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Big Ben égrena quatre coups.

Bien que le lord chancelier fût épuisé, vanné, après ce qui s'était passé cette nuit-là, le flot d'adrénaline qui avait envahi son corps restait encore assez puissant pour l'empêcher de dormir. Il avait promis à Leurs Seigneuries qu'il annoncerait sa décision dans l'affaire Barrington contre Clifton pour déterminer qui devait hériter du baronnet et des vastes propriétés de la famille.

Une fois de plus, il étudia les faits, parce qu'il croyait que seuls les faits comptaient dans ce domaine.

Au début de son stage de formation juridique, quarante ans auparavant, son tuteur lui avait conseillé de chasser tout sentiment personnel, tout a priori, au moment de porter un jugement sur son client ou sur un dossier. Le droit n'était pas une profession pour les esprits pusillanimes ou les âmes sensibles, avait-il souligné. Or, s'il avait respecté ce mantra durant quatre décennies, le lord chancelier devait reconnaître qu'il n'avait jamais eu jusque-là à se prononcer sur un dossier aussi délicat, où les deux plateaux de la balance étaient à ce point en équilibre. Il regrettait que F. E. Smith ne soit plus en vie, car il aurait bien voulu lui demander conseil.

D'une part... - comme il détestait ces formules toutes faites ! -, d'une part, donc, Harry Clifton était né trois semaines avant son meilleur ami, Giles Barrington : premier fait. D'autre part, Giles Barrington était indubitablement le fils de sir Hugo Barrington et d'Elisabeth, son épouse légitime : deuxième fait. Mais cela ne faisait pas de celui-ci le premier-né de sir Hugo, et c'était là le point crucial du testament.

D'une part, Maisie Tancock avait donné naissance à Harry le vingt-huitième jour du neuvième mois après avoir eu des rapports avec sir Hugo, avait-elle reconnu, au cours d'une sortie d'entreprise à Weston-super-Mare : troisième fait. D'autre part, Maisie Tancock était mariée à Arthur Clifton à la naissance de Harry, et l'acte de naissance déclarait sans conteste qu'Arthur était le père de l'enfant : quatrième fait.

D'une part... Le lord chancelier repensa à ce qui s'était passé à la Chambre lorsque les lords avaient enfin emprunté l'un ou l'autre couloir pour passer au vote afin de décider qui de Giles Barrington ou de Harry Clifton devait hériter du titre et de «la totalité des biens y afférents». Il se rappela les termes exacts du premier assesseur lorsqu'il avait annoncé les résultats devant une salle comble.

«Pour, couloir de droite : deux cent soixante-treize voix. Contre, couloir de gauche : deux cent soixante-treize voix.»

Un brouhaha avait alors éclaté sur les bancs rouges ; à cause du nombre égal de voix, il lui incombait de décider - tâche peu enviable - qui devait hériter le titre de la famille Barrington, la compagnie de transport maritime renommée, ainsi que les biens meubles et immeubles. Si seulement l'avenir des deux jeunes gens ne dépendait pas de sa décision ! Devait-il prendre en compte le fait que Giles Barrington souhaitait hériter du titre, contrairement à Harry Clifton ? Il n'en était pas question. Comme l'avait souligné lord Preston dans sa convaincante allocution prononcée depuis les bancs de l'opposition, cela créerait un fâcheux précédent, même si ça leur aurait facilité la tâche.

D'autre part, s'il se prononçait en faveur de Harry... Il finit par s'assoupir mais fut réveillé par un petit coup frappé à la porte à 7 heures, heure inhabituellement tardive. Il grogna et garda les yeux fermés pendant qu'il comptait les coups égrenés par Big Ben. Il ne restait que trois heures avant le moment où il allait devoir rendre son verdict et il n'avait toujours pas pris sa décision.

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