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Eloge du cygne



Description ajoutée par David-143 2020-06-09T12:16:51+02:00

Résumé

Une histoire d'amour, de pissenlit et de virus, mais pas que.

Elena est une jeune cardiologue, Nicolas un jeune écrivain contemplatif. Ils commencent tout juste à s’aimer, quand un virus venu de Chine vient tout chambouler...

Livre écrit pendant le confinement en avril 2020, et auto-publié en mai 2020.

Lecture optimisée pour téléphone.

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Classement en biblio - 1 lecteurs

extrait

Extrait ajouté par David-143 2020-06-09T12:20:00+02:00

Pandémie : du grec ancien pandêmía (« le peuple tout entier »), composé de pân (« tout ») et dễmos (« peuple »).

Prologue

Le 22 janvier 2020, afin de contenir les risques de pandémie, le gouvernement chinois place sous quarantaine trois villes de la province de Hubei particulièrement impactées par le virus, et dont elles seraient le berceau.

Chapitre 1

Vendredi 31 janvier 2020.

Elle me rejoint directement à l’église Saint-Pothin dans le sixième arrondissement de Lyon, vers vingt heures, à sa sortie de l’hôpital.

Elena est une très jolie cardiologue de vingt-huit ans, de nationalité roumaine, très mince, un petit nez droit, le regard vif.

Un grand sourire brise parfois son air sérieux quand je lui fais des blagues ou que je suis maladroit, ce qui doit m’arriver souvent, car elle semble toujours heureuse de me voir.

Elle parle au moins quatre langues, dont le français quasi parfaitement, hormis quelques R roulés qu’elle tente de chasser en vain, malgré ses efforts.

La première fois qu’ils la voient, les gens pensent qu’elle est italienne, espagnole ou originaire d’un pays d’Amérique latine, moi le premier.

Enfin, je ne sais pas s’ils pensent vraiment quand ils la voient pour la première fois, car la plupart du temps, hommes comme femmes se retrouvent stupides devant sa beauté, à la fois si éclatante et effacée, un peu comme un cygne au milieu d’un banc de canard, qui ne voudrait pas déranger.

Moi le premier, je me suis retrouvé stupide la première fois qu’elle est entrée dans ma mare, d’ordinaire si calme et solitaire.

Je suis un canard, un gros canard, elle est un magnifique cygne.

Elle a la chevelure brune et lisse, la peau diaphane et des yeux bruns d’une symétrie incroyable.

La symétrie du regard, ce n’est pas le genre de chose qu’on remarque normalement chez les gens, mais chez elle on le remarque.

Je crois que c’est sa droiture qui ressort ainsi chez elle.

Elle aurait bien aimé être italienne ou même péruvienne, cela lui aurait épargné de dire qu’elle est roumaine. Elle est lucide sur ce que les gens pensent de son pays en général, comme elle est lucide sur la réalité précise de son pays.

Pourtant, si le monde connaissait Elena, mon Elena telle que je l’ai connue, mon Elena qui au milieu de la tempête, pour sauver des canards mal en point, des canards inconnus dont le monde se passerait bien, n’hésite pas un instant à les envelopper de ses grandes ailes blanches… eh bien, la Roumanie serait très haut dans les cœurs et l’admiration des peuples.

Les présidents des plus grands pays feraient la queue pour se prosterner devant leur Premier Ministre, les peuples du monde entier viendraient remplir de roses blanches l’immense Palais du Parlement de Bucarest, et Dieu sait que cela fait beaucoup de roses quand on sait la taille de ce palais.

Je ne pense pas l’avoir méritée, loin de là, mais que voulez-vous, les hasards ont fait que quelques semaines avant le début de cette histoire, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre.

Ou peut-être avons-nous été poussés, qui sait, je n’ai pas encore décidé, et peut-être que je ne veux pas décider, car cela serait trop douloureux de me dire que quelqu’un est responsable de tout cela, et que je ne veux pas faire de ce livre un tribunal.

C’était à un dîner organisé par Julien, le petit ami de ma meilleure amie Tara, le vendredi d’avant Noël.

Julien est un cardiologue de trente-trois ans, à l’hôpital cardiologique des Hospices Civiles de Lyon. Tara et lui se sont rencontrés il y a cinq mois, à un groupe de course à pied.

Il est de taille plutôt moyenne, mince, parfois légèrement vouté, rarement coiffé. On l’imagine bien avec une blouse blanche, à prendre des décisions importantes, avec une pointe d’humour dans les moments graves, parce qu’il faut de la légèreté pour les faire passer, quand trop de choses graves arrivent d’un coup.

Les choses graves, il connaît bien. Il s’occupe des transplantations cardiaques : décider à qui ira tel cœur, prendre en compte tous les risques d’une greffe, ses complications ; donner le meilleur « projet de vie » à ses patients.

Ce vendredi soir d’avant Noël, Tara m’avait invité à dîner, et Julien avait invité deux collègues. Puis au dernier moment s’était ajoutée une autre collègue, Elena.

Elena devait retourner dans son pays en Roumanie, pour passer les fêtes avec ses parents, jusqu’à ce que la compagnie aérienne décide de supprimer son vol. Ils n’ont pas donné de justifications, ni même proposé un autre avion. Ils lui ont juste dit non, pas de Noël pour toi, tu restes là.

La vie est comme ça, elle retire à ceux qui donnent le plus, arrache leurs belles plumes avec indifférence, les jettent dans l’air avec insignifiance, comme ces pétales de fleurs qu’on voit parfois flotter dans les cours d’eau les jours de printemps, pour peu qu’on fasse un peu attention.

Moi je m’en fichais un peu de Noël. D’ailleurs j’étais déjà censé être dans ma famille aussi, mais au dernier moment, à cause de je ne sais même plus trop quoi, sans doute la flemme, sans doute le manque d’envie de me jeter dans un train avec tant d’autres canards aux plumes grises, j’ai repoussé au lundi.

Tout ça pour vous dire que ce dîner n’aurait jamais dû avoir lieu, tout comme tout ce qui s’ensuivit, et qui nous amène ici.

En me rejoignant dans la file devant l’église, elle me prend le bras, m’embrasse sur la joue.

Elle est fatiguée, mais heureuse, bien que je n’ai encore rien dit ou renversé.

Accrochés l’un à l’autre, nous pénétrons dans la grande église, plongée dans l’obscurité.

Partout, sur les bancs, les pieds des colonnes et les estrades, des bougies sont disposées, illuminant doucement la pénombre comme des milliers de petits astres endormis.

J’aimerais dire que ces myriades de bougies scintillent et se consument, fébriles comme l’amour, éphémères comme la vie.

Mais ce sont des bougies électriques à piles de chez Ikea, car depuis que Notre-Dame a brûlé, les prêtres ne jouent plus avec le feu, même pour faire plaisir à Dieu.

Vous savez, la vie est très terre-à-terre, c’est aussi quelque chose que l’on remarque si on fait un peu attention.

Un vieux monsieur nous installe sur une estrade sur la gauche, un peu en hauteur, avec une vue assez dégagée sur le clavier du grand piano à queue qui trône au centre du chœur.

J’avais acheté les billets deux mois avant, sans même vraiment savoir avec qui j’irai, le destin sans doute direz-vous, car elle adore Beethoven, bien davantage que moi.

J’avais entendu parler de Beethoven bien sûr, mais Beethoven, Chopin, c’est assez vague dans mon esprit, et je ne peux m’empêcher de voir la tête d’un Saint-Bernard quand on me parle de lui.

À quelques rangées, elle aperçoit par hasard deux collègues de son service. Ils se saluent poliment de loin. Ce sont deux jeunes hommes, très beaux, des internes qu’elle soupçonne de sortir ensemble « plus plus » comme elle dit.

Le concert commence, elle pose sa tête sur mon épaule.

Ça ne fait que trois semaines et demie que nous sortons ensemble, mais je crois qu’elle est amoureuse.

Au milieu du concert, Lettre à Elise court depuis le cœur de l’église jusqu’aux nôtres, et je suis heureux de reconnaître un morceau.

Avec le recul, je me dis que j’aurais dû lui écrire une lettre comme Beethoven, que cela aurait été le minimum pour une fille comme elle.

Mais comme je vous l’ai dit, je ne suis qu’un canard.

Chapitre 2

Lundi 3 février 2020.

Je pousse la porte de Lu Salentu, un minuscule restaurant italien de pâtes fraiches.

Max et Tara sont déjà là, serrés à une table dans un coin. En m’installant, je fais tomber ma fourchette que Maxime rattrape en plein vol.

Maxime est un ami de longue date, de petite taille, châtain aux reflets roux, légèrement bedonnant (à la vérité de plus en plus depuis qu’il est en couple), parfois un peu vague dans ses propos, mais relativement incisif dans ses actes, du moins assez pour rattraper une fourchette en plein vol. Il travaille dans l’immobilier, achète des vieux immeubles pour les détruire et en faire de nouveaux. Depuis un an et demi, il sort avec Lucie, assistante notaire, également attrapée en plein vol après une longue rupture, mais bref, ceci est une autre histoire.

Tara est une jolie brune très sportive, à la chevelure épaisse et noire, aux pommettes hautes, tout à fait souriante tant que vous ne la contrariez pas. Elle est ingénieure dans l’énergie, change les ampoules, les pompes à chaleur, les chauffe-eaux et tous les systèmes électriques des vieux bâtiments que Maxime rachète et détruit.

Nous sommes tous les trois amis depuis longtemps, simplement ces derniers temps, nous nous voyons un peu moins ; je crois que nous arrivons à un âge où tout le monde commence plus ou moins à se « ranger », et que cela prend du temps sur notre amitié.

Me concernant, je n’ai jamais été bon en rangement, c’est pourquoi l’officialisation de mon couple avec Elena suscite des spéculations.

« Je mets un billet que dans six mois vous vivez ensemble, lance Maxime, qui d’entre nous trois possède le plus de billets.

— Je sais pas, dis-je. Est-ce qu’on est obligé de vivre ensemble pour être ensemble ?

— C’est un peu le principe du couple de vivre ensemble au bout d’un moment, dit-il. Et puis, c’est pas plus mal, tu peux te prendre un appartement plus grand par exemple.

Tara grimace :

— Moi, mon petit appartement me suffit, et puis quand on veut se voir, on se voit, quand on veut aller au sport, on va au sport…

— C’est pas parce que tu vis avec quelqu’un que tu ne peux plus aller au sport, répond Maxime.

En disant cela, il vide le pot de parmesan sur ses pâtes, avant de préciser :

— Moi, si je ne vais pas au sport, c’est que j’ai un ongle incarné, pas à cause Lucie, hein ! »

Tara et moi nous empressons d’acquiescer.

Je suis désolé si nos discussions peuvent vous sembler un peu désordonnées, ou pas tout à fait pertinentes.

En grandissant, on gagne de l’argent, on met des chemises, on fait des investissements Loi Pinel, et au bout d’un moment sans s’en rendre, comme le monde semble aller dans notre sens, on commence à croire que l’on sait parfaitement dans quel sens il doit aller.

Tout ça est très illusoire bien sûr, et n’ayant aucun investissement Loi Pinel, je m’en rends bien compte. Mais d’un autre côté, si on le laisse faire, le monde est si chaotique, que des gens comme moi tout à fait conscients de tout cela se trouvent malgré tout très heureux de pouvoir se raccrocher à un peu de certitude, aussi arbitraire soit-elle.

Je conclus prudemment :

« Je pense qu’on peut s’aimer sans vivre ensemble. En tout cas, pour commencer. Et puis je ne vais pas déménager maintenant, j’ai pris un abonnement à la salle de sport près de chez moi en début d’année, il faut au moins que je l’amortisse. »

Tara et Maxime s’empressent d’acquiescer.

Au moment de payer l’addition, Maxime évoque un projet immobilier en Chine, où pour faire face à une épidémie, le gouvernement a fait construire un hôpital de vingt-cinq mille mètres carrés en dix jours, soit l’équivalent pour lui d’un bonus d’au moins soixante-quinze mille euros.

« En dix jours seulement, dit Tara. Ils sont fous… !

—C’est des communistes, acquiesce Maxime.

—En tout cas, ça a du bon la dictature, soupire Tara. Si tous mes projets se faisaient aussi bien, ce serait parfait… on a déjà dû décaler des livraisons à cause d’équipements fabriqués en Chine qui n’arrivent plus. C’est n’importe quoi ! On parle quand même d’un virus à peine plus dangereux qu’une grippe ! »

J’acquiesce. Dans la semaine, j’ai vu un post de Julien sur mon mur Facebook, qui partageait un article expliquant qu’il n’y avait lieu de s’alerter. Si on s’en tient aux chiffres communiqués par le gouvernement chinois, la grippe saisonnière fait chaque année en France bien plus de morts que ce coronavirus.

Je passe ma carte sur le lecteur de carte bleue. Quatorze euros, pâtes fraîches, café et tiramisu compris : imbattable.

Cette histoire de virus chinois passe au-dessus de nos têtes comme un oiseau insignifiant, et nous revenons à des sujets plus importants.

Peut-être des vacances en mai pour faire de la planche à voile à l’UCPA, comme nous le faisions avant, quand nous n’étions pas rangés, avec nos compagnons cette fois-ci.

En partant, le patron nous serre la main, même à Tara, ce qui la fait rire aux éclats, de son rire strident qui enchante tant. Il nous sourit, et de tout son accent italien, nous dit à bientôt.

Le dernier regard que je lui adresse est anodin. En fait, je ne m’en souviens pas vraiment. Qui se souvient du dernier regard, quand il ne sait pas que c’était le dernier ?

On se l’imagine, on se le refait, mais comme un oiseau insignifiant, il s’envole au-dessus de nos têtes.

Il ne savait pas, comme je ne savais pas. Sinon j’aurais pris le temps de le remercier pour ses pâtes fraîches, son tiramisu, son sourire et son prix imbattable de quatorze euros le tout.

Il m’aurait sans doute répondu que ce n’est rien, tout cela lui fait plaisir. Qu’il a toujours fait son travail sans prétention, avec simplicité, pour gagner ce qu’il faut, et vivre convenablement.

Mais comme tout le monde, je n’avais pas le temps pour les petits oiseaux insouciants et insignifiants qui traversaient ma vie.

J’étais un canard, et j’étais amoureux d’un cygne : j’avais bien trop à faire.

Chapitre 3

Mercredi 12 février 2020.

Après six semaines d’amour sans ombre, et même beaucoup de soleil, Elena et moi décidons de partir quatre jours au Maroc, nous mettre encore plus au chaud.

Elle n’a pas pris de vacances depuis l’été dernier, et moi non plus.

Nous n’avons pas beaucoup de temps, du moins surtout elle, mais nous avons un petit peu d’économies chacun de notre côté, assez pour se faire plaisir et voyager vite et bien.

Nous passons deux nuits à Marrakech, puis les deux suivantes dans les terres arides et poussiéreuses d’un riad , au sommet de la plus haute colline d’un petit village berbère.

Notre hôte Mohamed l’a construit de ses propres mains, après avoir passé quarante ans à trainer dans le pays, à commercer puis à promener des touristes à dos de chameaux.

« Avant, ici, il n’y avait rien, même pas de route ! dit-il en nous montrant la vue depuis le toit. J’ai dû tout amener à dos d’âne ! »

Nous approuvons, tout en jetant un œil au Range Rover rutilant stationné à l’entrée.

Au réveil, nous nageons dans un lit immense, recouverts de draps bleu lazuli sur lequel sa peau blanche et sa petite culotte sont du plus bel effet.

« C’est bien ces quelques jours de vacances ensemble. On apprend à se connaître.

Je lève un sourcil, circonspect :

—Tu trouves qu’on ne se connaît pas ?

—On ne se connaît pas beaucoup.

—En même temps, ça ne fait pas très longtemps qu’on se connaît.

—Deux mois quand même !

Je lève le deuxième sourcil :

—Sept semaines.

Elle acquiesce :

— Sept semaines. C’est quand même pas mal. On pourrait mieux se connaître, c’est ça que je veux dire.

Après un instant de réflexion, je dis :

— En sept semaines, on est comme deux icebergs : on ne connaît que la surface émergée l’un de l’autre.

Elle reste silencieuse. Au loin, on entend l’appel à la prière résonner dans la vallée.

—J’ai l’impression que tu es un iceberg, et moi le Titanic, dit-elle enfin.

Je souris.

— Ce n’est pas drôle. »

Pour couper court à toute discussion, je l’embrasse.

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