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Ce long chemin pour arriver jusqu'à toi



Description ajoutée par Lilou 2010-10-22T23:36:29+02:00

Résumé

« Il fut le grand amour de ma vie, et j'allais écrire le seul, l'unique, ce qui n'est pas très aimable pour tous les hommes avec lesquels j'ai partagé, avant de le rencontrer, des moments parfois intenses. Je me suis souvent demandé si notre histoire aurait connu cette plénitude, cet inépuisement, si nous nous étions connus dix ou vingt ans plus tôt. (…) « Quel long chemin il m'a fallu parcourir pour arriver jusqu'à toi », lui ai-je dit à l'oreille le jour de notre mariage, paraphrasant les derniers mots du héros de Robert Bresson dans son très beau film, Pickpocket. C'est ce chemin, mené tambour battant, sans jamais reprendre haleine, des éblouissements de l'enfance à ceux de la scène, de la découverte de Claudel et de Rilke à nos vagabondages d'adultes, à notre grâce et à notre impuissance aussi, parfois, que je vais maintenant tâcher de reconstituer. Sans tricher, sans arranger la vérité, avec le souci d'exprimer les ressorts secrets d'une vie que je n'ai jamais cessé d'agiter, d'interroger, de forcer, pour qu'elle me donne le meilleur d'elle-même ». Actrice fétiche de Rohmer, elle est aussi une de nos plus grandes comédiennes de théâtre, mais l'on se rend compte au fil des pages que toute sa vie a pris son sens auprès de Roger Vadim, qu'elle rencontre à quarante ans passés, alors qu'elle ne croit plus à l'amour. Leur passion les a unis intensément jusqu'à la mort de Vadim, il y a dix ans. Un récit bouleversant, émaillé des nombreuses lettres, lumineuses, tendres et passionnées. Écrit avec la collaboration de Lionel Duroy

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Classement en biblio - 3 lecteurs

Extrait

« Ma chérie,

« J'ai hésité à t'acheter des fleurs. Si j'avais pu les cueillir, je l'aurais fait. Mais celles du marchand sont trop officielles et polluées d'intermédiaires.

« Je n'ai qu'une peur, de n'avoir jamais assez dit ou écrit ta beauté, ton intelligence, ta bonté, avant de passer dans une autre dimension. De n'avoir jamais assez répété que tu m'as remis au monde et m'a offert les plus belles années de ma vie.

« C'était moins une !

« Il y a les gens du voyage, les gens de la guerre, nous sommes les enfants du miracle. Pas nantis d'écus, mais le cul est notre jardin. Dieu, qu'il fleurit joliment et passe aimablement les saisons.

« J'ai un P.-S. à cette lettre. Tu l'auras au réveillon de l'an 2000.

« Je t'aime,

« et t'embrasse de même,

« Vadim. »

Vadim datait rarement ses lettres, mais celle-ci l'est : avril 1992.

Nous nous connaissions - et nous aimions - depuis quatre ans, jour pour jour, puisque dès le premier jour nous nous sommes aimés.

C'était à Cognac, notre rencontre, au mois d'avril 1988. Il avait soixante ans cette année-là, et moi je venais de fêter mes quarante-quatre ans. Lui comme moi avions cessé de croire au Grand Amour depuis pas mal de temps déjà. Il avait aimé Brigitte Bardot, Annette Stroyberg, Catherine Deneuve, Jane Fonda, Catherine Schneider (pour ne citer que les plus connues), et toutes l'avaient quitté. J'avais aimé de mon côté Daniel Toscan du Plantier, Claude Santelli, Michel Boisrond (et bien d'autres encore, plus furtivement) mais tous je les avais quittés. L'année de mes quarante ans, j'avais même dit à Jean Marbœuf que je me sentais désormais trop vieille pour l'amour (réplique qu'il avait aussitôt glissée dans le scénario du film que nous nous apprêtions à tourner - Vaudeville).

Cependant, Vadim et moi nous trompions : rien de ce que nous avions vécu l'un et l'autre ne ressemblait à ce que nous allions vivre ensemble. « Nous sommes les enfants du miracle », m'écrit-il dans cette lettre, n'en revenant pas de connaître enfin, à l'automne de sa vie, cette étonnante félicité. Et moi non plus je n'en reviens pas, relisant aujourd'hui, dix ans après sa mort, les centaines de mots d'amour qu'il m'a laissés, la plupart déposés au matin sur un coin de la table de nuit, ou de celle du petit déjeuner, d'autres jamais déposés ni postés et découverts bien plus tard au fond d'un de ses tiroirs.

Vadim est mort le 11 février 2000, emporté par un cancer. « J'ai un P.-S. à cette lettre, m'écrivait-il donc huit ans plus tôt. Tu l'auras au réveillon de l'an 2000. » Qu'avait-il voulu dire ? Que prévoyait-il de me confier au seuil du XXIe siècle ? Le connaissant, je sais qu'il n'a pas envisagé une seconde de devoir disparaître à ce moment-là, à ce moment-là justement, lui qui attendait le nouveau siècle avec une curiosité d'enfant.

Je me souviens que trois ou quatre jours avant de mourir, vers cinq ou six heures du matin, au moment où il sortait de la nuit qui était toujours très pénible, il avait eu envie de bavarder, soudain.

— As-tu des regrets ? Aurais-tu aimé que ta vie soit différente ? lui avais-je demandé.

— Non, je ne regrette rien, j'ai eu une belle vie...

Il s'était tu un moment, avant de reprendre :

— Il y a tout de même deux choses qui m'énervent. J'avais toujours parié avec ma mère que je mourrais avant elle, eh bien, finalement ça me fait chier d'avoir eu raison (à quatre-vingt-dix ans passés Marie-Antoinette Plemiannikov, née Ardilouze, était en effet toujours vaillante). Et puis j'aurais aimé voir le monde s'installer dans le nouveau siècle... Et toi, avait-il repris après un instant de silence, qu'est-ce que tu vas faire quand je ne serai plus là ?

— Nos chansons ! Je vais chanter les chansons que tu m'as écrites, sur scène... Et puis je vais écrire un livre sur nous deux.

Il avait trouvé la force de sourire.

— Ah ! formidable, ça fera oublier toutes les conneries qu'on a écrites sur moi ! Eh bien, tu vois, je pars en te laissant des devoirs de vacance.

C'est aujourd'hui, à l'instant de me mettre à l'écriture de ce livre, retenu dix années durant, qu'il me semble découvrir enfin le fameux post-scriptum : « Je pars en te laissant des devoirs de vacance. » Mais bien sûr ! Vadim était l'homme des rêves prémonitoires, des voyages dans le temps, sans doute avait-il été prévenu qu'il aurait à me dire une chose importante à la charnière du siècle et, ne sachant pas ce que ce serait, il avait gardé dans un coin de sa tête, et tout en bas de sa lettre, une petite ligne blanche, juste sous sa signature.

« P-S. Je te laisse des devoirs de vacance. » (Sans « s », naturellement, comme on dit d'une place qu'elle est vacante.)

Il fut le grand amour de ma vie, et j'allais écrire le seul, l'unique, ce qui n'est pas très aimable pour tous les hommes avec lesquels j'ai partagé, avant de le rencontrer, des moments intenses. Je me suis souvent demandé si notre histoire aurait connu cette plénitude, cet inépuisement, si nous nous étions connus dix ou vingt ans plus tôt. Et chaque fois, me remémorant combien nous nous sommes aimés avec intelligence, perspicacité, générosité, déployant à chaque instant des trésors d'inventivité et de curiosité - nous qui n'avions pas été formidables dans nos relations précédentes -, j'ai remercié le ciel d'avoir reculé le moment où nos routes se sont enfin croisées. Comme si le destin, après nous avoir assommés d'échecs amoureux et de désillusions, avait soudain voulu mettre toutes les chances de notre côté.

« Quel long chemin il m'a fallu parcourir pour arriver jusqu'à toi », lui ai-je dit à l'oreille le jour de notre mariage, paraphrasant les derniers mots du héros de Robert Bresson dans son très beau film Pickpocket.

C'est ce chemin, mené tambour battant, sans jamais reprendre haleine, des éblouissements de l'enfance à ceux de la scène, de la découverte de Claudel et de Rilke à nos vagabondages d'adultes, à notre grâce et à notre impuissance aussi, parfois, que je vais maintenant tâcher de reconstituer. Sans tricher, sans arranger la vérité, avec le souci d'exprimer les ressorts secrets d'une vie que je n'ai jamais cessé d'agiter, d'interroger, de forcer, pour qu'elle me donne le meilleur d'elle-même.

1.

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d'enfant, je ne me vois pas entourée de mes parents. Mon frère Alain et moi avons bien des parents, oui, mais ils n'apparaissent qu'une fois par semaine, et jamais ensemble. Notre mère le jeudi après-midi, notre père le dimanche.

Nous sommes élevés par notre grand-mère maternelle, Félicité. Nous habitons Yerres, une commune voisine de Villeneuve-Saint-Georges, dont les petits pavillons de meulière débordent de chèvrefeuille et de glycine au printemps. C'est même l'une des premières images qu'enregistre ma mémoire - cette beauté de la glycine dans l'odeur chaude et sucrée des pivoines et du chèvrefeuille. J'ai peut-être trois ans. Est-ce ce jour-là, précisément, que j'ai ouvert les yeux sur le monde ? Il se résume alors au jardin de ma grand-mère qui me semble immense et féerique avec ses grappes de fleurs mauves, ses massifs colorés, ses pommiers, son groseillier, et le sophora sous lequel on se tient à l'ombre pour le goûter.

Félicité nous aime plus que tout et c'est sans doute pourquoi elle nous garde jalousement auprès d'elle, se méfiant des gens de la rue, et du monde extérieur en général. D'ailleurs, je ne vais pas à l'école les premiers temps, et c'est elle qui m'apprend à lire et à écrire. Outre les promenades dans la forêt toute proche où nous allons ensemble cueillir les champignons et le muguet, nous rendons visite à sa grande amie qui tient un salon de coiffure dans l'avenue commerçante. Cette femme est voyante à ses heures perdues, et j'observe, sans bien comprendre, combien ma grand-mère apprécie ses prophéties. Il semble que toutes les planètes se soient donné rendez-vous au-dessus de ma tête pour faire de moi une enfant bénie, une enfant chanceuse. Félicité abonde.

— Ah ! s'exclame-t-elle, je le savais ! Je le savais !

Et dans ces moments d'euphorie son visage sombre, fermé et têtu, s'illumine soudain, comme touché par la grâce.

— Cette petite, dit un jour la coiffeuse, elle aura la toison d'or !

Qu'espérer de plus que la « toison d'or » ? Rien, sûrement, puisque par la suite ma grand-mère me répétera inlassablement :

— Ma chérie, n'oublie pas que tu as la toison d'or.

Elle ne doute pas une seconde que j'aurai un destin flamboyant et, aujourd'hui, avec le recul, je devine combien la confiance qu'elle met en moi a dû m'aider à prendre de l'assurance, à grandir.

Parce que ce ne sont pas les visites de notre mère qui y ont beaucoup contribué.

Elle arrive le jeudi en fin de matinée par l'autocar, et nous descendons tous les trois l'attendre à l'arrêt, Alain, qui a deux ans de plus que moi, marchant devant, ma grand-mère et moi nous tenant par la main. Quel éblouissement lorsque je la vois surgir ! Élégante, solaire, nous enivrant bientôt de son parfum délicieux. Est-ce à cela que ressemble Paris ? Toutes les femmes, là-bas, ont-elles la beauté de maman ?

Nous ne sautons pas dans ses bras, et elle ne nous étreint pas en tremblant, la larme à l'œil, comme si elle avait attendu ce moment toute la semaine en se retenant de pleurer. Non, pas du tout.

— Bonjour mes enfants, souffle-t-elle, déposant sur notre joue, ou parfois seulement sur notre front, un baiser discret de ses lèvres écarlates.

Elle est heureuse, néanmoins, elle sourit, mais elle ne cache pas son agacement lorsqu'il lui faut écouter ce que lui dit sa mère, notre grand-mère.

— Oui, maman, oui, et que veux-tu que j'y fasse ?

Puis nous remontons vers la maison, tenant la main de maman, cette fois, tandis que Félicité trottine derrière nous dans ses habits noirs de vieille dame.

Je n'ai pas vraiment le souvenir de ce que nous racontons durant le déjeuner, mais ensuite nous sortons faire le tour du jardin et là maman s'enquiert de nos progrès. Alain a plutôt de bonnes notes à l'école, et moi je lis maintenant La Semaine de Suzette, et bien d'autres livres, sans buter sur aucun mot.

— Tu veux que je te montre, maman ?

— Eh bien, oui, voyons.

Aussitôt après le goûter, nous la raccompagnons à l'autocar. Avant de nous dire au revoir, elle remet notre « pension » à notre grand-mère, quelques billets sans lesquels Félicité n'aurait pas les moyens de nous entretenir. Sa visite n'a duré que quelques heures, mais nous ne sommes pas tristes. En tout cas, je n'ai pas gardé le sentiment d'un chagrin quelconque en la voyant repartir. Elle ne nous raconte jamais rien d'elle, nous ne savons rien de sa vie à Paris, tandis que la nôtre est ici, à Yerres, où nous ne manquons pas d'affection.

Le dimanche, c'est au tour de notre père de nous rendre visite. Il arrive au volant d'une petite Simca qu'il a surnommée « Titine », aussi entreprenant et joyeux que notre mère est réservée. Pourtant, il lui faut affronter Félicité qui ne l'aime pas, qui n'aime aucun homme en vérité, découvrirons-nous par la suite, les classant en deux catégories : les cons et les salauds. Notre père fait partie des premiers, aux yeux de notre grand-mère, pour n'avoir pas su, apprendrons-nous bientôt, retenir sa femme, notre mère.

À peine nous a-t-il embrassés qu'il nous emmène en promenade à bord de Titine, abandonnant Félicité à son ressentiment. Il est affectueux, volubile et drôle, mais il me semble que je devine très vite qu'il en fait un peu trop, comme pour nous cacher quelque chose de grave. Et d'ailleurs, il invoque sans cesse son cœur, son « palpitant », dit-il, qui le fait souffrir, pour s'excuser de ne pas courir, de ne pas jouer plus ardemment avec nous. S'il a été un homme plutôt rond aux premiers temps de son mariage, comme je le constaterai plus tard sur les quelques photos dont nous hériterons, il est à présent émacié, et très beau, dans mon regard d'enfant du moins, avec ses yeux d'un bleu profond et cette veste de lainage dans les tons gris-bleu qu'il porte chaque dimanche.

Lorsqu'il s'en va, il y a soudain comme un voile de tristesse qui obscurcit notre ciel, l'ombre de son propre chagrin, me dis-je aujourd'hui, sachant combien il a souffert du départ de notre mère, mais en ce temps-là je ne mets pas de mots sur cette espèce de mélancolie qui me serre le cœur à l'instant où nous agitons la main, tandis que Titine disparaît en cahotant au coin de notre rue et que nous l'entendons encore pétarader dans la grande descente.

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Commentaires récents

Argent

Roman autobiographie, sur un ton intime de confidences.. confidences, comme un miroir de son propre chemin de vie. Alors, beaucoup d'émotion. Un beau portrait de femme authentique.

Anecdotes intéressantes ..rien de transcendant ...Marie Christine Barrault aurait du romancer son livre...sa réalité n'est pas susceptible de transporter le lecteur...Je me suis ennuyé.

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Or

Quelle belle biographie racontée sur un ton intime.

Le ton est juste et on ressent l'émotion de l'auteur.

Un beau coup de coeur !

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Date de sortie

Ce long chemin pour arriver jusqu'à toi

  • France : 2010-10-21 - Poche (Français)

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Les chiffres

Lecteurs 3
Commentaires 2
Extraits 1
Evaluations 2
Note globale 7.5 / 10

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