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Par MilaMaelle le 19-12-2016 Editer
Comment Baptiste est mort
— Baptiste, raconte comment cette histoire a commencé.


— Maintenant je m’appelle Yumaï.


— Yumaï ?

— Oui


ils m’ont donné ce nom.



— Baptiste, maintenant cette histoire est finie



tu veux bien revenir parmi nous ?





Tu te souviens du jour où ils t’ont donné ce nom

Yumaï ?



— Je crois le jour de ma naissance



je ne peux pas m’en souvenir.



— Tu as quel âge, Baptiste ?



Yumaï, tu as quel âge ?

— Quatorze ans.



— En effet, tu as quatorze ans

et ils t’ont donné ce nom le jour de ta naissance ?

Comment ont-ils pu savoir, il y a quatorze ans, que tu naissais à quatre mille kilomètres de leur désert ?



— Ils ne l’ont pas su



je ne suis pas né Yumaï il y a quatorze ans.



— Je ne comprends pas



tu peux m’expliquer ?



— C’est difficile



après l’enlèvement

je ne sais pas quand

pour eux je suis né, je suis devenu Yumaï



ils m’ont dit que Yumaï est le nom d’un renard dans un conte

mon nom, c’est à cause du renard, et de mes cheveux

la même couleur, la couleur du sable



mais ils ne m’ont pas dit un beau jour : tiens, tu vas t’appeler Yumaï

j’étais déjà Yumaï quand j’ai entendu pour la première fois mon nom.



— Et tu te souviens de cette première fois ?

— Oui.





— Tu ne veux pas me raconter ?





Ils ont donné un nom à tes frères aussi ?

— Non.



— Tu as une idée pourquoi ?









Eh Yumaï ! Je t’ai posé une question

tourne-toi par ici

regarde-moi

qu’est-ce qu’il a, ce bureau ?



— Il pue, tout est moche

on étouffe





— On n’a pas le choix

désolé, on ne peut pas aller ailleurs



je vais ouvrir cette fenêtre



ça ira ?

Tu fermeras les yeux

je suis sûr que tu peux t’envoler où tu veux en fermant les yeux.



— N’importe quoi.



— J’aimerais que tu me racontes un peu.



— Raconter



il y a des choses que je peux raconter

mais il y a aussi des trous

je ne me souviens pas de tout



je me souviens par exemple la nuit

des magies d’étoiles



le jour

le plaisir de l’ombre

le bonheur de l’eau



l’eau qui vient dans la bouche sèche

qui descend

et finie la soif qui me faisait souffrir depuis des heures.



— Tu m’as dit que tu te souvenais de cette première fois où quelqu’un t’a appelé Yumaï et non plus Baptiste.



— Ils ne m’ont jamais appelé Baptiste



pour eux, avant Yumaï

je n’existais pas en tant qu’humain

ni même comme animal

même pas gazelle

même pas chameau



je n’avais pas de nom



pourquoi vous voulez savoir

cette première fois où j’ai compris qu’ils m’avaient donné ce nom ?



— C’est important parce que ce jour-là un lien s’est noué entre vous

j’aimerais comprendre la nature de ce lien



alors ?





— Je ne comprends pas cette histoire de lien.



— Pourtant tu t’es appelé Baptiste, Yumaï

en te nommant, tes parents t’ont fait entrer dans une communauté

c’est le lien du baptême

alors je me demande pourquoi, un beau jour, ceux qui t’ont nommé Yumaï ont voulu que tu saches qu’ils t’avaient adopté.



— Ils me cherchaient

ils m’appelaient

Yumaï ! Yumaï !

j’entendais ce mot, je ne savais pas encore que c’était mon nom

il résonnait dans les montagnes



il y en avait quatre qui me cherchaient

Yumaï ! Yumaï !

les échos se croisaient et je ne les voyais pas.



— Pourquoi ils te cherchaient ?



— Je m’étais évadé.

— Tu t’étais évadé ?

Tout seul ?

— Oui

dans la nuit


— Tellement de choses sont arrivées



tellement de choses que vous ne croirez pas



vous ne me croyez pas



mais avant moi, l’enlèvement d’un Yumaï n’était jamais arrivé non plus

je suis le premier Yumaï



il faut que vous compreniez ça : je suis le premier Yumaï

tout ce qui m’est arrivé n’est jamais arrivé à personne.

— Comment ça, le premier Yumaï ?



— Hier vous m’avez demandé de réfléchir

d’essayer de comprendre pourquoi ils m’ont choisi, moi, pas Louis, pas Clément

pourquoi ils m’ont séparé d’eux



c’est parce que j’avais l’âge où on devient un combattant

un guerrier

comme Idris et Tajoud



l’âge où on apprend à se servir d’une arme et à tuer

à choisir l’endroit pour se cacher, ou pour une embuscade

à conduire et réparer un 4×4



à aller avec les femmes, m’a dit Idris

mais il n’y avait pas de femmes



et à obéir

surtout à obéir, même quand on a peur



et c’est la première fois qu’ils avaient un otage à l’âge où on devient guerrier

alors tout ce qui m’est arrivé, tout ce qu’ils m’ont fait

vous ne l’avez jamais vu ni entendu nulle part





vous ne me croirez jamais

vous ne pouvez pas vous imaginer



ce n’est pas la peine de continuer.



— Si, Yumaï, je te crois

tout ce que tu me diras, je le croirai

tout ce qui t’est arrivé

tout ce qu’ils t’ont fait



tout ce qu’ils t’ont obligé à faire



tu dois me le raconter, je le croirai.







— Et c’est pour ça qu’ils m’ont appelé Yumaï



mon nom de guerrier.


— Tu gardes tes cheveux longs



c’est la première chose qu’on a remarquée quand on t’a retrouvé, à part ta maigreur, tes longs cheveux

on avait des photos de toi, tu les avais courts, avant.



— Ils ont tous les cheveux longs

ils ne se coupent pas les cheveux



j’ai eu envie de les couper, un jour, parce que j’avais chaud

mais ils n’ont pas voulu



ils m’ont appris à faire un chèche, comme eux, et alors j’ai oublié que j’avais les cheveux longs.

— Ce qui m’étonne, c’est que maintenant tu les gardes longs

très longs, même.





— Oui.

— Pourquoi ?



— Comme ça

il n’y a pas de raison particulière

je n’ai pas envie de les couper.



— Bon

hier, juste avant qu’on arrête, tu m’as dit que Yumaï était ton nom de guerrier

j’aimerais que tu m’en dises plus sur ce mot, guerrier.



— Guerrier



guerrier c’est aussi chasseur

et il y a encore des gazelles et des renards dans le désert de Mandi

plus beaucoup



le grand-père d’Amir posait des pièges pour les attraper.

— Tu as vraiment parlé de chasse et de gazelles avec Amir ?

— Oui, une fois, il m’a parlé de la chasse

des pièges.



— Tu penses qu’ils vous ont enlevés comme on chasse ?

— Oui



mais papa n’a pas l’instinct des gazelles

il n’a rien senti, il n’a rien vu venir

il s’est précipité sur eux comme s’il était aveugle.



— Tu t’es douté de quelque chose avant lui ?

— Oui.

— Parce que toi tu as l’instinct des gazelles ?



— Dès que je les ai vus, de loin

ils barraient la piste, ils étaient sur quatre motos



ils n’avaient pas les uniformes de l’armée

ni des gardiens du parc

ils avaient des foulards qui cachaient leurs figures



et ils étaient tous armés

des mitraillettes à l’épaule, ou sur le ventre



j’ai dit à papa : qui c’est, ces gens ?

Il a répondu : des gens du coin, on va voir

je me suis dit qu’il avait tort, mais de toute manière c’était trop tard

le temps de faire demi-tour ils nous auraient rattrapés



et il a continué a rouler vers eux

ils nous ont fait signe de nous arrêter



ils nous entouraient, ils braquaient leurs armes sur nous

maman qui était derrière avec les petits leur a dit de se coucher par terre

moi j’étais devant

mon père a verrouillé les portes mais ils ont fait signe de les ouvrir



là je ne me souviens plus de tout.

— Tu avais peur ?



— À ce moment, je ne crois pas

mon père a dit de ne pas nous inquiéter



même mes frères n’ont pas pleuré



après, Amir les a fait passer devant, avec ma mère

on était cinq devant, j’avais Louis sur mes genoux, maman avait Clément

et Amir s’est assis à l’arrière

il a confisqué nos portables et a demandé à papa de démarrer

de suivre les motos



alors j’ai compris qu’on avait été enlevés.
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