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Extrait ajouté par PoppyZ 2016-03-28T10:17:21+02:00

Une femme m’attend, elle contient tout, rien n’y manque;

Mais tout manquerait, si le sexe n’y était pas, et si pas la sève de l’homme qu’il faut.

Le sexe contient tout,

Corps, âmes, Idées, preuves, puretés, délicatesses, fins, diffusions,

Chants, commandements, santé, orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal,

Tous espoirs, bienfaisances, dispensations,

Toutes passions, amours, beautés, délices de la terre,

Tous gouvernements, juges, dieux, conducteurs de la terre,

C’est dans le sexe, comme autant de facultés du sexe, et toutes ses raisons d’être.

Sans douté, l’homme, tel que je l’aime, sait et avoue les délices de son sexe,

Sans doute, la femme, telle que je l’aime, sait et avoue les délices du sien.

Ainsi, je n’ai que faire des femmes insensibles,

Je veux aller avec celle qui m’attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et peuvent me faire face,

Je vois qu’elles me comprennent et ne se détournent pas.

Je vois qu’elles sont dignes de moi. C’est de ces femmes que je veux être le solide époux.

Elles ne sont pas moins que moi, en rien;

Elles ont la face tannée par les soleils radieux et les vents qui passent,

Leur chair a la vieille souplesse divine, le bon vieux ressort divin;

Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, chasser, courir, frapper, fuir et attaquer, résister, se défendre.

Elles sont extrêmes dans leur légitimité, – elles sont calmes, limpides, en parfaite possession d’elles-mêmes.

Je t’attire à moi, femme.

Je ne puis te laisser passer, je voudrais te faire un bien;

Je suis pour toi et tu es pour moi, non seulement pour l’amour de nous, mais pour l’amour d’autres encore,

En toi dorment de plus grands héros, de plus grands bardes.

Et ils refusent d’être éveillés par un autre homme que moi.

C’est moi, femme, je vois mon chemin;

Je suis austère, âpre, immense, inébranlable, mais je t’aime;

Allons, je ne te blesse pas plus qu’il ne te faut,

Je verse l’essence qui engendrera des garçons et des filles dignes de ces Etats-Unis; j’y vais d’un muscle rude et attentionné,

Et je m’enlace bien efficacement, et je n’écoute nulles supplications,

Et je ne puis me retirer avant d’avoir déposé ce qui s’est accumulé si longuement en moi.

A travers toi je lâche les fleuves endigués de mon être,

En toi je dépose un millier d’ans en avant,

Sur toi je greffe le plus cher de moi et de l’Amérique,

Les gouttes que je distille en toi grandiront en chaudes et puissantes filles, en artistes de demain, musiciens, bardes;

Les enfants que j’engendre en toi engendreront à leur tour,

Je demande que des hommes parfaits, des femmes parfaites sortent de mes frais amoureux;

Je les attends, qu’ils s’accouplent un jour avec d’autres, comme nous accouplons à cette heure,

Je compte sur les fruits de leurs arrosements jaillissants, comme je compte sur les fruits des arrosements jaillissants que je donne en cette heure.

Et je surveillerai les moissons d’amour, naissance, vie, mort, immortalité, que je sème en cette heure, si amoureusement.

Walt Whitman, Feuilles d’herbes (Traduction de Jules Laforgue)

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Extrait ajouté par PoppyZ 2016-03-28T10:16:49+02:00

Poètes à venir! orateurs, chanteurs, musiciens à venir!

Ce n’est pas aujourd’hui à me justifier et répondre qui je suis,

Mais vous, une nouvelle génération, pure, puissante, continentale, plus grande qu’on ait jamais vu, Levez-vous! Car vous devez me justifier.

Moi, je n’écris qu’un ou deux mots indicatifs pour l’avenir;

Moi, j’avance un instant et seulement pour tourner et courir arrière dans les ténèbres.

Je suis un homme qui flânant le long, sans bien s’arrêter, tourne par hasard un regard vers vous et puis se détourne.

Vous laissant le soin de l’examiner et de le définir,

En attendant de vous le principal.

Walt Whitman, Feuilles d’herbes (Traduction de Jules Laforgue)

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Extrait ajouté par PoppyZ 2016-03-28T10:16:18+02:00

Je chante le soi-même, une simple personne séparée,

Pourtant je prononce le mot démocratique, le mot En Masse,

C’est de la physiologie du haut en bas, que je chante,

La physionomie seule, le cerveau seul, ce n’est pas digne de la Muse;

je dis que l’Ëtre complet en est bien plus digne.

C’est le féminin à l’égal du mâle que je chante,

C’est la vie, incommensurable en passion, ressort et puissance,

Pleine de joie, mise en oeuvre par des lois divines pour la plus libre action,

C’est l’Homme Moderne que je chante.

Walt Whitman, Feuilles d’herbes (Traduction de Jules Laforgue)

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Extrait ajouté par PoppyZ 2016-03-28T10:15:37+02:00

Ne fermez pas vos portes

Walt Whitman

Ne fermez pas vos portes, orgueilleuses bibliothèques,

Car ce qui manquait sur vos rayons bien remplis, mais dont on a bien besoin, Je l’apporte,

Au sortir de la guerre, j’ai fait un livre

Les mots de mon livre, rien; son âme, tout;

Un livre isolé, sans attache, avec les autres, point senti avec l’entendement.

Mais à chaque page, vous allez tressaillir de choses qu’on n’a pas dites.

Walt Whitman, Feuilles d’herbes (Traduction de Jules Laforgue)

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Extrait ajouté par Nougat31 2015-06-28T18:22:37+02:00

Le faucon ocellé fond du ciel et m'accuse . . . . il me reproche ma jacasserie et mon lanternement.

Je suis moi aussi moins qu'apprivoisé . . . . moi aussi suis intraduisible,

Je corne mon glapir barbare au-dessus des toits du monde.

La dernière nuée est en suspens pour moi,

Elle projette ma semblance après le reste et autant dans son vrai que d'autres sur les solitudes obombrées,

Elle m'engage aux vapeurs et au crépuscule.

J'appareille comme l'air . . . . je secoue mes mèches blanches au soleil en fuite,

J'épands ma chair en revolins et la rallie en franges ourlées.

Je me lègue à la poussière pour croître de l'herbe que j'aime,

Si tu veux de nouveau de moi, regarde donc sous tes semelles.

Tu ne sauras guère ce que je suis ou ce que je veux dire,

Mais je te serai néanmoins de bon aloi,

À filtrer et à affermir ton sang.

À ne me trouver point d'emblée garde courage,

À me manquer en tel lieu cherches-en un autre,

Je suis en arrêt quelque part t'attendant toi

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