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Botticelli Code



Description ajoutée par Bella57 2010-04-22T13:22:07+02:00

Résumé

Botticelli Code est un petit roman drôle et rafraîchissants à lire en une soirée. Alice, après une vie sans secousses et sans émotion, décide que le moment est venu de réaliser ses rêves, ou bien de les laisser tomber. Son deuxième mari parti avec la secrétaire, ses fils désormais installés, elle décide de quitter son travail pour se consacrer à la peinture. Sa première exposition montée, elle doit vite renoncer à son rêve : entre le projet d'exposition et l'ouverture il y a eu le 11 septembre, et ses paysages souriants doivent laisser la place aux Twin Towers. Enfermée dans sa chambre elle commence « à noircir d une écriture fiévreuse et empâtée » son carnet. Veut-elle devenir romancière ? Non, mais elle a un coup de génie et, devant l'ètonnement de son chat Gribouille, elle réalisera son plan astucieux. Sera-t-elle dédommagée de son échec ? pour le savoir il faut lire ce petit livre.

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Classement en biblio - 1 lecteur

Extrait

Extrait ajouté par juliendu08000 2011-07-31T01:07:12+02:00

Alice aurait bien aimé accomplir une action d'éclat, mais ou elle manquait de courage, ou elle manquait d'imagination, toujours est-il qu'elle ne fit rien. Elle ne fit pas la traversée à pied de l'antarctique, ni celle, en courant toute nue, du stade de France, pas plus que la traversée de sa fenêtre en direction du rez-de-chaussée, cinq étages plus bas. En réalité, elle n'avait pas besoin de faire quelque chose de ce genre, mais elle se devait de l'envisager, par pure convention psychologique.

En effet, Alice arrivait à un âge où l'on envisage des projets, non pas dans le but de les réaliser, mais dans l'optique plus perverse de culpabiliser de ne les avoir pas accomplis jusque-là.

Pourtant, à quarante-huit ans, Alice estimait avoir déjà amplement profité de l'existence. Quand elle faisait le bilan, c'était d'abord à ses enfants qu'elle pensait : un garçon et une fille. Deux motifs de satisfaction. Peut-être les seuls dont elle fut vraiment fière. Le reste, son ancien travail, son ancien mari, ses anciennes copines... Mieux valait ne pas trop y penser. Enfin, peut-être était-elle un peu masochiste, car c'est toujours à ces sujets un peu désagréables qu'elle songeait.

Oh, au moins elle n'était pas ce qu'on appelle une vieille fille. Loin de là. D'une certaine façon on pouvait même dire qu'elle avait eu une vie plutôt mouvementée. Oui, elle avait fait la guerre, se plaisait-elle à penser. Sur le terrain des sentiments, bien sûr. Elle était même une sorte de vétéran.

Faites l'amour pas la guerre. Comme si l'un pouvait empêcher l'autre ! Elle aurait pu tout aussi bien décrocher la médaille d'honneur :

- Deux mariages, un divorce, une séparation, deux abandons, et une victoire aux points.

Honorable palmarès. En outre, alors qu'elle était devenue une quadra, elle se retrouvait plus marquée à l'âme qu'un ancien boxeur peut l'être au visage. Sauf qu'au lieu d'avoir le nez cassé, elle avait dû survivre à une garde partagée des enfants, à la désertion de la moitié de ses amies, parties avec sa première moitié, à laquelle s'est jointe la trahison de son banquier, de son assureur et de son boucher. En échange, elle avait rallié à elle, son psy, son gynéco, sa boulangère et son voisin homosexuel, qui plus tard s'était avéré être une voisine finalement hétérosexuelle.

C'est à la fin de son deuxième mariage qu'Alice avait rencontré son psy avec qui elle avait suivi une thérapie qu'elle avait réussie en parvenant à l'abandonner. Après leurs séances, il l'invitait dîner avec l'argent que lui avait coûté la consultation. Le troisième soir, ils avaient couché ensemble, afin, lui avait-il dit, de « prendre conscience émotionnellement de son autonomie sensuelle ». Deux mois après, il avait mis fin à leurs petites soirées, arguant qu'il était mauvais pour elle de développer une dépendance sentimentale avec son thérapeute et que le dernier stade de l'autonomie était de se délivrer de cette illusion qui consistait à se croire aimée. Le pire est finalement qu'elle avait continué à le consulter. Que pouvait-elle faire ? Les seuls hommes qui savent écouter les femmes étant somme toute assez peu nombreux : les vieux (hélas souvent sourds), les homosexuels (trop bavards) ou ceux qu'on paye : le psy, le banquier, l'épicier... et le gigolo, mais là, elle n'avait pas (encore ?) tenté l'aventure.

Il y avait six mois, Alice avait eu la chance incroyable de pouvoir organiser une exposition de ses peintures à Paris. Elle avait tout misé sur un repérage fait dans la campagne angevine, espérant pouvoir, cette fois à nouveau, vendre toute la série... Elle avait bien besoin de refaire à neuf la salle de bain. L'expo devait avoir lieu les deux dernières semaines de septembre. Certaine que son avenir était désormais assuré, elle avait quitté son emploi au palais de justice, bien décidée à ne pas transiger avec les devoirs sacrés qu'impose l'art.

Trois jours après l'ouverture, elle remballait ses cadres et ses toiles. Entre la conception de son projet et l'ouverture de l'expo, il y avait eu le 11 septembre. On lui fit signer un arrangement pour libérer la galerie afin d'exposer des œuvres consacrées au New York d'avant l'attentat. Dans tout le Paris culturel, il n'y en avait plus que pour les Twin Towers et l'Afghanistan, plus moyen pour elle de caser ses paysages de bocage angevin. Bien sûr elle compatissait avec les victimes, mais elle l'eut quand même un peu mauvaise...

En fait, ce fut comme le signe avant coureur de la débandade. D'abord les enfants : Chloé partit en Australie dans une famille d'accueil pour apprendre l'anglais et Julien trouva un poste de directeur du marketing à Paris. Robert, son deuxième mari profita donc de cette désagrégation du noyau familial pour partir s'installer avec sa secrétaire dans une garçonnière du 7°. Il ne restait plus que Gribouille, le chat, qui profita de la situation pour lui faire un chantage gastronomique afin d'avoir des croquettes au saumon.

Mais bon, après tout, la situation n'était pas si désastreuse que ça. Elle avait pris quelques semaines, en fait plusieurs mois, de vacances. La vente récente de quelques toiles lui avait permis de voir venir. Elle avait licencié sa femme de ménage, acheté un nouvel aspirateur, et avait passé ses premières journées de liberté dans les joies simples d'un nettoyage de printemps.

L'appartement une fois astiqué de fond en comble, il avait été temps de penser à elle. Après un passage obligatoire chez l'esthéticienne, la manucure et le coiffeur, le stage commando d'une semaine dans les grands magasins. Attention, tout cela ne procédait pas d'une pulsion irrationnelle de vouloir compenser un quelconque manque affectif par des dépenses déraisonnables. Non, c'était tout simplement parce que enfin elle prenait le temps de penser un peu à elle. Lorsqu'il n'y a personne pour vous dorloter, vous finissez par vous dire que vous êtes assez grande pour vous prendre en main et que rien n'est plus agréable que de ne pas avoir de bornes dans ce qu'on à envie de faire.

Et Alice en profita pour prendre une décision cruciale : changer de vie professionnelle.

Finalement, de son existence, elle n'avait fait que deux fois ce qu'elle voulait vraiment faire. A trente ans, ce fut vivre de ses créations artistiques et maintenant, à quarante-huit ans, arrêter de vivre de ses créations artistiques.

Quelque soit son talent, un artiste ne peut jamais vraiment savoir s'il parviendra un jour à percer, à obtenir le succès, la reconnaissance tant espérée. D'une certaine façon, la certitude de ne jamais réussir, la prise de conscience qu'elle ne parviendrait jamais à percer, fut pour Alice une sorte de délivrance.

Il ne faut pas s'imaginer que ce genre de révélation arrive tout d'un coup, un peu à la manière d'un coup de foudre. Non, c'est quelque chose de plus insidieux. Un procédé qui prend des années et se nourrit aussi bien de ses échecs que de la réussite des autres. Un enchaînement fatal et inexorable d'espoir, d'attente, de déception et de désillusion.

Enfin, pas tout a fait inexorable. On pouvait toujours rompre le cercle vicieux d'au moins deux façons radicales : en réalisant finalement ses rêves ou en les laissant définitivement tomber. Et Alice s'était insensiblement décidée pour la deuxième solution. La plus pratique et sans doute la moins rare. La suite logique et le prix à payer pour un certain confort moral retrouvé était en général une certaine amertume qui avait tendance à croître avec le temps et le vague sentiment d'être passé à côté de quelque chose, de ne pas être allé au bout de ses capacités. Pourtant, Alice eut la chance extraordinaire de ne pas tomber dans ce penchant.

Elle abandonna ses ambitions et s'en porta très bien.

Non, si elle avait des raisons de se plaindre, cela venait d'ailleurs. Peut-être même les désillusions qu'elle y avait rencontrées lui avaient permis de guérir de ses rêves avortés. En tout cas, et pour la première fois depuis le départ de ses enfants, elle se sentit bien, délivrée. Un peu seule, mais libre. Entièrement libre.

Enfin, peut-être un peu trop libre. Qu'allait-elle faire maintenant de toute cette liberté ? Au moins, quand elle avait encore sa peinture, elle savait comment perdre utilement son temps...

Maintenant, on la regardait, mais on ne la voyait plus. Les vendeurs des galeries marchandes l'habillaient mais plus un ne la déshabillait en imagination. Si on l'accostait dans la rue, c'était toujours pour lui demander de l'argent, et plus jamais pour être draguée. Un homme frappait à la porte, c'était pour un calendrier. Un homme au téléphone à onze heures du soir ? Juste une amie désespérée ayant besoin d'un conseil ou d'un réconfort. Ses dîners en ville ressemblaient à un congrès de féministes et ses soirées avec les copines à une réunion de femmes battues.

En matière d'avenir, le choix qui s'offrait à elle était désormais très simple : se laisser aller à une lente mais irrésistible dépression ou essayer de se ressaisir et de reprendre le combat. Par goût personnel pour l'émulation et le challenge, Alice aurait plutôt eu tendance à pencher pour la deuxième solution, mais curieusement c'est vers la première qu'elle se laissait doucement aller.

Parfois, elle s'attardait à regarder la photo de ses enfants qui trônait sur la commode, dans son cadre en plastique. Elle se demandait si seulement quelque part quelqu'un avait un cadre où elle figurait en bonne place. C'était peu probable. L'après-midi même, elle alla chercher une photographie d'elle qu'elle aimait particulièrement qu'elle substitua à celle de ses enfants, les ingrats, dans son affreux cadre de plastique noir. De toute façon elle leur conservait une place en or dans son cœur et dans ses pensées, pas besoin qu'ils squattent en plus sa commode. Et elle alla placer le cadre et sa nouvelle photo sur la petite table basse du salon, à portée de vue du chat qui allait très certainement être ravi de pouvoir contempler à longueur de journée le portait figé mais souriant de sa maîtresse.

Alice, dont la vie spirituelle jusqu'à présent s'était limitée à la lecture de l'horoscope de son magazine télé et à un abonnement pour aller voir la comédie musicale, Les dix commandements, se mit là aussi à changer ses habitudes. Elle se mit à acheter de très nombreuses revues d'art, des revues de professionnels, fit toutes sortes de visites à des gens étranges et experts dans des domaines non moins étranges, s'enferma de nombreuses heures dans sa chambre, noircit de lignes et de lignes un cahier entier d'une écriture fiévreuse et emportée.

Avait-elle décidée de devenir romancière ? Apparemment non car une fois réalisé tout cela, elle mit en pièce tout ce qu'elle avait écrit et en jeta les débris à la poubelle.

Devant un comportement aussi étrange, le chat gribouille aurait pu être amené à croire que sa maîtresse était folle, et pourtant il n'en n'était rien. Bien au contraire, pour la première fois peut-être de son existence, Alice eut du génie.

Cela arriva comme ça, tout d'un coup, une sorte de coup de foudre. Non, pas de coup de foudre car là il s'agissait d'intelligence et non d'une vague sensation. Ce fut en réalité une révélation. Et le jour de cette révélation fut aussi celui où elle décida de devenir malhonnête. En réalité, les deux événements se trouvaient étroitement liés.

Alice avait un plan, un plan qui demandait aussi bien du génie qu'un manque complet de scrupule. Pour l'heure elle ne s'était pas vraiment attardée à réfléchir sur ce qui avait amené sa prise de décision, elle avait d'autres chats à fouetter. Que Gribouille se rassure, il ne s'agissait pas d'entamer une campagne de répression contre les exigences toujours plus aberrantes de ces tigres d'appartement, mais plutôt de finaliser la mise au point de quelques détails cruciaux et particulièrement pointus.

Son plan ne supportait aucun à-peu-près.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par juliendu08000 2011-01-15T21:38:15+01:00
Diamant

j'ai adoré ce petit roman, un style d'écriture vraiment au point, une histoire magnifique sur l'échec d'une vie, c'est drôle, ça a de l'humour. C'est vraiment intéressant, ce livre fait partie de mes coups de cœur.

J'ai bien relu 4 ou 5 fois ce livre court qui ne s'oublie pas, les personnages sont vraiment attachant et je crois que chaque personnes qui lira ce roman pourra ce reconnaitre dans le personnage d'Alice.

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Date de sortie

Botticelli Code

  • France : 2008-12-01 (Français)

Les chiffres

Lecteurs 1
Commentaires 1
Extraits 1
Evaluations 2
Note globale 9.5 / 10

Évaluations