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- Je vous prie de m'excuser, signora, mais quelque chose m'intrigue...

- Dites-moi de quoi il s'agit.

- C'est la première fois que j'entends parler d'une femme à la tête d'une cité-Etat. Je suis impressionné.

Caterina esquissa un sourire.

- Eh bien, elle se trouvait auparavant entre les mains de mon mari, naturellement. Vous vous souvenez de lui, non ? Girolamo... (Elle marqua une pause.) Eh bien, il est mort.

- Je suis vraiment navré...

- C'est inutile, répondit-elle simplement. Je l'ai fait assassiner.

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Extrait ajouté par MaMt 2012-08-25T00:07:06+02:00

Je pensais que j'apprenais à vivre; j'apprenais seulement à mourir.

Leonard de Vinci

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Dès que tu te seras débarrassé des archers, on se rassemblera là... (Antonio indiqua une petite place non loin, qu'Ezio reconnut pour être celle où Leonardo possédait son nouvel atelier - il se demanda brièvement si son ami faisait des progrès, avec ses commandes) et on discutera des étapes suivantes.

- Quand passe-t-on à l'action ? demanda Ezio.

- Ce soir !

- Parfait ! Permets-moi de choisir deux bons gars. Ugo, Franco, ça vous dit ? (Les deux hommes acquiescèrent en souriant.) On s'occupe des archers, et on se retrouve là où tu l'as proposé.

- Avec nos hommes à la place de leurs archers, ils ne se douteront de rien.

- Et ensuite ?

- Une fois l'entrepôt sécurisé, on lancera une attaque sur le palazzo lui-même. Mais rappelez-vous ! Pas un bruit ! Ils ne doivent se douter de rien ! (Antonio esquissa un sourire et cracha par terre.) Bonne chance, mes amis - in bocca al lupo !

Il donna une tape sur l'épaule d'Ezio.

- Crepi il lupo ! répondit Ezio en crachant à son tour.

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Extrait ajouté par MaMt 2012-09-16T21:49:19+02:00

Requiescat in pace

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Après qu’Ezio eut pris congé de Leonardo et se fut installé dans ses propres appartements, il revint sans perdre de temps au Palazzo Seta, ce qui se révéla une tâche relativement complexe dans une ville composée de ruelles, de canaux sinueux, de basses arches, de petites places et de culs-de-sac. Mais tout le monde connaissait le palazzo, et, lorsqu’il se perdait, les gens du cru lui indiquaient volontiers la direction à prendre… même s’ils semblaient tous perplexes quant aux raisons qui pouvaient le pousser à vouloir s’y rendre de son plein gré. Un ou deux lui suggérèrent qu’il lui serait plus facile de s’y rendre en gondole, mais Ezio souhaitait aussi bien se familiariser avec la cité qu’atteindre son objectif sans se faire remarquer.

Ce ne fut qu’en fin d’après-midi qu’il atteignit le palazzo, même s’il s’agissait moins d’un palais que d’une forteresse, ou d’une prison, car le grand bâtiment principal avait été érigé à l’intérieur de remparts. De chaque côté, il était cerné par d’autres bâtiments, séparés de lui-par d’étroites ruelles, mais à l’arrière se trouvait ce qui ressemblait à un assez vaste jardin entouré d’un autre mur élevé, et, devant, face au canal, il y avait la large place qu’Ezio avait aperçue un peu plus tôt. Toutefois, une bataille rangée semblait désormais se disputer entre un groupe de gardes de Barbarigo et une bande hétéroclite de jeunes gens qui les raillaient en esquivant leurs hallebardes et leurs piques en faisant de légers bonds en arrière, et qui jetaient des briques, des pierres, des œufs pourris et des fruits sur les soldats furieux. Ils faisaient peut-être simplement diversion, car Ezio, en regardant derrière eux, aperçut une silhouette qui escaladait le mur du palazzo, à l’écart de la rixe. Ezio fut impressionné : le mur était si raide que lui-même aurait hésité à s’y attaquer. Mais la silhouette atteignit les remparts sans se faire repérer et, manifestement, sans difficulté majeure. Puis, aussi incroyable que cela ait pu sembler, elle bondit jusqu’au toit de l’une des tours de guet. Ezio comprit que la personne prévoyait d’effectuer un nouveau bond jusqu’au toit du palais avant de tenter d’accéder à l’intérieur de la bâtisse. Il prit note mentalement de la tactique employée, au cas où il devrait lui-même l’employer… s’il en était capable. Mais les gardes de la tour de guet avaient entendu la personne se réceptionner, et ils avertirent leurs collègues du palais. Un archer apparut à une fenêtre, sous l’avant-toit du palais, et il décocha une flèche. La silhouette effectua un bond gracieux, et le projectile manqua sa cible, avant de ricocher sur les tuiles, mais, la seconde fois, l’archer visa avec plus de précision, et, en poussant un léger cri, la silhouette chancela en se tenant la cuisse.

L’archer décocha une nouvelle flèche, mais manqua son tir, car la silhouette avait rebroussé chemin et bondi du toit de la tour aux remparts, le long desquels d’autres gardes étaient déjà en train d’accourir. Puis elle sauta par-dessus le mur et glissa à terre autant qu’elle chuta.

De l’autre côté de la place, devant le palazzo, les gardes de Barbarigo parvenaient à repousser leurs assaillants dans la ruelle qui se trouvait derrière ceux-ci, et le long de laquelle ils commençaient à les poursuivre. Ezio saisit cette occasion pour rattraper la silhouette, qui s’apprêtait à effectuer un dernier bond pour se mettre en lieu sûr, dans la direction opposée.

Lorsqu’il arriva à sa hauteur, il fut surpris par la carrure fine – celle d’un adolescent – mais athlétique de cette personne. Alors qu’il était sur le point de lui proposer son aide, elle se retourna vers lui, et il reconnut le visage de la fille qui avait tenté de lui arracher sa bourse, plus tôt dans la journée, au marché.

Il fut surpris, troublé et – curieusement – conquis.

— Donne-moi ton bras, lui dit la fille, sur le ton de l’urgence.

— Tu ne te souviens pas de moi ?

— Je devrais ?

— Je suis celui dont tu as tenté de voler la bourse, au marché, aujourd’hui.

— Je suis navrée, mais ce n’est pas vraiment le moment de se rappeler des souvenirs agréables ! Si on ne part pas de là tout de suite, on est morts.

Comme pour illustrer son propos, une flèche siffla en passant entre eux. Ezio prit le bras de la fille et le fit glisser sur ses propres épaules, tandis qu’il lui passait le sien autour de la taille, la soutenant, comme il avait jadis soutenu Lorenzo.

— On va où ?

— Au canal.

— Bien sûr, répondit-il d’un ton sarcastique. Il n’y en a qu’un à Venise, n’est-ce pas ?

— Tu me sembles bien effronté pour un nouveau venu. Par ici – je vais te montrer – mais vite ! Regarde : ils sont déjà derrière nous !

Et il était vrai qu’un petit détachement de soldats traversait la place pavée et se dirigeait vers eux.

Une main sur sa cuisse blessée, et crispée par la douleur, elle guida Ezio le long d’une allée, qui déboucha sur une autre, puis sur une autre et encore une autre, jusqu’à ce qu’Ezio ait perdu tout sens de l’orientation. Derrière eux, les voix de leurs poursuivants s’estompèrent progressivement, avant de disparaître complètement.

— Ce sont des mercenaires qu’ils ont fait venir du continent, expliqua la fille d’un ton très méprisant. Ils n’ont aucune chance, dans cette ville, contre nous qui sommes du coin. On se perd trop facilement. Allez, viens !

Ils parvinrent à une jetée sur le Canale della Misericordia. Un bateau quelconque y était amarré, occupé par deux hommes. En voyant Ezio et la fille, l’un d’eux commença à dénouer l’amarre, tandis que l’autre les aidait à monter à bord.

— Qui c’est, lui ? demanda le second à la fille.

— Aucune idée, mais il s’est trouvé au bon endroit au bon moment, et il n’est apparemment pas avec Emilio.

Elle semblait sur le point de s’évanouir.

— Elle est blessée à la cuisse, expliqua Ezio.

— Je ne peux pas retirer ça tout de suite, dit l’homme en regardant le projectile là où il s’était fiché. Je n’ai pas de baume, ni de bandages, ici. Il faut vite la ramener, avant que les rats d’égout d’Emilio nous rattrapent. (Il se tourna vers Ezio.) Qui es-tu, au fait ?

— Je m’appelle Ezio Auditore. Je suis de Florence.

— Hmmm, Moi, c’est Ugo. Elle, c’est Rosa, et le gars, là-haut, avec la pagaie, c’est Paganino. On n’aime pas trop les étrangers.

— Qui êtes-vous ? demanda Ezio, sans tenir compte de la dernière remarque de l’homme.

— Des libérateurs professionnels des biens d’autrui, répondit Ugo.

— Des voleurs, expliqua Paganino en éclatant de rire.

— Il faut toujours que tu retires toute la poésie, dit Ugo d’un air triste. (Puis il se mit soudain sur le qui-vive.) Attention ! s’écria-t-il lorsqu’une flèche, puis une autre, vinrent se ficher avec un bruit sourd dans la coque du bateau.

Ils levèrent la tête et aperçurent deux archers de Barbarigo au sommet d’un toit, non loin. Ils garnissaient leurs arcs longs de nouvelles flèches. Ugo chercha à tâtons au fond du bateau et tira une grosse arbalète de professionnel qu’il chargea aussitôt avant de viser et de tirer dans la foulée. Au même moment, Ezio lança successivement deux couteaux sur le second archer. Les deux hommes tombèrent dans le canal en hurlant.

— Ce salaud a des hommes de main partout, dit Ugo à Paganino sur le ton de la conversation.

C’étaient tous les deux de petits hommes aux larges épaules et à l’air endurci qui devaient avoir la vingtaine. Ils maniaient habilement le bateau et connaissaient manifestement le réseau de canaux comme leur poche, car, plus d’une fois, Ezio fut convaincu qu’ils tournaient dans l’équivalent aquatique d’une impasse, pour finalement se rendre compte que ce n’était pas un mur de brique, au bout de la voie, mais une arche basse en dessous de laquelle il y avait juste assez de place pour laisser passer l’embarcation, s’ils baissaient tous la tête.

— Pourquoi est-ce que vous attaquiez le Palazzo Seta ? demanda Ezio.

— Mêle-toi de tes affaires, répondit Ugo.

— Emilio Barbarigo ne fait pas partie de mes amis. On peut peut-être s’entraider…

— Qu’est-ce qui te fait croire qu’on a besoin de toi ? rétorqua Ugo.

— Allons, Ugo, intervint Rosa. Regarde ce qu’il vient de faire. Et tu oublies aussi un peu vite qu’il m’a sauvé la vie. Je suis la plus agile d’entre nous. Sans moi, on n’arrivera jamais à s’introduire au sein du nid de vipères. (Elle se tourna face à Ezio.) Emilio est en train d’essayer de s’attribuer le monopole du commerce dans la ville. C’est un homme puissant, et il a plusieurs conseillers dans la poche. On en est arrivés à un point où dès qu’un commerçant ose le défier en tentant de conserver son indépendance, il est simplement réduit au silence.

— Mais vous n’êtes pas des marchands… Vous êtes des voleurs…

— Des voleurs professionnels, rectifia-t-elle. Les affaires individuelles, les magasins privés, les individus seuls : ils représentent tous des cibles plus faciles que n’importe quel monopole collectif. De toute façon, ils sont assurés, et les compagnies remboursent leurs clients après leur avoir soutiré des primes astronomiques. Donc, tout le monde est content. Emilio risque de transformer Venise en désert, pour les gens comme nous !

— Sans oublier que c’est une grosse merde qui veut non seulement mettre la main sur le commerce local, mais aussi sur la cité elle-même, ajouta Ugo. Mais Antonio va tout t’expliquer.

— Antonio ? Qui est-ce ?

— Tu le sauras bientôt, monsieur le Florentin.

Ils finirent par accoster une jetée, où ils s’amarrèrent rapidement, car la blessure de Rosa avait besoin d’être nettoyée et traitée si on voulait éviter que la jeune femme y reste. Abandonnant Paganino au bateau, Ugo et Ezio, portant entre eux Rosa, qui était désormais sur le point de perdre connaissance à cause de tout le sang qu’elle avait perdu, autant qu’ils la traînaient, couvrirent la courte distance qui les séparait d’une nouvelle ruelle sinueuse aux murs de brique rouge sombre et de bois, et débouchèrent sur une petite place, au centre de laquelle se trouvaient un puits et un arbre et qui était cernée de bâtiments sales dont le stuc s’était écaillé depuis longtemps.

Ils se dirigèrent vers la porte – dont le pourpre avait quelque peu noirci – de l’un des bâtiments, et Ugo y frappa une série de coups selon un rythme complexe. Un œilleton fut ouvert et refermé, puis la porte s’ouvrit aussi brusquement qu’elle se referma derrière eux. Même si tout le reste était dans un état de délabrement avancé, comme le remarqua Ezio, les gonds, les serrures et les verrous étaient bien huilés et dépourvus de la moindre trace de rouille.

Il se retrouva dans une cour miteuse entourée de hauts murs gris recouverts de traces et au milieu desquels on avait percé quelques fenêtres. Deux escaliers de bois s’élevaient de chaque côté pour rejoindre des galeries qui faisaient tout le tour des murs, au premier et au deuxième étage, et sur lesquelles donnaient un certain nombre de portes.

Quelques personnes, dont certaines avaient participé à la rixe devant le Palazzo Seta un peu plus tôt, étaient rassemblées. Ugo donnait déjà des ordres.

— Où est Antonio ? Allez le chercher ! Et faites un peu de place pour Rosa. Trouvez-moi une couverture, un peu de baume, de l’eau chaude, un couteau aiguisé, des bandages…

Un homme se précipita vers l’un des escaliers et disparut derrière l’une des portes du premier étage. Deux femmes déroulèrent une petite natte presque propre, sur laquelle elles étendirent délicatement Rosa. Une troisième disparut et réapparut avec la trousse de secours qu’Ugo avait réclamée. Rosa reprit connaissance, vit Ezio et tendit la main vers lui. Il la lui prit et s’agenouilla auprès d’elle.

— Où sommes-nous ?

— Je crois qu’il doit s’agir de ton quartier général. Quoi qu’il en soit, tu es en sécurité.

Elle lui serra la main.

— Je suis désolée d’avoir essayé de te détrousser.

— N’y pense plus.

— Merci de m’avoir sauvé la vie.

Ezio avait l’air inquiet. Elle était très pâle. Ils allaient devoir faire vite s’ils voulaient vraiment la sauver.

— Ne t’inquiète pas, Antonio saura quoi faire, lui dit Ugo en se relevant.

Se hâtant dans l’un des escaliers, un homme bien habillé qui n’avait pas encore quarante ans surgit, un gros anneau doré dans le lobe de son oreille gauche, et un foulard sur la tête. Il se dirigea droit sur Rosa et s’agenouilla auprès d’elle, claquant des doigts pour qu’on lui remette la trousse de secours.

— Antonio ! s’exclama-t-elle.

— Que t’est-il arrivé, ma petite chérie ? demanda-t-il avec l’accent rugueux des Vénitiens de naissance.

— Sors-moi simplement ce truc de là ! grommela Rosa.

— Laisse-moi regarder, d’abord, répondit Antonio d’une voix soudain plus sérieuse. (Il examina attentivement la plaie.) Les points d’entrée et de sortie sont nets, la flèche n’a pas touché l’os. Tu as de la chance que ce ne soit pas un carreau d’arbalète !

Rosa grinça des dents.

— Sors-la. Simplement. De la…

— Qu’on lui donne quelque chose à mordre, ordonna Antonio.

Il brisa l’empennage de la flèche, enveloppa la pointe d’un linge, appliqua du baume aux points d’entrée et de sortie, et tira d’un coup sec.

Rosa recracha la bourre qu’on lui avait placée entre les dents, et elle poussa un hurlement.

— Je suis désolé, piccola, dit Antonio, qui continuait à appliquer les mains sur les deux points de la blessure.

— Va te faire foutre avec tes excuses, Antonio ! glapit Rosa, tandis que les femmes la maintenaient allongée.

Antonio leva la tête vers l’un des siens.

— Michiel ! Va me chercher Bianca ! (Il adressa un regard noir à l’attention d’Ezio.) Et toi, aide-moi avec ça ! Prends ces compresses et applique-les sur les plaies dès que j’aurai retiré les mains. Après, on pourra la bander proprement.

Ezio s’empressa d’obtempérer. Il sentit la chaleur de la cuisse de Rosa sous ses mains, la réaction du corps de la jeune femme à leur contact, et il fit en sorte de ne pas croiser son regard. Pendant ce temps, Antonio travailla rapidement, finissant par repousser Ezio du coude avant de faire jouer les articulations de la jambe de Rosa, serrée dans un bandage immaculé.

— Bien, dit-il. Il faudra attendre un moment avant de pouvoir de nouveau escalader des remparts, mais je crois que tu vas complètement te rétablir. Tu vas devoir faire preuve de patience, je te connais !

— Est-ce qu’il fallait vraiment que tu me fasses aussi mal, espèce d’idiota maladroit ? s’emporta-t-elle. J’espère que tu choperas la peste, espèce de salaud ! Toi et ta putain de mère !

— Conduisez-la à l’intérieur, ordonna Antonio en souriant. Ugo, va avec elle. Assure-toi qu’elle se repose un peu.

Quatre femmes s’emparèrent chacune d’un coin de la natte et transportèrent Rosa, qui continuait à se plaindre, jusqu’à l’une des portes du rez-de-chaussée. Antonio les suivit du regard, puis il se retourna vers Ezio.

— Je te remercie, dit-il. Je tiens énormément à cette petite garce. Si je l’avais perdue…

Ezio haussa les épaules.

— J’ai toujours eu un faible pour les demoiselles en détresse !

— Je suis ravi que Rosa ne t’ait pas entendu dire ça, Ezio Auditore. Mais ta réputation t’a précédé.

— Je ne savais pas qu’Ugo t’avait dit comment je m’appelais, fit remarquer Ezio, sur ses gardes.

— Ce n’est pas le cas. Mais on sait tout de ton travail à Florence et à San Gimignano. Du bon boulot, même s’il n’était pas très raffiné.

— Qui êtes-vous, vous tous ?

Antonio écarta les mains.

— Bienvenue au quartier général de la guilde des voleurs professionnels et des souteneurs de Venise, déclara-t-il. Je suis Antonio de Magianis – l’amministratore. (Il effectua un salut empreint d’ironie.) Mais, naturellement, nous ne volons qu’aux riches pour donner aux pauvres, et, bien sûr, nos putains préfèrent qu’on les appelle des « courtisanes ».

— Et tu connais la raison de ma présence ici ?

Antonio se fendit d’un sourire.

— J’ai bien une petite idée, mais je n’en ai parlé à aucun de mes… employés. Viens. On sera mieux dans mon bureau pour discuter un peu.

La pièce rappela tellement à Ezio l’étude de son oncle Mario qu’il en fut tout d’abord interloqué. Il ne savait pas exactement à quoi il aurait dû s’attendre, mais il se trouvait dans un bureau dont les murs étaient couverts de livres, des ouvrages coûteux à la reliure de belle facture, de tapis ottomans, de meubles en noyer et en buis, et d’appliques et de chandeliers en argent plaqué.

Au centre de la pièce se trouvait une table, sur laquelle trônait une maquette à grande échelle du Palazzo Seta et de ses environs immédiats. On avait disposé d’innombrables minuscules figurines de bois tout autour du bâtiment, et à l’intérieur. Antonio fit signe à Ezio de s’asseoir en lui désignant une chaise, et il se pencha, pour sa part, dans un recoin de la pièce, au-dessus d’un fourneau d’aspect agréable duquel s’élevait un fumet étrangement alléchant mais qui était pourtant inconnu à Ezio.

— Je peux t’offrir quelque chose ? demanda Antonio. (Il rappelait tellement à Ezio son oncle Mario que c’en était troublant.) Des biscotti ? Un caffè ?

— Excuse-moi… un quoi ?

— Un café… (Antonio se redressa.) Il s’agit d’un intéressant breuvage qu’un marchant turc m’a fait connaître. Tiens, essaie.

Et il tendit à Ezio une minuscule tasse de porcelaine remplie d’un liquide noir bouillant duquel provenait l’arôme âcre.

Ezio y goûta. Il se brûla les lèvres, mais ce n’était pas mauvais, et il en fit part à son hôte, avant d’ajouter de façon peu judicieuse :

— Ce serait peut-être encore meilleur avec de la crème et du sucre.

— La meilleure façon de le gâcher ! répondit sèchement Antonio, d’un air offensé.

Ils savourèrent cependant leur café, et Ezio ressentit bientôt un afflux d’énergie nerveuse qui lui était jusque-là totalement inconnu. Il faudrait qu’il parle de cette boisson à Leonardo, la prochaine fois qu’il le verrait. Pour le moment, Antonio désigna du doigt le modèle réduit du Palazzo Seta.

— Voici quelles étaient les positions que nous avions prévues si Rosa était parvenue à entrer et à nous ouvrir l’une des poternes. Mais, comme tu le sais, elle s’est fait repérer, on lui a tiré dessus, et on a dû se replier. Maintenant, il va falloir se ressaisir, et, pendant ce temps, Emilio aura eu tout le loisir de renforcer ses défenses. Pire, cette opération s’est révélée très coûteuse. Il ne me reste presque plus un seul soldo.

— Emilio doit avoir beaucoup d’argent, dit Ezio. Pourquoi ne pas retenter une attaque et le soulager de son argent ?

— Tu ne m’as pas écouté ? Nos finances sont au plus bas, et il est sur le qui-vive. On ne pourra jamais le battre sans l’élément de surprise. De plus, il est soutenu par deux puissants cousins, les frères Marco et Agostino, même si je crois qu’Agostino, au moins, est quelqu’un de bien. Quant à Mocenigo, eh bien, le doge est un homme bon, mais il est naïf, et il laisse les autres s’occuper des problèmes commerciaux – d’autres qui mangent déjà dans la main d’Emilio. (Il observa attentivement Ezio.) Il va nous falloir un peu d’aide pour remplir nos coffres. Je crois bien que tu serais capable de nous fournir cette aide. Si tu acceptais, ce serait la preuve pour moi que tu es un allié qui vaut la peine d’être aidé. Voudrais-tu te lancer dans une telle mission, monsieur Crème-et-sucre ?

Ezio lui adressa un sourire.

— Prends-moi à l’essai, lui répondit-il.

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La ou d'autres suivent aveuglément la vérité, rappelle toi que rien n'est vrai.

La ou d'autres sont limités par la moralles et la loi, rappelle toi que tout est permis.

Nous oeuvrons dans les ténébres pour servir la lumiere. Nous sommes des Assassins.

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Ma foi, ce que je peux dire, Vieri, ciccione, c'est que la dernière fois que je l'ai vue, ta sœur Viola ne semblait pas mécontente de ma façon de m'occuper d'elle.

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Il espérait juste que le signor Calfucci ne l’avait pas reconnu. Cristina ne le trahirait pas, Ezio en était sûr. Et de toute manière, elle pourrait toujours embobiner son père qui l’adorait. Et puis même s’il découvrait le pot aux roses, s’avisa Ezio, le garçon ne serait pas un si mauvais parti. Son père dirigeait l’une des plus grosses banques de la cité et il se pouvait même qu’un jour, elle surpasse celle des Pazzi ou, qui sait, celle des Medici.

Empruntant de petites rues, il regagna son domicile. Le premier à l’accueillir fut son frère, qui le considéra l’air grave, avec un hochement de tête qui ne présageait rien de bon.

— Ce coup-ci, t’es mal barré, lui dit-il d’emblée. Et tu ne diras pas que je ne t’avais pas prévenu.

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Mais avant qu’il ait pu prendre son élan, il se produisit une chose extraordinaire. Surgi de l’étroite ruelle vers laquelle il cherchait à se diriger, apparut un homme grossièrement vêtu. Vif comme l’éclair, il se jeta sur les deux gardes et les attaqua par-derrière avec une longue dague. Il trancha profondément leur aisselle droite, sectionnant les tendons et rendant leur bras inerte. L’homme était si rapide qu’Ezio arrivait à peine à suivre ses mouvements, alors que l’inconnu s’était déjà penché pour récupérer l’épée du jeune homme et la lui lancer. Ezio le reconnut soudain… – et sentit une fois encore cette odeur d’ail et d’oignons. En cet instant, aucune rose de Damas n’aurait pu fleurer aussi bon.

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L’éclat des torches brasillait au sommet des tours du Palazzo Vecchio et du Bargello mais, un peu plus au nord, seules quelques lanternes éclairaient chichement la place de la cathédrale. D’autres illuminaient les berges de l’Arno où – en cette heure tardive dans une cité où la plupart des habitants se terraient chez eux sitôt la nuit tombée – l’on voyait dans la pénombre errer marins et dockers. Les premiers, encore affairés auprès de leur embarcation, s’empressaient d’achever de réparer le gréement, de ranger les cordages ou de récurer le pont, tandis que les seconds se hâtaient de traîner ou de porter les cargaisons à l’abri des entrepôts tout proches.

On voyait aussi de la lumière dans les tavernes et les bordels, mais les rues étaient presque vides. Cela faisait cinq années que Lorenzo de’ Medici, alors âgé de vingt ans, avait été élu à la tête de la ville. Il avait apporté un semblant d’ordre et de calme dans les rivalités intenses qui déchiraient les grosses familles de marchands et de banquiers grâce auxquelles Florence était devenue l’une des cités les plus prospères du monde connu. Et pourtant, la ville n’avait cessé de bouillonner, jusqu’à déborder parfois, au gré des luttes de chaque faction pour s’approprier le pouvoir, des retournements d’alliances, engendrant parfois des inimitiés implacables et définitives.

En cet an de grâce 1476, même en une soirée de printemps embaumant le jasmin – au point de vous faire presque oublier l’odeur fétide de l’Arno pourvu que le vent souffle dans la bonne direction –, Florence n’était pas l’endroit idéal pour flâner à découvert, surtout à la nuit tombée.

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