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Comment Baptiste est mort



Description ajoutée par x-Key 2016-03-01T17:38:10+01:00

Résumé

Enlevé dans le désert par un groupe de djihadistes avec ses parents et ses frères, Baptiste, après plusieurs semaines de captivité, est le seul à être libéré. Ponctué d’hésitations, de silences, son débriefing laisse apparaître des zones d’ombre, des secrets qu’il tient à garder. Le garçon semble aussi avoir perdu la mémoire d’événements importants. Peu à peu, néanmoins, se révèle l’histoire extraordinaire et cruelle de celui à qui ses ravisseurs ont donné le nom d’un renard du désert : Yumaï.

(Source : Gallimard)

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Extrait

Extrait ajouté par MilaMaelle 2016-12-19T10:08:31+01:00

— Baptiste, raconte comment cette histoire a commencé.

— Maintenant je m’appelle Yumaï.

— Yumaï ?

— Oui ils m’ont donné ce nom.

— Baptiste, maintenant cette histoire est finie

tu veux bien revenir parmi nous ?

Tu te souviens du jour où ils t’ont donné ce nom

Yumaï ?

— Je crois le jour de ma naissance

je ne peux pas m’en souvenir.

— Tu as quel âge, Baptiste ?

Yumaï, tu as quel âge ?

— Quatorze ans.

— En effet, tu as quatorze ans et ils t’ont donné ce nom le jour de ta naissance ?

Comment ont-ils pu savoir, il y a quatorze ans, que tu naissais à quatre mille kilomètres de leur désert ?

— Ils ne l’ont pas su

je ne suis pas né Yumaï il y a quatorze ans.

— Je ne comprends pas

tu peux m’expliquer ?

— C’est difficile

après l’enlèvement je ne sais pas quand pour eux je suis né, je suis devenu Yumaï

ils m’ont dit que Yumaï est le nom d’un renard dans un conte mon nom, c’est à cause du renard, et de mes cheveux la même couleur, la couleur du sable

mais ils ne m’ont pas dit un beau jour : tiens, tu vas t’appeler Yumaï

j’étais déjà Yumaï quand j’ai entendu pour la première fois mon nom.

— Et tu te souviens de cette première fois ?

— Oui.

— Tu ne veux pas me raconter ?

Ils ont donné un nom à tes frères aussi ?

— Non.

— Tu as une idée pourquoi ?

Eh Yumaï ! Je t’ai posé une question tourne-toi par ici regarde-moi qu’est-ce qu’il a, ce bureau ?

— Il pue, tout est moche on étouffe

— On n’a pas le choix désolé, on ne peut pas aller ailleurs

je vais ouvrir cette fenêtre

ça ira ?

Tu fermeras les yeux je suis sûr que tu peux t’envoler où tu veux en fermant les yeux.

— N’importe quoi.

— J’aimerais que tu me racontes un peu.

— Raconter

il y a des choses que je peux raconter mais il y a aussi des trous je ne me souviens pas de tout

je me souviens par exemple la nuit des magies d’étoiles

le jour le plaisir de l’ombre le bonheur de l’eau

l’eau qui vient dans la bouche sèche qui descend et finie la soif qui me faisait souffrir depuis des heures.

— Tu m’as dit que tu te souvenais de cette première fois où quelqu’un t’a appelé Yumaï et non plus Baptiste.

— Ils ne m’ont jamais appelé Baptiste

pour eux, avant Yumaï

je n’existais pas en tant qu’humain ni même comme animal même pas gazelle même pas chameau

je n’avais pas de nom

pourquoi vous voulez savoir cette première fois où j’ai compris qu’ils m’avaient donné ce nom ?

— C’est important parce que ce jour-là un lien s’est noué entre vous j’aimerais comprendre la nature de ce lien

alors ?

— Je ne comprends pas cette histoire de lien.

— Pourtant tu t’es appelé Baptiste, Yumaï

en te nommant, tes parents t’ont fait entrer dans une communauté

c’est le lien du baptême alors je me demande pourquoi, un beau jour, ceux qui t’ont nommé Yumaï ont voulu que tu saches qu’ils t’avaient adopté.

— Ils me cherchaient ils m’appelaient

Yumaï ! Yumaï !

j’entendais ce mot, je ne savais pas encore que c’était mon nom il résonnait dans les montagnes

il y en avait quatre qui me cherchaient

Yumaï ! Yumaï !

les échos se croisaient et je ne les voyais pas.

— Pourquoi ils te cherchaient ?

— Je m’étais évadé.

— Tu t’étais évadé ?

Tout seul ?

— Oui dans la nuit

— Tellement de choses sont arrivées

tellement de choses que vous ne croirez pas

vous ne me croyez pas

mais avant moi, l’enlèvement d’un Yumaï n’était jamais arrivé non plus je suis le premier Yumaï

il faut que vous compreniez ça : je suis le premier Yumaï

tout ce qui m’est arrivé n’est jamais arrivé à personne.

— Comment ça, le premier Yumaï ?

— Hier vous m’avez demandé de réfléchir d’essayer de comprendre pourquoi ils m’ont choisi, moi, pas Louis, pas Clément pourquoi ils m’ont séparé d’eux

c’est parce que j’avais l’âge où on devient un combattant un guerrier comme Idris et Tajoud

l’âge où on apprend à se servir d’une arme et à tuer

à choisir l’endroit pour se cacher, ou pour une embuscade

à conduire et réparer un 4×4

à aller avec les femmes, m’a dit Idris mais il n’y avait pas de femmes

et à obéir surtout à obéir, même quand on a peur

et c’est la première fois qu’ils avaient un otage à l’âge où on devient guerrier alors tout ce qui m’est arrivé, tout ce qu’ils m’ont fait vous ne l’avez jamais vu ni entendu nulle part

vous ne me croirez jamais vous ne pouvez pas vous imaginer

ce n’est pas la peine de continuer.

— Si, Yumaï, je te crois tout ce que tu me diras, je le croirai tout ce qui t’est arrivé

tout ce qu’ils t’ont fait

tout ce qu’ils t’ont obligé à faire

tu dois me le raconter, je le croirai.

— Et c’est pour ça qu’ils m’ont appelé Yumaï

mon nom de guerrier.

— Tu gardes tes cheveux longs

c’est la première chose qu’on a remarquée quand on t’a retrouvé, à part ta maigreur, tes longs cheveux on avait des photos de toi, tu les avais courts, avant.

— Ils ont tous les cheveux longs ils ne se coupent pas les cheveux

j’ai eu envie de les couper, un jour, parce que j’avais chaud mais ils n’ont pas voulu

ils m’ont appris à faire un chèche, comme eux, et alors j’ai oublié que j’avais les cheveux longs.

— Ce qui m’étonne, c’est que maintenant tu les gardes longs très longs, même.

— Oui.

— Pourquoi ?

— Comme ça il n’y a pas de raison particulière je n’ai pas envie de les couper.

— Bon hier, juste avant qu’on arrête, tu m’as dit que Yumaï était ton nom de guerrier j’aimerais que tu m’en dises plus sur ce mot, guerrier.

— Guerrier

guerrier c’est aussi chasseur et il y a encore des gazelles et des renards dans le désert de Mandi plus beaucoup

le grand-père d’Amir posait des pièges pour les attraper.

— Tu as vraiment parlé de chasse et de gazelles avec Amir ?

— Oui, une fois, il m’a parlé de la chasse des pièges.

— Tu penses qu’ils vous ont enlevés comme on chasse ?

— Oui

mais papa n’a pas l’instinct des gazelles il n’a rien senti, il n’a rien vu venir il s’est précipité sur eux comme s’il était aveugle.

— Tu t’es douté de quelque chose avant lui ?

— Oui.

— Parce que toi tu as l’instinct des gazelles ?

— Dès que je les ai vus, de loin ils barraient la piste, ils étaient sur quatre motos

ils n’avaient pas les uniformes de l’armée ni des gardiens du parc ils avaient des foulards qui cachaient leurs figures

et ils étaient tous armés des mitraillettes à l’épaule, ou sur le ventre

j’ai dit à papa : qui c’est, ces gens ?

Il a répondu : des gens du coin, on va voir je me suis dit qu’il avait tort, mais de toute manière c’était trop tard le temps de faire demi-tour ils nous auraient rattrapés

et il a continué a rouler vers eux ils nous ont fait signe de nous arrêter

ils nous entouraient, ils braquaient leurs armes sur nous maman qui était derrière avec les petits leur a dit de se coucher par terre moi j’étais devant mon père a verrouillé les portes mais ils ont fait signe de les ouvrir

là je ne me souviens plus de tout.

— Tu avais peur ?

— À ce moment, je ne crois pas mon père a dit de ne pas nous inquiéter

même mes frères n’ont pas pleuré

après, Amir les a fait passer devant, avec ma mère on était cinq devant, j’avais Louis sur mes genoux, maman avait Clément et Amir s’est assis à l’arrière il a confisqué nos portables et a demandé à papa de démarrer de suivre les motos

alors j’ai compris qu’on avait été enlevés.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Katie-Kat 2017-03-20T21:59:45+01:00
Lu aussi

Très difficile de faire un commentaire sur ce roman coup de poing. Je ne sais pas si j'ai aimé ou pas, en tout cas il ne m'a pas laissée indifférente, je ne l'ai pas lâché une fois ouvert... Attention âme sensible s'abstenir car c'est le genre d'histoire à laquelle on pense encore plusieurs jours après... C'est très bien écrit et la formule un chapitre/entretien puis un chapitre/souvenirs est très réussie.

Le petit défaut pour moi dans le scénario, c'est que j'avais envisagé une partie de la révélation finale dès le début de l'histoire

Spoiler(cliquez pour révéler)
et mes soupçons se sont transformés en certitude à partir du moment où Baptiste parle du regard de Louis...

Spoiler(cliquez pour révéler)
Par contre j'ai bien aimé la façon dont le point de vue d'Amir sur la grotte n'est révélé qu'à la fin... Je vais essayer d'expliquer :

Au début, je me disais que l'auteur voulait essayer de nous donner l'impression que ces djihadistes avaient quand même une part d'humanité, qu'ils étaient sensibles à une sorte d'intelligence ancestrale des hommes du passé, en accord avec la nature, que le monde moderne, dans ses dérives capitalistes a perdue. Bon, je n'étais pas pleinement convaincue qu'on pouvait leur trouver des excuses mais j'essayais de me forcer à comprendre leur vision... Et puis quand l'auteur révèle le projet d'Amir de faire sauter la grotte, cela confirme bien que cet homme n'a finalement aucune profondeur ni aucune spiritualité.

Le pire c'est que de tels hommes existent, au nom de la religion, sans y croire réellement eux-mêmes, ils terrorisent, dominent et assouvissent leurs désirs les plus malsains (il me semble que même la pédophilie d'Amir est suggérée dans ce roman).

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Date de sortie

Comment Baptiste est mort

  • France : 2016-04-01 (Français)

Activité récente

Les chiffres

Lecteurs 5
Commentaires 1
Extraits 1
Evaluations 4
Note globale 7.5 / 10

Évaluations