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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:50:29+02:00

Un peu plus loin, un visage avait émergé du sol, également. Le visage d’un homme, au front large et à la mâchoire puissante, arborant un sourire figé et triomphal. Cela donnait l’impression qu’il avait été recouvert de ciment sec. Il y avait des rides poussiéreuses et des craquelures autour de sa bouche. Ses orbites étaient tellement noires... noires, comme la nuit, pas du tout de blanc des yeux, comme si l’intérieur de sa tête était vide. Pourtant c’était vivant, il n’y avait pas de doute là-dessus. Cela s’était dressé hors du sol en béton, de la même façon qu’un nageur émerge de la surface d’un lac.

C’était vivant et cela lui souriait, et cela essayait joyeusement de l’attirer sous la surface du béton.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:49:57+02:00

Il examina la cave, promenant le faisceau de sa torche ici et là. Il souleva des feuilles de contre-plaqué, et déplaça deux ou trois cageots. Il priait le ciel pour qu’il ne découvre pas Randy gisant sur le sol, mort. Il tira de côté un lit de repos au siège crevé, et il s’apprêtait à pousser du pied des rouleaux de linoléum lorsqu’il entendit ce bruit à nouveau.

Sssssshhhhhh  – sssssshhhhh  – sssssshhhhhh  – progressant lentement le long du mur.

Il se raidit, des picotements sur la peau de sa nuque. Le bruit s’avança lentement, sur toute la longueur de la cave, puis il commença à revenir dans l’autre sens.

— Viens... je pense que nous ferions mieux de sortir d’ici, dit Jack.

Ils firent demi-tour et retraversèrent la cave, prudemment au début. Mais le bruit de raclement se rapprochait de plus en plus et de plus en plus vite, comme du ciment que l’on malaxe, comme un corps traîné sur du gravier, lourd et crissant, et cependant mou.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:46:55+02:00

— Il y a une chose qu’il faut que tu apprennes, Randy ; et c’est d’affronter tout ce qui te fait peur. Il peut s’agir de rats, de chiens ou d’araignées. En ce moment, il faut que tu regardes Lester bien en face, qui qu’il soit, et que tu lui dises non. Et je serai là, à tes côtés, pour t’épauler.

— Mais il est..., commença Randy.

— Il n’est rien que toi et moi ne puissions prendre en main, l’interrompit Jack.

— Il est dans le mur, termina Randy, d’une voix pitoyable ; et beaucoup trop doucement pour que Jack puisse l’entendre.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:45:22+02:00

— Est-ce que vous pouvez parler ? lui demanda Randy, faisant un pas prudent en avant. Est-ce que vous pouvez ouvrir les yeux ?

Pas besoin d’ouvrir les yeux, Randy. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

— Qui êtes-vous ? lui demanda Randy. Comment se fait-il que votre visage soit dans le mur ?

Je m’appelle Lester. Enfin, parfois c’est Lester. D’autres fois c’est Belphegor. C’est un joli nom, n’est-ce pas ? Belphegor.

— Comment se fait-il que votre visage soit dans le mur ?

Comment se fait-il que tu te trouves ici, hein, Randy ? C’est bien Randy, non ? J’ai entendu ton papa t’appeler Randy.

— Mon père veut acheter cette maison et en faire un hôtel.

Oh vraiment ? Eh bien, certaines personnes seront ravies d’apprendre cette nouvelle. D’autres ne le seront pas ; d’autres qui aiment les choses telles qu’elles sont.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:44:52+02:00

Tu as peur, Randy ? Tu n’as pas besoin d’avoir peur.

— Est-ce que vous êtes réel ? demanda-t-il, sa voix rendue aiguë par la peur.

Il n’y eut pas de réponse. Randy regardait fixement le visage de l’homme et ne savait toujours pas quoi faire. Il ne pouvait pas être réel, n’est-ce pas ? Pourtant il semblait respirer. On ne pouvait pas vraiment le surprendre en train de respirer, pourtant il le faisait, de toute évidence ; on pouvait l’entendre, le sentir. Inspirant, expirant, inspirant, expirant. Une respiration courte, oppressée, comme quelqu’un se dissimulant dans un placard, au cours d’une partie de cache-cache.

— Vous n’êtes pas réel ! cria-t-il à voix haute. C’est impossible !

Qu’appelles-tu réel, Randy ? Tu crois peut-être que tu es réel, à rester là dehors dans le froid ?

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:44:11+02:00

Le temps s’écoulant à des vitesses différentes. Poussant lentement le battant de la porte. S’avançant lentement à l’intérieur. Un son confus, une vue brouillée. Je suis ici, Randy ! Nous sommes ici ! Une petite chambre au papier peint de fleurs marron ; un lit au châlit de métal, crème, avec un matelas affaissé, souillé par d’innombrables nuits d’incontinence. Au mur, un tableau placé de guingois, Suzanne et les vieillards, de Thomas Hart Benton, sourcils épilés, seins ronds, fente du vagin, et des hommes regardant Randy ! Je suis ici, Randy !

Il tourna les yeux. Il regarda vers le mur. Là, à mi-hauteur, dans la faible lumière du matin, il vit que le papier mural faisait une bosse, prenant la forme d’un visage d’homme... quasiment comme si le décorateur avait collé le papier sur lui, avec des fleurs marron. Les yeux de l’homme étaient fermés, mais il souriait. Il avait l’air amical, mais on ne pouvait pas lui faire entièrement confiance, comme l’un de ces farceurs qui écartent brusquement votre chaise au moment où vous vous asseyez.

Randy le regarda avec stupeur, frissonnant. Il ne savait pas si l’homme était réel ou non. Mais comment pouvait-il être réel, s’il était recouvert par le papier peint ? On ne peut pas respirer dans ce cas, on étouffe, n’est-ce pas ? Et il ne bougeait pas, il n’était pas réel, il était totalement immobile ; un bas-relief dans du papier peint marron.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:43:02+02:00

— Petite fille ? appela-t-il. Petite fille ?

Il passa devant des pièces dont chaque fenêtre était munie d’un grillage métallique. Finalement, il arriva au fond du couloir, et se retrouva sur un palier. Un autre escalier montait à sa gauche, faiblement éclairé par une fenêtre grillagée. Il entendait la pluie chuchoter contre la vitre. Il attendit et tendit l’oreille. Cette fois il n’appela pas « ohé ». Il y avait une porte à deux battants devant lui. Il essaya de l’ouvrir, mais de toute évidence elle était verrouillée. La petite fille avait dû s’enfuir en haut de l’escalier. Il regarda rapidement derrière lui vers le couloir, puis décida de la suivre. Elle n’avait pu aller très loin.

Tandis qu’il montait les marches, il entendit quelqu’un chanter, dans le lointain :

 

« La lavande est bleue, lala-lala

La lavande est verte.

Ici je suis le roi, lala-lala

Tu seras la reine. »

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:42:10+02:00

— Eh bien, mon associé dit qu’elle a été construite à la fin du siècle dernier. C’était une maison particulière au tout début, construite par Adolf Kruger qui a fondé la société Kruger Beer. Apparemment, il l’a vendue juste après la Première Guerre mondiale, et par la suite elle a été aménagée en maison de santé.

Il tourna la clé dans la serrure et ouvrit la porte sans difficulté. Les battants ne grincèrent pas, et ne vibrèrent pas. Les gonds fonctionnèrent silencieusement, comme s’ils étaient neufs.

Tandis qu’il entrait, Randy aperçut les visages aveugles en bas reliefs, et demanda dans un chuchotement :

— Pourquoi ont-ils tous les yeux fermés ?

Daniel Bufo regarda à son tour, puis secoua la tête, de telle sorte que ses bajoues tremblotèrent.

— Je ne le sais pas plus que toi, mon jeune ami.

— On dirait ce genre de masques, intervint Karen. Vous savez, lorsque quelqu’un meurt et que l’on fait comme un moule de son visage.

— Un masque mortuaire, dit Jack.

— C’est ça, un masque mortuaire. A vous donner la chair de poule, non ? Enfin, s’il s’agit bien de masques mortuaires. Toute une maison couverte de visages de gens morts qui ont vraiment existé.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:39:28+02:00

Il se retourna, des picotements sur la nuque, effrayé. Il n’y avait personne. Il voyait très bien que le couloir était désert.

Pourtant le bruit se poursuivit. Sssshhhhhhhsssshhhhh-ssssshhhhh ; étouffé, pesant et sans rémission.

Jack resta immobile un moment, écoutant le bruit. Puis il commença à marcher plus rapidement dans le couloir, s’éloignant du bruit, se dirigeant vers l’extrémité ouest de la maison. Il essaya de tourner les deux ou trois premières poignées de porte, mais le bruit se rapprochait, aussi il ignora les autres, et commença à courir. Ssssshhhhh-ssssshhhhh-ssssshhhhh, le long des murs, ponctué par un coup étrangement sourd à chaque porte.

C’était comme si quelque chose d’énorme et d’invisible le poursuivait dans le couloir, son corps se traînant contre les murs et heurtant les portes. Cela commença à retentir de plus en plus fort et de plus en plus vite, sssshhhh-bang ! ssshhhh-bang ! ssshhh-bang !

Jack se lança dans une course éperdue. Le couloir sombre tanguait devant ses yeux. Il priait le ciel pour qu’il y ait un escalier à l’autre bout du couloir. Il ne lui était pas venu à l’esprit lorsqu’il s’était mis à courir qu’il n’y avait peut-être qu’un seul escalier.

Le bruit le poursuivait, telle une avalanche, sssshhhhbang ! sssshhh-bang ! et il ne savait pas ce que c’était ou ce que cela pouvait lui faire, mais il voulait sortir de cette maison aussi vite que ses jambes pourraient le porter.

Il était presque arrivé au fond du couloir. Il y avait un autre escalier, Dieu merci ! Il s’élança, sautant quatre ou cinq marches à la fois, suffoquant à chaque bond. Mais le bruit le suivait toujours, tacatac-tacatac, descendant l’escalier.

Il saisit la rampe et sauta les six dernières marches, glissant et se cognant la cheville. Ensuite il sprinta et sautilla le long du couloir du premier étage jusqu’au palier, dévala le dernier escalier, franchit le vestibule, traversa la salle de lecture, traversa la serre, et sortit en trombe vers la bruine de la soirée humide.

Il se retourna, haletant. Quoi que ce fût, il pouvait l’affronter maintenant, dehors, à ciel ouvert. Mais pour plus de sûreté, il délogea une brique de la bordure de l’allée, et la soupesa dans sa main.

Il eut l’impression d’entendre le ssshhhhh traverser la salle de lecture. Il entendit la porte de la salle s’ouvrir bruyamment. Puis la serre vibra et trembla comme si elle avait été heurtée par une voiture, et plusieurs carreaux de la verrière tombèrent et tintèrent sur le sol de marbre.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-05-13T09:37:47+02:00

Il l’avait vu tout à fait distinctement. Juste un instant, d’accord. Mais c’était le visage d’un enfant, tout là-haut, les yeux fixés sur lui.

Il ne savait pas trop quoi faire. C’était certainement l’enfant qu’il avait vu sur la route ; l’enfant qui l’avait conduit jusqu’ici. Le journal plaqué contre la clôture n’avait été rien de plus qu’une coïncidence. Mais s’il y avait effectivement un enfant à l’intérieur du bâtiment, en quoi cela le regardait-il ? Cette propriété ne lui appartenait pas ; ce n’était pas son enfant. Peut-être devrait-il téléphoner à la police locale, et les prévenir, dans le cas où l’enfant serait un fugueur, ou bien s’il courait quelque danger moral ou physique. Mais il estimait que sa responsabilité s’arrêtait là.

Cependant... l’enfant était forcément entré d’une façon ou d’une autre, et cela voulait dire qu’il devait y avoir une porte ouverte, ou une fenêtre par où on pouvait se faufiler. Même s’il ne trouvait pas l’enfant, il pourrait au moins jeter un coup d’œil à l’intérieur, et se rendre compte de l’état des lieux.

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