Livres
461 258
Membres
417 372

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

De sa bouche, il traça un chemin sur la peau de Maggie, laissant un sillon de feu. Il suivit la courbe de ses seins avant de faire halte sur son mamelon raidit qu'il agaça de sa langue et de ses lèvres. Maggie se cabra en plaquant la tête de son amant contre sa poitrine.

Enfin il libéra son téton et releva la tête, un sourire aux lèvres.

-J'ai besoin de te toucher, protesta Maggie alors qu'il reprenait son ouvrage.

Un baiser après l'autre, il descendit vers son ventre s'attarda sur son nombril, avant de poursuivre son chemin toujours plus bas.

Elle comprit alors, que de sa bouche, il était en train de laisser son empreinte sur elle, de déposer son odeur afin que chaque mâle draicon sache qu'elle était sienne.

Cette idée la fit sourire. Il ne perdait rien pour attendre, elle aussi comptait bien le marquer de la même façon à l'intention de toutes les femelles.

Il déposa des baisers doux et insistants qui la firent gémir et se tordre de bonheur.

Maggie prit la mesure de l(instant. Il ne s'agissait plus d'une simple attirance sexuelle, ils s'apprêtaient à célébrer l'union de deux esprits, de deux âmes. A cette perspective, ces dernières réticences s'évanouirent et elle s'abandonna à c flot tendre.

Afficher en entier

" - J'ai en revanche un goût prononcé pour les dîners aux chandelles si je rencontre la bonne personne.

La tension avait abandonné Maggie, qui n'était plus habitée que par une chaleur sensuelle sans doute provoquée par l'alcool. Elle s'enhardit.

- Et j'imagine que vous draguez aussi aux chandelles pour économiser l'électricité ?

- Pas avec toutes les femmes. Mais il y en a effectivement une que j'aimerai séduire aux chandelles, répondit-il dans un souffle.

Elle reposa son verre avec une lenteur calculée et planta son regard dans celui de Nicolas.

- Et comment vous y prendriez-vous ? Pour la séduire je veux dire. Et si elle n'était pas sensible à vos avances ? dit-elle pour le provoquer.

- Peu importe. Comme je vous l'ai dit lorsque je veux quelque chose, je peux être très accrocheur. Je ne cesserais pas de la courtiser jusqu'à ce qu'elle cède.

Elle lut la détermination sans faille dans ses yeux noirs, l'énergie du prédateur traquant sa proie et un frisson la saisit.

- Et une fois conquise ? Si elle refusait de s'offrir à vous ?

- Alors je lui dirais qu'elle m'est destinée, à moi et à moi seul. Que je mourrais si je ne peux pas lui faire l'amour. Je lui dirais combien elle est parfaite à mes yeux. Je me battrais pour faire naître un sourire sur son visage triste. Je l'embrasserais pour chasser ses peurs, je lui murmurerais qu'elle n'a rien à craindre et que je m'occuperais d'elle, susurra-t-il. "

Afficher en entier

La mort le poursuivait, crocs et griffes dehors.

L’ennemi le talonnait de près, lui Nicolas Keenan, le puissant combattant, le meilleur guerrier de la meute, le paria.

Il leva le nez pour humer l’air et perçut l’odeur du mâle dominant déposée sur l’écorce d’un arbre,

à quelques pas de lui. Le loup qui dormait en lui se languissait de retrouver sa meute, son foyer. Il n’appartenait pourtant plus à cette famille désormais, même s’il continuait de patrouiller sur leur territoire afin de protéger les siens. Il avait été banni, mais sa loyauté demeurait intacte.

Nicolas était un draïcon, un loup-garou appartenant à une race qui jadis usait de sa magie pour apprendre les enseignements de la terre nourricière et découvrir ses merveilles. Aujourd’hui, traqués par les morphes, les draïcons mettaient surtout leurs pouvoirs au service de leur survie.

Les morphes. Ce simple mot lui soulevait le cœur. Ces choses avaient été des draïcons dans le passé, mais ils avaient volontairement emprunté un chemin de ténèbres en assassinant l’un de leurs parents. Nicolas avait passé une grande partie de son existence à les traquer et à les détruire et lorsque des membres de sa meute s’étaient transformés, il n’avait guère eu le choix.

Il demeurerait à jamais un draïcon, se promit-il silencieusement en pensant à la petite marque qu’il avait sur la nuque, jamais il ne succomberait à la tentation de devenir l’un d’eux.

Une brise fraîche agita les feuilles. Dans cette partie des Etats-Unis, au nord du Nouveau-Mexique, l’automne teintait les arbres de couleurs vives. Lorsqu’il avait quitté son ranch une demi-heure plus tôt pour aller marcher en forêt, il avait perçu le péril. Son instinct de guerrier avait refait surface et il s’était métamorphosé afin d’attirer l’ennemi loin de la meute.

De nouvelles odeurs attirèrent son attention. Il se tint totalement immobile. Le mal. Une odeur de marécage, de chair en putréfaction. Une odeur ennemie, synonyme de danger.

« Ah, Maggie, dans quoi vais-je t’entraîner ? T’ont-ils déjà trouvée ? »

Il tendit son esprit vers celui de la jeune femme et se glissa dans ses pensées. Mitose. Cellules cancéreuses. Elle était en train d’étudier un échantillon au microscope. Nicolas mit fin à son intrusion.

Inutile de briser sa concentration. Margaret Sinclair était la chamane dont la meute avait perdu la trace de nombreuses années auparavant, celle qui devait, selon les oracles, vaincre le chef des morphes.

Elle était désormais le dernier espoir de la meute. C’était en outre l’âme sœur de Nicolas et il venait de s’assurer qu’elle était en sécurité ; pour le moment.

Une biche au pelage brun l’épia depuis le couvert d’un chêne, tandis que la lune dardait ses rayons d’argent sur le tapis de feuilles mordorées couvertes de la brume du soir. Un oiseau s’envola au loin dans un chaos d’ailes affolées. Nicolas dressa l’oreille : ils arrivaient.

Il n’en avait d’abord localisé qu’un seul, mais ils étaient en train de se regrouper. Le draïcon n’osait pas se métamorphoser car sa transformation risquait de laisser des particules magiques en suspension dans l’air, aussi aisées à suivre que des traces de pas dans la boue.

Il demeura immobile, inhalant l’air du soir à grandes goulées. L’odeur se fit plus ténue et une autre, grossière, se manifesta. Une fragrance corporelle et des phéromones synthétiques censées singer le musc de la biche. Il sentit aussi le parfum de la bière.

Des humains. Bruyants. Des voix tonitruantes se firent entendre.

— Là, un loup ! Vous l’avez vu ? Attrapez-le !

Les humains qui l’avaient repéré un peu plus tôt venaient de reprendre la traque. Ils ne voulaient pas rentrer bredouilles de la chasse et tout était bon à prendre, même la tête de loup de Nicolas.

Plus le choix, il devait prendre le risque de redevenir humain. Il entama la métamorphose. La fourrure se résorba, ses os s’allongèrent, ses muscles changèrent de position. Mais se retrouver nu face à des chasseurs armés… Mauvaise idée. Cela dit, s’il faisait apparaître des vêtements en usant de magie, il attirerait ses ennemis à coup sûr, comme un phare au milieu de la nuit.

Par chance, il n’aurait pas à utiliser ses pouvoirs cette fois. Il plongea au cœur du tronc d’un arbre mort. C’était l’une des caches aménagées par Damian, le chef de la meute, pour les cas d’urgence comme celui-ci. Il s’habilla, ouvrit la bouteille de whisky qui était cachée avec le reste du matériel et en arrosa ses vêtements. Puis il se recroquevilla contre la paroi intérieure de l’arbre et attendit.

— Je ne bois que du scotch d’au moins douze ans d’âge, Damian, espèce de radin, ricana-t-il en observant la bouteille à moitié vide.

Les chasseurs approchaient en poussant des cris de joie ; un véritable troupeau de bovins. Nicolas percevait la cruauté dans chacune de leur respiration avinée.

Ils pénétrèrent dans la clairière et la lune éclaira leurs tenues de camouflage. Nicolas laissa volontairement échapper un hoquet sonore et leva sa bouteille dans leur direction en guise de salut.

— A la santé de mon tableau de chasse du jour ! s’exclama-t-il avec une diction volontairement pâteuse.

Incrédules, les hommes levèrent leurs armes et échangèrent des regards inquisiteurs.

— Dégage de là, ordonna le plus petit, on a payé cher pour être seuls sur ce territoire de chasse.

Nicolas ignora les mises en garde et fit mine d’engloutir une large rasade. Le plus gros de la bande abaissa le canon de son fusil sur son ventre qui débordait de son pantalon kaki.

— Ecoute mec, tu n’as pas le droit d’être ici, alors fous le camp avant qu’on te dégage nous-même.

Nous sommes sur la piste d’un loup.

Nicolas leur adressa un sourire alcoolisé, posa la bouteille au sol et fit mine d’obtempérer. C’est alors qu’une odeur puissante le percuta de plein fouet. Il devint parfaitement immobile et sentit les poils se dresser sur sa nuque.

— Fuyez, gronda-t-il d’une voix redevenue sobre, ils arrivent.

— C’est quoi cette voix, s’entêta l’un des chasseurs en l’observant par en dessous.

— Courez ! cria-t-il.

Trop tard. L’ennemi pénétra dans la petite clairière, sans chercher à se cacher. Déguisés en humains, ils avançaient vers les chasseurs. Il y avait là des femmes, des adolescents, des personnes

âgées et des hommes d’affaires dans leur costume impeccable. Mis à part leur odeur méphitique, ils paraissaient absolument normaux. Le remugle d’égout et de chair en décomposition qui émanait de chacun d’eux souleva le cœur de Nicolas.

Bon sang, ils étaient si nombreux… Trop pour qu’il les combatte seul. Il devait mettre sur pied une stratégie. L’effet de surprise demeurait son meilleur atout car l’usage de la magie trahirait sa présence

à coup sûr. Il jura intérieurement : il lui fallait ses dagues !

S’il demeurait aux côtés des chasseurs, peut-être passerait-il inaperçu aux yeux de l’ennemi ? Le petit groupe se tourna vers les nouveaux arrivants et l’un des hommes en tenue de camouflage releva sa casquette en se grattant la tête.

— C’est quoi ça ? Y’a une fête dans le coin ou quoi ?

Il adressa un signe de tête interrogatif à un vieil homme aux cheveux gris qui portait des lunettes à

monture ronde.

— Vous vous êtes perdu, papy ? La maison de retraite, c’est de l’autre côté et vous devriez être au lit depuis longtemps.

Le vieil homme releva la tête vers son interlocuteur et lui sourit, découvrant de longues dents aiguisées.

— Bon sang ! s’exclama le chasseur, c’est quoi ça ?

— Pépé doit vouloir fêter Halloween plus tôt cette année, ou alors il a des dents vraiment pourries, railla son compère pour se donner du courage.

Nicolas perçut l’odeur de peur des chasseurs et comprit que cela n’avait pas non plus échappé à ses ennemis.

— Ça suffit, intervint le soi-disant retraité.

La troupe inhumaine se mit alors en mouvement, comme une colonie de fourmis mue par un même

élan. Ils se transformèrent l’un après l’autre. Leurs vêtements disparurent et une épaisse fourrure recouvrit leurs corps nus. Leur magie, sombre et puissante, leur permettait de se métamorphoser avec beaucoup plus de facilité que Nicolas.

Silencieux comme une nappe de brume, leurs pupilles brillant comme des charbons ardents, ils se mirent à quatre pattes. L’un d’eux cilla et ses yeux devinrent deux abîmes noirs lorsqu’il activa sa vision nocturne.

Les yeux. C’étaient les yeux qui trahissaient leur véritable nature, quelle que soit la forme qu’ils adoptaient.

Le loup en Nicolas se manifesta, avide de sang. Que faire ? Il était tenté de laisser la bête déchirer leur chair contre-nature, mais il craignait de se révéler à leurs yeux. Son instinct lui dictait de courir, d’attendre un moment plus propice. Les humains étaient responsables de l’existence de ces abominations, pourtant Nicolas ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine compassion pour les pauvres chasseurs. Il observa l’ennemi qui se déployait, cherchant la faiblesse dans leur stratégie.

Chez les humains, la peur se transforma en terreur.

— Seigneur Dieu ! s’écria le plus grand, des loups !

Ils firent feu. Les armes crachèrent leur poison incandescent, mais les balles tombèrent au sol avant d’atteindre leurs cibles. Interdits, les chasseurs paniquèrent. Une puissante odeur d’épouvante envahit l’air.

Les morphes passèrent à l’attaque, il fallait agir maintenant. Les dagues se matérialisèrent dans ses mains tandis qu’il s’élançait vers les créatures pour les stopper. Six morphes engagèrent le combat.

Des dents pointues s’enfoncèrent dans la chair de son cou, des griffes lacérèrent son torse et ses jambes. Ses vêtements furent déchiquetés comme du papier à cigarette. Il jouait des dagues avec des rugissements de bête, frappant droit au cœur. Ses ennemis mouraient en hurlant tandis qu’il continuait sa danse mortelle, serrant les dents lorsque leur sang corrosif venait mordre sa peau. Il se battait comme un diable, mais c’était en pure perte, il le savait. Chaque fois que l’un d’eux tombait, un autre se matérialisait.

Ils se clonaient sans cesse, une foutue armée de cauchemar. Nicolas arracha le reste de ses vêtements et les morphes lui tombèrent dessus en se transformant une nouvelle fois. Fourrure, griffes, crocs. Nicolas maudit l’aisance avec laquelle ils changeaient de forme. Les gigantesques ours bruns qu’ils étaient devenus rugirent et il fut violemment plaqué contre le tronc d’un arbre. Impossible de faire appel à sa magie.

Près de lui un chasseur hurla.

Nicolas se débattit sous la poigne du morphe immense, les compagnons de la créature se tournèrent vers la proie humaine. Nicolas lutta de plus belle pour essayer de se libérer. Il fallait qu’il fasse son possible pour sauver la vie de cet abruti, même s’il savait qu’il était déjà trop tard.

Leurs mâchoires ruisselant de bave, largement ouvertes, les morphes convergèrent vers l’homme sans défense. Les bruits de chair au supplice et d’os brisés succédèrent aux hurlements. Les arbres furent bientôt couverts de sang ; les chasseurs étaient tous morts.

Les morphes prirent alors leur véritable apparence. Humanoïdes, les épaules voûtées, la chair sur les os, ils étaient plus animaux qu’humains. Des touffes de cheveux hirsutes s’accrochaient encore çà

et là sur la peau de leur crâne. Ils lui adressèrent des sourires carnassiers tout en haletant comme des félins, emplissant l’air de leur odeur pestilentielle.

Après s’être repus de la terreur qu’ils avaient suscitée chez leurs proies, les morphes débordaient d’énergie. Celui qui le retenait contre l’arbre desserra légèrement sa prise. Profitant de l’aubaine,

Nicolas parvint à se libérer et se transforma. Devenu loup, il était prêt au combat. Prises par surprise, les créatures hésitèrent. Nicolas en profita pour en mettre un à terre. Les autres réagirent et se jetèrent sur lui.

Ils étaient trop nombreux et il avait déjà perdu beaucoup de sang.

— Stop ! ordonna soudain une voix autoritaire, laissez-le.

Du sang coulait sur son flanc, mais il ignora la douleur. Son regard se posa sur la femme qu’il savait être l’arme secrète des morphes. Arrogante, sûre d’elle, Jamie représentait à elle seule une menace bien plus inquiétante que tous les morphes réunis.

Les morphes se rassemblèrent immédiatement autour d’elle, prêts à mourir pour protéger l’humaine qui les avait unifiés en une armée implacable, une horde sauvage dont le sang était un poison mortel.

Nicolas refusait de mourir sous sa forme animale. Il se transforma donc une nouvelle fois pour s’adresser à Jamie. C’était à cause d’elle que Damian était mourant.

Nu, vulnérable, il se tint droit devant elle.

— Ton heure viendra, Jamie, promit-il.

Un rire sonore emplit la clairière et la jeune femme s’avança vers lui.

— Regarde-toi, tu tiens à peine debout. Nous allons détruire ton chef. Il est déjà presque vaincu.

Grâce à toi.

Nicolas demeura silencieux. Il avait désobéi aux règles de la meute. Il avait enseigné la magie à

Jamie et elle en avait fait usage pour se tourner vers les morphes afin d’accroître ses pouvoirs. Ils avaient fabriqué à partir de son sang une maladie qui était en train de tuer son chef à petit feu.

Un autre morphe prit forme humaine : il avait le cheveu gras, le regard vide et cruel, la bouche déformée par un rictus innommable, de la salive coulait de sa bouche et des griffes émergèrent au bout de ses doigts : Kane. Nicolas se raidit à son approche.

— Nicolas, murmura le chef des morphes, rejoins-nous, je sais que tu en crèves d’envie.

— Plutôt mourir.

— Je possède des pouvoirs dont aucun draïcon ne pourra même jamais rêver. Je te les offre.

Le morphe lui tendit un long bras décharné.

— Je peux voler comme un aigle, nager parmi les requins, traverser la jungle avec les jaguars.

Peux-tu en dire autant ?

— Et tu pues comme un fond de poubelle. Non merci, ça ne me tente pas du tout.

Ses paroles ne semblèrent pas affecter la créature qui s’esclaffa.

— Les mots ne peuvent pas me blesser, mais toi tu le peux, tu peux même me tuer. Oseras-tu t’en prendre à moi, Nicolas ?

Le draïcon ne répondit rien, les poings serrés à s’en blanchir les jointures.

— Et si on le tuait, suggéra un morphe.

— Non, décréta Kane, ne le touchez pas. Nous avons besoin de lui vivant pour Margaret. Si elle est véritablement la chamane, Nicolas réveillera ses pouvoirs endormis en la prenant comme compagne.

Nicolas ne craignait pas la mort, mais s’ils s’en prenaient à Margaret… c’était autre chose.

— Tu ne la trouveras jamais, Kane, et je mourrai plutôt que de te laisser lever une griffe contre elle.

Kane lui adressa un sourire obscène.

— Mais nous l’avons déjà trouvée, Nicolas, et nous avons inoculé notre maladie à son chien. Je sais que tu ne pourras pas résister, que tu vas courir la retrouver pour t’accoupler à elle ; tu ne peux pas lutter contre la nature.

Nicolas réprima son envie d’étrangler Kane et d’effacer son sourire à coups de poing.

— Laissez les corps ici. Le shérif mettra ça sur le dos des draïcons, une fois de plus, ricana Kane.

Joli coup, Nicolas devait bien l’admettre. Cela ne ferait que motiver tous les chasseurs de la région

à traquer les loups avec une férocité redoublée et donc à affaiblir encore un peu plus sa meute.

La douleur revint. Il se laissa glisser contre l’arbre et regarda les morphes s’éloigner puis disparaître parmi les arbres. Ils allaient continuer à gagner en puissance, ils multiplieraient les attaques, et Nicolas n’y pouvait rien.

Il avait besoin de Maggie. Margaret, la chamane annoncée par la prophétie comme seule capable d’éliminer Kane. Elle était son âme sœur, même si elle ignorait pour le moment sa nature de draïcon.

Il attendit que la puanteur des morphes ait disparu pour quitter la clairière.

* * *

Une heure plus tard sa blessure avait cicatrisé. Il avait trouvé refuge sous un immense rocher et il reprenait lentement des forces en contemplant la lune bienveillante, l’oreille bercée par le froissement des feuilles agitées par le vent. Il avait faim. Il lui faudrait sans tarder retrouver un peu d’énergie en consommant de la viande crue ou en ayant des relations sexuelles.

Le temps de chasser était venu. Trop faible pour se transformer, il ignora les protestations de son estomac.

Penser à autre chose.

Se concentrer.

Il se mit à chanter doucement afin de faire taire la faim dévorante qui le tenaillait.

Impossible.

Ses pensées revinrent à Maggie. La belle et douce Maggie. Sa Draicara, son âme sœur. Hier encore, il l’avait vue nue sous la douche lorsqu’il avait uni ses pensées aux siennes.

Une vague de désir l’embrasa à ce souvenir. Son visage sensuel, ses seins ronds, sa bouche faite pour l’amour… Son esprit dériva malgré lui en songeant à tout ce qu’elle pouvait faire avec cette bouche. Il imagina sa main rugueuse caressant ses jambes douces, se souvint de la sensation exquise lorsqu’elle avait passé le savon sur sa cuisse en faisant naître un nuage de bulles…

Il hurla à la lune, embrasé par le désir et le besoin de la posséder, de refermer ses mains sur ses seins fermes, de glisser ses doigts entre ses jambes et la sentir répondre à ses propres instincts. Puis il lui écarterait les jambes et il la chevaucherait jusqu’à…

La faim avait fait place à la concupiscence. Il se glissa une nouvelle fois dans l’esprit de Margaret et fut assailli par une douleur violente.

Elle pleurait.

Sa chienne bien-aimée était malade et le chagrin le disputait au sentiment d’impuissance. La semaine passée, après des années passées à la chercher, Nicolas était tombé sur Maggie presque par accident. Il était occupé à ranger le foin dans son ranch lorsque le chagrin de la jeune femme avait envahi son esprit. Il était tombé à genou, incapable de réagir.

Une fois passée la stupeur et le choc, il avait pris le temps d’étudier ces pensées étrangères qui s’étaient imposées à lui et il avait compris que c’était celles de son âme sœur ; il l’avait trouvée.

Soumise à un stress extrême, une femelle Draicara pouvait parfois projeter ainsi ses émotions vers son compagnon, comme pour l’attirer à elle au cœur de la tourmente. Il lui avait suffi de remonter la piste mentale pour apprendre qui elle était.

Margaret, la chamane que tout le monde espérait.

Le souffle tremblant, il prit une inspiration pour que sa propre identité ne se dissolve pas dans celle de Maggie, tandis qu’il respirait au même rythme qu’elle et que son cœur se mettait à son diapason.

Une goutte de sueur perla à son front : les puissantes et complexes émotions humaines, provoquées par la souffrance du chien de Maggie, entraient en résonance avec l’instinct primaire du loup.

Nicolas n’aimait pas se sentir ainsi, vulnérable, exposé. Il n’était pas comme elle. Contrairement à

Margaret, il était capable de contenir ses émotions.

Il la vit se pencher au-dessus de l’évier, les doigts crispés sur la faïence, son miroir lui renvoyant le reflet d’un beau visage aux traits tourmentés ; pour Nicolas, ce spectacle fut comme un coup de poignard au cœur.

Des larmes roulaient en silence sur les joues de Maggie. Elle faisait de son mieux pour les retenir afin de ne pas effrayer sa chienne adorée, mais le chagrin était trop fort et elle sanglotait au-dessus du lavabo.

Nicolas dut se maîtriser pour ne pas pleurer lui aussi.

Maggie s’aspergea le visage d’eau fraîche, se sécha et se força à sourire avant de retourner s’occuper de sa petite patiente poilue qui l’accueillit avec des battements de queue enthousiastes.

Sur le dallage blanc de la cuisine de Margaret, un cafard brun se figea avant de repartir. Nicolas sentit un frisson lui parcourir l’échine. L’insecte pouvait tout à fait être un morphe venu la tuer.

Comme la bestiole ne fit pas mine de se métamorphoser, Nicolas se détendit imperceptiblement.

Il perçut le dégoût de Maggie face au cloporte, s’attendit à ce qu’elle hurle ou l’écrase d’un coup de balai, mais au lieu de ça, elle se dirigea vers insecte, l’emprisonna dans un petit bocal et le libéra à

l’extérieur avant de le regarder s’éloigner dans le sable.

Nicolas serra les dents.

Derrière Maggie, la chienne aboya.

« Je suis d’accord avec toi, petit clebs, moi aussi je l’aurais écrasé. »

— Tu connais la règle Misha, toute créature a le droit de vivre, tança gentiment Maggie, même les cafards. J’ai juré de ne jamais faire de mal à une mouche, jamais.

Maudite vétérinaire, la tâche s’annonçait plus compliquée que prévu pour le draïcon. Comment pouvait-il espérer faire d’elle une arme contre les morphes si elle secourait même les insectes ?

Il rompit le contact mental et avec un soupir de découragement, se laissa tomber sur le tapis de mousse et de feuilles mortes. Il se sentait déchiré, car une part de lui-même souhaitait la réconforter, la prendre dans ses bras pour ne plus jamais la laisser partir.

« Non, je suis en train de me laisser contaminer par ses émotions à elle. » Chaque draïcon mâle naissait avec un instinct de protection très prononcé à l’endroit de sa Draicara, c’était naturel, même si Maggie ignorait tout de son existence ou de celle des autres loups — son peuple.

Les minutes s’égrenèrent, des heures peut-être, puis une odeur familière parvint jusqu’à ses narines. Nicolas vit la lune se refléter sur la surface polie d’une paire de bottes. Nu, vulnérable, il leva les yeux vers son mâle dominant.

— Tu as une sale mine, observa Damian.

Sa voix était douce, teintée d’un accent du bayou héritée de son enfance.

— Ils sont encore venus te trouver n’est-ce pas ? demanda-t-il à Nicolas, ils savent que tu nous protèges. Pourquoi t’acharnes-tu à rester dans le coin alors que tu as été banni ?

Nicolas ne répondit rien. Il était évident que Damian avait senti le parfum de mort, qu’il avait entendu les hurlements. Il savait ce qui s’était passé.

— Un jour, ils finiront par te tuer, tu le sais, ça ? ajouta doucement Damian.

— Je refuse de t’abandonner Dam. Tu as besoin de moi. La meute a besoin de moi, affirma-t-il en plantant son regard dans celui de son chef.

En tant que bras droit du mâle dominant, son rôle avait été d’être son porte-parole. Il était le meilleur chasseur de la meute et lorsque sa famille avait été menacée d’extinction sous la menace des morphes, Nicolas avait pris les choses en main et avait enseigné à chacun comment les détruire. Il avait étudié les points faibles de leurs ennemis et la meute était ainsi parvenue à en éradiquer des centaines. Nicolas était une machine à tuer.

Il ne savait rien faire d’autre.

Le regard vert de Damian demeura posé sur lui lorsque, d’un geste de la main, il fit apparaître une assiette sur le sol.

— Tu es cinglé Damian, tu ne devrais pas faire ce genre de trucs, pas dans ton état ! Tu gâches ton

énergie.

Son chef répondit d’un sourire douloureux. La respiration sifflante, le front couvert de sueur, il souleva le couvercle qui masquait l’assiette, avec des airs de chef cuisinier.

— Voilà ! Je sais que tu as besoin de nourriture ou de sexe, mais tu connais la loi.

Pas de rapports sexuels avec les femelles de la meute pour Nicolas le banni. Quelle ironie ! Damian avait coutume de plaisanter au sujet du harem de son second, toutes ces femelles draïcon avides de copuler avec le beau chasseur. Lorsqu’il revenait d’un combat contre les morphes, Nicolas avait l’habitude de se présenter face aux femelles consentantes, puis il faisait son choix. Il passait toute une nuit avec la chanceuse pour récupérer son énergie.

Désormais, plus aucune d’entre elles ne le toucherait.

Nicolas ne parvenait pas à détacher son regard de la viande crue qui s’étalait sur l’assiette. Il leva les yeux vers le visage pâle de son chef.

— Dévore-moi donc ce morceau de barbaque, insista Damian.

Malgré la douleur qui lui tenaillait le ventre, Nicolas hésita, faisant de son mieux pour dissimuler sa faiblesse. Damian eut la bonté de lui tourner le dos et Nicolas, reconnaissant, se jeta sur la nourriture. Enfin il reposa le couvercle.

— Merci, parvint-il à articuler entre deux bouchées.

Son énergie retrouvée, il usa de magie pour se vêtir : jeans, T-shirt noir, bottes. Damian lui fit de nouveau face et s’accroupit, assis sur ses talons.

— Ton état empire, Dam.

C’était un euphémisme, mais qui permit à Nicolas de masquer sa profonde inquiétude.

— J’ai encore un peu de temps. Deux mois je dirai, si je me fie à la vitesse à laquelle mon corps se dégrade.

Dans deux mois Damian serait mort ? Impensable. Après la douleur que provoquait l’infâme mal cancéreux, c’était désormais à ses organes internes que la pathologie s’attaquait. Nicolas devait trouver Maggie, la situation devenait vraiment critique.

— Dam…

La gorge nouée par l’émotion, Nicolas s’obligea à prendre une expression neutre. Damian ne fut pourtant pas dupe et écarta le sujet douloureux d’un geste de la main. Jamais il ne se plaignait, toujours à faire passer le bien-être de la meute avant tout.

— Parle-moi de Margaret, lui demanda Damian, tu es entré de nouveau en contact avec elle, pas vrai ? Je le devine à tes larmes. Ses émotions vivent en toi mon ami et elle était en pleurs.

Nicolas passa une main sur sa joue, là où les larmes avaient laissé un sillon dans la crasse.

— Le chien est mourant.

Pauvre Maggie qui s’escrimait à trouver la solution à un problème qui n’avait pas sa source dans le monde des humains. Elle faisait bonne figure en public, mais s’effondrait en privé, terrassée par son impuissance à sauver cet animal qu’elle aimait.

— Ah, c’est toujours dur de perdre un animal domestique.

— Ce n’est pas un animal. A ses yeux, Misha est son amie. Elle essaie de localiser l’origine de la mutation cellulaire : les morphes ont infecté Misha.

Damian se massa la nuque, signe d’anxiété.

— Ils mettent les pouvoirs de Margaret à l’épreuve ; ils l’ont donc trouvée.

Cette chienne avait été le compagnon fidèle de Maggie cinq années durant. Vétérinaire spécialisée dans les chiens, elle ne se contentait pas de soigner ses patients, elle les réconfortait.

Et voilà que Misha se mourait, succombant à une maladie dont Maggie ne pourrait jamais découvrir l’origine — la même maladie qui tuait Damian à petit feu.

Nicolas souffrait de ne pas être près d’elle. Il sentit le loup remuer en lui, avide de courir sous la lune pour fuir la douleur, trouver un endroit où se terrer.

Ce n’était pas le moment.

— Elle ignore tout de sa vraie nature, expliqua Nicolas, je l’ai découvert en partageant son esprit. Il s’est passé quelque chose à la mort de ses parents qui a occulté tous les souvenirs antérieurs à cet

événement. Elle se croit mortelle, pas draïcon et je sens que ça va être difficile de la convaincre du contraire.

— Tu sais quel est ton devoir, Nicolas. Tu dois t’unir à elle et la ramener à la maison, près de nous, avant que les morphes ne l’éliminent.

Damian se releva et appuya son mètre quatre-vingt-dix contre l’écorce d’un arbre. Sous ses airs détendus, Nicolas percevait la tension qui l’habitait, le pouvoir latent. Il était prêt au combat si nécessaire. Jamais il ne baissait sa garde et il n’accordait pas aisément sa confiance aux personnes extérieures à la meute.

— Je sais. Je connais les risques, mais si ça peut te sauver…

— Ne pense pas à moi, dit Damian en levant la main d’un air agacé, c’est trop tard, mais si elle peut guérir les nôtres qui sont infectés par le poison des morphes, c’est tout ce qui compte.

— Je la ramènerai à temps, affirma le chasseur, crois-moi.

— Tu ne devrais pas avoir à affronter tout ça seul. Tu as besoin de la meute à tes côtés.

Nicolas soutint son regard tourmenté.

— Tu sais que c’est impossible. Ils me considèrent comme responsable de ce qui s’est produit avec

Jamie. Et ils ont raison. Je vais récupérer Maggie, et je reviendrai. D’ici là…

Il haussa les épaules, comme si rien de tout ça ne l’affectait vraiment. Pour le bien de la meute,

Damian avait été contraint de le bannir et Maggie était son ticket de retour parmi les siens.

Mais elle était bien plus que cela à ses yeux. Elle était l’arme destinée à vaincre Kane, celle dont le toucher pouvait guérir Damian.

— Fais-le, dit encore Damian dans un souffle, qu’elle soit tienne.

Il fut pour étreindre son ancien lieutenant, comme le font les frères de meute, mais se ravisa.

— Je ne dois pas te toucher, dit-il d’une voix étouffée.

— Je sais, ne t’en fais pas.

Son odeur risquait d’imprégner Damian et même s’il incarnait la loi au sein de la meute, les autres risquaient de se poser des questions. De douter. De s’inquiéter.

— Que l’esprit de la lune te guide et te protège durant ton voyage, l’encouragea Damian selon la formule consacrée, sois prudent, et sois fort, ajouta-t-il.

— Pareil, répondit sobrement Nicolas, un faux sourire aux lèvres.

Puis Damian s’enfonça dans les bois. Il rentrait chez lui. Vers ce foyer dont Nicolas était privé.

Le chasseur fredonna un air en s’éloignant dans la direction opposée.

Maggie. Maggie.

Il devait rejoindre la Floride. Chaque jour le danger que les morphes la retrouve allait croissant.

Maggie.

Elle possédait le don d’apaiser les animaux. C’était sa voix qui avait cet effet, croyait-elle.

Elle se trompait, ses mains pouvaient guérir, elle était une chamane, comme il en naissait une par siècle. En elle résidait leur ultime espoir de survie et sa place était auprès de la meute, auprès de sa famille.

Il s’accouplerait avec elle, douceur contre rudesse. Ils échangeraient leurs pouvoirs par le rite d’union et ne feraient plus qu’un. C’était là son devoir et il l’accomplirait. Puis il ferait d’elle une combattante avant de la ramener auprès des siens, même s’il devait l’attacher pour cela.

Elle n’avait pas le choix.

Et lui non plus.

Afficher en entier

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode