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Dédicaces de Boualem Sansal et autres évènements

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Evaluations moyenne de ses livres
Critère Note Visuel
Globale 7.2
Scénario 6.8
Ecriture 7.3
Suspense 5.8
Originalité 7.3
Addictivité 5.9
Pédagogie 6.4
Créativité 6.1
Personnages 6.2
Humour 2.1

Boualem Sansal

Nom de naissance

Prix et distinctions

Naissance

  • Date : 15 Octobre 1949 (67 ans)
  • Lieu : Algérie

Décès

  • Date : (à 67 ans)
  • Lieu : Non disponible

Editeurs

Gallimard : 13 livres

Les chiffres

Présent dans : 307 biblio
Note moyenne : 7.23 / 10
Nombre d'évaluations : 30
Position top auteur : -

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Evaluation moyenne

Note
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Biographie de Boualem Sansal

Ajouté par chantwal le 25 Février 2010
Né en 1949, Boualem Sansal a une formation d'ingénieur et un doctorat d'économie. Après avoir été tour à tour enseignant, consultant et chef d'entreprise, il devient haut fonctionnaire en 1995 au ministère de l'Industrie, poste duquel il sera limogé en 2003 à cause de ses prises de position critiques. Encouragé par son ami le romancier Rachid Mimouni, il commence à écrire et publie son premier roman, Le serment des barbares, à l'âge de cinquante ans. Dans la ville de Roubia, " la ville des lauriers ", l'inspecteur Larbi enquête sur un assassinat, mais peu à peu c'est toute l'histoire de l'Algérie depuis la guerre qui refait surface... Les lecteurs comme la critique saluent le roman dès sa parution en 1999. L'année suivante, Boualem Sansal publie L'enfant fou de l'arbre creux, un dialogue flamboyant et satirique entre deux condamnés à mort dans une prison algérienne. Un bar sur les hauteurs de Bab-el Oued sert de décor à Dis-moi le paradis, son troisième roman publié en 2003 ; on y refait le monde en général et surtout l'Algérie. En 2005, Harraga, son quatrième roman, met en scène Lamia, une pédiatre célibataire et cultivée, et Chérifa, une adolescente écervelée et enceinte, deux femmes qui viennent de deux univers si différents... Avec Poste restante : Alger, publié en 2006, le romancier adresse à ses compatriotes une lettre ouverte brève et cinglante ; elle fut aussitôt censurée par le gouvernement algérien, elle n'est jamais parvenue à ses destinataires. Témoin impitoyable de la société algérienne d'aujourd'hui, doué d'une écriture aussi dense que truculente, Boualem Sansal vit toujours dans les environs d'Alger.
Voir les biographies de Boualem Sansal

Citations de Boualem Sansal

Ajouté par Biquet le 22 Janvier 2013
Boualem Sansal, la colombe algérienne
par Hannah E.- publié le 03/12/2012
Menacé et muselé dans son pays, l’écrivain algérien Boualem Sansal se bat pour faire triompher les valeurs humanistes et dénoncer les islamistes. Ses romans magnifiques abor-dent des thèmes tabous, mais ils reflètent surtout son amour des êtres. Lors d’une conférence organisée au CCLJ le 24 janvier 2013, Boualem Sansal reviendra notamment sur son voyage en Israël et les polémiques qu’il a suscitées.
Parlez-nous de l’Algérie de votre enfance. Je suis né en Algérieen 1949. Ma grand-mère m’a pris en charge les huit premières années de ma vie, puis j’ai rejoint ma mère et le reste de ma fratrie. Les femmes qui m’ont élevé m’ont appris le courage et le refus de se dérober. On leur doit les seuls progrès réalisés dans ce pays. Nous habitions à côté du rabbin Simon, qui
incarnait le père et l’ami. Je suis arrivé à la culture grâce à lui, puisqu’il me racontait des histoires bibliques. A l’époque, nous vivions une symbiose parfaite de toutes les religions.Les Juifs étaient le ciment de l’Algérie. Faisant fonctionner l’Etat, ils maintenaient la paix et l’harmonie sociale entre les diverses communautés. Cela a été une erreur politique de laisser les Juifs partir, sans parler de la douleur que ça m’a causée.
Pourquoi votre terre natale vous nourrit-elle et comment percevez-vous son évolution ? C’est celle où je suis né, celle où j’ai toujours vécu. Ma famille a refusé de se laisser enfermer dans une identité collective artificielle. Elle m’a encouragé à garder ma liberté et mon identité plurielle. Il n’en va pas de même de la nouvelle génération. Elle semble si formatée que le travail sera difficile à faire, d’autant qu’on ne lui explique pas notre véritable Histoire. Etre réduit à l’identité musulmane nous coupe les pieds, les ailes et les langues. C’est contre ça que je me rebelle. Je suis un être complexe, façonné par trente-six mille choses, alors je refuse la petite identité officielle caricaturale. Réapproprions-nous notre identité individuelle ! Aujourd’hui, j’avoue être pessimiste, tant les islamistes progressent sur le terrain. L’Occident est si naïf concernant « le Printemps arabe ». Bien que j’aspire à écrire des romans, je me dois de dénoncer cela dans des articles. L’écrivain est obligé de se battre pour gagner de nouveaux territoires, mais ce n’est pas évident. Même si je suis menacé, en raison de mes écrits et de mes opinions, j’ai plus à y gagner qu’à y perdre.
Votre venue en Israël a soulevé un tollé auprès de certains extrémistes. Qu’avez-vous retenu de ce voyage ? J’ai découvert ce pays en tant qu’invité du Festival international de Littérature, à Jérusalem. La plupart des écrivains israéliens m’étaient familiers, parce que j’avais été le seul auteur arabe à ne pas les boycotter lors de leur venue au Salon du Livre de Paris. Quel bonheur de rencontrer mes lecteurs, là-bas, et de retrouver mes amis d’enfance juifs. J’avoue avoir été particulièrement marqué par Jérusalem. Cette ville occupe une position unique au monde. Alors que je suis parti la tête chargée d’histoires,
j’ai compris qu’elle doit gérer une situation complexe, tant tout y est sacré. Jérusalem suscite en moi un émoi, à chaque endroit, parce que c’est là que se situe le berceau des trois religions, depuis des siècles. Il n’existe pas d’autres lieux où elles soient si enchevêtrées. Malheureusement, les gens ne se mélangent pas, comme dans mon enfance. Ils ne sont guère à la hauteur de cette ville. Je rêve d’écrire sur elle…
Etes-vous un homme de paix ? Il y a quelques mois, j’ai reçu le Prix du Roman arabe. Seul souci, le chèque de 15.000 euros devait être remis par les ambassadeurs des pays arabes, qui s’y sont fermement opposés à cause de mon voyage en Israël. Une traîtrise ! Face à ce rejet, les intellectuels français m’ont soutenu et c’est finalement un donateur anonyme qui a tenu à me versercette somme. Ne pouvant accepter ce cadeau, j’ai tenu à l’offrir à l’association humanitaire « Un cœur pour la paix ». Elle soigne des enfants palestiniens grâce à des médecins israéliens, palestiniens et français. Une belle cause qui prouve que l’espoir est possible, à condition que les gens brisent l’isolement pour dialoguer. Autre initiative : fonder l’ONU des Ecrivains avec David Grossman. On nous accuse d’être des rêveurs, nous devons donc prendre part au combat pour la paix.
Voir les citations de Boualem Sansal

Informations diverses

Ajouté par Biquet le 6 Septembre 2015
L'écrivain algérien Boualem Sansal publie une foisonnante fable orwellienne sur fond de dictature islamiste. Décryptage avec cet ennemi juré des despotes et des obscurantistes.

"Si tu parles, tu meurs. Si tu ne parles pas, tu meurs. Alors, parle et meurs", disait l'écrivain et journaliste Tahar Djaout, quelques jours avant d'être assassiné par les islamistes. Boualem Sansal, 66 ans, n'a pas le goût du martyre, mais se taire serait à ses yeux "une forme de suicide". Depuis 1999 et Le Serment des barbares, où ce cadre du ministère de l'Industrie s'insurgeait contre les porteurs de ténèbres, l'homme à la queue-de-cheval n'aura cessé de livrer un combat contre les obscurantismes. La preuve par deux en cette rentrée 2015 avec 2084. La fin du monde, fable orwellienne et apocalyptique sur l'avènement d'une dictature religieuse, et la publication d'un Quarto (Gallimard) regroupant ses six premiers romans, du Serment à Rue Darwin.

>> Retrouvez tous nos articles et critiques sur la rentrée littéraire

C'est à Boumerdès, à une cinquantaine de kilomètres d'Alger, que l'écrivain algérien continue de promener son "sourire quasi bouddhique", ainsi qualifié par son éditeur Jean-Marie Laclavetine, dans la préface du recueil. Sansal s'en amuse: "J'en finis par me demander s'il ne s'agit pas d'un rictus. Mais non, en fait, j'ai une disposition à voir les choses du bon côté. Ainsi, malgré les embûches, je reste en Algérie, car il y a ces petits riens qui rendent la vie vivable, le soleil, l'absence de stress, comparé à la frénésie parisienne."

Pour autant, éreinté par la presse à longueur de colonnes pour "trahison" - il s'est notamment rendu au Festival international des écrivains, en Israël, en 2012 -, Sansal avoue ne pas trop traîner dans la rue depuis sa révocation du ministère, en 2003. Ce n'est pas tant le gouvernement (qui le traite par le mépris et le silence) mais le premier quidam venu, "laminé par la guerre civile, la crise économique et l'arrogance des nouveaux riches", qui pourrait constituer un danger.
Tourner le dos à la prudence
Quand il n'est pas en France ou en Allemagne (lauréat du prix de la Paix des libraires allemands en 2011, il y bénéficie de tous les honneurs), Boualem Sansal reste donc cloîtré chez lui à lire. "Je suis né pour lire, et avec l'islamisation et la soviétisation de l'Algérie, à partir des années 1980, j'ai été sevré de livres pendant quinze ans, alors je me rattrape, de Rousseau à Voltaire, de Philipp Meyer à Mathias Enard." Et puis Sansal écrit. Pour la liberté de la presse, après les attentats de Charlie Hebdo et la pétition de quelque 200 auteurs lors de la remise d'un des prix du Pen Club américain à ce même Charlie.

Aujourd'hui encore, il s'enflamme: "Le politiquement correct, 'cancer du monde', gagne les esprits. Il est nourri par la peur de l'islam et du monde musulman. Il faut un plan Marshall pour sortir de cela, il faut oublier la prudence, encourager l'impertinence, notamment en France et en Angleterre, pays de l'irrévérence."
Vertu de la lecture. C'est en lisant et relisant 1984, de George Orwell, de Big Brother (Boumediene) en Big Brother (l'islamisme), qu'il a imaginé, pour son 2084, la dictature religieuse de demain. "Non pas une dictature de 'bricolage', confinée aux pays de l'Orient (comme l'Iran ou l'Afghanistan), mais une dictature universelle, nourrie par un islamisme de type occidental, organisé, avec des têtes carrées, des infrastructures intellectuelles et industrielles, et qui s'appuie évidemment sur l'énergie et les moyens du monde musulman. Au squelette de 1984, j'ai greffé certaines méthodes empruntées à Hitler et à quelques grands dictateurs, auxquelles j'ai ajouté, religion oblige, un zeste de surnaturel, tels ces êtres télépathiques qui captent les mauvaises pensées." Puis il a forgé une novlangue, inspirée de l'arabe, dont il pointe le pouvoir magique et électrisant de la musique, avec ses "Allah akbar", scandés à longueur de journée.
Le roman d'une dictature sans Histoire
Bienvenue en Abistan, empire aux 60 provinces dirigé par le prophète Abi - le "Bigaye" -, fidèle délégué de Yölah, depuis la fin de la Char, la grande guerre sainte mortifère, remportée par les émules d'"une forme gravement dégénérée d'une brillante religion" et transformant à l'occasion d'"inutiles et misérables croyants en glorieux et profitables martyrs". Obéissance, soumission, amnésie, surveillance, patience, ignorance, justice expéditive rythment le quotidien des sujets, interdits de circulation sauf, suprême honneur, pour participer au pèlerinage dans l'un des lieux saints foulés par Abi.

La trentaine, parfait croyant natif de la capitale Qodsabad, Ati n'a pas été choisi pour effectuer le pèlerinage, mais pour soigner sa tuberculose dans un sanatorium perché sur une lointaine montagne. Il en reviendra guéri, mais durablement troublé pour avoir traversé des territoires de désolation et, surtout, rencontré Nas, l'ethnologue fonctionnaire qui vient de mettre au jour un village antique parfaitement intact "propre à révolutionner les fondements symboliques de l'Abistan".
A sa grande frayeur, le voilà en proie au doute, signe distinctif de la mécréance, dûment pourchassée par l'Appareil. Et le voilà qui rêve de la Frontière, celle dont on dit qu'elle n'existe pas. Une perplexité qui le poussera à franchir les murailles vertigineuses de la Cité de Dieu, à arpenter un mystérieux musée du XXe siècle, et à se retrouver au coeur d'une conspiration clanique - des plus classiques, elle.

Fable, parabole, pamphlet, roman total d'une dictature sans Histoire porté par une plume fantasmagorique, 2084 méduse le lecteur. Boualem Sansal croirait-il encore au pouvoir de la littérature? "C'est comme dans un concours de tir à la corde, confie le conteur. Il y a ceux, très nombreux, qui tirent vers le feu et la mort, et d'autres qui tirent dans l'autre sens. Pour le moment, la corde tient, il ne faut jamais rien lâcher."
Ajouté par Biquet le 6 Septembre 2015
L'écrivain algérien Boualem Sansal publie une foisonnante fable orwellienne sur fond de dictature islamiste. Décryptage avec cet ennemi juré des despotes et des obscurantistes.

"Si tu parles, tu meurs. Si tu ne parles pas, tu meurs. Alors, parle et meurs", disait l'écrivain et journaliste Tahar Djaout, quelques jours avant d'être assassiné par les islamistes. Boualem Sansal, 66 ans, n'a pas le goût du martyre, mais se taire serait à ses yeux "une forme de suicide". Depuis 1999 et Le Serment des barbares, où ce cadre du ministère de l'Industrie s'insurgeait contre les porteurs de ténèbres, l'homme à la queue-de-cheval n'aura cessé de livrer un combat contre les obscurantismes. La preuve par deux en cette rentrée 2015 avec 2084. La fin du monde, fable orwellienne et apocalyptique sur l'avènement d'une dictature religieuse, et la publication d'un Quarto (Gallimard) regroupant ses six premiers romans, du Serment à Rue Darwin.

>> Retrouvez tous nos articles et critiques sur la rentrée littéraire

C'est à Boumerdès, à une cinquantaine de kilomètres d'Alger, que l'écrivain algérien continue de promener son "sourire quasi bouddhique", ainsi qualifié par son éditeur Jean-Marie Laclavetine, dans la préface du recueil. Sansal s'en amuse: "J'en finis par me demander s'il ne s'agit pas d'un rictus. Mais non, en fait, j'ai une disposition à voir les choses du bon côté. Ainsi, malgré les embûches, je reste en Algérie, car il y a ces petits riens qui rendent la vie vivable, le soleil, l'absence de stress, comparé à la frénésie parisienne."

Pour autant, éreinté par la presse à longueur de colonnes pour "trahison" - il s'est notamment rendu au Festival international des écrivains, en Israël, en 2012 -, Sansal avoue ne pas trop traîner dans la rue depuis sa révocation du ministère, en 2003. Ce n'est pas tant le gouvernement (qui le traite par le mépris et le silence) mais le premier quidam venu, "laminé par la guerre civile, la crise économique et l'arrogance des nouveaux riches", qui pourrait constituer un danger.
Tourner le dos à la prudence
Quand il n'est pas en France ou en Allemagne (lauréat du prix de la Paix des libraires allemands en 2011, il y bénéficie de tous les honneurs), Boualem Sansal reste donc cloîtré chez lui à lire. "Je suis né pour lire, et avec l'islamisation et la soviétisation de l'Algérie, à partir des années 1980, j'ai été sevré de livres pendant quinze ans, alors je me rattrape, de Rousseau à Voltaire, de Philipp Meyer à Mathias Enard." Et puis Sansal écrit. Pour la liberté de la presse, après les attentats de Charlie Hebdo et la pétition de quelque 200 auteurs lors de la remise d'un des prix du Pen Club américain à ce même Charlie.

Aujourd'hui encore, il s'enflamme: "Le politiquement correct, 'cancer du monde', gagne les esprits. Il est nourri par la peur de l'islam et du monde musulman. Il faut un plan Marshall pour sortir de cela, il faut oublier la prudence, encourager l'impertinence, notamment en France et en Angleterre, pays de l'irrévérence."
Vertu de la lecture. C'est en lisant et relisant 1984, de George Orwell, de Big Brother (Boumediene) en Big Brother (l'islamisme), qu'il a imaginé, pour son 2084, la dictature religieuse de demain. "Non pas une dictature de 'bricolage', confinée aux pays de l'Orient (comme l'Iran ou l'Afghanistan), mais une dictature universelle, nourrie par un islamisme de type occidental, organisé, avec des têtes carrées, des infrastructures intellectuelles et industrielles, et qui s'appuie évidemment sur l'énergie et les moyens du monde musulman. Au squelette de 1984, j'ai greffé certaines méthodes empruntées à Hitler et à quelques grands dictateurs, auxquelles j'ai ajouté, religion oblige, un zeste de surnaturel, tels ces êtres télépathiques qui captent les mauvaises pensées." Puis il a forgé une novlangue, inspirée de l'arabe, dont il pointe le pouvoir magique et électrisant de la musique, avec ses "Allah akbar", scandés à longueur de journée.
Le roman d'une dictature sans Histoire
Bienvenue en Abistan, empire aux 60 provinces dirigé par le prophète Abi - le "Bigaye" -, fidèle délégué de Yölah, depuis la fin de la Char, la grande guerre sainte mortifère, remportée par les émules d'"une forme gravement dégénérée d'une brillante religion" et transformant à l'occasion d'"inutiles et misérables croyants en glorieux et profitables martyrs". Obéissance, soumission, amnésie, surveillance, patience, ignorance, justice expéditive rythment le quotidien des sujets, interdits de circulation sauf, suprême honneur, pour participer au pèlerinage dans l'un des lieux saints foulés par Abi.

La trentaine, parfait croyant natif de la capitale Qodsabad, Ati n'a pas été choisi pour effectuer le pèlerinage, mais pour soigner sa tuberculose dans un sanatorium perché sur une lointaine montagne. Il en reviendra guéri, mais durablement troublé pour avoir traversé des territoires de désolation et, surtout, rencontré Nas, l'ethnologue fonctionnaire qui vient de mettre au jour un village antique parfaitement intact "propre à révolutionner les fondements symboliques de l'Abistan".
A sa grande frayeur, le voilà en proie au doute, signe distinctif de la mécréance, dûment pourchassée par l'Appareil. Et le voilà qui rêve de la Frontière, celle dont on dit qu'elle n'existe pas. Une perplexité qui le poussera à franchir les murailles vertigineuses de la Cité de Dieu, à arpenter un mystérieux musée du XXe siècle, et à se retrouver au coeur d'une conspiration clanique - des plus classiques, elle.

Fable, parabole, pamphlet, roman total d'une dictature sans Histoire porté par une plume fantasmagorique, 2084 méduse le lecteur. Boualem Sansal croirait-il encore au pouvoir de la littérature? "C'est comme dans un concours de tir à la corde, confie le conteur. Il y a ceux, très nombreux, qui tirent vers le feu et la mort, et d'autres qui tirent dans l'autre sens. Pour le moment, la corde tient, il ne faut jamais rien lâcher."
Ajouté par Biquet le 8 Décembre 2013
Paru sur "Le Matin.DZ" édition du 1/12/2013

Il y a la critique, il y a le malentendu et entre les deux, il pourrait y avoir le déni ! Le dernier ouvrage de Boualam Sansal, Gouverner au nom d’Allah, a suscité des débats controversés par le contenu de l’ouvrage et des réactions virulentes à propos de sa médiatisation, plus exactement dans les médias francophones, en particulier les propos de l’auteur sur le sujet de l’islamisme.
J’ai lu l’article de Yassin Temlali (El Watan du 09/11/2013) avec intérêt, car la question ne réside pas en la personne de Boualem Sansal, mais dans les idées exposées par ce dernier. Yassin Temlali aborde deux idées majeures dans son texte, d’une part, les déclarations de Boualem Sansal et, d’autre part, la place de l’intellectuel dans la société, même si cette question est associée aux entretiens que B. Sansal a accordés aux médias, y compris El Watan dans la même édition.
Y. Temlali a écrit : "Si Boualem Sansal s’est mué, comme par enchantement, en politologue, historien et islamologue, c’est principalement grâce à la complaisance de certains médias français de grande diffusion. Sans leur étonnante indulgence, il ne se serait pas bombardé spécialiste d’une région aussi vaste que ce brumeux "monde arabo-musulman", dont il ne parle probablement aucune des langues (à part l’arabe algérien) et qu’il n’a jamais (ou presque) visité sinon pour prêcher la "paix israélo-palestinienne" depuis une ville occupée, Jérusalem". Il semble que Monsieur Temlali n’a pas encore lu l’ouvrage, car à la page 11, l’auteur écrit que son texte n’est pas un traité académique et qu’il n’est ni historien, ni philosophe, et son livre n’est ni une investigation journalistique et n’est pas du tout un essai d’islamologie. Il s’agit bel et bien d’une opinion et d’un témoignage d’un écrivain sur les mutations de sa société et celles qu’il côtoie. De plus, il témoigne de l’incursion de l’islamisme dans la vie sociale au quotidien. Certes, le discours de B. Sansal est areligieux, lui-même se déclare athée [Entretien à radio France-Culture, du 15/11/2013.]. Cependant, nous savons que les médias, d’ici ou d’ailleurs, cherchent souvent les opinions plus réactionnaires et parfois radicales, pour augmenter leur audience et leur tirage ! De plus, cette liberté de critiquer les religions n’est pas encore acquise dans notre société, pour plusieurs facteurs, que tout lecteur peut deviner, et empêche d’y aller sur ce terrain, comme l’ont écrit Y. Temlali et B. Sansal, des intellectuels ont été assassinés lâchement pour leur idée et leur engagement : Tahar Djaout, Boucebci et d’autres personnalités brillantes.
B. Sansal épuise son imaginaire dans les deux sujets majeurs : l’histoire contemporaine de l’Algérie et le phénomène de la religiosité et ceci depuis son premier roman. Son premier essai interrogeait ses compatriotes algériens sur leur histoire, leur identité et leur idéal, son deuxième essai aborde la question du phénomène de religiosité et ses effets dévastateurs. Ceci dit, quand Y. Temlali doute de la capacité de B. Sansal de parler la langue arabe et son droit de traiter sur le sujet concernant le Monde arabe m’intrigue ! Doit-on maîtriser la langue arabe pour parler de l’Islam ou des évènements qui secouent cette région du monde ? En ce cas, les philosophies, les chercheurs européens ou américains ne peuvent-ils pas écrire, réfléchir sur l’Islam, l’islamisme, l’histoire arabe, etc., car ils ne parlent pas, ne lisent pas, n’écrivent pas en arabe ! Cependant, le nombre d’ouvrages et d’études sur le sujet dans les universités dites occidentales sont à foison !
Souvent la question de la visite de Sansal en Israël est mise en avant par certains auteurs et intellectuels algériens, mais aussi arabes, comme une trahison à l’idéal commun sacralisé, en l’occurrence la cause palestinienne. L’auteur est toujours libre de jouir de sa liberté, mais aussi de l’assumer. La politique de boycott a-t-elle porté ses fruits ? A-t-elle fait avancer la cause ? J’ai en tête une histoire d’un jeune garçon qui ne cessait d’envoyer des lettres à sa bien-aimée, à force, sa promise s’est mariée avec le facteur ! Je veux dire par là à force de défendre "la cause palestinienne", on l’épouse en oubliant le peuple palestinien ! A force de boycotter, ce sont les pays arabes qui s’isolent !
Quant à la question de l’islamisation, les faits sont là, les nier est un déni, car l’islamisation de la société est acquise. Plusieurs chercheurs en sociologie, en psychologie, en anthropologie, le disent. Des gestes du quotidien se sont islamisés, le bonjour s’est muté en Salam Alikoum, etc. Prenons l’exemple du rituel de l’enterrement et du deuil qui est désormais célébré dans la tradition canonique islamisé, sans prendre l’aspect culturel en compte (Cf. A. Moussaoui, de la Violence en Algérie, Ed. Acte Sud, 2006). Il y a vingt ans on pouvait aborder la question de la laïcité, débattre sur les sujets comme la place du hidjab dans l’espace public par exemple, cependant, peut-on en parler aujourd’hui dans les rassemblements publics ?
Le cas de Kateb Yassine est une autre leçon à retenir, un auteur de cette envergure et avec l’amour démesuré pour son pays, à sa mort des voix islamistes réclamaient qu’il ne soit pas enterré dans son pays, tout simplement à cause de son athéisme ! Les exemples ne manquent pas, car des élites qui se permettent de critiquer ou de dire à contrevérité de la pensée dominante se sont généralement isolées, et ce phénomène n’est pas spécifique à l’Algérie, il est de plus en plus envahissant, y compris dans les pays européens ! Il était plus facile d’afficher ses critiques à la religion dans les années quatre-vingts qu’aujourd’hui. Un ami médecin m’a confié qu’il n’avait jamais imaginé que la question des libertés régressera à tel point depuis l’indépendance à nos jours ! Certes il y a eu des résistances de la part de quelques mouvements, cependant leur effet s’éteigne, à fur à mesure ces mouvements perdent le terrain, car souvent sont affrontés à deux pôles de contestation : la religiosité et le nationalisme ! Le discours du mouvement démocratique algérien est un exemple vivant de cette mutation !
Cependant, certains intellectuels qui restent enfermés dans leur bulle idéaliste ou conceptuelle ne sont pas écoutés, car leurs idées s’expriment dans des espaces élitistes, de plus leur débat reste au stade de la défensive et pas dans la réflexion critique constructive, comme l’a écrit Rédha Malek : "La récurrence des mêmes thèmes chez ces "penseurs", qui ne sont en fait que des commentateurs du Coran, pratiquant une herméneutique matinée de moralisme, d’apologétique, de pieux conseil. Le problème aujourd’hui n’est pas de produire des penseurs pieux, avides de défendre l’islam en mettant en relief ses valeurs humanistes, civilisationnelles, universalistes, etc., mais d’accéder à une pensée qui se pense elle-même, une pensée qui évolue dans sa sphère propre, une pensée autonome qui pense dans le radical et qui travaille dans le fondamental. Il n’est pas question de substituer une doctrine complète au Coran, mais de laisser à l’esprit humain la latitude d’interpréter le monde et de proposer des solutions de fond aux problèmes de l’existence et de la vie sociale…"

Yazid Haddar
Ajouté par Biquet le 1 Décembre 2013
"La stratégie du ver dans le fruit"
GOUVERNER AU NOM D'ALLAH • Boualem Sansal, Editions Gallimard


Par Béatrice ARVET • Correspondante La Semaine • 01/12/2013 à 11h57

Si Boualem Sansal rejoint l'analyse des Mahmoud Hussein dans la part de libre-arbitre que le Coran laisse aux croyants, son essai, accessible à tous, permet d'y voir plus clair dans les multiples ramifications de l'Islamisme, ses origines ainsi que ses instrumentalisations politiques. Une fois de plus, cet auteur courageux ouvre un débat qui brille par son absence.

En citant Camus, " Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ", Boualem Sansal dénonce l'autocensure qui empêche d'appeler un chat un chat et le terrorisme islamiste par son nom. Le phénomène intervient aussi bien en Algérie où la loi de Réconciliation de 1999 interdit de prononcer ces deux mots, qu'en France où le président Hollande a consciencieusement évité l'expression lors de sa tournée au Mali ; une esquive passée inaperçue, mais qu'ont relevée les militaires, les Maliens et les musulmans qui se battent contre les djihadistes. Pourtant, c'est bien en ouvrant les échanges et les questionnements que l'amalgame sera endigué et la légitimité des islamistes à se revendiquer de l'islam abolie. Pour mieux nous faire comprendre cet essor de l'intégrisme et ses enjeux qui ne touchent pas seulement le Proche ou le Moyen-Orient, Boualem Sansal inscrit le phénomène dans le contexte anxiogène international, en proie à une crise morale, un accroissement de l'insécurité, une mondialisation sans éthique et une spéculation effrénée.... Sans oublier de rappeler les responsabilités des Etats-Unis et des dictatures arabes qui ont encouragé son développement, les premiers pour lutter contre le communisme, les seconds contre l'éveil démocratique.

Aujourd'hui, les innombrables branches de la mouvance radicale ont infiltré pacifiquement (Turquie, Tunisie, Égypte) ou par la violence (Somalie, Afghanistan, Irak, Mali...) une bonne partie des pays musulmans. En Occident, elles tentent une percée en jouant sur les leviers démocratiques et en pénétrant le système associatif. Inquiet de la passivité des dirigeants face à cet islamisme conquérant qui risque de supplanter l'islam, Boualem Sansal alerte, interroge, partage sa connaissance d'un monde qu'il aimerait plus tolérant, sans rien lâcher de ses convictions humanistes. Il offre une vision claire d'un problème planétaire occulté par la plupart des pouvoirs et appelle à un dialogue sans tabou qui passe logiquement par la critique.



* Critiques à retrouver sur www.lasemaine.fr blog
" elle dévore "


Cet article est paru le 21 novembre dans l'hebdomadaire La Semaine n°449 à Metz.
Ajouté par Biquet le 1 Décembre 2013
"La stratégie du ver dans le fruit"
GOUVERNER AU NOM D'ALLAH • Boualem Sansal, Editions Gallimard


Par Béatrice ARVET • Correspondante La Semaine • 01/12/2013 à 11h57

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Si Boualem Sansal rejoint l'analyse des Mahmoud Hussein dans la part de libre-arbitre que le Coran laisse aux croyants, son essai, accessible à tous, permet d'y voir plus clair dans les multiples ramifications de l'Islamisme, ses origines ainsi que ses instrumentalisations politiques. Une fois de plus, cet auteur courageux ouvre un débat qui brille par son absence.

En citant Camus, " Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ", Boualem Sansal dénonce l'autocensure qui empêche d'appeler un chat un chat et le terrorisme islamiste par son nom. Le phénomène intervient aussi bien en Algérie où la loi de Réconciliation de 1999 interdit de prononcer ces deux mots, qu'en France où le président Hollande a consciencieusement évité l'expression lors de sa tournée au Mali ; une esquive passée inaperçue, mais qu'ont relevée les militaires, les Maliens et les musulmans qui se battent contre les djihadistes. Pourtant, c'est bien en ouvrant les échanges et les questionnements que l'amalgame sera endigué et la légitimité des islamistes à se revendiquer de l'islam abolie. Pour mieux nous faire comprendre cet essor de l'intégrisme et ses enjeux qui ne touchent pas seulement le Proche ou le Moyen-Orient, Boualem Sansal inscrit le phénomène dans le contexte anxiogène international, en proie à une crise morale, un accroissement de l'insécurité, une mondialisation sans éthique et une spéculation effrénée.... Sans oublier de rappeler les responsabilités des Etats-Unis et des dictatures arabes qui ont encouragé son développement, les premiers pour lutter contre le communisme, les seconds contre l'éveil démocratique.

Aujourd'hui, les innombrables branches de la mouvance radicale ont infiltré pacifiquement (Turquie, Tunisie, Égypte) ou par la violence (Somalie, Afghanistan, Irak, Mali...) une bonne partie des pays musulmans. En Occident, elles tentent une percée en jouant sur les leviers démocratiques et en pénétrant le système associatif. Inquiet de la passivité des dirigeants face à cet islamisme conquérant qui risque de supplanter l'islam, Boualem Sansal alerte, interroge, partage sa connaissance d'un monde qu'il aimerait plus tolérant, sans rien lâcher de ses convictions humanistes. Il offre une vision claire d'un problème planétaire occulté par la plupart des pouvoirs et appelle à un dialogue sans tabou qui passe logiquement par la critique.



* Critiques à retrouver sur www.lasemaine.fr blog
" elle dévore "


Cet article est paru le 21 novembre dans l'hebdomadaire La Semaine n°449 à Metz.
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