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— Dis-moi ce qu’il faut que je fasse.

Les yeux verts de Vanessa étincelèrent d’un éclat diabolique et un coin de sa bouche se releva.

— Il t’a donné des leçons de séduction, non ?

— Oui…, répondit Lucie d’un ton méfiant.

— Eh bien c’est simple, déclara son amie en se rapprochant d’elle. Rentre chez toi, mets ces leçons en pratique et prouve-lui que l’élève a dépassé le maître.

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— Est-ce que tu te souviens du jour où je t’ai dit que j’adorais mon sport mais que je ne savais pas combien de temps encore je continuerais à en vivre ?

— Je m’en souviens, oui. Après cette soirée au restaurant.

— C’est ce que je voulais dire. Je n’ai plus le coeur à ça.

— Et à quoi as-tu le cœur, Reid ? demanda-t-elle en soutenant son regard.

— À toi, Lucie. Mon cœur t’appartient.

— Depuis quand ? répliqua-t-elle d’un ton de défi.

— Je crois bien qu’il t’appartient depuis que je t’ai entendue renifler pour la première fois, répondit-il, tenant son visage entre ses mains. Enfin, il est possible que j’en aie seulement pris conscience quand tu as flirté à ma demande avec ce serveur, ajouta-t-il en déposant un baiser sur le bout de son nez. Je suis sûr et certain d’avoir été définitivement mordu la première fois que tu t’es endormie dans mes bras, ajouta-t-il en embrassant cette fois la petite tache de rousseur en forme de coeur qu’elle avait au coin de l’oeil. Et j’ai su de façon certaine et définitive que j’étais complètement cuit la nuit où nous avons fait l’amour, conclut-il en déposant un baiser sur ses lèvres.

Lucie se hissa sur la pointe des pieds et l’embrassa sur la bouche avec passion. Reid l’étreignit alors de ses bras puissants pour la serrer contre lui et répondre à son baiser de toute son âme. Les cloches d’une église voisine égrenèrent une mélodie joyeuse quand ils reprirent leur souffle.

— Dis-le, Reid, exigea-t-elle en s’écartant de lui.

— Te connaissant, tu ne seras pas satisfaite tant que je ne l’aurais pas épelé jusqu’au bout, hein ?

— Estime-toi heureux que je ne te demande pas de l’écrire dans le ciel avec les fumées d’un avion, Andrews.

Il rit puis laissa aller son front contre celui de Lucie.

— Lucie Marie Maris… je suis gravement et complètement amoureux de toi. Et Dieu m’est témoin qu’un jour – quel que soit le temps que cela prendra – tu daigneras envisager de devenir ma femme. Parce que je ne supporte pas l’idée de vivre sans toi.

Les douze coups de minuit retentirent tandis que les merveilleuses paroles qui venaient de franchir ses lèvres enveloppaient Lucie d’un voile de bonheur qui dissipa toute l’horreur des mots qu’il avait jadis prononcés. Pour la première fois de sa vie, elle se sentit comblée et aimée, inconditionnellement. Son menton trembla quand elle essaya de retenir ses larmes mais elles coulèrent le long de ses joues malgré tous ses efforts.

— Regarde ce que tu as fait, gémit-elle. Tu n’aurais pas pu te contenter d’un simple « Je t’aime » ?

— Je t’aime, répondit-il avant de déposer un baiser sur ses lèvres.

— C’est trop tard. Regarde dans quel état je suis.

— Je te trouve magnifique.

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— Je cherche le département « Rééducation ».

Où un crétin arrogant me fera faire des exercices conçus pour un bébé de deux ans…

Dire que Reid Andrews était d’une humeur massacrante aurait relevé de l’euphémisme. Il parvint toutefois à s’abstenir de houspiller la réceptionniste de l’hôpital, écouta patiemment ses explications et la remercia.

Plus il approchait de sa destination plus il était crispé. Il n’aurait pas dû se trouver là. Il aurait dû repartir à Las Vegas pour travailler sur sa blessure avec son coach et le médecin de l’équipe. Et non à Sparks – ou plutôt Reno –, dans le Nevada, qui se situait bien trop près de sa ville natale de Sun Valley. Il allait devoir collaborer avec quelqu’un qui ignorait tout du sport qu’il pratiquait et qui ne comprendrait pas à quel point il lui tardait de remonter sur le ring pour récupérer son titre de champion.

Reid pratiquait la lutte depuis toujours. La lutte dans le cadre du sport qu’il aimait par-dessus tout : les Arts Martiaux Mixtes – ou AMM. Il avait bataillé des années durant pour conquérir son titre de champion et avait continué à batailler plus dur encore par la suite pour le conserver. Quinze ans après sa consécration, il était le plus riche des lutteurs de sa catégorie au sein de l’UFC, avec un palmarès de trente-quatre victoires et trois défaites, et il avait des millions de fans. Mais tout cela était désormais sans importance. S’il ne se remettait pas de sa blessure à temps pour le match de championnat, sa carrière serait définitivement terminée.

Un médecin qui parlait au téléphone portable tout en consultant le bipeur à sa ceinture le heurta au détour d’un couloir. Il ne prit même pas la peine de s’excuser et poursuivit son chemin comme si de rien n’était. Reid serra les dents, porta la main à son épaule droite et attendit que la douleur se dissipe. Il suffisait d’un petit choc de rien du tout pour le faire souffrir atrocement. Sa blessure était la pire que puisse subir un lutteur : une rupture de la coiffe des rotateurs. Et pour ajouter l’insulte à l’injure, elle n’était même pas survenue au cours d’un combat. Il s’était fait cela pendant son entraînement. À trente-quatre ans, il avait pratiquement atteint l’âge de la retraite dans sa discipline et faisait d’autant plus figure de vétéran qu’il avait commencé sa carrière très jeune. Et, une blessure après l’autre, son corps commençait à refléter cet état de fait.

Il s’écarta pour laisser passer une vieille dame qui avançait à l’allure d’un escargot et maudit Butch, son entraîneur, de l’avoir envoyé ici.

Peu de temps après son opération de l’épaule, le médecin sportif de son équipe avait été appelé au chevet de son père malade.

Scotty ne serait pas de retour avant deux mois, et comme Reid était le seul blessé de l’équipe, Butch l’avait adressé à un thérapeute local. Reid n’avait pas tardé à comprendre que s’il continuait avec ce type, il ne remonterait pas sur le ring avant ses cinquante ans. Il avait donc décidé de prendre sa rééducation en main.

Malheureusement, Butch avait eu vent de son initiative et lui avait passé un savon pour ne pas avoir écouté les conseils du thérapeute. Reid ne comprenait pas ce que signifiait « Y aller doucement ». Les principes auxquels il obéissait tournaient plutôt autour de « Donne tout, sinon tu n’arriveras jamais à rien » ou « Si tu n’es pas venu pour gagner, tu aurais mieux fait de rester chez toi ». Le genre de devises dont on l’avait assené des années durant.

Il refusait d’envisager le fait de ne pouvoir se battre dans deux mois, car cela signifiait qu’il perdrait son titre à tout jamais. Dans sa discipline, on voyait chaque année débarquer de nouveaux lutteurs, plus jeunes et plus forts, et la compétition devenait particulièrement difficile pour les vétérans. C’était justement pour cela que Reid s’entraînait comme un dingue. Il y aurait toujours un type qui rêvait de lui voler son titre et qui ne ménagerait pas ses efforts pour y parvenir. L’ultimatum que lui avait donné Butch l’avait mis hors de lui : « Si tu ne suis pas correctement ta rééducation, j’annule le combat. »

Quel chieur !

Mais bon, il allait faire plaisir à son coach et se plier à sa volonté. Ce qui ne voulait pas dire qu’il ne continuerait pas en parallèle ses entraînements habituels. Il n’avait pas de temps à perdre. Il devait regagner Las Vegas au plus vite et réclamer son dû.

Reid franchit une porte à double battant et pénétra dans une grande pièce qui ressemblait à un gymnase. Tapis de course, vélos d’appartement, bancs d’haltères et ballons d’exercice. Pas la moindre cage de combat. Pas de tatami. Pas de sacs de sable. Il aperçut en revanche un papy d’au moins quatre-vingts balais sur un tapis de course. Il marchait si lentement qu’il donnait l’impression d’être immobile.

— Ça promet, marmonna-t-il en s’approchant de la porte entrouverte sur laquelle était inscrit le nom de son thérapeute – Lucinda Miller.

Il leva la main dans l’intention de toquer mais il interrompit son geste quand il entendit renifler la jeune femme brune assise derrière le bureau, tête baissée. Du moins, estima-t-il qu’il s’agissait d’un bureau – difficile de déceler ce qui se trouvait sous les piles de dossiers et de papiers… Reid s’éclaircit la gorge.

— Excusez-moi, je vous dérange, peut-être ?

La femme fit pivoter sa chaise, se retrouvant dos à lui, et heurta si violemment son genou contre un placard qu’elle laissa échapper un juron qu’elle ne devait pas souvent prononcer devant témoins. Bien qu’il n’ait pas encore vu son visage, Reid ne put s’empêcher de trouver sa maladresse parfaitement adorable. Mais quand elle attrapa un Kleenex pour se moucher bruyamment, il se souvint qu’elle traversait une phase de vulnérabilité.

— Je peux revenir plus tard…

— Non, non, répondit-elle en agitant la main sans se retourner. Allez vous asseoir à côté, je vous rejoins tout de suite.

Reid se dit qu’il préférait cela. Il avait horreur de voir une femme pleurer, et si consoler un ami le mettait toujours mal à l’aise, il ne s’imaginait pas du tout en train de réconforter une parfaite inconnue. Dans la pièce attenante au cabinet, il cala sa hanche contre la table d’examen et fit machinalement craquer les articulations de ses doigts tandis qu’il patientait. Lucinda Miller le rejoignit une minute après, le regard rivé sur les documents qu’elle tenait à la main.

— Je vous prie de m’excuser, fit-elle. Je consulte votre dossier et je suis à vous.

— Prenez votre temps, répondit-il.

Sa voix lui parut étrangement familière.

— Très bien, monsieur Johnson, dit-elle en levant les yeux. Voyons voir cette…

Leurs regards se croisèrent et ils s’immobilisèrent.

— Lucie ?

— Reid ?

Cela faisait au moins six ou sept ans qu’il n’avait pas revu la petite sœur de son meilleur ami. Avec son visage bouffi par les larmes et ses yeux rougis, il n’aurait pas été certain de la reconnaître. Mais la tache de rousseur en forme de cœur qui ornait le coin de son œil gauche l’avait trahie. On l’apercevait

à peine derrière les grosses montures de ses lunettes rectangulaires.

— Oh, mon Dieu, lâcha-t-elle en le prenant par la taille.

Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas croisé un natif de Sun Valley et, en dehors du frère de Lucie, cette dernière était bien la seule qu’il avait eu envie de revoir. Il la serra dans ses bras et le parfum aux notes fleuries et printanières de sa chevelure, si différentes des essences lourdes et entêtantes qu’il avait l’habitude de sentir sur les femmes, effleura agréablement ses narines.

Lucie s’écarta de lui, s’assit sur un tabouret et mit ses cheveux derrière ses oreilles.

— Je n’en reviens pas que ce soit toi. Mais…, ajouta-t-elle en fronçant les sourcils, pourquoi ton dossier a-t-il été établi au nom de Randy Johnson ?

Le nom ridicule dont il se servait pour préserver son anonymat le fit glousser.

— C’est un pseudo. Et puis, ajouta-t-il avec un sourire taquin dans l’espoir de l’égayer, tu te souviens du surnom dont avait écopé le vrai Randy Johnson, le joueur de base-ball, non ? The Big Unit. C’est tout moi, ça.

Elle fronça les sourcils, puis comprit le sous entendu. Ses joues s’empourprèrent et elle écarquilla les yeux.

— Reid !

Ce fut plus fort que lui, il éclata de rire. Son expression choquée était trop comique.

— Allons, Lu, tu ne me feras pas croire que tu es toujours aussi innocente après toutes ces années.

Mon innocence ne te regarde pas, Andrews, rétorqua-t-elle. Et si tu t’avises de m’appeler Lu devant une tierce personne, je n’hésiterai pas à te planter mon stylo dans le cou. Te voilà prévenu.

Reid leva les mains devant lui, feignant de se rendre.

— Message reçu, Lu.

Elle leva les yeux au ciel mais il enchaîna sans lui laisser le temps de se fâcher.

— Puisqu’on en est à parler de noms, comment se fait-il que tu t’appelles Lucinda Miller ? Tu ne portes pas d’alliance. Tu fais partie du programme de protection des témoins ou quelque chose dans le genre ?

Lucie détourna les yeux et rajusta le badge épinglé à sa blouse.

— Non, je me suis mariée quand j’étais étudiante. Jackson ne t’en a probablement pas parlé parce qu’il n’y a pas eu de cérémonie en grande pompe et que ça n’a pas duré.

Elle s’éclaircit la gorge et lui sourit tristement.

— Tu sais ce que c’est, ajouta-t-elle. Un caprice de jeunesse, comme on dit. Je n’ai jamais repris mon nom de jeune fille, mais j’ai conservé les mêmes initiales. C’est l’essentiel, pas vrai ?

L’effort qu’elle faisait pour dissimuler ses émotions rappela à Reid qu’il venait de la surprendre en larmes. Quelque chose ou quelqu’un lui avait fait de la peine, et son instinct protecteur se réveilla aussitôt. Lucie n’était pas n’importe qui. Reid avait grandi au côté de son frère, Jackson Maris, et elle avait toujours traîné dans leurs pattes. Jackson était lui aussi un lutteur de l’UFC et, comme il s’entraînait à Hawaï avec son équipe, il ne pouvait pas veiller sur sa sœur. Il incombait donc à Reid de le remplacer. Une tâche dont il s’acquitterait avec grand plaisir.

— Pourquoi pleurais-tu, Lucie ?

— Oh, pour rien, répondit-elle avec un geste évasif. Je souffre d’allergies chroniques qui font de moi une vraie fontaine, c’est tout.

Il ricana.

— Tu vois, c’est pour cela que Jackson ne voulait jamais que tu nous accompagnes quand on voulait braver les interdits. Tu ne sais pas mentir et tu n’aurais pas résisté plus de cinq secondes à un interrogatoire parental.

— À chacun ses défauts, répliqua-t-elle en calant les poings sur ses hanches. D’après ton entraîneur, tu es un patient épouvantable. Alors si tu ne veux pas perdre cette séance en bavardage stérile, tu ferais mieux de me laisser t’examiner.

Reid savait reconnaître un mur de briques quand il s’en dressait un devant lui. Lucie n’avait pas envie de s’ouvrir… pour le moment. Il trouverait bien le moyen de la faire parler.

— Bien, Lucie, dit-il en faisant passer son teeshirt par-dessus sa tête, prenant soin de ne pas trop remuer le bras droit.

— Tu as fait beaucoup de rééducation depuis ton opération ?

— Normalement, je dirais. Une séance par jour environ. Mais comme cela ne suffisait pas, je m’entraînais en parallèle.

Elle s’immobilisa et haussa les sourcils.

Bref, tu en as trop fait. C’est contre-productif pour ta convalescence.

— Trop fait, trop fait… Question de point de vue. C’est très subjectif, ce genre de jugement.

— Absolument pas, Reid. La limite est très simple : dès que tu en fais plus que ce que te conseille ton thérapeute, tu en fais trop. Si tu veux que je t’aide, tu devras faire exactement ce que je te dirai. Si tu arrives à respecter cela, je te garantis que tu seras rétabli d’ici à quatre mois.

— Quoi ? Butch ne t’a pas prévenue que mon prochain match a lieu dans deux mois ? Je dois participer à ce combat, Lucie. Diaz m’a raflé ma ceinture de champion et je compte bien la récupérer.

— C’est de la folie, Reid, lui assura-t-elle en secouant la tête. Même si je te consacrais tout le temps dont je dispose, tu ne serais jamais prêt pour combattre si tôt.

— N’importe quoi ! Tu dis ça en tant que professionnelle de santé mais tu sais très bien que tout dépend de la personne. Je ne suis pas comme tes patients habituels. Je ne suis pas un éclopé lambda qui s’efforce de redevenir normal. Je suis un athlète de compétition et je me suis remis de plus de blessures au cours des quinze dernières années que la plupart de tes patients réunis.

— Laisse-moi donc t’examiner, Superman, soupira-t-elle. Installe-toi.

Reid se hissa sur la table et fit de son mieux pour ne pas se crisper à l’idée de se faire manipuler l’épaule. Il supportait la douleur mais il savait très bien qu’un simple examen l’obligerait à serrer les dents.

— Lève le bras sur le côté et essaie de le maintenir en position pendant que je le pousse vers le bas.

Reid ne tint que quelques secondes avant de le laisser retomber en étouffant un juron. Lucie fit mine de ne pas s’en apercevoir et lui fit subir d’autres tests, au cours desquels Reid réussit à réprimer héroïquement son humeur.

— Bien, un petit dernier, Reid. Pose ta main sur ton ventre et essaie de la maintenir en place pendant que je la tire.

Il serra les dents et son poing gauche, essayant de penser à autre chose qu’à la douleur atroce qu’il ressentait dans l’épaule. Pire encore que la douleur, se sentir aussi faible et être incapable de le dissimuler lui était insupportable.

— Parfait, tu peux te détendre.

Lucie lui tourna le dos pour écrire quelque chose dans son carnet.

— Sur une échelle allant de un à dix, dit-elle en se retournant vers lui – dix étant la douleur maximale –, comment te sens-tu en ce moment ?

— À quatre. Peut-être même à trois.

Elle haussa un sourcil et croisa les bras.

— Épargne-moi ton attitude de macho,

Andrews. Je ne suis pas là pour défier ta virilité. Si tu veux que je fasse correctement mon travail, tu me dois une franchise absolue.

Il la gratifia du plus noir de ses regards, un de ceux qui faisaient hésiter des lutteurs deux fois plus imposants qu’elle. Lucie ne cilla même pas.

D’accord, disons plutôt six. Mais certains jours sont moins pénibles que d’autres.

— Ne t’inquiète pas, c’est normal. Allonge-toi à plat ventre, je veux encore vérifier deux ou trois trucs.

— On t’a déjà dit que tu étais devenue affreusement autoritaire ? la taquina-t-il.

Sa pique ne l’atteignit même pas, et il fut un peu déçu. Il s’allongea sur la table, replia le bras gauche pour y nicher sa tête et ferma les yeux quand elle entreprit de l’examiner.

Ses doigts effleuraient délicatement les muscles de son épaule. Reid n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle cherchait mais il souhaita qu’elle mette longtemps à le trouver. Son toucher était mille fois plus agréable que tous ceux auxquels il était habitué. Évidemment, les mains de Scotty n’étaient pas aussi douces que les siennes, mais il y avait autre chose… Lucie ne s’y prenait pas comme s’il était un lutteur tout en muscles qui en a vu bien d’autres. Non, elle le palpait comme s’il était un homme ayant besoin d’un massage après une rude journée.

Elle renifla discrètement, et il se demanda à nouveau ce qui l’avait mise dans un tel état. Il avait été comme un second frère pour elle pendant des années et il s’inquiétait à l’idée qu’elle puisse avoir des ennuis.

— Aïe ! Bon sang !

— Désolée.

— C’est cela, oui, répliqua-t-il sèchement. Je suis sûr que tu te venges parce que tu m’en veux d’avoir criblé de fléchettes ton lapin en peluche !

Il ne pouvait pas voir son visage, mais un sourire transparaissait dans sa voix quand elle lui répondit :

— J’avais complètement oublié cet incident. Jackson a été privé de sortie pendant trois jours et ma mère a dû recoudre tous les petits trous. Elle m’a dit que mon lapin était un héros de guerre et qu’un chirurgien devait l’opérer avant que le président des États-Unis en personne lui remette une médaille.

— Ta mère avait l’art de raconter des histoires merveilleuses. Quand on était petits, Jackson et moi on pouvait compter sur elle pour nous fournir tous les renseignements dont on avait besoin pour nos prétendues missions.

— C’est vrai, maman était très douée pour les histoires. Celles qu’elle me racontait pour m’endormir me manquent énormément.

Les parents de Lucie étaient morts dans un accident de voiture alors qu’elle n’avait que treize ans, l’été suivant la réussite au bac de Reid et Jackson. Jackson avait choisi de s’occuper de sa sœur plutôt que de la confier à un membre de la famille, ce qui expliquait son retard de carrière dans les Arts Martiaux Mixtes, en comparaison avec Reid. Son motif était plus qu’honorable, et il s’était très bien occupé de Lucie.

— C’est à cause d’un mec, c’est ça ? demanda Reid brusquement.

À cet instant précis, la lumière se fit dans son esprit.

Les mains de Lucie s’immobilisèrent. Reid avait obtenu la réponse à sa question.

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Mon Dieu, pourquoi son esprit décidait-il de se mettre en congé maladie à cet instant précis ? Stephen devait la prendre pour une imbécile. Ou pire, la trouver très peu convaincante. C’en était trop pour elle, il fallait qu’elle se réfugie au plus vite derrière la porte de son appartement.

— Oh, zut ! s’exclama-t-elle. J’ai complètement oublié de donner à manger à Remy. C’est le furet de Mme Egan. Je m’en occupe pendant qu’elle heu… rend visite à sa sœur.

— Un furet ? s’étonna Stephen, visiblement déçu.

Reid se contenta de hausser un sourcil comme s’il attendait la fin de son histoire.

— Oui, un furet, assura Lucie. Tu sais, ces petits animaux qui ressemblent à des belettes. Personnellement je n’en raffole pas, mais Mme Egan adore son Remy.

— Je sais ce qu’est un furet, Lucie, répliqua Stephen. Et je suis certain qu’il ne mourra pas s’il attend son dîner quelques minutes de plus.

Avant qu’elle ne s’enlise davantage dans son mensonge, Reid prit le relais, comme s’ils avaient longuement répété leur numéro :

— Si, justement. Remy est diabétique, il doit manger et recevoir sa dose d’insuline à heures fixes. Je m’en chargerais volontiers mais malheureusement, je suis allergique aux poils de furet.

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Alors qu’ils achevaient leur déjeuner, il lui avait annoncé qu’ils allaient faire un peu de shopping pour lui trouver de nouvelles tenues. Lucie avait bien évidemment répondu qu’il était hors de question qu’elle fasse les magasins avec lui mais quand il l’avait menacée de brûler le lamentable contenu de son armoire, elle avait fini par céder.

Reid n’avait strictement rien trouvé de mettable dans sa garde-robe. L’aperçu qu’il en avait eu la veille lui avait amplement prouvé qu’elle n’aimait pas son corps et il se demandait ce qu’elle lui reprochait. Elle avait une poitrine plutôt menue, et il supposait qu’une femme pouvait en faire un complexe si elle était persuadée que tous les hommes de la planète fantasmaient sur les gros seins. Intelligente comme elle était, Lucie aurait pourtant dû savoir qu’il s’agissait d’un cliché éculé.

— Allez, Lucie, montre.

La vendeuse qui s’était occupée d’eux avait sélectionné des tenues moulantes, et Reid avait approuvé tout ce que Lucie avait essayé jusque-là. Jeans taille basse, shorts d’été, chemisiers cintrés, bustiers, tout lui allait à merveille.

— Non. C’est trop pour moi, Reid. Je l’enlève.

Reid supposa qu’elle parlait de l’indispensable petite robe noire que la vendeuse avait absolument tenu à lui soumettre.

— Si tu ne sors pas de cette cabine, c’est moi qui entre.

Un soupir d’exaspération précéda un bougonnement indistinct où il crut distinguer son nom assorti de menaces concernant sa virilité. Il ne put réprimer un sourire. Elle était adorable quand elle essayait d’être grossière.

Elle ouvrit finalement la porte de la cabine, se planta devant lui les poings sur les hanches et le fusilla du regard.

— C’est indécent.

Il inspecta sa tenue et se demanda ce qu’elle pouvait bien lui trouver d’indécent. En fait, il fut presque déçu. Le fin tissu de la robe s’ajustait à son corps à la façon d’une nuisette sexy mais la recouvrait depuis la clavicule jusqu’à mi-cuisses.

— Je ne vois pas ce que tu trouves d’indécent à cette robe, déclara-t-il en s’adossant aux coussins de la banquette, les bras croisés. Je la trouve plutôt sage.

— Ah, vraiment ? répliqua-t-elle en pivotant sur ses hauts talons pour lui présenter son dos.

Reid oublia un instant de respirer. La face B de la robe compensait amplement la face A. Son dos était entièrement dégagé à l’exception d’un lien reliant les deux pans de la robe au niveau des omoplates, et un élégant drapé moulait harmonieusement ses formes à partir du creux de ses reins.

— Doux Jésus, souffla-t-il.

— Ah ! Qu’est-ce que je te disais, répliqua-t-elle en s’approchant du miroir à trois faces, laissant ses bras retomber le long de son corps.

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— Salut, Jackson. Quoi de neuf ? questionna-t-elle en décrochant.

— Depuis quand faut-il qu’il y ait du neuf pour que je t’appelle ? Tu as l’air essoufflée, je te dérange peut-être ? Qu’est-ce que tu faisais ?

— Heu… c’est parce que j’ai couru. J’avais laissé mon portable dans la chambre et te connaissant, je me suis dépêchée de répondre avant que tu appelles toute la cavalerie pour rien.

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— Dis-moi ce que tu veux, Lucie.

— Je ne comprends pas.

— Pourquoi sommes-nous en train de faire cela ? Parce que tu veux quelque chose. Qu’est-ce que tu veux – réponds-moi sans réfléchir, exigea-t-il.

Elle passa sa langue sur ses lèvres et déglutit quand il se rapprocha, mais demeura hors d’atteinte.

— Là, maintenant ?

— Oui, à l’instant même.

— J’ai tellement envie de t’embrasser que cela me fait peur.

Sa réponse le bouleversa – il avait cru qu’elle parlerait du désir que lui inspirait son petit docteur. Son ego s’en estima néanmoins parfaitement satisfait.

— Alors fais quelque chose, ordonna-t-il.

Lucie prit son visage entre ses mains et unit sa bouche à la sienne. Cette fois, la saveur salée de sa sueur se mêlait au goût de fraise qu’avaient ses lèvres. Une combinaison enivrante dont la puissance n’était rien comparée à la surprise qui le saisit quand elle fit glisser sa langue sur sa lèvre supérieure.

Reid prit cela pour une invitation en bonne et due forme. Il inséra sa langue à l’intérieur de sa bouche et eut la sensation d’être autorisé à goûter la plus suave des ambroisies.

[...]

Soudain, elle s’écarta de lui et prit un air professionnel, bien que son halètement la trahisse encore. Reid trouva plaisant de la troubler ainsi. Très plaisant, même.

— Ce n’est pas une bonne idée, Reid. Il faut te concentrer sur tes étirements sinon tu risques de te faire mal.

De la main gauche, il lui prit le menton pour détourner son attention de sa blessure.

— Mon épaule ne m’élance absolument pas, Lu. C’est une autre partie de mon anatomie qui me fait cet effet-là.

Il attendit patiemment que le déclic se fasse entre son esprit innocent et ses propos pervers. En vain.

— Je ne comprends pas. Où as-tu mal ?

Il arqua le sourcil gauche et sa bouche s’étira en un sourire diaboliquement coquin. Attention, elle allait bientôt percuter, dans trois… deux… une seconde…

À la façon dont les yeux gris pâle de Lucie s’écarquillèrent puis se levèrent au ciel, il comprit qu’il venait de gagner son pari. Ses joues s’empourprèrent de façon comique, mais Reid n’était pas d’humeur à rire. Absolument pas. Il s’était entièrement focalisé sur une seule et unique chose. Une chose qui ne pouvait amener que des problèmes.

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— Commence par les étirements au mur.

Reid réprima une envie puérile de lever les yeux au ciel.

— Lu ! Je n’en ai plus besoin ! Je viens d’en faire toute la semaine. On peut passer aux exercices normaux, maintenant.

— Oh, excuse-moi, je ne savais pas que tu avais ton diplôme de thérapie post-opératoire. Rappelle-moi pourquoi tu avais besoin de mon aide, exactement ? ajouta-t-elle en pivotant brusquement sur elle-même quand elle atteignit le mur de sa salle de gym reconvertie en salle de rééducation.

— Le sarcasme ne te va pas du tout, grommela-t-il.

Mais sa mauvaise humeur ne pouvait pas durer en présence de Lucie – surtout quand elle arborait sa toute nouvelle tenue de sport. Fini les joggings informes et les sweats rétro. Son petit bustier rose pâle et son pantalon de yoga gris révélaient superbement ses formes.

Elle avait attaché ses cheveux bruns en queue-de-cheval, laissant échapper quelques mèches qui encadraient son visage. Comme elle venait de finir sa séance de vélo d’appartement, un voile de sueur emperlait sa peau naturellement cuivrée et une teinte rosée faisait ressortir ses pommettes.

Reid s’apprêtait à la rejoindre devant la règle graduée qu’ils avaient scotchée au mur pour mesurer ses progrès quand il réalisa que ses quinze kilomètres de course l’avaient fait transpirer et que son tee-shirt était trempé.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle en le voyant le retirer.

— Je m’efforce de ne pas heurter ta délicate sensibilité, répondit-il avec un sourire taquin.

Elle ricana, puis plaqua subitement sa main sur sa bouche. Elle était visiblement mortifiée, mais Reid ne comprit pas pourquoi. Il appréciait énormément sa spontanéité. Tout en se rapprochant d’elle, il se dit qu’il fallait la faire rire aussi souvent que possible durant son petit séjour chez elle.

C’était un défi qui lui plaisait bien.

— Place tes pieds à trente centimètres du mur, déplace tes doigts le long de la règle jusqu’à ce que tu sentes la pression et incline-toi vers le mur jusqu’à ce que ça tire.

Reid aurait préféré soulever un peu de fonte plutôt que de se plier à ces exercices de bébés, mais il obéit sans broncher.

— Voilà. Tiens la position dix secondes… et reviens à celle de départ.

— C’est ridicule, Lu. J’arriverais au même résultat en soulevant un poids de deux kilos et demi.

— Tiens, dit-elle en calant ses poings sur ses hanches, je me demande pourquoi je n’ai pas pensé à cela toute seule ? Oh, mais si, je sais ! C’est parce qu’au lieu d’étirer tes muscles, ça les ferait travailler !

— Bon, bon, comme tu veux. Mais je suggère qu’on combine nos entraînements respectifs, alors.

— Qu…

La question qu’elle s’apprêtait à poser se mua en un gémissement quand il encercla sa taille de son bras gauche pour l’attirer contre lui.

— Voilà. Maintenant j’ai une motivation pour m’incliner vers le mur.

— Qu’est-ce que tu racontes, Reid ?

— Un baiser, réclama-t-il avec un sourire satisfait.

Les yeux de Lucie s’arrondirent et sa bouche s’entrouvrit. Reid attendit patiemment que le premier choc soit encaissé et se prépara à la riposte qui ne manquerait pas de lui succéder.

— Certainement pas. Tu as complètement perdu la boule, Andrews. Je ne t’embrasserai jamais !

D’un haussement de sourcil taquin, il lui rappela qu’il était trop tard pour jurer cela.

— Je ne t’embrasserai plus jamais, rectifia-t-elle, irritée.

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— La soirée est trop belle pour que tu aies l’air aussi sérieux.

Surpris, il fit volte-face, prêt à houspiller Lucie de lui avoir fait une telle frayeur… quand il aperçut la créature la plus divine qu’il ait jamais vue.

Elle se tenait sur le seuil du balcon, les mains de part et d’autre de la porte-fenêtre, comme si elle s’apprêtait à la franchir. Jusqu’à cet instant, si on avait demandé à Reid dans quelle tenue il trouvait qu’une femme était la plus sexy, il aurait répondu sans hésitation : en sous-vêtements transparents. Mais la chemise de Reid, qu’elle avait enfilée et qui dissimulait son corps depuis ses épaules jusqu’à mi-cuisses, était mille fois plus suggestive que n’importe quel ensemble Victoria’s Secret.

Elle avait lâché ses cheveux, et la lueur qui brillait dans ses yeux en disait long sur ses intentions.

— Dieu que tu es belle, fit-il d’une voix rauque.

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— Kyle est le partenaire d’Eric, ajouta Lucie en regardant Reid.

— À l’hôpital ?

Kyle sourit derrière son verre et Eric éclata de rire.

— Non, mec. Si tu avais bien écouté, tu aurais remarqué que Lucie a insisté sur le mot partenaire. C’est tout juste si elle n’a pas mimé les guillemets pour que tu comprennes bien.

— Les guillemets ?

Vanessa était littéralement pliée en deux mais elle s’arrêta un instant pour lui porter secours.

— Ils sont ensemble, Reid. Kyle et Eric sont gays.

Reid tourna la tête vers Lucie, cherchant confirmation. Ha. Voilà qui changeait tout. Il tendit à nouveau la main vers Kyle.

— Désolé, mec. J’ai cru que…

— Que je draguais Lucie ? Pas de souci, je comprends : tu remplaces Jackson dans son rôle de grand frère. Mais franchement, là, il y a plus de chances que je te drague toi plutôt que Lucie.

Eric plissa les yeux à l’attention de son petit ami, et Reid ne put résister à la tentation de se venger de sa pique de la veille.

— Du calme, amigo. On voit tes crocs.

— Ouais, je sais. Kyle adore me faire sortir de mes gonds. Toi, mon coco, ajouta-t-il en se tournant vers Kyle, je te garantis que tu ne perds rien pour attendre.

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