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Contes populaires et légendes du Berry et de la Sologne



Description ajoutée par Nicolas 2011-11-01T15:51:55+01:00

Résumé

description

Des jolis textes qui parlent des légendes d'cheu'nous, extraits, entre autres, des "Contes et légendes du Berry et de la Sologne", paru chez France Loisirs en 1976, achevé d'imprimer en 1979, un livre introuvable malheureusement aujourd'hui.

La contre-préface (Le Huppeur) est de Claude Seignolle, un des plus grands conteurs de notre province.

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Extrait

UNE LEGENDE DE NOEL

Dans la nuit de Noël, lorsqu'on rentrait, après minuit on évitait soigneusement les carrefours mal famés où toutes nuits de la Noël se réunissaient les sorciers et leurs bêtes pour un sabbat monstrueux.

Au retour de l'église, et avant même de réveillonner avec du vin chaud et du boudin (plus tard avec des dindes, oies, cochonnailles suivant les possibilités), on avait soin de donner à manger à tous les animaux de la ferme. Cette nuit-là, dit-on entre onze heures et minuit, les boeufs (surtout ceux provenant d'une même vache) parlent entre eux, mais malheur à qui tenterait de surprendre le secret de leurs conversations. On raconte toujours en la localisant en Berry, l'histoire, pourtant bien connue également hors des limites de notre province, qu'un boiron (jeune garçon qui aiguillonne les boeufs pendant le labourage) qui, dans ce moment solennel, se trouvait couché près de ses boeufs, entendit le dialogue suivant :

" Que ferons-nous demain ? " demanda tout à coup le plus jeune du troupeau. " Nous porterons notre maître en terre " répondit d'une voix lugubre, un vieux boeuf à la robe noire, " et tu ne ferais pas mal, François ", continua l'honnête animal en arrêtant ses grands yeux sur le boiron qui ne dormait pas, " et tu ne ferais pas mal d'aller l'en prévenir afin qu'il s'occupe des affaires de son salut ".

Le boiron, moins surpris d'entendre parler ses bêtes qu'effrayé du sens de leurs paroles, quitte l'étable en toute hâte et se rend auprès du maître de la ferme pour lui faire part de la prédiction de ses boeufs.

Celui-ci, assez mauvais chrétien, se trouvait alors attablé avec trois ou quatre mauvais garnements de son voisinage, et, sous prétexte de faire réveillon, - repas joyeux mais décent que l'on prend en famille au retour de la messe de minuit -, présidait, en vrai balthazar à une monstrueuse orgie, tandis que la cosse de Nau flamboyait dans l'âtre et que sa femme et ses enfants étaient encore à l'église.

Le fermier, malgré les vapeurs bachiques qui enfumaient son cerveau, fut frappé du masque effaré de François, à son apparition dans la salle.

- Eh bien, qu'y a-t-il ?, lui demanda-t-il brutalement.

- Il y a que les boeufs ont parlé, répondit le boiron consterné.

- Et qu'ont-ils chanté ?, reprit le maître.

- Ils ont annoncé qu'ils vous porteraient en terre demain ; c'est le vieux Morin qui l'a dit et il m'a même envoyé vous en avertir, afin que vous ayez le temps de vous mettre en état de grâce.

- Le vieux Morin en a menti ! et je vais lui donner une correction, s'écria le fermier, le visage empourpré par le vin et la colère.

Et, sautant sur une fourche de fer, il s'élança hors de la maison, et se dirigea vers les étables. Mais il était à peine arrivé au milieu de la cour qu'on le vit chanceler, étendre les bras et tomber à la renverse.

Etait-ce l'effet de l'ivresse, de la colère, ou de la frayeur ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ses amis, accourus pour le secourir, ne relevèrent qu'un cadavre, et que la prédiction du vieux Morin se trouva accomplie.

Depuis cette aventure, que l'on dit fort ancienne, les boeufs ont toujours continué à prendre, une fois l'an la parole, mais personne n'a plus cherché à surprendre le secret de leur conversation.

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MONSIEUR LE COMTE EST SERVI

Ce n'est certainement pas trahir un secret, encore moins sombrer dans la pire délation que d'affirmer qu'on rencontre, en Sologne, davantage de braconniers que de chasseurs. Non, ce n'est point médire puisque c'est bien sûr la seule vraie vérité.

Que voulez-vous, le brave Solognot se croit né braconnier par nature, et rien ne l'en fera démordre. A l'âge où les gadouillots d'ailleurs rêvent de cartables bourrés de livres d'images, l'écolier de Sologne, lui, ne prétend qu'à une musette de Raboliot rebondie de poils et de plumes ensanglantés.

Cette douteuse vocation date sans doute du temps où les paysans ne pouvaient améliorer leur repas qu'en fricotant autour des rabouillères. Les landes ne donnant point de grasses récoltes, il fallait bien se rattraper sur la faune qui y abondait, et qui devint la manne des miséreux. A défaut de plus substantiels rapports, et parce que le droit de chasse n'était nullement de leurs privilèges, les Solognots infortunés s'adonnèrent donc aux répréhensibles occupations du braconnage. Et quand ce n'était plus pour remplir la terrine, les croquants continuaient de colleter le lapereau sous prétexte que ce prolifique rongeur grignotait leurs rares cultures.

En conséquence logique, braconner fut presque un devoir pour les gens de Sologne. Personne ne s'en priva comme de juste. La fricassée de garenne remplaça ici la traditionnelle poule au pot. Mais les paysans finirent par se lasser de la gibelotte ; ils décidèrent alors, histoire de varier un peu les menus, de goûter à d'autres viandes. Ils s'attaquèrent aux lièvres, puis aux faisans.

Les châtelains fermaient les yeux jusque-là mais dès qu'ils apprirent que les rustres piétinaient leurs aristocratiques foulées, ils ne purent s'empêcher de voir rouge. Tudieu ! les jacques osaient empiéter sur leurs prérogatives seigneuriales ! Voilà qui devait être sévèrement châtié. On traqua donc le vilain tandis que le vilain traquait le gibier défendu. Commença ainsi une fantastique partie de cache-cache parsemée de collets, d'affûts et d'embuscades. On ne savait plus qui épiait quoi. Les châtelains couraient après leurs gardes, qui couraient après les fraudeurs, qui couraient après le gibier... Il n'y avait guère que ce malheureux gibier à courir pour rien, sinon pour la vie, car quelle que soit l'issue de la farce, sa course menait toujours à une marmite. Ne restait pour lui qu'à choisir sa fin entre une écuelle de terre ou une assiette de porcelaine.

Le braconnage avait ses célébrités, évidemment. Celui qui accordait tout le monde sur ses capacités était le locaturier d'un château des environs d'Argent-sur-Sauldre.

Des lièvres et des levrauts, des lapins et des lapereaux, des faisans et des faisandeaux, des perdrix et des perdreaux, dame ça oui ! il s'en était régalé plus souvent que son maître. "Après tout", pensait-il, "ce n'est que justice vu que c'est moi qui les nourris, ces pauvres bêtes, sur les maigres parcelles que je faisons valoir. " Et de ricaner en conclusion : "J'engraissons itou nout' maître le châtelain mais lui, sûr que j'voudrais point en manger, pasqu'y doit être sacrément coriace ! "

Ces plaisanteries tombèrent un jour dans l'oreille d'un garde-chasse, un de ces maudits saint-hubert qui ne se plaisent qu'à faire le mal et à chercher noise aux bonnes gens. Le fourbe s'empressa de cafarder ce qu'il venait d'entendre à son maître, lequel cherchait depuis longtemps le moyen infaillible de pincer cet arrogant de locaturier qui le narguait. Cette fois-ci, il le tenait enfin, son braconneux.

"Ecoute bien ce que tu vas faire", dit le châtelain à son garde.

Celui-ci se mit dans un impeccable garde-à-vous et resta respectueusement planté là, aux ordres, raide comme un piquet mais bavant déjà à l'idée de levrauder un de ces culs terreux, la casquette réglementaire enfoncée et les guêtres non moins réglementairement cirées.

"Ecoute bien ce que tu vas faire", répéta le châtelain afin de forcer toute l'attention de l'autre - qui n'en avait guère. "Tu vas t'arranger à tirer un lièvre et demain matin, tu courras le porter à la femme du locaturier. Tu lui diras qu'elle m'en fasse un bon plat car je passerai sur le midi à la locature, étant en promenade dans les parages. "

Le garde ne comprenait plus. Quoi ? Offrir un lièvre à des coquins qui ne se gênaient pas d'en carotter à tire-larigot, et puis quoi encore ? Avec la permission de M. le Comte, il faudrait cent fois mieux leur envoyer les gendarmes, et donner le lièvre à la cuisinière du château (qui était d'ailleurs l'épouse du garde) !

"Nigaud que tu es", le rassura aussitôt le châtelain sur un ton de fausset. "Réfléchis donc un instant ! "

C'était trop demander au garde. Il essaya pourtant de comprendre. Vainement. II eut beau se gratter et se regratter la casquette, il ne pigeait toujours rien à rien. Son maître était décidément trop compliqué pour lui...

"C'est pourtant simple !" expliqua le châtelain. "Si demain midi, la femme du locaturier me sert un bon lièvre, cela prouvera qu'elle n'en est pas à son coup d'essai, donc qu'elle en a souvent préparé, donc que son chenapan de bonhomme a bel et bien braconné sur mes terres, donc enfin qu'il doit chèrement payer son impudence. Ce lièvre délicieusement mijoté suffira à le confondre et la punition exemplaire qui s'ensuivra saura bien nous rembourser des torts causés !"

Le garde avait compris, si, si. Peut-être pas toutes les ficelles du piège mais l'essentiel, ça oui, il l'avait compris. Et il rigolait encore dans ses moustaches méchamment retroussées alors qu'il se dépêchait vers la locature, le lendemain matin, un capucin encore palpitant dans son carnier.

C'est le locaturier qui lui ouvrit.

"J'vous amène ça de la part de nout'maître", annonça le sournois en brandissant son appât. "M. le Comte passera par ici sur le midi, et il désire prendre son repas chez vous. "

La locaturière soupesa longuement le lièvre que le garde avait jeté en travers de la table. Elle opina du chignon et offrit une lichette de piquette à ce pisse-fiel de garde. Il ne lui inspirait guère confiance, c'est vrai, mais elle devait néanmoins le remercier de ce qu'il apportait, même si ce n'était point eux qui en profiteraient. Et elle devait surtout le remercier de n'avoir jamais réussi à pincer son mari en flagrant délit, à l'heure des passées, en lisière des bois.

"C'est entendu", obéit-elle, "nout'monsieur aura son lièvre à midi, tu peux t'en retourner le lui dire. "

Le garde fila sur ces paroles, son verre avalé cul sec, tout excité à la pensée de l'infâme piège qu'il venait de tendre à ce couple de mauvais locaturiers.

Mais je t'en fiche : le paysan n'était point facile à berner car ses longues maraudes l'avaient habitué à flairer le danger

"Ça cache quelque tromperie", marmonna-t-il en reluquant le lièvre. "C'est pas dans les manières du comte que de dîner hors du château, et encore moins de payer son manger. J'parie qu'y veut simplement vérifier si tu t'y entends à cuisiner un capucin, pour mieux nous accuser après de braconne... "

- "Euh là, nous v'là-t-y dans un sale pétrin à c'tte heure ! " se lamenta la locaturière en se tordant les mains.

- "P't-être point, ma femme, p't-être point. Faut pas tomber dans le panneau, c'est tout. Et si tu me suis, ça s'ra pas demain la veille qu'y reviendra juger tes talents de cordon bleu, nout'beau môssieu... "

La brave femme écouta son homme et son oeil se mit à pétiller de malice. En fait de bon plat, oui da ! il allait être gâté, le châtelain...

Midi sonna au clocher d'Argent. Le comte et son garde entrèrent dans la locature. Une appétissante odeur leur chatouilla les narines, une odeur de navets. Le comte salua ses métayers et s'attabla devant une imposante platée de légumes. La locaturière repoussa vivement ce maigre rata vers le bout de la table, là où elle mangerait plus tard avec son homme, quand leur "invité" aurait quitté leur modeste demeure, et elle balbutia, confuse

"Ne goûtez surtout point à ce ragoût de pauvres, nout'maître : c'est notre pitance à nous, ces naviots. Pour vous, ça sera le capucin. Ah, j'l'avons mitonnée, c'tte bête-là, et v'allez sûrement vous régaler !"

Le comte se pourléchait à l'avance et il estima qu'il pouvait se montrer libéral, pour une fois, envers ces braves paysans qu'il s'apprêtait à punir

"Je vous en prie", consentit-il, "banquetons ensemble comme de vieux amis. Allons, métayer, asseyez-vous à ce bout de table et partageons le bon lièvre que nous a préparé votre dame. Vous aussi, mon garde, asseyez-vous près de moi !"

Le garde ne se le fit pas répéter deux fois, mais le locaturier, quant à lui, marqua quelque réserve. "Sacrebleu !" pensa le comte, "si ce sont maintenant les bouseux qui ont de l'entregent, où va-t-on ?" Le locaturier finit cependant par s'asseoir à son bout de table, déplia son couteau de charretier et piqua dans les navets.

"Vous ne voulez donc pas goûter à ce bon lièvre que votre dame nous a si joliment accommodé ?" s'étonna le châtelain.

- "Non point, sans façons, nout'maître. Vous savez, nous autres de la campagne, on n'est point fait pour apprécier de tels mets. On se contente de peu et c'est bien ainsi. Ripaillez de bon coeur et ne m'en veuillez point de replonger dans mes naviots."

Ce fut sur cette déclaration que la locaturière décrocha la marmite de la crémaillère, la posa avec d'infinies précautions sous le nez dilaté du comte, souleva enfin le couvercle de fonte. Hum ! Quelle odeur de festin !

"Je tiens mes chenapans !" jubilait le châtelain en salivant. Et il enfonça goulûment sa fourchette de cantine dans le récipient pour en repêcher une irréfutable pièce à conviction.

Le lièvre était cuit. Très bien cuit. Mais l'animal aurait certainement été mille fois plus mangeable si la locaturière avait pris soin de le dépouiller !

"Qu'est-ce donc que cette charogne ?" s'empourpra le châtelain.

- "Pardi, c'est votre capucin, nout'maître."

- "Notre lièvre ?... Mais ventrebleu ! Il fallait le dépouiller avant de le cuisiner !"

- "Ah bon ?" feignit de s'étonner la bonne femme d'un air ahuri. "J'en savais ben ren du tout, parole. Faut vous dire que des capucins, nout'bon maître, j'me rappelle seulement pas en avoir jamais vu les crottes d'un, cheux nous. Alors faudra que vous excusiez mon ignorance, s'pas, pour une première fois. Si vous m'aviez réclamé des naviots, j'aurais ben sûr mieux fait !"

Le locaturier se délectait en effet devant sa platée de navets, en bout de table, et le comte fut subitement pris de nostalgie pour les repas frugaux. Il devinait maintenant qu'il ne gagnerait rien à vouloir jouer au plus rusé avec ces satanés paysans. Les Solognots ne se trompent qu'à leur profit, selon le dicton. Il fut donc obligé de faire contre mauvaise fortune bon coeur, et de remercier platement pour un repas qu'il ne mangerait pas. Sur quoi, il prit son bolivar et repartit vers son château, avec la faim au ventre et son garde sur les talons.

Le locaturier et la locaturière eurent toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire avant que leurs convives ne claquent piteusement la porte. Au revoir, beaux messieurs, et à la revoyure !

Mais ils ne revinrent jamais, ces beaux messieurs, ni le maître ni son garde, à croire que ce coup du lapin leur était resté sur l'estomac et qu'ils l'avaient mal digéré. Le locaturier put ainsi perpétrer ses crimes en toute impunité. Et ce benêt de garde eut beau se triturer les méninges, il ne comprit jamais ce qui avait pu pousser cette étourdie de locaturière à cuisiner un si beau lièvre sans, auparavant, le dépiauter...

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