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J’avais lu le premier chapitre d'Une brève histoire du temps quand papa vivait encore et ça m’avait collé des semelles de plomb incroyablement lourdes de lire à quel point la vie est relativement insignifiante et que, comparée à l'univers et comparée au temps, mon existence n’a pas la moindre importance. Quand papa était venu me border ce soir-là, on avait parlé du livre et je lui avais demandé de chercher une solution à ce problème.

« Quel problème ?

- Celui de notre relative insignifiance. »

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- Pourquoi les belles chansons te rendent tristes ?

- Parce qu'elles ne sont pas vraies.

- Jamais ?

- Rien n'est à la fois beau et vrai.

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Je peux te pardonner d'être parti, mais pas d'être revenu.

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« - Je peux pas être enterré.

- Tu ne veux pas être avec papa et moi ?

- Papa n’y est même pas !

- Pardon ?

- Son corps a été détruit !

- Ne parle pas comme ça.

- Comme quoi ? C’est la vérité. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde fait semblant qu’il est là.

- Calme-toi Oskar.

- C’est qu’une boîte vide !

- C’est bien plus qu’une boîte vide.

- Pourquoi je voudrais passer l’éternité à côté d’une boîte vide ?! »

Maman a dit :

« Son esprit y est »

Ça, ça m’a vraiment mis en colère. J’ai répondu :

« Papa n’avait pas d’esprit ! Il avait des cellules !

- Son souvenir y est.

- Son souvenir est ici ! » j’ai dit en montrant ma tête.

« Papa avait un esprit » elle a dit comme si elle rembobinait un peu la conversation.

Alors moi :

« Il avait des cellules, et maintenant, elles sont sur les toits, et dans le fleuve, et dans les poumons de millions de gens à New York, qui le respirent chaque fois qu’ils parlent ! »

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J'ai pensé à toutes les choses que tous les gens se disent, et au fait que tous les gens vont mourir, que ce soit dans une milliseconde, dans des jours ou dans des mois, ou dans soixante-seize ans et demi, quand on vient de naître. Tout ce qui naît doit mourir, ce qui veut dire que nos vies sont comme des gratte-ciel. La fumée monte plus ou moins vite, mais ils sont tous en feu, et nous sommes tous pris au piège.

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Quoiqu'il en soit, le truc hallucinant, c'est que j'ai lu dans National Geographic qu'il y a plus de gens vivants aujourd'hui qu'il n'en est mort dans toute l'histoire de l'humanité. Autrement dit, si tout le monde voulait jouer Hamlet en même temps, ce serait impossible, parce qu'il n'y a pas assez de crânes !

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Gerald m’a souri dans le rétroviseur et a demandé si on voulait de la musique. Je lui ai demandé s’il avait des enfants. Il a dit qu’il avait deux filles.

« Qu’est-ce qu’elles aiment ?

— Ce qu’elles aiment ?

— Oui.

— Voyons voir. Kelly, mon bout de chou, elle aime les Barbie, les bébés chiens et les bracelets de perles.

— Je vais lui faire un bracelet de perles.

— Je suis sûr que ça lui plairait.

— Et quoi encore ?

— Du moment que c’est doux et rose, elle aime.

— Moi aussi j’aime les choses douces et roses.

— Eh ben, ma foi, il a dit.

— Et votre autre fille ?

— Janet ? Elle aime le sport. Son sport préféré c’est le basket, et j’aime mieux te dire que c’est une sacrée joueuse. Et pas seulement pour une fille, attention. Elle est vraiment bonne.

— Elles sont extraordinaires toutes les deux ? »

Il s’est fendu la pêche et il a dit :

« Ah çà, bien sûr, c’est pas leur papa qui dira le contraire.

— Mais objectivement ?

— C’est quoi, ça ?

— Disons… en fait. Pour de vrai.

— Ce qui est vrai, c’est que je suis leur papa. »

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On pelleta la terre dans la tombe de ton père.   Sur le cercueil vide de mon fils.   Il n’y avait rien là.

Ma voix et tous mes sons étaient enfermés en moi.

La limousine nous ramena.

Personne ne dit rien.

Arrivés à mon immeuble, tu m’accompagnas jusqu’à la porte.

Le portier me dit qu’il y avait une lettre pour moi.

Je lui dis que je verrais ça le lendemain ou le surlendemain.

Le portier dit que le monsieur venait de la déposer.

Je dis, Demain.

Le portier dit, Il avait l’air désespéré.

Je t’ai demandé de me la lire.   J’ai dit, Mes yeux ne valent pas tripette.

Tu l’as ouverte.

Je suis désolé, as-tu dit.

Pourquoi es-tu désolé ?

Non, c’est ce que dit la lettre.

Je te la pris pour la regarder.

Quand ton grand-père me quitta il y a quarante ans, j’effaçai tout ce qu’il avait écrit.   Je lavai à grande eau les mots sur les miroirs et les planchers.   Je repeignis les murs.   Je nettoyai les rideaux de la douche.   Je rabotai même les planchers.   Pour me débarrasser de tous ses mots, il me fallut longtemps.   Autant qu’il s’en était écoulé depuis le jour où j’avais fait sa connaissance jusqu’à celui de son départ.   Ce fut comme un sablier qu’on retourne.

Je pensais qu’il lui fallait chercher ce qu’il était en train de chercher pour se rendre compte que cela n’existait plus ou n’avait jamais existé.   Je pensais qu’il écrirait.   Qu’il enverrait de l’argent.   Ou qu’il demanderait des photos du bébé, sinon de moi.

Pendant quarante ans, pas un mot.

Rien que des enveloppes vides.

Et puis, le jour de l’enterrement de mon fils, trois mots.

Je suis désolé.

Il était revenu.

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Quand tu t’es endormi la tête sur mes genoux, j’ai allumé la télévision.

J’ai réduit le son jusqu’à l’inaudible.

Les mêmes images, une fois, dix fois, cent fois.

Les avions heurtant les tours.

Des corps qui tombaient.

Des gens agitant une chemise du haut des fenêtres.

Les avions heurtant les tours.

Des corps qui tombaient.

Les avions heurtant les tours.

Des gens couverts de poussière grise.

Des corps qui tombaient.

Les tours qui tombaient.

Les avions heurtant les tours.

Les avions heurtant les tours.

Les tours qui tombaient.

Des gens agitant une chemise du haut des fenêtres.

Des corps qui tombaient.

Les avions heurtant les tours.

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— Je vais enfouir mes sentiments profondément en moi.

— Comment ça, enfouir tes sentiments ?

— Même si je ressens les choses très très fort, je ne laisserai rien sortir. Si je dois pleurer, je pleurerai à l’intérieur. Si je dois saigner, je me ferai un bleu. Si mon cœur commence à s’affoler, je n’en parlerai à personne au monde. Ça ne sert à rien. Ça ne fait que rendre la vie de tout le monde plus difficile.

— Mais si tu enfouis tes sentiments profondément, tu ne seras plus réellement toi, non ?

— Et alors ?

— Je peux te poser une dernière question ?

— C’était celle-là ?

— Crois-tu que quoi que ce soit de bien puisse sortir de la mort de ton père ?

— De bien ? Est-ce que je crois que quelque chose de bien peut sortir de la mort de mon père ?

— Oui. Crois-tu que quoi que ce soit de bien puisse sortir de la mort de ton père ? »

J’ai renversé ma chaise d’un coup de pied, jeté tous ses papiers par terre et hurlé :

« Non ! Bien sûr que non, espèce de sale con ! »

Ça, c’était ce que j’avais envie de faire. Au lieu de quoi, j’ai seulement haussé les épaules.

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