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« J’avance dans la rangée quand une inconnue se jette brusquement sur moi et tire sur ma jupe.

– Truc de filles, truc de filles ! murmure-t-elle. (Je lui lance un regard confus.) Votre jupe est coincée dans votre… string.

MON QUOI ?

Elle se penche, le sang quitte mon visage.

– Mais entre nous, je ne pense pas que ça dérange le monsieur derrière vous.

Je passe la main sur mon postérieur et ne sens que ma peau. Affolée, je tire sur ma jupe, effectivement coincée dans mon string, dévoilant mon cul entièrement nu.

À l’aide ! C’est moi, Ruby, pour la deuxième fois.

Je la remercie et sors de l’avion en faisant rouler mon bagage à main tout en priant pour qu’une force surnaturelle m’enlève pour me délivrer. Une fois dans le terminal, je fais semblant de chercher avec insistance quelque chose dans mon sac pour que Niall Stella passe devant. Je voudrais arrêter d’angoisser en permanence sur ma jupe.

Il a vu ton cul.

Pourquoi avoir mis un string ficelle ?

Il a vu ton cul nu, Ruby. »

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« Je hausse les épaules en jetant un regard vers la porte de ma chambre.

– Je crois que je vais jeter un nouveau coup d’œil au menu du room service. 

. – J’allais justement te poser la question, tu as envie de moi ?

J’écarquille les yeux.

– Quoi ?

Il fronce les sourcils et répète :

– J’allais justement te poser la question, tu veux te joindre à moi ?

– Oh ! je fais, en reprenant mon souffle. Vous allez dîner ?

– C’est ta première fois ?

Nous levons tous les deux nos sourcils en même temps. Il ajoute, le souffle court :

– À New York ? Ta première fois à New York ?

– Hum, ouais, je réponds en croisant les bras sur la poitrine. »

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« – Vous n’allez quand même pas me dire que vous vous retrouvez entre mecs pour parler d’histoires de cœur ! C’est quoi le prochain sujet de discussion, les talons aiguilles ?

Bennett hoche la tête vers George.

– C’est de sa faute. Il suffit de l’amener dans un bar et c’est parti.

– Je te l’ai répété cent fois, Ben-Ben. La journée, c’est toi le boss, mais je prends les commandes à la nuit tombée.

Bennett lui lance un regard glacial, George lutte pour le soutenir.

– George, lâche-t-il finalement en se forçant pour ne pas éclater de rire, tu ne m’as jamais dit ça.

George glousse.

– C’était tellement bon… J’essaie simplement d’impressionner Ruby.

– Ruby, tu vas me voler George, lance Will en souriant.

– Aucune chance. (George tapote le nez de Will.) Elle. N’a. Pas. Les. Bonnes. Parties. Génitales. 

 – D’accord, les interrompt Bennett en levant son verre. Maintenant, on passe au thème « parties génitales ». Tout va bien. »

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"Honnêtement, je ne sais pas lequel d'entre nous est le plus mortifié. Il n'a pas pu ne pas le remarquer. Je sais qu'il a vu mon cul. Et je sais qu'il sait que je sais qu'il a vu mon cul."

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-Tu dois te moquer de moi. Ça t'arrive de te regarder dans un miroir?Je pourrais demander à la serveuse de revenir.Si tu lui lis le menu , je suis sûre qu'elle te demandera en fiançailles juste après les entrées.

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« Objectif no1 : ne pas avoir l’air d’une imbécile devant Niall Stella. Ne pas le fixer, ne pas parler tout le temps, ne pas rester muette. Tu peux le faire. Il est humain. »

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– Je ne dis pas que sa bite doit être énorme. Mais…

– Pippa !

Je me cache le visage entre les mains. Il est 7 heures 30, un jeudi matin, nom de Dieu ! Elle ne peut pas être déjà ivre !

J’adresse un sourire contrit au type qui se trouve avec nous dans l’ascenseur. Ses yeux sont écarquillés. J’aimerais faire accélérer la cabine par la force de mon esprit.

Je lance un regard noir à Pippa. Elle articule :

– Quoi ? (Sans se laisser démonter, elle écarte ses deux index d’une trentaine de centimètres.) Mais il doit être monté comme un cheval, putain !

Au troisième étage, les portes s’ouvrent et nous sortons, ce qui m’évite d’avoir à m’excuser.

– On n’était pas seules, tu t’en es rendu compte ?

Je la suis dans le couloir, m’arrête devant les portes transparentes sur lesquelles le nom Richardson-Corbett est gravé.

Elle cherche les clefs dans son énorme sac à main jaune pétant, recouvert de clous métalliques brillants, puis lève les yeux. Les breloques de ses bracelets tintent comme un carillon. Dans la lumière fluorescente, ses longs cheveux rouges flamboient comme des néons.

Avec ma chevelure blond foncé, mes vêtements ordinaires et mon sac en bandoulière beige, je fais pâle figure à côté d’elle.

– Ah bon ?

– Non ! Il y avait un mec qui travaille à la compta juste en face de toi. Je dois m’y rendre tout à l’heure, alors merci, il n’aura qu’à me regarder pour entendre résonner le mot bite dans sa tête.

– J’ai aussi dit « monté comme un cheval ». (Elle esquisse une grimace coupable avant de se concentrer à nouveau sur son sac.) Les mecs de la compta ont besoin de se décoincer, ça ne leur fera pas de mal. (Elle poursuit, en faisant un geste théâtral vers le bureau encore plongé dans l’obscurité.) Nous sommes assez seules pour toi, là ?

Je fais une révérence moqueuse à Pippa.

– Je vous en prie, parlez, Madame.

Les sourcils froncés, elle acquiesce.

– Ce que je veux dire, c’est qu’en toute logique, elle doit être énorme.

Je répète, en ravalant un sourire :

– En toute logique.

Mon cœur bat toujours plus vite quand on parle de lui. Discuter de la taille de sa bite n’arrange rien… C’en est fini pour moi.Victorieuse, Pippa brandit les clefs du bureau et introduit la plus grande dans la serrure.

– Ruby, tu as vu ses doigts ? Ses pieds ? Sans parler du fait qu’il fait plus de deux mètres de haut !

– Un mètre quatre-vingt-dix. Et la taille des mains, ça ne veut rien dire. (Nous fermons la porte derrière nous et allumons la lumière.) Beaucoup de mecs ont de grandes mains mais sont mal lotis au niveau de…

L’espace des stagiaires se trouve au fond des bureaux de Richardson-Corbett Consulting, l’une des plus importantes et prestigieuses entreprises européennes de consulting en construction.

Je passe plus de temps ici, à travailler, que chez moi, dans mon minuscule appartement londonien. Mes efforts semblent porter leurs fruits : après trois mois de dur labeur, une plaque de métal a remplacé l’étiquette scotchée portant le nom Ruby Miller. J’ai même troqué mon minuscule bureau du quatrième étage contre un autre, plus spacieux, situé dans l’immense open space du troisième.

J’ai toujours des facilités à l’école. Les classes se sont succédé sans effort au lycée, j’ai survécu à la licence avec seulement quelques crises d’angoisse. Mais depuis que je me confronte aux ingénieurs les plus doués d’Angleterre, la donne a changé. Je n’ai jamais travaillé aussi dur de ma vie. Si je continue sur ma lancée, je dégotterai une place à Oxford dans le master de mes rêves. Bien sûr, continuer sur ma lancée signifie ne pas parler des bites des seniors dans l’ascenseur…

Mais Pippa n’en a manifestement pas fini.

– Je crois avoir lu que la taille de la bite correspond à la longueur du majeur au poignet, ajoute-t-elle en utilisant ses doigts pour mesurer sa propre main. Si c’est vrai, l’homme de tes rêves doit être avantagé de sa personne…

Je soupire en accrochant mon manteau derrière la porte.

– Sûrement…

Pippa jette son sac sur sa chaise et me lance un regard de connaisseur :

– Tes efforts pour avoir l’air indifférente sont courageux, mais tu ne m’auras pas. Comme si tu ne matais pas son sexe chaque fois que tu les croises !

Je m’efforce de prendre une expression indignée et de trouver un contre-argument.

Rien. Ces six derniers mois, j’ai lancé tant de regards amoureux en direction de Niall Stella que je pourrais me spécialiser dans la topographie de son entrejambe.

Je range mon sac dans le tiroir du bas de mon bureau et le referme avec un soupir résigné. Apparemment, mes coups d’œil discrets n’ont pas été aussi discrets que je l’imaginais.

– Malheureusement, je pense que son sexe ne s’approchera jamais de moi.

– Si tu ne lui adresses jamais la parole, ça ne risque pas. Franchement, si j’avais la moindre opportunité de choper le type des Ressources humaines, je n’hésiterais pas. Tu devrais au moins oser parler à M. Stella, Ruby. (Je secoue la tête, elle m’envoie son écharpe au visage.) Considère qu’il s’agit de travaux pratiques pour ton cours d’Intégrité structurelle. Dis-lui que tu as besoin de tester la résistance à l’extension de sa poutre métallique.

J’éclate de rire et grogne :

– Je ne crois pas, non.

– Ethan, dans le département des contrats alors. Il est petit, mais il est bien foutu. Et tu l’as vu faire ce truc avec sa langue au pub ?

– Mon Dieu, non. (Je m’assois sous son regard inquisiteur.) On peut arrêter maintenant ? J’ai un faible pour quelqu’un, ce n’est pas la fin du monde. Je sors parfois.

Elle soupire.

– Ne te méprends pas. Stella est sexy comme un diable, mais il est un peu guindé, non ?

Je caresse mon bureau.

– J’aime ce côté chez lui. Il a l’air stable.

– Coincé.

J’insiste :

– Réservé. Comme s’il sortait d’un roman de Jane Austen. C’est M. Darcy.

J’espère qu’elle comprendra mieux avec un exemple.– Je ne comprends pas. Darcy est à la limite de l’impolitesse avec Elizabeth. Qui voudrait sortir avec un type aussi torturé ?

– Torturé ? Darcy ne la couvre pas de faux compliments ou d’éloges qui ne veulent rien dire. Quand il lui dit qu’il l’aime, il le pense au plus profond de lui-même.

Pippa s’affale sur sa chaise et allume son ordinateur.

– Moi, j’adore flirter.

– Mais on flirte avec tout le monde. Darcy est mal à l’aise en société, plein de mystère. Mais si tu conquiers son cœur, c’est pour toujours. S’il draguait un peu tout le monde, ça gâcherait le plaisir. (Je laisse échapper un soupir.) Ces mecs forts mais timides sont une race en voie d’extinction.

Mais l’idée de forcer le héros mélancolique à se déchaîner est tentante. L’imaginer avec moi, sans inhibition, plein de désir et de charme, m’empêche de réfléchir quand il se trouve à proximité.

– Alors, bats-toi pour lui. Objectivement, il est sublime, et je suis sûre qu’il a plus d’un tour dans sa manche. Parle-lui, oblige-le à sortir de sa carapace. Tu as des mois devant toi avant de recommencer les cours. La vie est courte, vis-la à fond !

– Le problème, c’est que je deviens stupide dès qu’il s’approche de moi.

Ça me fait du bien de parler de lui avec quelqu’un qui le côtoie, quelqu’un d’autre que London et Lola, qui sont à l’autre bout du monde.

– Comment suis-je supposée avoir une conversation avec lui ? Je suis incapable de prononcer un mot en sa présence !

La semaine dernière, en réunion, Anthony m’a demandé de présenter des données que j’avais rassemblées pour le projet

Diamond Square, je défonçais tout… jusqu’à ce que je lève les yeux, il était juste derrière Anthony. Tu sais à quel point j’avais travaillé dur. Des semaines. Un regard de Niall Stella, et c’est l’hécatombe.

Je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrive pas à l’appeler par son prénom. Impossible de dire Niall sans Stella, comme pour le Prince Harry ou Jésus-Christ.

– Je me suis interrompue en plein milieu d’une phrase. Quand il s’approche, je me mets à bafouiller ou je deviens muette.

Pippa éclate de rire et plisse les yeux. Elle m’observe de haut en bas.

– Tu es vraiment jolie aujourd’hui. (Elle se tait un moment.) Il y a une raison particulière ?

– Non.

Je fais mine de vérifier les connexions derrière mon ordinateur.

Pippa attrape le calendrier et le scrute.

– Tu sais, je viens de réaliser que nous étions jeudi. Tu es une petite menteuse ! Ça explique tes cheveux en bataille et ta petite jupe friponne.

– Avec mes cheveux courts, j’ai l’air d’une sauvageonne ou d’une bonne sœur. Je n’ai pas beaucoup d’options.

Même si je ne veux pas l’admettre, j’ai passé beaucoup trop de temps à me préparer ce matin.

Quand j’ai obtenu ma licence, j’ai décidé de changer le cours de mon existence en acceptant un stage à Londres, dans l’espoir de dégoter une place dans un master d’Oxford. J’ai opté pour un changement radical. Je suis allée chez le coiffeur avec Lorelei et, pendant qu’on lui faisait un shampoing, j’ai demandé qu’on me coupe les cheveux : court derrière, au niveau des oreilles, avec une énorme frange que je porte sur le côté. C’est étrange comme une coupe de cheveux peut booster la confiance de quelqu'un. Ça a été le cas pour moi.

Je me sens beaucoup plus sexy. Dangereuse…

C’est exactement ce dont j’ai besoin aujourd’hui. Parce que, comme Pippa l’a habilement remarqué, aujourd’hui nous sommes jeudi. Mon jour préféré de la semaine. Le jeudi, je le vois.À part ça, les jeudis n’ont vraiment rien de particulier. Aujourd’hui, j’ai tout un tas de choses inintéressantes à faire.

Arroser le petit ficus triste que Lola a insisté pour que je l’emporte à 9 000 kilomètres de San Diego. Imprimer les documents pour une proposition d’achat et les envoyer par la poste. Sortir les poubelles du recyclage. Une vie glamour ! Mais mon

Outlook indique que comme tous les jeudis, il y a la réunion du groupe d’ingénieurs avec Anthony Smith. Pendant une heure, chaque semaine, je peux regarder Niall Stella, vice-président, directeur de la planification, et bordel, le mec le plus sexy du monde !

Si seulement je pouvais l’ajouter à ma to-do list…

Une heure avec Niall Stella, c’est une bénédiction et une malédiction, parce que toutes les discussions des associés seniors et les projets de l’entreprise sont fascinants. J’ai vingt-trois ans, je ne suis plus une gamine. Je possède un diplôme d’ingénieur, je pourrais être leur chef un jour. Mais seul cet homme a le pouvoir d’accaparer mon attention. C’est humiliant. Je n’ai plus douze ans, je ne me laisse pas impressionner facilement et je fréquente des garçons. D’ailleurs, j’en fréquente beaucoup plus depuis que je suis à Londres à cause du… charme anglais. Sans commentaire.

Mais ce Britannique en particulier, malheureusement, est hors de portée. Presque littéralement : Niall Stella est grand, raffiné, avec ses cheveux châtains parfaitement ondulés, ses yeux bruns magnifiques, ses épaules larges et musclées. Son sourire est si ravageur que, lors des rares occasions où il l’affiche, toutes les filles du bureau oublient ce qu’elles voulaient dire.

D’après les cancans du bureau, il a obtenu son diplôme avec quelques années d’avance, et c’est un dieu de l’urbanisme.

Je n’y croyais pas avant de commencer à travailler chez Richardson-Corbett, et de le voir donner son avis sur n’importe quelle règle de construction, ou sur la composition chimique des additifs du béton. Il a le dernier mot sur tous les projets. Un jeudi, à mon grand dam, il est même parti en pleine réunion parce qu’un chef de chantier affolé l’avait appelé. Un conducteur de travaux d’une autre entreprise avait mal lu les plans des fondations et avait demandé de couler le béton au mauvais endroit.

Rien ne se construit virtuellement à Londres sans que Niall Stella y jette un coup d’œil, de près ou de loin.

Il prend son thé avec du lait, sans sucre. Le lait avant le thé, dans la tasse. Au troisième étage, son bureau est immense.

Même s’il n’a jamais le temps de regarder la télé, il soutient les Leeds United. Né à Leeds, il a étudié à Cambridge, puis à Oxford, et vit à Londres. Entre-temps, l’accent de Niall Stella est devenu snob.

J’oubliais : récemment divorcé. J’ai cru que j’allais m’étouffer en apprenant la nouvelle.

Libre.

Nombre de fois où Niall Stella m’a jeté un coup d’œil pendant les réunions du jeudi ? Douze. Nombre de conversations ? Quatre. Nombre de conversations dont il est susceptible de se souvenir ? Aucune. Je lutte contre mon coup de foudre pour Niall Stella depuis six mois, et je suis certaine qu’il ne sait même pas que je travaille dans son entreprise. Il me prend peut-être pour la fille qui livre du chinois.

À ma grande surprise, il n’est pas encore là. Parce qu’en règle générale, il est toujours le premier arrivé. J’ai jeté un coup d’œil plusieurs fois, en me tordant le cou, pour le chercher parmi tous mes collègues à l’œil morne qui entrent dans la salle de conférences.

Cette salle comporte un mur de fenêtres qui donne sur la rue, toujours animée. Ce matin, il ne pleuvait pas quand je suis arrivée au bureau. Pourtant, comme quasiment tous les jours ici, le ciel est lourd de nuages et la pluie menace. C’est le genre de pluie qui ressemble à un brouillard mouillé, mais j’ai appris à ne plus me laisser avoir : en trois minutes dehors, je suis trempée. Même si j’ai grandi dans un État plus pluvieux que la Californie du Sud, je n’aurais jamais pu imaginer que Londres, entre octobre et avril, serait aussi humide. C’est comme si un nuage permanent entourait mon corps et me mouillait de l’intérieur.

Le printemps commence tout juste à Londres, mais la petite cour de l’autre côté de Southmark Street est toujours aussi vide que lugubre. On m’a raconté que, l’été, les chaises roses et les petites tables du restaurant mitoyen l’envahissent.

Aujourd’hui, on ne voit que du béton, des branches nues, des feuilles marron trempées éparpillées sur le sol désolé.

Autour de moi, les gens se plaignent du temps en allumant leur ordinateur portable et en finissant leur thé. Je détourne mon regard des fenêtres et fixe les dernières personnes qui se hâtent d’entrer. Tout le monde a envie d’arriver avant Anthony

Smith – mon boss, le directeur d’exploitation de l’entreprise – qui descend du sixième étage.Anthony… Bon, d’accord, c’est un peu un connard. Il mate les stagiaires, aime s’écouter parler et n’a jamais l’air sincère. Tous les jeudis matin, il se plaît à critiquer la dernière personne qui entre, avec une remarque acerbe sur ses vêtements, sa coiffure, pendant que le reste de la salle écoute en silence. Tellement humiliant.

La porte s’ouvre en grinçant. Emma. Emma s’attarde, tient la porte pour quelqu’un. Ah, Karen.

Des voix résonnent dans le couloir et approchent. Victoria et John.

Et le voilà.

Pippa murmure à côté de moi :

– Que la fête commence…

Je distingue le sommet de la tête de Niall Stella, qui entre juste après Anthony. J’ai l’impression que l’oxygène me manque. Les chuchotements s’assourdissent soudain, et le voilà, avec son air discret. Très naturellement, il jette un coup d’œil circulaire pour déterminer qui est là et qui manque. Son costume noir lui va parfaitement, il plonge une main dans la poche de son pantalon.

Je sens ma gorge se serrer.

Niall Stella est le genre de mec qu’on remarque dès qu’il entre dans une pièce. Non pas parce qu’il parle fort ou qu’il fait de grands gestes. C’est justement tout le contraire. Il dégage une assurance tranquille, son allure impose le respect, donne envie de l’écouter ; on sent que lorsqu’il ne parle pas, il regarde et remarque tout le monde.

Tout le monde sauf moi.

Je suis issue d’une famille de psychologues qui analysent tout, donc je n’ai jamais été du genre à rester silencieuse. Le fait que je sois incapable d’émettre le moindre son en sa présence n’a vraiment aucun sens. Je ressens pour lui une sorte de passion.

Il n’a même pas besoin de venir aux réunions du jeudi, mais il est toujours présent car il veut s’assurer qu’une bonne entente règne entre les départements, que sa planification stratégique « soit compréhensible par tous, clairement exprimée ».

Niall Stella doit coordonner les pratiques de l’entreprise avec les politiques publiques et sa propre planification stratégique.

Non, je n’ai pas retenu tout ce qu’il a dit pendant les réunions.

Aujourd’hui, il porte une chemise bleu ciel avec un costume noir. Sa cravate est jaune et bleu, mes yeux sont attirés par son double nœud, par sa pomme d’Adam bien dessinée, sa mâchoire carrée. Sa bouche impassible est pincée, il a l’air consterné. Je lève les yeux jusqu’aux siens… et remarque avec horreur qu’il me regarde le dévorer du regard comme si je n’étais là que pour ça.

À suivre…

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– Tu vas m’embrasser ? je demande, surprise par mon audace.

Son torse est collé contre ma poitrine, mais il ne fait pas ce à quoi je m’attends. Il s’écarte juste assez pour me regarder dans les yeux.

– J’ai peur de ne pas être capable de m’arrêter, murmure-t-il.

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-Dis-moi quoi faire.Si je pars, tu auras l'impression que je ne t'aime pas.Si je reste, je ne respecte pas ce que tu me demandes.

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-Salut.

Confus, il se frotte les yeux puis les écarquille en repérant la serviette dans ma main et la tache sur son épaule.

-Désolée...je marmonne en riant nerveusement.

Je ne dors pas très proprement.

Il sourit, sa fossette se creuse.

-Ce sont des choses qui arrivent.

J'ai envie de me gifler: je ne pense qu'à une chose, monter sur ses genoux, entourer ses hanches étroites de mes bras.Bordel de merde, Ruby.Tu as déjà oublié le précepte n°1?Ne pas avoir l'air d'une imbécile devant Niall stella.

Il s'étire, sans égard pour mon air bouleversé.

-Je me suis assoupi aussi donc...Désolé.

-Oh mon Dieu, non.Ne vous excusez pas pour ça!Vous étiez magni...(je m'arrête en pleine phrase.)

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