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Extrait ajouté par Armony22 2018-04-29T15:44:03+02:00

Elle décacheta l'enveloppe.

Une seule photo. Elle ne comportait qu'une seule photo en noir et blanc, légèrement jaunie au fil du temps. De ces clichés d'après-guerre où les visages paraissent vaporeux. En pleine forêt, près d'une maison en bois, Rose, vêtue d'une robe et d'un tablier, coiffée d'un large foulard, tenait celle qui devait être Michelle lorsqu'elle n'avait que quelques mois

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Extrait ajouté par LKA_ 2018-01-19T14:12:11+01:00

Un extrait est dispo ici :

https://issuu.com/taurnada/docs/extrait_dltdlb_et

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Extrait ajouté par LKA_ 2018-01-19T14:10:37+01:00

Le tic-tac nonchalant de l’horloge derrière maître Billain résonnait dans la pièce entièrement lambrissée. Pour la seconde fois, Elsa était assise face à cet homme qui l’avait accueillie l’air grave et compatissant suite au décès de sa grand-mère.

Moins d’un mois s’était écoulé après cette première entrevue. Il s’agissait à présent de liquider les derniers actes administratifs qui clôturaient sèchement la vie de Rose. Simple formalité routinière pour le notaire dont la mine était devenue moins sinistre. Immense sensation de néant pour Elsa, qui parvenait à contenir ses larmes, mais pas la morsure de la douleur.

Après le décès de sa grand-mère, la jeune femme n’avait pu se résoudre à faire le deuil de cette maison d’enfance dont elle avait hérité, mais qu’elle n’était plus certaine de parvenir à occuper seule. Elle avait donc proposé à sa tante Léontine de quitter son appartement pour s’installer quelques jours avec elle.

Ce matin, maître Billain soldait l’héritage de Rose. Après avoir signé et paraphé plusieurs documents qu’Elsa ne prenait soin ni de lire ni de comprendre, le notaire lui adressa un large sourire :

« Après la clôture des deux comptes épargne de votre grand-mère, la somme de 18 452,21 francs, déduction faite des taxes et frais d’étude, sera versée sur le compte dont vous m’avez donné les coordonnées bancaires. »

Elsa le regardait sans entendre ses paroles, absorbée par le bruit de l’horloge comtoise si semblable à celle qui trônait dans le salon de Rose et qu’elle connaissait depuis son enfance. Elle repensait aux moments où sa grand-mère l’autorisait à grimper sur un tabouret pour insérer la manivelle et remonter le mécanisme. Face au mutisme et au visage fermé d’Elsa, le notaire se sentit obligé d’apporter quelques précisions encourageantes :

« Ne vous inquiétez pas, le versement est assez rapide et vous pourrez disposer de la somme sous quinzaine. »

Malgré elle, la jeune femme sortit de sa rêverie et toisa froidement maître Billain qui préféra enchaîner comprenant sa méprise quant à l’attitude détachée d’Elsa.

« Parfait ! Il ne vous reste plus qu’à signer l’acte de propriété concernant la maison que votre grand-mère vous lègue au lieu-dit de “La Braconne”. Comme vous l’a dit votre tante lors de notre précédent rendez-vous, cette habitation n’a pas de valeur. Bien qu’elle se situe en bordure du lac de Sainte-Ursule, elle reste enclavée en pleine forêt et doit être en piteux état depuis toutes ces années. Seul le terrain peut rapporter quelques bénéfices. Enfin, vous avez le temps de réfléchir à la façon dont vous souhaitez disposer de ce bien. »

Elsa apposa sa signature sur une simple feuille de papier qui la rendait propriétaire d’une maison que ni sa grand-mère ni sa tante n’avaient jamais mentionnée, construite près de Mont-Éloi, le village de naissance de Rose, de Léontine, mais aussi de sa mère, Michelle. Mont-Éloi, à deux heures de route, mais qu’Elsa n’avait jamais visité.

L’histoire de sa famille ne semblait avoir commencé qu’à sa naissance et dans la ville de Gravine. Cette famille qui se résumait à ces trois femmes et à un grand-père mort bien avant qu’Elsa ne voie le jour. Portée par la vie et les relations courtes mais difficiles qu’elle avait entretenues avec sa mère, elle ne s’était jamais réellement étonnée de ce passé défaillant. Mais, désormais, La Braconne, tout comme l’insistance dont avait fait preuve Léontine pour qu’elle vende cette maison, la poussaient à se questionner sur ce lieu, sur ses racines, sur ce silence.

Maître Billain récupéra la feuille et donna à Elsa une clé étrangement neuve au vu de l’état supposé de la maison puis il tendit une enveloppe au nom d’Elsa.

« Votre grand-mère avait précisé que cette enveloppe devait vous être remise en même temps que la clé de La Braconne. »

Le notaire marqua un instant de silence lorsqu’il vit la main tremblante d’Elsa caresser son nom calligraphié par Rose. Embarrassé, il se racla discrètement la gorge et demanda s’il pouvait encore répondre à certaines questions. Elsa fit non de la tête puis se leva. Il la reconduisit tout en prononçant quelques paroles de circonstance puis referma la porte derrière elle, la laissant seule avec un sentiment de vide insondable.

La jeune femme regagna lentement sa voiture. À peine installée sur le siège, elle ouvrit la boîte à gants et fourra les documents notariés ainsi que la clé à l’intérieur en forçant un peu pour la refermer. Puis elle posa les coudes sur le volant, l’enveloppe à quelques centimètres de ses yeux. Elle n’avait pas encore découvert les dernières paroles de Rose que des larmes affluaient déjà au bord de ses paupières. L’habitacle froid et humide de cette voiture constituait un endroit bien mal approprié pour cet ultime instant à passer avec sa grand-mère, mais il lui garantissait néanmoins toute l’intimité nécessaire.

Une larme coula sur sa joue.

Elle décacheta l’enveloppe.

Une seule photo. Elle ne comportait qu’une seule photo en noir et blanc, légèrement jaunie au fil du temps. De ces clichés d’après-guerre où les visages paraissent vaporeux. En pleine forêt, près d’une maison en bois, Rose, vêtue d’une robe et d’un tablier, coiffée d’un large foulard, tenait celle qui devait être Michelle lorsqu’elle n’avait que quelques mois.

Les yeux de la jeune femme s’attardèrent sur le reflet de son propre visage sur le pare-brise. Elle comprenait pourquoi les gens ne cessaient de s’étonner de sa ressemblance physique avec sa grand-mère. Elle avait l’impression que c’était elle qui posait sur cette vieille photo aux côtés d’un homme qui ne ressemblait en rien à son défunt grand-père. Un homme qui regardait tendrement sa grand-mère.

S’attendant à une lettre remplie de mots affectueux et réconfortants, Elsa sentit ses larmes se tarir. Elle restait interdite face à cet ultime et incompréhensible message adressé par sa grand-mère. Machinalement, elle retourna le cliché pour y découvrir le véritable et tragique héritage que Rose s’apprêtait à lui léguer.

À Elsa,

La Braconne, le passé que je n’ai jamais eu le courage de te raconter.

Tous ces fantômes qui n’ont jamais cessé de me hanter.

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