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Troisième récit : deux étudiantes (non) juives

À la naissance, elle reçut le nom de sa grand-mère : Gisèle ; c’était en 1957, à Paris, la ville où elle grandit et reçut son éducation. C’était une enfant espiègle, supportant mal la contrainte, très portée sur la rébellion. Malgré cette tendance, ou peut-être grâce à elle, elle devint une élève brillante, bien qu’insupportable pour ses maîtres. Ses parents accédaient quasiment à tous ses désirs, y compris celui, soudain, d’apprendre l’hébreu. Ils avaient envisagé pour elle une carrière scientifique, mais elle était fermement décidée à aller vivre en Israël. En attendant, elle étudiait la philosophie à la Sorbonne tout en suivant, en parallèle, des études de yiddish et d’hébreu : le yiddish parce que c’était la langue de sa grand-mère, qu’elle n’avait pas connue, et l’hébreu, dont elle s’imaginait que ce serait la langue des enfants qu’elle aurait un jour.

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Un autre Mahmoud est né en 1941 dans un petit village qui n’existe plus, près de Saint-Jean-d’Acre. En 1948, il devint un réfugié : sa famille fuit vers le Liban lors des combats et son lieu de naissance fut rayé de la carte, tandis qu’une coopérative agricole juive (mochav) était installée sur les ruines de ce village. Un an plus tard, à la faveur d’une nuit sans lune, la famille revint s’installer chez des proches, dans le village de Jdeideh, en Galilée. C’est ainsi que Mahmoud compta, des années durant, parmi ceux que les autorités israéliennes qualifiaient de « présents-absents », à savoir les réfugiés ayant regagné leur patrie mais perdu leurs terres et leurs biens. Cet autre Mahmoud était un enfant hanté par ses rêves, à l’imagination ardente, qui ne cessait d’impressionner ses professeurs et ses camarades. Comme le premier Mahmoud, il rejoignit assez vite le mouvement communiste et devint journaliste et poète. Il partit habiter à Haïfa, qui était alors la plus grande ville de population mixte judéo-arabe d’Israël. Lui aussi y rencontra de jeunes Israéliens « authentiques », tandis que ses œuvres suscitaient l’enthousiasme d’un public toujours plus nombreux. En 1964, l’un de ses audacieux poèmes, intitulé « Carte d’identité », fit vibrer toute une génération de jeunes Arabes. Ses échos résonnèrent bien au-delà des frontières d’Israël. Le poème débute par une fière interpellation adressée au fonctionnaire du ministère de l’Intérieur israélien :

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Pendant des années, Dov eut le souci que son « identité nationale et religieuse » hors norme ne porte pas préjudice à ses filles. Car, dans les écoles israéliennes, les professeurs s’adressent régulièrement à leurs élèves en commençant par : « Nous les juifs », sans prendre en compte le fait qu’il en est plus d’un parmi eux dont les parents, voire eux-mêmes, ne sont pas considérés comme appartenant au « peuple élu ». L’irréligiosité durablement affirmée de Dov et l’opposition de son épouse à ce qu’il se fasse circoncire empêchèrent sa conversion au judaïsme ; il tenta même, à un moment, de se trouver une filiation imaginaire avec les « marranes ». Voyant que ses filles, parvenues à l’âge adulte, ne se formalisaient pas du fait qu’il ne soit pas juif, il abandonna définitivement l’idée de descendre de ces juifs convertis.

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Cholek et sa femme regagnèrent la Pologne en 1945, mais celle-ci, même après le retrait de l’armée allemande, continuait de « vomir » ses juifs. Cholek, le communiste polonais, se retrouvait une nouvelle fois sans patrie (si ce n’est, bien sûr, celle du communisme, qui, malgré les malheurs éprouvés, restait son havre d’espérance). Avec sa femme et leurs deux nourrissons, il se retrouva ainsi, totalement démuni, dans un camp de réfugiés situé dans les montagnes de Bavière ; il y rencontra l’un de ses frères qui, contrairement à lui, exprimait son aversion pour le communisme et sa sympathie pour le sionisme. L’histoire n’est pas à une ironie près : le frère sioniste obtint un visa d’entrée au Canada et vécut le reste de sa vie à Montréal, tandis que Cholek et sa famille furent acheminés par l’Agence juive jusqu’à Marseille, d’où ils embarquèrent pour Haïfa à la fin de l’année 1948.

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Premier récit : deux grands-pères immigrés

Il s’appelait Cholek, plus tard en Israël il devint Shaül. Il était né en 1910 à Lodz, en Pologne. Son père mourut à la fin de la Première Guerre mondiale, victime de la grippe espagnole. Sa mère dut alors travailler dur, comme ouvrière, dans une usine de tissage de la ville. De ce fait, deux de ses trois enfants furent placés dans un foyer d’assistance de la communauté juive. Seul Cholek, le plus jeune des garçons, demeura au logis familial. Il fréquenta pendant quelques années l’école talmudique, mais le dénuement de sa mère le rejeta rapidement à la rue et, dès son jeune âge, il commença à travailler dans divers ateliers de tissage. Telle était la réalité à Lodz, haut lieu de l’industrie textile en Pologne.

Des raisons très prosaïques l’amenèrent à se défaire des croyances religieuses ancestrales léguées par ses parents. La mort du père eut tôt fait de détériorer la situation économique de sa mère, qui fut reléguée aux derniers rangs de la synagogue du quartier : la perte de notabilité sociale se traduisait aussi par un éloignement de la sainte Bible. Une loi d’airain hiérarchique était déjà en vigueur dans les sociétés traditionnelles, selon laquelle l’appauvrissement du capital financier s’accompagne presque toujours d’une dégradation du capital symbolique. Le jeune homme prit son parti de ce déplacement et se trouva bientôt complètement à l’extérieur de l’enceinte des prières ! Cette manière d’abandonner la religion était assez répandue parmi les jeunes des quartiers juifs des grandes villes. Le jeune Cholek se retrouvait donc soudainement sans toit ni foi.

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