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Extrait ajouté par aurelie27 2013-03-15T17:52:31+01:00

1

Interrogatoire

— Et maintenant, rentre chez toi…

Angie sentit une légère poussée entre ses omoplates. Elle trébucha, bras en avant pour ne pas perdre l'équilibre.

— Non ! protesta-t-elle, faisant volte-face, mais il n'y avait personne.

Un frisson la parcourut et elle secoua la tête pour s'éclaircir les idées. Une fois ce vertige dissipé, elle rouvrit les yeux, éberluée. C'était bien son impasse. Son quartier. Le soleil en était à la moitié de son ascension dans un ciel d'azur. Les vents chauds de Santa Ana ébouriffaient les liquidambars. Un liseré rouge ourlait les feuilles et de grosses boules hérissées de piquants jonchaient le trottoir. En août ?

Un poids alourdissait sa main gauche – un simple sac en plastique. Où était son attirail de camping ? Elle souleva le sac pour voir son contenu, et c'est là que la bizarrerie de la situation la frappa. Surprise, elle le lâcha et examina sa main. Quelque chose clochait… Ce n'était pas sa main. Ce n'étaient pas ses doigts. Ceux-ci étaient trop longs, trop fins. Et un étrange anneau d'argent parait son médium. Sa peau était sèche, rêche. Des cicatrices sombres encerclaient ses poignets comme des bracelets. Elle retourna sa main droite pour étudier les crevasses et les cals dans ses paumes, serra le poing pour voir. Pas comme… d'habitude.

De nouveau, elle pivota sur elle-même pour regarder en arrière. Comment était-elle arrivée jusqu'ici ? Elle ne se rappelait pas avoir autant marché. Elle se trouvait… dans les bois, non ? C'était si troublant.

Son ventre gronda, et sa main droite se plaqua dessus – plat, musclé. Et puis, d'où sortait cet affreux chemisier ? Fleurettes et ruchés ? Pas du tout son style. Ni Liv ni Katie n'auraient acheté ceci. D'ailleurs, quand bien même, elle ne le leur aurait pas emprunté.

Elle ramassa le sac et contempla un assortiment de fringues qu'elle ne connaissait pas. Un vague dégoût remplaça le creux dans son estomac. Elle se sentait planer, désorientée, déconnectée.

Son regard suivit les contours des maisons. De ce côté-là, tout était familier, Dieu merci. Les voitures en stationnement avaient l'air normales, et cela la rassura jusqu'au moment où elle vit Mme Harris pénétrer dans son garage avec une poussette. Or, Mme Harris n'avait pas d'enfant.

Elle piqua un sprint, sensible pour la première fois aux ampoules de ses pieds, aux courbatures de ses jambes. À la maison, il fallait rentrer à la maison. Évidemment. Elle s'était égarée dans les bois, mais elle était revenue à la maison.

Sa main chercha à tâtons la clé sous le paillasson, après quoi elle ouvrit la porte rouge.

— Maman ! appela-t-elle. Maman, c'est moi !

Elle franchit le seuil.

Dévalant l'escalier, le visage transformé en un criant masque d'incrédulité, sa mère éclata en sanglots. Elle lui ouvrit les bras, sans voix, la gorge nouée.

— Maman ! dit Angie dans ses cheveux. Arrête, tu m'étouffes…

Elle lâcha le sac qui toucha terre avec un petit bruit mat, chassa une mèche de cheveux maternels collés à ses lèvres. Des fils d'argent se mêlaient aux souples boucles brunes.

— Moi, je t'étouffe… ?

Desserrant son étreinte, sa mère la tint à bout de bras pour mieux la dévorer du regard.

— Moi, je t'étouffe… ?

Son rire résonna, pareil à un aboiement dur, hystérique.

— Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! Un miracle ! Merci, mon Dieu ! Merci…

Et de lever les yeux au plafond :

— Merci…

À l'étage, on tira la chasse d'eau, et une voix masculine lança :

— Margie, c'est quoi ce vacarme ?

— Oh, ton père… lui chuchota-t-elle. Il va…

Elle ne pouvait plus parler. Son visage était blanc. Trop rond et blanc.

Des pas sur le palier meublèrent le silence. L'espace d'un instant, son père se tint là, les mains plaquées sur ses joues. Croisant celui d'Angie, son regard s'embua.

— Angela ? C'est vraiment toi… ?

Sa voix s'étrangla. Angie regardait alternativement ses parents.

— Euh… Qu'est-ce… qu'est-ce qui se passe ?

Ce n'était pas juste elle. Il y avait un truc aussi de leur côté. Un frisson glissa entre ses omoplates.

— Angel ?

Papa avait parlé dans un souffle. Il se tenait sur le palier, pétrifié. Ses cheveux noirs étaient devenus tout gris. Ses yeux mouillés de larmes semblaient avoir cent ans.

Le cœur d'Angie se mit à battre très vite et ses pieds la démangèrent comme s'ils avaient envie de détaler.

— Vous me foutez les boules…

— Nous, on te… ?

De nouveau, ce rire hystérique.

— Angie, où… où étais-tu passée ?

— Quelle question… ! répondit Angie.

Elle en avait des crampes à l'estomac.

— Je campais avec les scouts…

Cette façon de la manger du regard, c'était très gênant.

— Oui, je campais, répéta-t-elle, plus fermement.

Son père se mit à descendre l'escalier.

— Tu campais, répéta-t-il à son tour. Tu campais ?

Sa voix monta dans les aigus.

— Pendant trois ans ?

Angie ferma au verrou la porte de la salle de bains et s'y adossa. Sa serviette éponge, blanc crème avec des roses, était suspendue à la barre, là où elle l'avait laissée. Odeur d'assouplissant. Jamais elle n'avait été aussi contente de voir une serviette éponge. Ça, c'était impeccable. Nickel. Pas comme ses parents.

Se moquaient-ils d'elle ? Étaient-ils devenus fous ? Elle ne pouvait pas avoir disparu pendant trois ans. Ce n'était pas le genre de choses qui… s'oublie.

Elle ouvrit le robinet, puis se mira dans la glace. Des yeux d'un gris limpide la dévisagèrent à leur tour. Sur le coup, elle en oublia de respirer.

Cette fille aurait pu être sa sœur aînée – plus grande, plus mince. Ses pommettes étaient modelées alors qu'Angie avait les joues rebondies. Son visage était blafard alors que celui d'Angie était hâlé, grâce à la piscine. Elle avait de longs cheveux blond cendré, alors qu'Angie les avait dégradés et châtain clair. L'« autre » avait des biceps, la peau terne, des cicatrices anciennes, et également ceci, qui faisait d'elle une inconnue : des seins en pomme. Angie baissa les yeux sur sa propre poitrine. Merde. Des nichons ? Première nouvelle !

Elle effleura le dernier bouton de son chemisier, craignant de regarder.

Des coups à la porte la firent sursauter.

— Angela ! Angela, pour l'amour du ciel, ne fais rien !

La voix de son père était paniquée.

— Ne fais rien… !

Elle tourna le verrou et ouvrit la porte.

— Je ne…

Son visage s'empourpra de honte. Quelle honte ?

Le visage paternel était tendu. Une goutte de sueur perla sur son front. C'était fascinant. Angie réalisa qu'une moitié de menton seulement avait été rasée.

Il évita son regard, louvoyant vers la droite. Sa voix était sourde et enrouée.

— L'inspecteur Brogan sera là dans un quart d'heure. Il a dit de ne toucher à rien de ce qui pourrait constituer un indice.

— Un indice de quoi ? demanda-t-elle.

Le bruit de l'eau qui coulait ponctua le silence pesant tandis qu'il hésitait sur la réponse à donner. Son attention se fixa sur le lavabo.

— Oh, Seigneur… Angela. Tu ne t'es pas lavée… si ?

Elle souleva ses bras crasseux. La terre était si incrustée dans les plis et les pores qu'elle en était grisâtre.

— Quel indice ? répéta-t-elle. Un indice de quoi, papa ?

La bouche de son père se déforma pendant quelques instants. La goutte de sueur se mit à dégouliner.

— Un indice de ce qui a pu se passer…

Elle le regarda avec perplexité, déroutée. Le front de son père se plissa. Des cernes creusaient ses yeux.

— Tu ne vois pas du tout de quoi je parle ?

Angie se sentit stupide. Il attendait quelque chose de sa part. Quoi ? Mystère, mais elle sentait frémir sa colère. Émue, elle le rejoignit, lui enlaça la taille. Sa tête arrivait maintenant au niveau du menton paternel.

— Je t'aime… dit-elle.

Il se raidit sensiblement, s'écarta. Elle avait dû commettre un impair. Ses bras retombèrent le long de son corps. Elle se sentit glacée, au-dedans comme au-dehors.

— Je dois… je vais finir de me raser, dit-il à la cantonade, détournant la tête. Ferme le robinet. Descends. Va l'attendre avec ta mère…

Il traversa le couloir et referma la porte de la chambre derrière lui.

Angie eut vaguement la sensation qu'elle aurait dû pleurer. Mais tout était enchevêtré, glacé en elle, bloqué comme quand on retient son souffle dans l'attente d'une grande douleur. Elle se serait bien rongé un ongle, mais il était sale. « Indice ». De nouveau, son ventre se contracta. Indice de quoi ?

L'anneau à sa main gauche attira son attention. Pourquoi ne parvenait-elle pas à se rappeler où elle l'avait acheté ? Cette question la rendait étrangement nerveuse, et l'ébauche d'une migraine lui enserra les tempes. Elle ôta l'anneau et le déposa dans le porte-savon. La douleur s'estompa. C'était sans doute à Livvie, ou à Katie. Mieux valait ne pas trop y penser.

Le rasoir électrique ronronnait quand elle redescendit l'escalier. Soudain, elle se figea à mi-chemin, les pieds cloués à la marche, suspendue telle une enfant craintive entre le premier étage (papa) et le rez-de-chaussée (maman). Son pouls scandait les secondes. Quelqu'un approchait. Un inspecteur, avait dit papa. Elle surveilla la porte d'entrée où une ombre finit par troubler la vitre dépolie.

Sa mère se précipita hors de sa cuisine pour répondre au toc-toc.

Un grand type aux cheveux roux s'encadra sur le seuil. Sa mère se jeta dans ses bras en étouffant un sanglot. Il lui tapota le dos et leva les yeux vers le palier, où Angie hésitait encore.

Ses yeux s'écarquillèrent.

— Angela… murmura-t-il. Bienvenue à la maison.

Il se dégagea et lui tendit la main droite – mi-invitation, mi-poignée de main.

— Tu ne descends pas… ?

On lui avait parlé d'un « inspecteur » mais il portait un jean avec un accroc au genou, une chemise sombre à carreaux, aux manches retroussées jusqu'aux coudes. Il paraissait à l'aise, relax. Il paraissait… stupéfait.

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Extrait ajouté par Odlag 2018-04-18T14:24:37+02:00

- Tu crois que je vais retrouver la mémoire ?

Longtemps, sa mère garda le silence. Angie se recula et capta son expression torturée, la tristesse dans ses yeux, une seconde avant qu'elle se ressaisisse.

Puis elle dit :

- Pendant trois longues années, je n'ai eu qu'une idée : savoir ce qui t'était arrivé. Aujourd'hui... Pour être honnête, je me demande si j'ai envie que tu te souviennes...

Là-dessus, nous sommes d'accord.

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Extrait ajouté par Kiiwako 2014-07-14T16:30:54+02:00

Spoiler(cliquez pour révéler)Et il n’y avait pas de preuve matérielle – ce serait sa parole contre la mienne. Et quand bien même on aurait eu des preuves, l’inceste était moins sévèrement puni qu’un viol commis par un inconnu, étrangement. Nous avions fait le maximum.

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Extrait ajouté par Kiiwako 2014-07-14T16:22:42+02:00

Elle était de taille à leur résister. Elle pourrait le supporter. Par rapport à ce qu’elle avait déjà subi, leur méchanceté n’était rien.

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Extrait ajouté par Kiiwako 2014-07-14T16:13:54+02:00

« Salope ! Regarde-moi, quand je te parle ! »

L’œil sombre, tu pivotas lentement pour lui faire face. Notre poing gauche se serra. Une radieuse clarté t’éblouit. Tu t’écartas, intérieurement, cédant la place à un autre. Angel. Nous étions toutes gonflées d’orgueil.

Les yeux de Greg s’en écarquillèrent de surprise.

Sans prévenir, on lui donna un coup du revers de la main. Nos phalanges pointues craquèrent contre sa pommette.

Il poussa un cri strident – « Merde alors ! » –, lâcha notre coude et recula en se tenant la joue qui saignait là où l’anneau l’avait entaillée.

La voix grave d’Angel, baissant d’une octave, lui ordonna :

« Ne porte plus jamais la main sur elle !

— Ça va pas la tête ? hurla-t-il par-dessus son épaule en décampant. Tu me le paieras. »

On a bien rigolé dans son dos. Toi aussi, Angie. Nous avons ri. Ensemble, nous étions invincibles.

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Extrait ajouté par Kiiwako 2014-07-14T16:08:06+02:00

Spoiler(cliquez pour révéler)Elle fila dans sa chambre, claqua la porte derrière elle. Après quoi elle s’adossa au battant et souffla comme si elle avait couru un marathon, au lieu d’avaler les marches quatre à quatre. Ce n’était pas à elle de rendre son père heureux. Normalement, c’était l’inverse.

Elle jeta le magnétophone en plastique sur le lit, s’y affala, face contre l’oreiller, et envisagea de pleurer, de s’empêcher de respirer. Sans succès. L’oreiller sentait bon l’assouplissant. Une odeur si agréable qu’elle ne put aller jusqu’au bout de son désespoir. Aussi, elle se releva et entreprit d’accorder de nouveau sa guitare, une activité à sa mesure, quelque chose qu’elle pouvait contrôler. Les flots de sa rage se tarirent, ne subsista qu’une petite flaque cafardeuse.

Le bois couleur miel se réchauffait entre ses mains. Elle parcourut une gamme et se mit à jouer un air ancien, la berceuse que lui chantait sa grand-mère. « Quand tu te réveilleras, tous ces jolis petits chevaux… » Elle ferma les yeux, rejouant l’air jusqu’à ce que ses doigts le connaissent par cœur. La musique l’absorba.

Un chuintement la rappela à la réalité. Zut ! Avait-elle mis en route le magnétophone sans le vouloir ? La bande était en train de se rembobiner. Elle devait avoir enregistré une quinzaine de minutes de chanson.

Prenant l’appareil sur ses genoux, elle appuya sur la grosse touche verte. Le magnétophone était vieux et avait beaucoup servi. Pendant plusieurs secondes, on n’entendit que des parasites, et Angie était sur le point d’enfoncer le bouton rouge quand elle entendit un « Allô ? Allô ? Je crois que ça marche… » La voix de l’enfant était aiguë, douce et essoufflée. Angie ressentit comme une secousse intérieure. Un frisson électrique la parcourut de la tête aux pieds.

— La grande m’a dit de te remercier pour le magnétophone, fit une voix enfantine. C’est très facile à utiliser. Ça me plaît !

Angie ne put s’empêcher de sourire à tant de politesse. Cette fillette semblait très gentille.

— Voici mon histoire. J’ai peur de la raconter. Il m’a fait promettre de ne rien dire. Les gens qui tiennent pas leurs promesses, ils vont en enfer, d’après lui, et ils grillent pour l’éternité. Moi, j’ai pas envie de griller pour l’éternité… Il m’a montré comme ça fait mal, avec une allumette, et il a dit : C’est seulement une allumette. Imagine tout un monde de flammes. Il a dit : Entre amis, on ne se dénonce pas. Par exemple, il m’a pas dénoncée quand j’ai cassé la tasse préférée de papa. Donc, j’ai promis de rien dire…

Encore quelques secondes de silence. La tasse. Angie avait un vague souvenir d’un gros mug moucheté de brun, posé au bord du plan de travail – trop au bord. La cassette ronronna de nouveau, et Angie imagina la fillette en train de rassembler son courage pour rompre sa promesse solennelle.

— On se déguisait quand il venait jouer avec moi : par exemple, lui, c’était un pirate, et moi la princesse. Et c’était amusant. On jouait à plein de choses tandis que papa et maman se préparaient à aller au restaurant, le vendredi soir. Puis ils m’embrassaient et me disaient d’être sage et de faire tout ce que tonton dirait. Tout…

La petite voix mourut.

— Tout, répéta-t-elle tristement, sur fond de parasites.

Au pied de la lettre, songea Angie. Les petits enfants comprenaient tout au pied de la lettre. Tonton ? Pourquoi parlait-elle de tonton Bill ? C’était si loin. Quand sa poitrine se dilata, en quête d’air, elle s’aperçut qu’elle avait oublié de respirer.

— Donc, ce jour-là tonton a eu une idée. Il a dit : J’en ai marre d’être un pirate. Les princesses aiment mieux les chevaux. Aimes-tu les chevaux, princesse Angela ? Bien sûr ! j’ai répondu. Toutes les petites filles aiment les chevaux. Alors, il a ri très fort. Il m’a dit de sauter sur son dos, et il a rampé partout sur les genoux pendant que je criais : « Hue, dada ! » Et il a dit : Les bons cavaliers montent à cru, donc on s’est déshabillés. Mais c’était difficile de me tenir sur son dos, parce que j’avais plus rien à quoi me cramponner…

La bouche d’Angie devint toute sèche. Une vague terreur lui noua la gorge. Elle aurait voulu éteindre le magnétophone, mais l’innocence de cette voix l’obligea à écouter jusqu’au bout.

— Il a dit : J’ai peur que tu tombes de ce cheval, ma princesse, et il a roulé sur lui-même en riant. C’était drôle, de le voir les quatre fers en l’air ! Là, il a dit : J’ai une idée. Tu veux que je te montre comment on monte à cheval, quand on est une grande fille ? Et j’ai dit oui, parce que j’avais commencé à en avoir marre de ce jeu-là…

« Alors, il m’a montré. Il m’a montré et il a dit : Maintenant, tu es devenue une grande fille…

Il y eut un long silence. Angie le remplit d’une multitude de questions. Tonton ? Comment avait-il pu faire ça ? Quelle ordure ! Une larme coula sur sa joue. Une larme sur le sort de cette pauvre petite et son affreux, son déchirant secret.

La voix revint, plus calme, plus ténue.

— Ce nouveau jeu m’a pas tellement plu. Il m’a dit : « Cesse de pleurnicher comme un bébé. Les princesses ne pleurent pas. La prochaine fois, tu n’auras pas mal. Ensuite, il m’a brûlée avec un petit bout d’enfer et fait promettre de ne rien dire. Et ça a été pareil la fois d’après, et celle d’après, et celle d’après…

C’était là que finissait l’enregistrement. On n’entendait plus que des crépitements.

La fois d’après et celle d’après. Combien de fois ? Tous les vendredis soir, pendant quatre ans ? Juste sous le nez de ses parents ?

Elle retroussa sa manche pour examiner l’irritation qui était apparue sans raison le jour où son oncle et sa grand-mère leur avaient rendu visite. La tache blanche cernait une cloque suintante, à peu près de la taille d’une tête d’allumette.

À cet instant, elle comprit aussitôt, intuitivement – il avait remis ça ! Ce soir-là. Après le repas. Ce fumier était parti se promener avec elle et il avait abusé d’elle. Ou plutôt : il avait abusé de la petite fille en elle dont il avait fait son jouet sexuel. La pauvre petite « Rapporteuse » sans défense.

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Extrait ajouté par Kiiwako 2014-07-14T15:43:14+02:00

Elle les essuya d’un revers de main, puis se releva pour aller s’asperger la figure au lavabo. Elle était encore là, l’inconnue dans la glace. Avec ces yeux qui semblaient infiniment las, pleins d’un savoir qu’ils refusaient de partager. Pleins de regrets, d’inquiétudes.

Elle projeta de l’eau contre son reflet.

— Rends-moi ma vie, sale garce !

Oh, Angie, tu nous en voulais tellement. Tu ignorais comment on avait fait pour te sauver la vie – moi, œuvrant avec les filles et la porte pour te garder pure et sans tache, toi notre petite chérie. C’est ainsi qu’on t’appelait. Pour les cicatrices, hélas, nous n’avons rien pu faire.

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Extrait ajouté par Lady-Di 2019-02-07T14:44:51+01:00

Sa décision était prise .Impossible de reculer .Angie patientait,immobile,en salle de chirurgie,la tête maintenue par des sangles caoutchoutées .La salle était d'une blancheur immaculée et les néons émettaient un bourdonnement aigu qui ne gênait apparemment pas plus les médecins que les infirmières .

Les yeux de docteur Grant apparurent au-dessus du masque chirurgical .Les pattes_d'oie semblaient suggérer qu'elle souriait .Elle lui montra ses deux pouces,pointés en l'air .

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Extrait ajouté par Lady-Di 2019-02-07T14:37:25+01:00

Chère Angie .

Ces très dur pour moi d'écrire mais la grande a di que je devais le fere . Jesper que tu pourras lir mon écrriture . Je suis la première fill que tu peux entendre .De temps en temps .Mais je me cache du bon docteure .Il faut que tu me donne un appareil à enregistrer.C'est trop long et dur d'écrire.Sincèrement,Rapporteuse .La grande à la porte a dit que j'ai le droit de tout te dire pour que plus personne souffre .

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Extrait ajouté par Lady-Di 2019-02-07T14:30:07+01:00

Oui...A notre première séance,j'étais dans le déni,vous comprenez? Après une absence ,je croyais avoir rêvassé . Quand ça ne durait que quelques secondes...je pouvais me trouver des excuses,me mentir à moi-même .

Elle s’efforça de ne pas détourner les yeux .

-Ça arrive à tout le monde,de décrocher,non ?

-Certes...

Le docteur Grant eut un battement de cils .Subtil acquiescement. Incitation à continuer .

-Mais aujourd'hui,il s'est passé des choses plus graves...des choses qui me font penser que vous pourriez avoir raison .

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