résumé me semblait prometteur, il ne se démarquait pas des autres et ne m’attirait donc pas plus que cela. Alors, vous demandez-vous surement, qu’est-ce qui m’a fait changer d’avis à son sujet ? La réponse peut sembler étonnante : un forum de jeu de rôle. Inspiré en partie par ce livre, ce forum fut mon petit refuge personnel pendant quelques mois, ses membres furent pour moi comme une véritable famille et j’ai passé au cœur de cette petite communauté mes meilleurs moments de rôliste. Et puis, faute d’activité, nous avons dû prendre la douloureuse décision de le fermer … Presque un an après l’ouverture du forum et plus de six mois après sa fermeture, la nostalgie est toujours forte, mais la tristesse suffisamment estompée pour me permettre de me plonger dans ce livre sans que je ne me mettre à pleurer en songeant à cette fantastique expérience …

Au gré des flots dérive l’Archebulle, immense île artificielle totalement autonome qui abrite une communauté régie par une hiérarchie implacable et des règlements impitoyables. Natanae et Morphée sont deux adolescents que tout oppose mais que leur soif de liberté et de justice va réunir. La première est fille de pêcheur et se situe au plus bas de l’échelle sociale, le deuxième est le fils du dirigeant le plus respecté et le plus craint de cette société confinée. Les deux ne supportent plus cette immense prison dorée, en particulier depuis que l’ébauche d’un continent se profile à l’horizon, et que les découverte du jeune homme leur offrent une possibilité de s’évader de cette Archebulle devenue trop pesante. Parviendront-ils à fuir sans se faire arrêter … ou se faire tuer ?

Contrairement à certains romans post-apocalyptiques, qui débutent par une longue et fastidieuse rétrospective permettant au lecteur de comprendre comment les choses sont devenues ce qu’elles sont, celui-ci ne s’embarrasse pas d’une ribambelle d’explications. Le lecteur est directement plongé au cœur de l’intrigue, et les rares informations concernant l’Archebulle sont disséminées au cœur de l’histoire. De la même façon, l’auteur a fait le choix de ne pas suivre le schéma « traditionnel » d’une dystopie young-adult, et saute l’étape « présentation idyllique de la société futuriste » et passe directement à la phase « rébellion des personnages principaux contre l’organisation en place ». Nous avons ici un récit éminemment dynamique, qui se concentre sur l’action sans s’attarder sur ce qui ne sert pas directement l’intrigue. Ainsi, nous ne savons finalement que très peu de choses des personnages : nous ne connaissons que des bribes de leur passé et n’avons que très peu de descriptions physiques, car l’important ici est la rencontre impromptue entre ces deux adolescents que tout sépare ainsi que les plans qu’ils échafaudent ensemble. Une semaine à peine s’écoule entre la première et la dernière phrase. Le lecteur n’a donc pas le temps de s’ennuyer, puisqu’il se passe toujours quelque chose, sans aucun temps mort. Nous avons ici un roman très vivant qui ne s’attarde que sur l’essentiel, une intrigue palpitante qui tient le lecteur en haleine.

Mais je dois avouer être restée sur ma faim. L’auteur a voulu se concentrer exclusivement sur l’échappée de Natanae et Morphée hors de cette prison dorée, et bien que cela ait du bon du point de vue du rythme narratif, cela est également à l’origine d’un certain sentiment d’inachevé, d’inabouti. Il y avait un potentiel dingue dans l’idée d’une société confinée à l’intérieur d’une Archebulle dérivant au gré des flots, d’une société hiérarchisée où les rares privilégiés ne sont finalement pas plus libres que les opprimés, d’une société basée sur le mensonge d’un seul individu qui régit tout. Et ce potentiel a été réduit à néant par la volonté de laisser de côté tout ce qui n’était pas directement relié à l’intrigue principale. Personnellement, j’aurai adoré en savoir plus sur la vie quotidienne des habitants de l’Archebulle, avoir plus de précisions sur la régulation des naissances, sur les punitions en cas d’infractions des règles, sur le règlement en lui-même … Bref, j’aurai été comblée si le cadre dystopique aurait été un peu plus exploité. Je pense d’ailleurs que le message véhiculé (l’hymne à la liberté), n’en aurait été que plus fort : ici, j’avais le sentiment que nos deux protagonistes cherchaient plus à fuir leur famille respective que l’étau oppressant d’une société trop autoritaire. Donc voilà, je suis un peu déçue car il y avait énormément d’idées très intéressantes qui n’ont finalement été que peu mises en valeur …

De la même façon, j’ai été quelque peu déconcertée par le dénouement de l’intrigue en elle-même : c’est rapide, terriblement rapide. Si rapide que cela en devient absurde. En une semaine à peine, Natanae et Morphée se rencontrent, deviennent amis en dépit de leurs différences et des interdits, se disputent, se réconcilient, et trouvent en parallèle le temps d’échafauder un plan pour s’évader, de pirater les codes permettant de mettre leur projet à exécution et de préparer tout ce qui leur sera nécessaire. Le tout alors qu’ils n’ont même pas seize ans et qu’ils prétendent également emmener avec eux la petite Thynie, demi-sœur de Natanae, qui n’a que deux ans. Une fois encore, l’idée de départ était sympathique : deux adolescents épris de liberté qui comptent bien rejoindre le continent qu’ils voient à l’horizon, mais l’exploitation de cette idée n’a pas été des plus judicieuses. Alors que la sécurité est censée patrouiller toute la nuit et terrorise tout le monde, ils ne se sont pas fait chopper une seule fois, même avec un vélo déglingué (et donc bruyant) comme moyen de transport … Quand on y regarde de plus près, nos deux protagonistes ne font face à aucune contrariété pour quitter cette Archebulle, et on se demande même pourquoi ils sont les seuls à parvenir. Ce n’est finalement pas très crédible et c’est dommage.

Je pense que ma conclusion est prévisible : Dans les larmes de Gaïa est un roman qui avait un grand potentiel mais qui est finalement resté à la surface des choses, et m’a donc plutôt déçue. Bien que les personnages soient terriblement attachants – coup de cœur pour la petite Thynie, si mignonne qu’on a tous envie de la protéger de tous les vilains – et que la narration soit véritablement captivante et palpitante, je n’ai pas réussi à me plonger véritablement dans l’histoire, qui se dénoue bien trop rapidement et bien trop facilement. Je tiens cependant à nuancer quelque peu ma chronique : il n’y a pas que du mauvais dans ce livre ! A vrai dire, je pense que si je l’avais lu lorsque j’avais dix ans, je l’aurai immédiatement placé dans mes coups de cœur. Ce récit est véritablement destiné à la jeunesse et conviendra parfaitement aux jeunes lecteurs avides d’aventure et de liberté. A placer entre toutes les petites menottes passionnées de lecture !

https://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2016/12/dans-les-larmes-de-gaia-nathalie-le.html

par Aryia
Dust Bowl Dust Bowl
Fabien Fernandez   
Pour tout avouer, c’est la curiosité qui m’a poussée vers ce livre : je ne connaissais l’auteur que de nom, je ne savais pas très bien ce que signifiait le terme « Dust Bowl » … Je n’avais donc aucune idée de ce qui m’attendait vraiment lorsque j’ai commencé ma lecture. Et quelle surprise, quelle belle surprise ! Bien que ce roman ne soit pas un coup de cœur – probablement parce que l’intrigue se résout trop rapidement, mais sans être réellement bouclée, brouillant les pistes : y-aura-t-il une suite ou non ? –, j’ai vraiment adoré ce livre qui a su dépasser toutes mes attentes ! Derrière cette belle et intrigante couverture se cache un récit riche, palpitant, intéressant, qui brouille les frontières entre récit historique, roman fantastique, réflexion philosophique et plaidoyer écologique …

Kush vient de voir son père mourir sous ses yeux. Aveuglé par son désir de vengeance, l’adolescent quitte son foyer dévasté par les flammes pour traquer les meurtriers de celui qui représentait sa seule famille. N’ayant pour seule possession que le manuscrit que ce dernier lui a ordonné de protéger, Kush découvre qu’un immense complot se trame : les Alchimistes en veulent au Président et comptent dominer l’économie agricole du pays par l’intermédiaire de graines génétiquement modifiées ne produisant que des plantes stériles … Bientôt rejoint par Ruben, lui-même issu d’une sombre expérimentation des Alchimistes, le jeune Forgeron va tout faire pour enrayer cette machination, même si cela l’oblige à braver les tempêtes de poussière qui ravagent alors l'Oklahoma, le Kansas et le Texas ...

Véritable page-turner, ce roman vous happe de la première à la dernière phrase. Le lecteur ressent, comme Kush, un sentiment d’urgence qui le prend aux tripes : il faut poursuivre la lecture, avant qu’il ne soit trop tard. On s’attache rapidement à ce jeune garçon, devenu orphelin en l’espace de quelques minutes, désormais livré à lui-même avec pour seule force sa colère, avec pour seule alliée sa maitrise encore fragile du feu. Kush n’est plus un enfant, mais il n’est pas un homme non plus : il est à la croisée des chemins, et on peut très facilement s’identifier à lui. Alors on a peur, on a mal pour lui. On voudrait l’aider, le soutenir, le conseiller. Mais le lecteur est impuissant … la seule chose qu’il puisse faire, c’est tourner les pages, dévorer les chapitres, pour savoir ce qui va advenir de Kush … et de Ruben. Deuxième narrateur de ce récit au rythme effréné, Ruben se débat avec les différents fils qui composent sa mémoire, héritage des multiples corps à partir desquels il a été créé. On a envie de protéger Ruben de toutes les atrocités du monde, lui qui malgré sa carrure imposante semble si fragile et démuni … Ces deux personnages sont d’une complexité rare, et ils ont su conquérir mon petit cœur de lectrice !

Les embuches sont nombreuses sur leur chemin, et on a la gorge nouée et le souffle court à chaque fois qu’ils se retrouvent dans une situation délicate. L’auteur n’épargne ni ses personnages ni ses lecteurs : la chance ne sourit jamais bien longtemps à ces deux adolescents déjà bien malmenés par la vie, et l’on en vient à se demander s’ils parviendront au bout de leur quête … C’est un livre avec lequel on ne s’ennuie pas une seule seconde. Une ambiance pesante, oppressante. Une tension omniprésente, grandissante. La fin se rapproche, inexorablement, et le Destin semble vouloir mettre toujours plus de bâtons dans les roues de nos deux amis. Le Destin occupe une place importante dans ce récit, à travers le personnage d’Alexandria, Tisseuse, qui lit l’avenir dans les cartes … Le futur est-il figé, ou bien sont-ce nos choix qui le déterminent ? Ce livre ne donne pas de réponse à cette question. Plus encore, il laisse quelque peu le lecteur sur sa faim : moi qui m’attendais à un final grandiose, je me suis retrouvée avec une fin en demi-teinte. A la fois trop rapide et pas assez tranchée : quelques dizaines de pages supplémentaires auraient été les bienvenues ! Rien n’est véritablement résolu, finalement, et pourtant il semblerait que ce roman soit un stand-alone : quel dommage d’avoir mis en place un univers si riche pour finalement laisser tant de questions en suspens …

Mais l’auteur nous offre bien plus qu’une simple course contre la montre pour contrer les machinations d’une organisation malveillante. Ce livre est bien plus qu’un page-turner. C’est une bouteille à la mer, un cri dans la nuit. Ce n’est pas pour rien que l’histoire prend place au cœur du Dust Bowl. Les effroyables tempêtes de sable qui ont ravagés ces régions ne sont que les conséquences de l’avidité de l’homme, qui a voulu produire plus, toujours plus, qui ne jure plus que par une chose : la croissance, le progrès, mais surtout la richesse … et cela au détriment de tout le reste. Ce livre, il nous invite à veiller sur la Terre qui nous porte et nous nourrit sans rien demander d’autre qu’un peu d’attention pour pouvoir survivre et continuer à nous apporter ses bienfaits. Il nous invite à ne plus être repliés sur nous-mêmes mais à s’ouvrir à la nature, à l’autre … Car ce livre offre également une belle réflexion sur l’humanité, sur la société d’hier mais aussi celle d’aujourd’hui : « Est-ce ça, être vivant alors ? S’abaisser, se torturer mutuellement, dominé ou être dominé … Je ne comprends pas ce que Kush appelle l’humanité », nous dit Ruben … L’humanité, c’est censé être la « bienveillance de l'homme pour ses semblables », mais Ruben ne voit pas cette bonté, il ne voit que l’égoïsme et l’individualisme, il ne voit que la violence et l’indifférence. Sans jamais être moralisateur, ce récit nous invite tout simplement à la réflexion …

En bref, je suis tombée sous le charme de ce roman ! L’auteur a une très belle plume, très vivante, très percutante. Des phrases courtes, fulgurantes, qui s’accordent à merveille au rythme effréné du récit. Une histoire haletante, qui ne laisse au lecteur aucun répit, qui le tient en haleine. La tension, monte, progressivement, et on s’attend à une fin en apothéose … Et voilà bien le seul point faible de ce roman, finalement : cette fin qui n’en est pas vraiment une, qui tombe un peu à plat tant elle détonne avec le rythme palpitant et riche en rebondissements auquel le lecteur était habitué jusqu’alors. C’est un livre à double-tranchant, qui conviendra tout autant aux amoureux des page-turner captivants qu’aux adeptes des romans d’apprentissage, qui plaira assurément aux passionnés de road-trio tout en fascinant les lecteurs de fantastique ! Un livre qui surprend, mais qui surprend agréablement !

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par Aryia