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Enfin libre !



Description ajoutée par juliendu08000 2020-01-25T15:36:10+01:00

Résumé

« Je n'ai pas la mémoire des dates, mais il y a des jours qu'on n'oublie pas. Comme ce mercredi 9 juin 2010. Je suis arrivée, avant que le soleil ne se couche, pour la première fois au centre de détention de Shekhupura, où j'ai passé trois années avant de changer de prison comme on change de maison. »

Dans la République islamique du Pakistan, la chrétienne Asia Bibi a été condamnée à mort pour avoir bu de l'eau dans un puits utilisé par les musulmans. Elle a passé neuf années en prison, neuf années à être humiliée et torturée pour avoir « blasphémé ».

Voici le témoignage exclusif d'une simple mère de famille devenue le symbole mondial de la lutte contre l'extrémisme religieux.

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Classement en biblio - 1 lecteur

Extrait

Extrait ajouté par juliendu08000 2020-02-19T12:13:45+01:00

Je n’ai pas la mémoire des dates, mais il y a des jours qu’on n’oublie pas. Comme ce lundi 14 juin 2010. Je suis arrivée, avant que le soleil ne se couche, pour la première fois au centre de détention de Shekhupura, où j’ai passé trois années avant de changer de prison comme on change de maison. Je n’avais pas encore été jugée mais aux yeux de tous j’étais déjà coupable. Je me souviens de cette journée comme si c’était hier et quand je ferme les yeux, je revis chaque instant…

Mes poignets me brûlent, je peine à respirer. Mon cou, que ma toute dernière avait l’habitude d’enlacer de ses petits bras, est comprimé dans un collier de fer que le garde peut serrer à volonté avec un énorme écrou. Une longue chaîne traîne sur le sol crasseux, elle relie ma gorge à la main menottée du gardien qui me tire comme un chien en laisse. Au plus profond de moi, une peur sourde m’entraîne vers la profondeur des ténèbres. Une peur lancinante qui ne me quittera jamais. À ce moment précis, j’aurais voulu me soustraire à la dureté de ce monde.

Dans mes sandales, fabriquées par le gentil cordonnier de mon village, mes chevilles encerclées par des menottes en cuir sont reliées par une chaîne étroite et tendue. Je manque de tomber à chaque pas. Tantôt debout, tantôt voûtée, je peine à avancer. Je suis aussi gênée par mes cheveux détachés. Mon foulard, je l’ai perdu lorsqu’on m’a jetée tel un sac de pommes de terre hors du fourgon de police qui me conduisait à la prison. Je me sens nue et mise à nu. Mes cheveux déliés cachent une partie de mon visage couvert de crasse et de sueur, et même si ça ne détonne pas dans le décor, j’ai l’air d’une fille de joie. Je grimace d’une douleur que le garde ignore puisqu’il ne prend pas la peine de se retourner pour me regarder de crainte de se « salir ». Brusquement, il accélère et tire sèchement sur la chaîne reliée à mon cou. Je m’étale de tout mon long mais il ne ralentit pas. Je suffoque et, pour ne pas m’étrangler, je cherche à me redresser précipitamment, pour lui réem-boîter le pas.

Au loin, des gamelles se cognent les unes contre les autres. Je regarde de part et d’autre de cet interminable corridor mais je ne vois que des portes en bois fermées.

Je sursaute au cri d’une femme :

— À mort !

D’autres femmes enchaînent :

— Pendue !

— Pendue ! Pendue !

Je comprends que ce sont les prisonnières parquées comme du bétail qui hurlent leur haine. Moi, pétrie de peur et pour échapper à ces cris funestes, je murmure des « hummmm » mâchoires serrées pour tenter de les couvrir. En vain. Dans ce long couloir blafard, je fixe une grosse mouche posée sur un des néons crasseux. Par vagues successives, les détenues frappent leur gamelle en cadence :

— La corde ! clac, clac… La corde ! clac, clac…

Le garde en chemise bleue s’arrête net devant la dernière cellule du couloir. Il se retourne pour la première fois, ses yeux globuleux me regardent d’un air satisfait. Sous son béret bleu marine, il ruisselle de sueur, ses aisselles suintent de larges auréoles humides. De sa poche, il sort un vieux chiffon avec un air sadique.

De nouvelles acclamations se font entendre :

— À mort, la blasphématrice ! Blasphème, blasphème, à mort !

— Vos gueules, hurle le gardien, fermez vos gueules les bonnes femmes !

Tout le monde se tait. Moi, je vomis du silence. Le garde dévisse mon collier de fer avec un chiffon dégoûtant en prenant garde de n’avoir aucun contact avec mes cheveux ni avec ma peau. Je grimace de douleur, baisse les yeux, puis porte la main à mon cou couvert d’hématomes.

L’air dégoûté, il me lance :

— T’es pire qu’un porc ! Je vais devoir me salir à ton contact, me cogner ta pourriture mais ça ne durera pas longtemps, Allah Akbar !

D’un coup sec, il me balance sa botte dans la rotule. Je m’effondre. (J’apprendrai quelque temps plus tard que ce garde avec qui j’allais passer trois ans s’appelait Khalil). Khalil se met à mon niveau pour me retirer les menottes des pieds. Les deux mains posées sur mon genou, je souffre en silence et le regarde avec crainte. Il ricane tout en libérant mes chevilles :

— La peine de mort! Ouais, la mort, pour avoir insulté notre prophète ! Tu t’es prise pour qui, sale chienne ?

Silence de plomb.

Je me redresse difficilement sur un pied pendant qu’il ouvre la porte grinçante de ce qui deviendra mon chez moi. En riant de bon cœur, Khalil me dit :

— T’as entendu tes copines ? La prochaine fois que j’ouvrirai cette porte, ce sera pour te suspendre à une corde, inch’Allah !

Après avoir raclé ses bottes sur moi, il me pousse à l’intérieur de la cellule. La porte se referme sur son rire narquois.

Affalée sur le sol terreux de cette cellule sans espoir, je fixe la porte en pensant que cette épreuve est peut-être envoyée par Dieu.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par juliendu08000 2020-02-19T12:43:06+01:00
Diamant

Quel courage ! Je me sens tellement petit à coté d'elle ! Une personne si courageuse ! Comme beaucoup j'ai découvert Asia Bibi par les médias (Merci Anne-Isabelle Tollet). Etant une personne qui est attentif aux chrétiens d'Orient son incroyable et douloureuse histoire m'a touchée. J'ai tellement prier pour elle. Tellement espéré, tellement été déçu d'avoir eu de fausses joies. J'ai ressenti la peur également.

Je suis heureux d'avoir pu avec livre découvert la véritable histoire d'Asia Bibi. Découvert d'une manière simple comme si Asia me conter l'histoire elle-même. Ce livre est empreint d'une atmosphère parfonde, franche, sans détour. Une manière humble de dire les neufs années de calvaire dans les prisons du Pakistan.

La suite sur mon blog : https://julienismael.blogspot.com/2020/02/enfin-libre-asia-bibi-et-anne-isabelle.html

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Date de sortie

Sortie récente

"Enfin libre !" est sorti 2020-01-29T15:43:17+01:00
background Layer 1 29 Janvier

Date de sortie

Enfin libre !

  • France : 2020-01-29 (Français)

Activité récente

Les chiffres

Lecteurs 1
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Extraits 3
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Note globale 10 / 10

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