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Commentaire ajouté par Laurien 2018-08-01T12:05:56+02:00
Lu aussi

On révise - voire redécouvre - sa mythologie, un peu à la manière des Mémoires de Zeus de Maurice Druon, avec le même principe de montrer les dieux et les Titans comme des hommes pétris de défauts malgré leurs pouvoirs. Mais le rythme du récit ne s'emballe que lorsque Circé est exilée sur son île, le début est assez lent et manquant parfois de souffle avec quelques personnages caricaturaux - la méchante sœur, la nymphe frivole...

Un peu à la façon de Margaret Atwood dans le magnifique roman l'Odyssée de Pénélope, le plus intéressant reste finalement les moyens utilisés par les femmes, nymphes, déesses ou mortelles, pour réussir à échapper aux appétits des hommes, avec une forme de solidarité qui apparaît entre elles.

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Commentaire ajouté par Jennifer_tartiflette 2018-05-28T16:42:40+02:00
Argent

Lire la revue complète sur: https://latentationdulivreenanglais.com/circe-madeline-miller/

Ma notation: 4/5

Comme je suis contente! Après avoir eu un gros coup de coeur pour The Song of Achilles, un roman magnifique sur tous les points, j’espérais sincèrement retrouver l’écriture prodigieuse de Madeline Miller ainsi que ses prouesses de conteuse en matière de mythologie. Circe a été une lecture entraînante par sa manière de revisiter mythes et héros, et contemporaine par sa façon d’aborder la valeur de la femme à travers son personnage principal. Eh oui! Dans ce contexte pourtant antique, le féminisme y est criant de modernité!

En lisant Circe, on a l’impression d’être aussi immortel que l’héroïne dont on suit l’histoire. On est un peu comme des dieux qui observent de loin la vie des mortels, à ceci près que nous sommes des humains spectateurs de leur vie tumultueuse! On croise de grandes figures de la mythologie, on est témoin des changements d’époque et surtout on est récepteur des échos du passé. Madeline Miller parvient à couvrir avec brio les moments clés de l’existence de Circé tout en nous faisant traverser les âges. C’est étonnant!

Mais sa plus grande réussite reste la démystification du personnage de Circé. Si on la connaît froide et calculatrice dans L’Odyssée, ici, on découvre une déesse défectueuse qui a du mal à se fondre dans les codes de la cruauté et de l’immortalité. La protagoniste est humanisée, pas par souci d’appréciation, mais parce que son rejet l’amène à chercher l’amitié là où elle peut la trouver, notamment chez les humains qui ne la jugent pas aussi sévèrement que le reste des dieux. La protagoniste s’est montrée très attachante!

Déjà, j’avais vite apprécié son tempérament. Circé se révèle certes naïve par moment mais ce que les gens pensent d’elle ne l’atteint qu’à un certain degré. Malgré qu’elle doive encaisser remarques désagréables et insultes déguisées, la déesse trouve toujours matière à rendre la balle: que ce soit en désobéissant à son père en entachant le prestige des Titans ou en se montrant plus courageuse et talentueuse que ces frères et soeurs, Circé montre sa force en affirmant ses convictions et sa différence! Et dans un monde masculinisé où les femmes n’ont pour monopole que la soumission, c’est d’autant plus parlant.

Ce qui m’amène d’ailleurs aux sujets modernes avancés par l’auteure. A travers Circé, Madeline Miller traite de la dominance masculine et de la façon dont elle se veut essentiellement abusive: que ce soit avec la férocité des dieux ou la vanité des humains, Circé est souvent la proie d’injustices alors qu’elle ne cherche que la compagnie et l’hospitalité. En voulant croire avant tout en la bonté de l’autre, elle apprend violemment de ses leçons, quitte à s’égarer parfois elle-même dans la brutalité! Son évolution a été éblouissante!

Comme je le disais tout au début, le récit est débordant de féminisme. Circé observe que le mérite des femmes est souvent laissé de côté: malgré leur part dans la réussite de leurs maris, elles n’ont droit à aucune reconnaissance. De ce fait, la plupart des personnages féminins se montrent stratégiques et ambitieux afin d’assurer un semblant de contrôle. Qu’il s’agisse de notre héroïne, de Pénélope, de Pasiphaé ou encore de Perséis, ces femmes ont une détermination sans faille et sont d’une intelligence redoutable! Elles défient le destin et le plient à leur grès, sans que personne ne s’en aperçoive, et finissent ainsi par marquer l’Histoire.

Cela dit, je tiens à préciser que les hommes ne sont pas stigmatisés, ce qui est un point très important! Au contraire, Circé rencontre des hommes bons qui vont marquer sa vie positivement. Je dirais même que l’auteure privilégie les relations saines avec des êtres ordinaires mais méritants, et qu’elle désacralise les rapports avec les hommes de pouvoir se révélant auto-destructeurs.

La parentalité est également un thème très présent. Si les divinités sont presque des parents adoptifs pour les demi-dieux qu’ils supportent, Circé voit par son vécu que ce rôle demande davantage d’une personne que le simple fait de créer. Il est ainsi question de monoparentalité, de burn-out, d’éducation familiale, mais aussi de fierté, d’amour et d’instinct de protection. Selon moi, Circé n’a jamais paru aussi forte et audacieuse que lorsqu’elle s’est détachée de son statut de déesse pour expérimenter ce qui fait le mérite des mortels!

J’ai aussi aimé le fait que le roman mélange plusieurs mondes. On fait la rencontre des Titans, des Olympiens, des Nymphes, des demi-dieux, des monstres… A travers le regard de Circé, on (re)découvre bon nombre de mythes et légendes qui donneraient quasiment le sentiment de lire une vraie épopée! Et le tout est écrit avec une prose absolument magnifique! Oh puis, on entend parler de Achille et Patrocle… Snif.

Finalement, ce qui m’a empêchée de donner la note maximale, c’est le côté « romance » qu’entretient Circé avec certains personnages que j’ai trouvé assez ennuyeux… Je trouve qu’il ne se passait pas grand chose d’important dans ces moments-là et que ces journées étaient assez répétitives….

Bref, j’ai adoré suivre une protagoniste aussi imparfaite, d’autant plus que son développement a été impressionnant et pertinent. J’aime beaucoup la fin, l’auteure a su faire de Circé une héroïne profonde.

Note: ce livre comporte une scène de viol et certains passages violents.

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