Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

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x-Key
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Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar x-Key » 2019-09-04T19:09:11+02:00

Bonjour à tous !

Après une petite pause méritée pendant l'été, les concours reprennent en septembre avec le thème Effondrement ! Vous avez jusqu'au 30 septembre pour laissez libre court à votre imagination et nous écrire une histoire sur ce thème.

Image



Une nouvelle règle sera mise en application dès septembre : nous vous donnerons un thème pour septembre et octobre, mais ça sera ensuite aux gagnants de chaque mois de proposer un thème pour le Mois+2. Ainsi, le gagnant de septembre donnera le thème de novembre, le gagnant d'octobre le thème de décembre, etc... En l’absence de réponse dans les temps du gagnant quant au choix de son thème, on se chargera de vous en trouver un.

Pour rappel :

♦ Vous avez tout le mois (et pas plus !) pour poster votre texte sur le sujet, nous n'accepterons pas les retardataires.
♦ Un jury composé de plusieurs personnes lira ensuite vos créations littéraires et désignera le texte vainqueur. Le gagnant sera récompensé d'un badge spécial et d'une petite surprise.
♦ Tous les types de textes sont acceptés (fiction, histoire vraie, nouvelle, essai, en vers, en prose) du moment qu'ils collent au thème !
♦ Il n'y a pas de limites minimum de caractères. En terme de taille, le format d'une nouvelle de 15 000 signes (environ 7 pages) est le maximum qui sera accepté.
♦ Faites attention à votre expression et à votre orthographe, il est toujours plus agréable de lire des textes écrits dans un français correct ;)
♦ Attention : Seuls les membres de Booknode dont le profit sera un minimum complété (quelques livres en biblio et infos sur le profil) pourront participer, peu importe votre date d'inscription. Vous pouvez très bien vous être inscrits la veille, il n'y a aucun soucis, tant qu'il est clair que vous ne vous êtes pas inscrits sur le site juste pour participer et ne jamais y revenir ;)

Bonne chance à tous ! :)

Serafima
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Serafima » 2019-09-04T21:04:58+02:00

Il n'y aura donc pas de résultat pour juillet?

sapho
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar sapho » 2019-09-04T21:13:01+02:00

Serafima a écrit :Il n'y aura donc pas de résultat pour juillet?


Ils ont été donné sur le sujet dédié :)
viewtopic.php?f=26&t=298335&p=21075495#p21126645

Serafima
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Serafima » 2019-09-04T21:33:44+02:00

Merci je n"avais pas vu :o

elenwe
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar elenwe » 2019-09-07T18:55:38+02:00

Bonjour,


Voilà ma participation pour le mois de Septembre :)
J'espère que ceux qui liront passeront un agréable moment de lecture.


Le chaos. Les flammes. La mort.
Ça avait commencé insidieusement ; des manifestations, des grèves, des krachs boursiers, des faillites. Sans qu’on le remarque, ces évènements s’étaient multipliés, ou peut-être qu’on a fait semblant de ne pas le voir parce que personne ne savait comment agir.
S'étaient ajoutés des phénomènes climatiques de plus en plus dévastateurs : ouragans, tremblements de terre, tsunamis, pluies diluviennes. Le tout soupoudrer de scandales sanitaires, fuites radioactives, plombs, mercure, pesticides. Les sécheresses, le manque d’eau potable, de nourriture et inévitablement de médicaments.
Un château de cartes qui s’effondre c’est impressionnant, quand celui-ci porte l’humanité ; c’est bruyant et sanglant.
Très sanglant.
Les images des villes dont les axes principaux sont impraticables, jonchées de débris, résultat d’affrontements violents, des bombes des deux camps sont inoubliables, elles ont marqué au fer rouge la mémoire collective. Je me souviens de la fumée qui dissimulait mal l’horreur de ces images qui me hantent. Parce qu’au milieu de ses ruines il y avait des corps. Des gens du commun. Des gens comme moi.
C’était il y a longtemps. Pour mon neveu c’était presque à l’époque des dinosaures quand on l’écoute, pour les plus grands c’était il y a dix ans.
Je repense à mon arrière-grand-mère qui me disait que la Seconde Guerre mondiale c’était hier pour elle et à chaque fois j’avais levé les yeux au ciel. Mon neveu à la même réaction quand on lui parle « d’Avant ».
L’après-midi en se rendant à l’école il est toujours heureux. Le soir quand il rentre il nous raconte joyeusement ce qu’il a appris avant de terminer ses tâches ménagères. C’est presque sa récréation, son temps de pause, d’aller en classe. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été si pleine d’entrain pour me rendre en cours, sauf en fin d’année quand on jouait au lieu d’étudier. Ça me donne l’horrible sentiment d’avoir raté quelque chose. Et je culpabilise d’être jalouse d’un bonhomme de neuf ans qui quittera le circuit scolaire dans trois ans. Il ne s’en plaint pas. Je pense qu’il ne saisit pas vraiment qu’il se contentera de faire toute la journée ce qu’il fait déjà le matin et le soir : s’occuper des bêtes et des terres. Il ne comprend pas qu’il y a vingt ans, il aurait eu plus de dix ans d’étude devant lui et le choix presque impossible de décider de son avenir.
Je soupire et essaie de penser à autre chose pendant que je déplace la brouette pleine de pailles souillées pour la mettre sur le tas pour le compost.
— Célène, tu vas vendre les œufs ou j’y vais ? me demande mon frère en me montrant le panier.
— J’y vais, tu y as été hier.
Je transvase délicatement les œufs dans mon sac à dos en vérifiant que la date de ramassage est écrite sur chacun. Je prends l’une des lourdes bouteilles en verre que je remplis d’eau et quitte la maison en attrapant une casquette au passage.
Une fois à l’extérieur, j’avise notre vélo dont il manque une roue. Elle est posée à côté, crevée, je tenterais une nouvelle fois de trouver de quoi la réparer, ça devient impossible de se déplacer sans lui. Et risqué. Même si j’essaie de ne pas y penser. Sur deux roues il est toujours envisageable de fuir rapidement un lieu et d’emprunter des passages étroits où les véhicules à moteur ne peuvent pas suivre. Ces derniers sont relativement rares, mais les gens qui en possèdent sont souvent tout, sauf des enfants de chœur.
Je suis partie pour trois heures de marche allez et retour. Je vais en ville, à la campagne tout le monde a des poules. Ceux qui s’escriment à garder un quotidien comme Avant nous permettent de vivre un peu mieux, pas beaucoup mieux, mais un peu. De quoi acheter du superflu.
Le soleil tape fort et pourtant nous ne sommes que fin avril, la flore souffre déjà du manque d’eau, cet été le désert va s’accroître. D’année en année certaines zones ne récupèrent pas de végétations en automne, des étendues mi-sable, mi-terre se retrouvent de-ci de-là. Le vent pousse les arbustes desséchés qui s’embrasent tout au long de l’été à cause d’imprudences de certains. Le paysage fait peine à voir. Il a un air de fin du monde.
Il n’y a pas d’ombre le long de ma route. Le goudron a mal vieilli, les chaleurs estivales qui l’ont parfois fait fondre ont laissé visibles les traces de ceux qui l’ont arpenté.
Un bosquet de pins persistant me nargue sur le flanc d’une colline. J’aspire à une protection contre les cuisants rayonnements et nous ne sommes qu’au printemps. Peut-être qu’on devrait envisager de partir dans les montagnes où les étés sont certes très chauds, mais les nuits fraîches et encore humides. Le bonheur. Un rêve.
Sauf que tout abandonner nous n’en avons pas le courage. Ce serait un long périple de plusieurs jours, au moins deux cents kilomètres et ça nous éloignerait de la mer. On n’y va presque plus, mais une ou deux fois dans l’année on s’y rend et on fait comme Avant.
C’est le moment où on peut presque oublier que tout à changer.
Les technologies existent encore et évoluent toujours, mais peu y ont accès. Je me demande parfois quels films sortent au cinéma, ou s’il y a toujours des séries emblématiques qui rassemblent les gens et les ferveurs ou si c’est mort avec le reste.
Mais ce qui me manque le plus c’est la musique.
J’ai un vieil Mp3, je le charge sur secteur, mais les morceaux dessus ont au moins quinze ans. Parfois je le prends pour faire le trajet, mais Antoine m’engueule parce que c’est dangereux de ne pas entendre si des gens viennent. Et il n’a pas tort. Mon frère est protecteur. Il n’a plus que son fils et moi, sa femme est morte avec leur fille nouveau-née lors de complications à l’accouchement. C’était horrible. Il culpabilise encore. Mais personne n’aurait rien pu faire. Les secours ont tardé à venir. C’est la réalité de la vie.

Je presse le pas à la vue des premières habitations, les immeubles ne sont plus très loin et je suis impatiente d’y être. Avec un peu de chance, cette marche me fera perdre le poids que j’ai pris cet hiver. Nous n’avons pas les moyens d’acheter de nouveaux tissus pour que je me confectionne des vêtements et encore moins pour que je demande à Agathe et ses doigts de fée. On s’escrime déjà à payer ceux de Ben et il grandit vite le petit. Il coûte cher, mais on peut revendre les pièces peu abîmées quand elles ne lui vont plus. Et il mérite d’avoir de la bonne qualité.
Je croise quelques personnes qui se rendent là d’où je viens et qui me font des signes de tête. Des voisins, certains repartent avec une partie de leur marchandise, ça n’augure rien de sympathique.
— Bonjour, Célène. Tu en as pour longtemps ? Tu veux que je te ramène ?
— Salut Hugo. Ça ira, mais c’est gentil de ta part.
— Tu sais, ça ne me gêne pas d’attendre un peu.
— Pense à ton pauvre Batistou, il doit lui tarder que tu détaches ta carriole de son dos.
— Comme tu souhaites. J’espère que tu auras plus de chance que moi, je n’ai presque rien vendu. Je voulais m’acheter un livre. Avec le peu de recettes que j’ai fait, j’ai reporté à demain.
J’hésite une seconde avant de lui proposer qu’on se voie ce soir pour voir si on ne peut pas s’en prêter mutuellement, moi aussi je suis en manque de nouvelles lectures. En ville certains ont la télévision, voire un ordinateur avec internet, mais c’est très cher. Dans notre village l’électricité est capricieuse, il peut se passer trois jours sans qu’on en ait et nous l’utilisons avec parcimonie, pour recharger quelques piles et batteries. Dont mon plaisir coupable : mon Mp3.
Rendez-vous pris avec Hugo, je gratouille la tête de son âne et je repars d’un pas décidé vers la ville grouillante.
Le mot est faible pour décrire la masse compacte de vendeurs et d’acheteurs qui se pressent devant la barre d’immeuble. Il y a trois autres lieux de ventes comme celui-là, mais ils sont plus loin et les rares fois où j’ai tenté de vendre, je n’ai pas fait mieux qu’ici.
Quelques policiers scrutent la foule d’un œil décidé, il vaut mieux éviter de s’y frotter, les rixes sont fréquentes et très violentes. Et se finissent toujours mal pour tout le monde. Ce sont des rappels constants du moment de l’effondrement. De ce point charnière où on est passés d’opulence à misère.
Loin de tout comme nous le sommes dans le sud du pays, je ne me rends pas compte de la situation, si elle s’arrange, si elle stagne ou si elle empire. Une petite part de moi est accrochée au passé et elle espère que très vite tout va redevenir comme Avant. Mais au fond de moi je sais que c’est une illusion réconfortante, un fantasme qui m’aide à encaisser cette vie parce que je n’ai pas encore fait le deuil de l’ancienne.

J’aperçois un pâtissier que je connais pour lui proposer mes œufs, il les prend moins chers que les particuliers, mais je lui en vends en général de grosses quantités.
— Coucou Célène, tu arrives un peu tard, j’ai fait mes achats, je cherche un crémier, mais sans grand espoir, c’est pour ça que je suis là.
— Tu ne faisais pas ta crème toi-même ?
— Si en saison chaude, quand personne ne prend le risque de venir jusqu’ici pour vendre ce type de denrées sensibles à la chaleur. Mais en cette saison normalement j’en trouve.
— Il faut croire qu’il fait déjà trop chaud.
— Sûrement. Je vais y aller, tant pis. Tu ne devrais pas rester ici, les esprits se sont pas mal échauffés depuis ce matin. Je pressens du grabuge à venir.
— Merci du conseil.
Je refais le tour de la place, cherchant du regard une connaissance susceptible de me débarrasser de ma cargaison. C’est vrai que je vois énormément d’uniformes sur les côtés et même dans la foule. Leurs déplacements créaient des sortes de vide autour d’eux, personne n’ose s’approcher de trop prêt.
Je décide de faire un dernier tour et de partir, le pâtissier avait raison, une tension électrique semble courir dans la foule.
Je suis bousculée malgré mes précautions, j’espère que le tissu autour des œufs les protège bien, sinon je vais finir par ne plus rien à voir de consommable dans mon sac. J’évite ce que je peux, je slalome entre les corps moites et l’odeur de sueur, c’est très étouffant, très bruyant.
Je suis percutée par un grand type qui transporte deux jambons en bandoulière sur son épaule. Le recul et tel que je heurte une patrouille. L’homme ne cherche pas à savoir, il m’envoie au sol d’un revers de main à m’en faire craquer le cou.
J’atterris sur le béton violemment, mon dos écrase mon sac et une partie de sa cargaison, dont je sens le liquide me mouiller le haut des fesses. Ce n'est pas assez abondant pour être l'eau de ma bouteille, c'est déjà ça. La douleur est cuisante.
J’essaie de me relever rapidement, mais ma rencontre brutale avec les flics a mis le feu aux poudres et plusieurs personnes dans la panique me piétinent. Je rampe à moitié sans trouver assez de stabilité pour me redresser tout à fait dans l’affolement général.
Une puissante détonation dans mon dos me fait sursauter, mon cœur rate une paire de battements avant qu’un nuage irrespirable s’étende dans la foule pour la disperser.
Mes yeux me brûlent, j’ai l’impression que mes poumons sont rempli de braises et que l’air ne passe pas. Je suffoque. Il y a des cris, des gens qui toussent à en vomir, dont certains rejets m’éclaboussent.
Je suis ballotée par la frénésie. Je n’ai plus la force de tenter de me lever et je tombe, sur des personnes cherchant leur souffle.
L’odeur est insoutenable au sol, entre le gaz et le vomi, l’air est acide, indescriptible, je finis par vomir à mon tour entre deux hoquets pour essayer de quérir un peu d’oxygène.
D’autres détonations, d’autres bombes, mais aussi des tirs d’armes des forces de l’ordre.
Par miracle la foule se fait moins dense et je suis moi-même surprise d’avoir survécu à cet enfer.
Tremblante je me redresse, je ne vois rien, il y a des cris, des coups de sifflet, j’ai à peine le temps de comprendre que je me prends la vague d’une charge en plein dans le flanc.
Mon corps valdingue sur plusieurs mètres et je chois lourdement.
Mes côtes me font souffrir le martyre. J’ai le sentiment de suffoquer et chaque inspiration me déchire. Mais mon calvaire n’est pas fini, je relève la tête pour voir une foule de pieds me foncer dessus. Pas le temps d’avoir de regrets, la douleur laisse vite la place à la noirceur et je sais que je vais finir comme ces images horribles de corps ensanglantés qui m’ont obnubilée ces dernières années.
Dernière édition par elenwe le ven. 13 sept., 2019 12:38 pm, édité 1 fois.

MGT_
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar MGT_ » 2019-09-12T19:10:11+02:00

Superbe écrit Elenwe ! Connaissant ton style, tu nous plonges dans un monde sombre et plein ce chaos avec une fin inévitable propre à toi !

J'aurai bien aimé faire ce concours mais je manque de temps.

Amok66
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Amok66 » 2019-09-13T11:12:29+02:00

Ma petit participation pour ce mois de septembre :

C'était un peu notre rituel du vendredi soir. Après le boulot on se retrouvait avec Jérôme à mon appart pour se regarder un ou deux films autour d'une pizza ou d'un autre plat au moins aussi calorique, le tout arrosé de bières et sodas à outrance. Ce soir là Jérôme avait ramené un nanar au scénario complétement tiré par les cheveux, mais qui avait le mérite de nous faire beaucoup rire. En y repensant je me dis que les bières n'y étaient peut-être pas pour rien. Et c'est à cause des bières justement que je me suis levé au milieu du film en disant à Jérôme :
- Ne met pas pause. Je pisse vite fait j'reviens.
Alors que je satisfaisais ce besoin aussi naturel que pressant, j'entendis un bruit sourd, lointain et long. Un peu comme un coup de tonnerre qu'on entend arriver. Sur le moment, ce son étrange m'a un peu effrayé. Je ne saurais pas dire pourquoi. Je me suis tout de suite dis à moi même que j'étais vraiment ridicule d'avoir peur d'un bruit, qu'il ne s'agissait que du tonnerre ou simplement de la télé que nous avions encore mis trop fort. Je remontais donc vaillamment ma braguette, prêt à rejoindre Jérôme et m'ouvrir une autre bière. Mais à peine avais-je rabattu la cuvette des toilettes, qu'un nouveau frisson me parcouru l'échine. Le même son se fit entendre, plus fort, plus proche, puis incroyablement fort. Les murs se mirent littéralement à trembler et je me sentis vaciller. Pas parce que j'avais peur. Non. Mais parce que le sol était en train de pencher de plus en plus. Je fus soudainement projeté en arrière alors que la pièce me sembla avoir pivoté à angle droit. Les toilettes qui étaient en face de moi il y a une seconde, étaient désormais au dessus de moi. L'armoire à pharmacie, elle, se décrocha et vint s'écraser directement sur mon crâne. Je perdis connaissance à ce moment là.

Lorsque je repris mes esprits, la première chose qui me frappa, ce fut les cris. Je pouvais entendre des râles, des gémissements de douleurs. A quelques mètres de moi seulement je pouvais distinguer le son d'une femme en train de pleurer. Des petits sanglots, comme si elle n'avait même plus la force de verser ses larmes. Plus loin au contraire, un homme hurlait autant qu'il le pouvait. Il réclamait de l'aide, appelait une certaine « Lisa ». Moi, j'étais silencieux. Encore assommé. J'ouvris les yeux. Le noir. Le noir le plus total. Je ne voyais absolument rien. Je cru d'abord être aveugle. Puis je réalisais qu'il n'y avait en fait aucune source de lumière autour de moi. Le bâtiment s'était effondré et les débris avaient formé comme une bulle de protection autour de moi. Dans mon malheur, j'avais eu une chance extraordinaire. Aucun de mes membres n'était cassé. J'étais couvert de bleus et je sentais du sang couler le long de ma nuque. Mes cheveux étaient collés à mon crâne par mon propre sang. C'était impressionnant, mais sans réel gravité.
Aussitôt rassuré sur mon sort, j'appelais :
- Jérôme ?!
- Ouais je suis là !
Je fus surpris de m'apercevoir à quel point Jérôme était proche de moi. Il m'expliqua que son pied était coincé sous des débris. En tendant le bras, je pouvais attraper sa main, mais pas plus. Je lui conseillais de ne pas bouger pour ne pas aggraver la situation. Dans un tel contexte, une hémorragie lui aurait été fatale, et je ne doutais pas que des secours allait venir nous aider rapidement.
Alors que nous discutions, je sentis un goutte d'eau me tomber sur la main. Je me précipitais pour en trouver la source. Au toucher je reconnus immédiatement le réservoir des toilettes au dessus de moi. Une fine fissure le parcourait et une goutte d'eau s'en échappait régulièrement. Un miracle. Il y avait potentiellement plusieurs litres d'eau à l'intérieur, de quoi tenir plusieurs jours jusqu'à l'arrivée des secours. A tâtons, je me mis à chercher quelque chose pouvant récupérer ces précieuses gouttes d'eau, de quoi les contenir. Il me fallut plusieurs minutes pour que finalement ma main touche un récipient en inox, probablement une gamelle pour chat ou un truc dans le genre. Je touchais l'intérieur du récipient pour voir s'il ne resterait pas des croquettes à l'intérieur, elles me seraient probablement utile si la situation devait durer. Mais la gamelle était vide. Je la mis malgré tout sous ma source d'eau miracle et le temps fut alors rythmé par un « plic ploc » régulier. Au bout de plusieurs heures, la gamelle fut remplie. Ma bouche était pleine de poussière, de plâtre de sang et de je ne sais quoi. Ces quelques gorgées d'eau allaient être divines. Je portais lentement la gamelle à mes lèvres pour ne rien renverser et bus une grande gorgée. Un goût inhabituel envahi ma gorge et je réalisais soudain mon erreur. Ce n'était pas une gamelle de chien. C'était le récipient dans lequel se rangeait la brosse des WC. Un haut le coeur me saisit soudain, mais je me forçais à avaler. Dans des moments pareils, on apprend à prendre sur soi. Je gardais la moitié du récipient rempli et le proposait à Jérôme pour qu'il puisse boire à son tour. Je l'avais bien sûr prévenu avant de son contenu, mais après une courte hésitation, il choisit de boire également. Une fois vidé, je nettoyais du mieux possible notre récipient et le remis à sa place pour qu'il se remplisse à nouveau. Puis l'attente commença, l'interminable attente. Si nous n'avions pas de nourriture, nous avions de l'eau. Nous pouvions tenir longtemps avant l'arrivée des secours. C'est ce que nous fîmes. Il fallut quelques heures seulement avant que la jeune femme pleurant derrière mois deviennent définitivement silencieuse. Lisa ne répondit jamais à l'homme qui l'appelait et lui même se tût définitivement dès le premier jour. Chaque heure qui passait rendait les lieux un peu plus silencieux. Jusqu'à ce qu'il n'y eut plus aucun bruit. Seulement ce « plic ploc » salvateur. Des jours entiers passèrent. L'odeur du mélange de nos urines était chaque jour un peu plus forte. Jérôme et moi discutions. Nous élaborions des hypothèses sur la cause de l'effondrement de l'immeuble. On pensa à une explosion de gaz, à un attentat, ou peut-être était ce l'usine voisine qui avait explosé. A court d'idée, on pensa même à une invasion zombie ou à une guerre nucléaire, ce qui expliquerait la lenteur des secours. Et puis nos conversations se firent un peu plus rare, nous économisions nos forces. La faim se faisait terrible, et nous gardions le peu d'énergie restante pour se passer l'eau. Des jours et des jours passèrent. Plus d'une semaine au total lorsque notre silence religieux fut brisé. Un bruit de machine se fit entendre. Un bruit très léger, très lointain, mais juste au dessus de nous. Jérôme et moi étions trop épuisés par la faim pour sauter de joie.
- Jérôme tu entends ?
- Oui... c'est un moteur d'engin... ils sont en train de déblayer les débris...
- Oui... ils nous cherchent encore. Ils savent qu'on est là dedans.
- Tu crois qu'ils en ont pour combien de temps encore ?
- Je sais pas. Encore un ou deux jours je pense. Ils sont encore loin.
- Ouais. Je pense aussi. Je crois que je tiendrai pas mec.
- Moi non plus Jérôme. C'est trop tard.

J'entendis Jérôme étouffer un sanglot. Je tendis mon bras vers lui.
Donne moi la main Jérôme. On a la chance d'être deux.
Il saisit ma main. Il tremblait. Je l'entendais nettement pleurer maintenant.
Je réunis mes dernières forces, pris une profonde inspiration, et tirais sèchement sur son bras. Les os de son pied coincé craquèrent sèchement. Il hurla de douleur.
- Mais qu'est tu fous t'es con ?
Je tirais à nouveau encore plus fort. Il hurla lui aussi plus fort. Son pied céda et je pus le trainer au plus près de moi. Je passais mon second bras entre les débris qui nous séparait, ainsi je pouvais atteindre sa gorge. D'une main je tenais fermement son bras, de l'autre je l'étranglais. Je mis toutes mes forces dans la bataille. Jérôme tenta désespérément de se dégager de mon étreinte, mais il était encore plus faible que moi. Il ne fallut que quelques secondes pour qu'il arrête de se débattre. Je gardais ma main solidement accrochée à sa gorge par sécurité encore quelques temps, puis relâchais mon étreinte. Jérôme était mort et son cadavre était à portée de main. J'allais enfin pouvoir manger.

Jedemot
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Jedemot » 2019-09-15T20:20:30+02:00

Bonjour, voilà, avec émotion, ma première participation !

Court et noir, c'est comme ça que mon père m'avait surnommé. Mon vrai prénom c'est Ismaaciil. Cela signifie Dieu entendra. Il entendra notre souffrance, il entendra nos prières.
Je suis né en somalie, pas loin de l'enfer, à Mogadiscio. J'ai connu la guerre, la mort, la barbarie, et les pires atrocités que ce monde puisse porter.
J'ai vu mon habitation réduite en un monticule de terre dévasté, avec des milliers de corps déchiquetés, gisant sous un soleil de feu. Cette violence au quotidien, pour les jeunes enfants de mon pays, c'est une routine, un simple jeu. A chaque fois qu'avec les survivants de mon peuple, nous partions vers d'autres lieux pour tout reconstruire, nous fûmes confrontés au même scénario catastrophe. Certains de mes compagnons d'infortune furent gazés, leurs habitations rasées, leurs cadavres piétinés.

Avec les miens, nous traversons notre pays pour échapper aux violences qui nous sont infligées. A Borama, à Kismaayo, à Jamaame. L'enfer et la fournaise nous collaient à la peau comme un destin trop dur, trop dur pour être porté par tout un peuple au bord de l'effondrement.

Nous vivons sous la terre pour échapper aux atrocités des envahisseurs. Mais sous la terre, c'est pire que l'enfer, il y fait une chaleur impitoyable. Et pourtant, même enfouis dans des galeries souterraines, nous étions anéantis. Des explosifs étaient placés à chaque entrée et soufflaient toute trace de vie. Tout cela dans l'indifférence la plus totale. Les massacres qui décimaient mon peuple étaient perpétrés chaque jour, il en était ainsi. La mort faisait partie de notre vie. Chaque exode était un pas vers une funeste destinée. J'avais promis à ma mère de ne jamais me laisser piétiner, de toujours me battre pour survivre et pour nourrir les miens.

Hélas, je n'ai jamais pu tenir ma promesse. Je me suis laissé marcher dessus sans réagir, j'ai laissé l'ennemi détruire mon habitat sans broncher. J'ai vu des camarades se faire écarteler, brûler, écraser, et je n'ai rien fait. Pourtant je ne suis pas un lâche, je suis un soldat, je sais me battre. Mais ils sont trop puissants, ceux qui vivent au dessus de nous. Ils sont au dessus des lois, au dessus de la vie, au dessus de la mort. Ils ont le monopole du pouvoir, de l'intelligence, de la force, ils se croient tout permis. Ils marchent et nous rampons devant eux. Ils nous affament, ils nous détruisent, ils nous éradiquent. Pourtant, nous appartenons au même pays, à la même terre, nous avons la même couleur et les mêmes proportions. Mon père m'a surnommé court et noir. Mon vrai prénom c'est Ismaaciil, je suis une fourmi, la seule survivante
de mon espèce.

mika1204
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar mika1204 » 2019-09-16T13:56:49+02:00

Ma participation pour ce mois-ci. En ressortant un vieux texte du placard! :)

La voiture avance rapidement sur le ruban d’asphalte en direction du soleil couchant. Carcasse métallique rutilante dans les derniers rayons orangés du soleil mourant. La ligne blanche continue défile derrière la vitre passager seulement ponctuée de temps en temps par la coupure d’une borne SOS. Personne sur la route. Ni devant ni derrière. Seul dans le poste un vieux bluesman aux doigts décharnés arrache à sa guitare des notes pures et nostalgiques.

Personne.
Plus personne.
Plus envie de voire personne.

Une sorte de fuite en avant vers l’inconnu comme le solo du bluesman à la radio.
Je revois encore son visage ce matin dans la cuisine de notre appartement. En fait ce sont plutôt ses mains qui me reviennent. Leurs mouvements convulsifs. Ses doigts cherchant à se cacher les uns derrière les autres à tour de rôle. Jouant nerveusement avec sa tasse de café depuis longtemps vidée. Les gestes plus que les mots. Elle n’a d’ailleurs au final pas dit grand-chose. Son regard lorsque je me suis approché d’elle avait suffi. Quelques mots insignifiants. Superflus. Juste une confirmation de ce que je savais.
Dans le rétroviseur une lueur éphémère attire mon attention. Un pare-brise vient de s’illuminer dans les rayons du couchant. Le bluesman a laissé la place à une chanteuse soul qui s’épanche sur un amour perdu. Une histoire banale de tromperie et de mensonge. Une histoire bien banale…

Dans la blancheur du matin ses yeux noisette n’osaient même plus me regarder en face. Elle s’accrochait à son mug sur la petite table en formica beige comme si une tempête allait l’arracher de terre. L’annonce, pensait-elle, provoquerait mon ire. Mais il n’en fut rien. Depuis longtemps je savais sans qu’elle ne s’en doute. Un mail non supprimé. Une note de restaurant oubliée. Je savais mais je me le cachais. Et là la vérité nue ne m’avait même pas fait serrer les poings ou hausser le ton. Les caresses nerveuses de ses doigts fins et délicats sur la porcelaine rouge trahissaient ses pensées plus que ses propres mots.

La voiture derrière se rapproche imperceptiblement. Dans les lumières rouges orange de la fin du jour je perçois à peine la lueur bleutée des phares. A l’horizon, au-delà du pare-brise qui semble avaler l’asphalte le soleil disparaît derrière un fin rideau nuageux mauve. La nuit va tomber. Il va me falloir m’arrêter. Le manque de caféine m’embrume l’esprit et commence à peser sur mes paupières rougies par les heures passées au volant. Un panneau routier éphémère me rappelle l’imminence d’une aire de repos.

Reposant ma tasse de café sur la table de la cuisine une fois qu’elle avait fini son monologue je l’avais laissée dans la solitude de sa radio grésillante et étais parti faire ma valise pour tailler la route pour de bon. Chemins divergents qu’elle avait dit ! J’avais plutôt le sentiment d’avoir été laissé sur le bas-côté de la route comme un vieux chien qui aurait fait son temps. Une fois mes affaires réunies j’étais retourné dans la cuisine pour récupérer les clefs de voiture dans le vide-poche en forme de cœur. Elle n’avait pas bougé. Elle attendait derrière la table que je m’éclipse dans le chuchotement d’un mauvais R’n’B.

Derrière moi la voiture ne se rapproche plus. Son allure calquée sur la mienne nous taillons la route de concert. Ses phares bleus commencent à me piquer les yeux dans la nuit tombante. Au-dessus, dans le ciel marbré de bleu et de violet quelques étoiles commencent à scintiller. Alors que la musique du poste radio cesse et que la voix nasillarde du commentateur annonce les titres suivants le panneau bleu de l’aire d’autoroute se dessine sur la droite au-dessus des rambardes de sécurité. 1500m. 1000m. 800m. 300m.

300m. C’était la distance que j’ai parcouru jusqu’à la voiture, mon sac sur le dos, sachant très bien que depuis la fenêtre de l’immeuble elle suivait mon départ. Oh ce n’est pas qu’elle me regrettait ! Au contraire ! C’est plutôt qu’elle voulait être sûre que je ne tournerai pas les talons avant qu’elle n’appelle l’autre. Je lui laissais d’ailleurs ce plaisir et c’est sans un regard en arrière que j’étais monté dans l’auto et que j’avais démarré passant la première avec l’étrange impression de commencer une nouvelle vie. Des chemins divergents !

300m. Le ruban blanc se sépare et ouvre une voie sur laquelle je m’engage. Derrière moi la voiture qui me suit s’engage elle aussi sur l’aire d’autoroute. Sûrement l’heure de se restaurer ou de faire ses besoins. Rien d’étonnant !
Le parking est désert. Les pompes à essences brillent sous les néons dont certains usés par le temps clignotent de manière disparate. Dans sa boutique-cafétéria l’employé de service regarde à travers la baie vitrée un groupe de moineaux qui se disputent sous la lumière d’un lampadaire les miettes d’un bout de sandwich abandonné sur le trottoir. Je me gare devant le bâtiment. Le moteur s’arrête. Machinalement je m’étire en poussant mes mains vers l’avant. Depuis ce matin je n’ai cessé de rouler. A vrai dire je ne sais même plus trop où je suis ayant suivi la route sans chercher de destination. Je n’ai pas le sentiment de fuir. Peut-être est-ce seulement l’évasion que je cherche.
La place de parking s’illumine à ma droite. Des phares balayent le bitume avant de se fixer sur le mur du bâtiment. La voiture suiveuse vient se garer juste à côté. C’est une petite citadine noire flambant neuve aux vitres teintées. Dans le reflet de la carrosserie je peux voire mon visage blafard déformé. J’ai vraiment une sale gueule ce soir !
Un gargouillis m’arrache à mes songes. J’ai besoin de café. Machinalement je sors de la voiture et me dirige vers les portes vitrées automatiques laissant la petite voiture noire et ses occupants à leur sort.
Elle avait tout préparé à l’avance sans que je ne m’en aperçoive. Comptes banquaires séparés, serrures changées, numéros de téléphones supprimés, assurances modifiées… Elle n’avait plus qu'à attendre le moment fatidique où avertir le chapon que l’heure du passage au four avait sonné. Ce matin 7h30, à l’instant où je sortais de la salle de bain pour boire mon café avant de partir bosser ! Oh oui je suis parti après ça ! Mais pas bosser ! En vrille plutôt !... Et sans même boire ce café pour me dés embrumer l’esprit !
Je glisse la pièce dans la fente de la machine. Expresso en grain sans sucre. La machine ronfle, les mécaniques travaillent. Le gobelet tombe et un jet noirâtre fumant glougloute dans le verre de plastic. Derrière son comptoir l’employé en tunique rouge me surveille discrètement. Nous sommes seuls dans la boutique. Avec ma gueule de déterré je comprends qu’il soit mal à l’aise. Je lui souris aimablement et lui propose un café qu’il refuse poliment avant d’ouvrir nerveusement un magazine auto. Je pose machinalement mon gobelet sur une table haute et regarde la station à travers les baies vitrées. La nuit est tombée pour de bon. Les lumières artificielles des néons et des lampadaires isolent la station au milieu de l’obscurité. L’aire de repos semble devenir un monde à part. Un petit univers en lui-même. Petit îlot désertique où viennent s’échouer quelques âmes errantes perdues de passage.

Les stations services des autoroutes m’ont toujours fait cette impression de bout du monde isolé. Endroit de rencontres éphémères où tout et n’importe quoi peut se passer sans que l’univers n’en soit perturbé. Une bulle de vie à part où rien n’est figé et où les visages fugaces ne laissent pas plus de traces que des ombres fugitives de vie entre aperçues. Un regard, un sourire une larme, des images et des sentiments sans lendemains…
Mais ce soir je suis là devant mon gobelet fumant perdu dans cette station isolée du monde par la barrière de la nuit. Là, sans lendemain, dans ce vase clos où le temps semble s’être arrêter. Je regarde ma voiture qui luit sous la lumière du lampadaire dans laquelle un ballet de moucherons danse doucement. Elle a l’air à bout de souffle. La peinture est fanée. Quelques bosses et creux perturbent les lignes froides de la carrosserie grise. Un des rétroviseurs orné de scotch bleu présente un angle bizarre. Elle est usée. Sans lendemain. Comme moi. A côté d’elle la petite voiture noire aux peintures et aux chromes impeccables fait figure d’œuvre d’art. Comme ces voitures sous plastique qu’on vous montre derrière les grandes vitrines des concessionnaires aguicheurs.
Tiens ! Au fait où est le conducteur de la voiture ? Hormis moi et le commis de la station je n’ai vu personne ! Et surtout personne n’est entré derrière moi !
Reposant le gobelet qui me brûle les doigts sur la table je scrute l’obscurité de l’habitacle. A travers le pare-brise je distingue du mouvement côtés conducteur et passager.
Pourquoi ainsi rester dans sa voiture ?
Je réalise soudain que, si ceux que j’observe sont bien à l’abri dans leur voiture aussi opaque qu’une nuit sans lune, je suis, quant à moi, au contraire bien visible debout dans la lumière froide et blanche de mon néon plafonnier ! Comme une sculpture rétro dans la vitrine d’un magasin d’art et déco. Exposé aux regards derrière ma vitre en verre !
Oh et puis après tout s’ils veulent prendre leur temps !
Je baisse les yeux laissant en paix les occupants préférant me consacrer à nouveau à ma solitude caféinée.

Mais bon dieu ! Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour qu’elle me traite comme ça ? Elle m’a pris pour un abruti pendant un bon bout de temps finalement ! Et moi j’ai joué au con en me voilant la face alors que je voyais tout venir ! Et voilà où ça m’amène !
Une station d’autoroute déserte je ne sais même pas où, tout seul à boire un café dégueulasse dans un gobelet en plastic mou pendant qu’elle, elle… Elle…Ils…

Sentant monter un sentiment de colère je me précipite vers les toilettes pour hommes sous le regard ébahi de l’employé.
Senteurs de javel et de savon de mauvaise qualité. Le néon blanc grésillant m’accueille dans l’univers de carrelage blanc glacial. Debout devant le lavabo je fixe l’homme en face de moi qui me dévisage depuis son miroir. Il est triste. Le teint terne et les yeux rougis. A son annulaire gauche la marque livide laissée par l’anneau arraché le matin même tranche sur la peau mate et usée de ses mains.

Comment un homme peut-il passer en quelques heures d’une place de cadre sans histoire à la cravate repassée et au sourire frais à celui de fuyard le regard vague et nauséeux ?
J’avais de rage jeté l’anneau symbole de notre union dans le caniveau avant de démarrer la voiture. C’est en posant mes mains tremblantes sur le volant que son éclat vicieux m’avait percé les prunelles. Il avait glissé de mon doigt sans résistance. Comme s’il n’attendait que ça… Et tandis que le tintement du métal sur le rebord du trottoir s’estompait je l’ai aperçu dans le rétroviseur…

Lui !
L’autre…

Il attendait patiemment que je disparaisse de « leur » vie nouvelle. Que je m’en aille. Que mon visage s’extraie de son quotidien pour de bon !

Le regard rouge de l’homme en face de moi s’anime d’un incendie de colère. Une flamme vengeresse balayant les derniers résidus d’humanité et de candeur réduit en cendre celui que j’étais avant.
J’allume le robinet. Glisse mes mains sous l’eau froide puis me les passe sur le visage.
L’incendie s’éteint. Mon souffle se calme.

Pourquoi suis-je redescendu de la voiture ?

Dans l’évier l’eau sur mes mains perle en gouttes rosées qui s’éclatent comme des fleurs sur l’émail blanc.

Pourquoi suis-je remonté dans l’appartement ?

J’entends le chuintement de la porte automatique qui s’ouvre. Des voix rauques. Celle apeurée de l’employé.

Il est peut-être temps que je m’arrête… Qu’ils m’arrêtent.

LilyMoon
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar LilyMoon » 2019-09-16T21:39:08+02:00

Bonjour, voici ma première participation au concours, en espérant que cela vous plaise :

« Ca alors, il nous a dit vrai ! Vous avez vu ça ?
- Oui, une vraie caverne d’Ali Baba.
- Qui ça ? Mais au fait vous avez fait comment, moi je lui ai fait subir tous les traitements que je connais, ceux qui fonctionnent toujours, il n’a jamais rien dit. C’est quoi votre secret ?
- Avant, j’étais psychiatre.
- C’est comme tortionnaire ?
- Non. Ça sert à soigner l’esprit humain. Du coup, je suis un peu meilleur que les autres à trouver les points faibles chez les gens, et leurs limites. Ça aussi, ça marche à tous les coups.
- Ah bon ? Et c’est quoi mon point faible, à moi ?
- Tu ne veux pas le savoir. »
Ce n’est pas le moment pour une conversation mondaine ou un cours magistral. Une belle réserve d’armes et de conserves, ça m’étonnerait que notre gus soit le seul au courant. Mieux vaut sécuriser l’endroit avant de repartir au camp. Mon acolyte n’est apparemment pas de cet avis.
« Mais du coup, si vous êtes si fort, pourquoi c’est pas vous le chef, au camp ?
- Qui aurait envie de ça ? »

Prenant toutes les précautions d'usage, on retourne finalement au camp, dans une ancienne bouche de métro. Pas très original, je sais, mais c’est abrité. On craint autant les factions plus fortes que l’air nuisible.

« Le chef est tout content ! Ils vont partir à plusieurs, tout un groupe, pour guetter les copains de l’autre gars. Vous savez ce qu’il va devenir ?
- C’est censé m’intéresser ?
- Ben ils vont l’exécuter. Je crois que le chef connaît pas votre gars, au fait, le riche, il a rigolé quand je lui en ai parlé.
- Qui ça ?
- Harry Papa, celui qui a une caverne »

Je me souviens, avant, je pensais garder ma vie, un cabinet avec des collègues, un bel appartement, le week-end à traîner au bord du lac. Je pensais que la fin du monde se ferait progressivement. On en prenait le chemin depuis des années, après tout : pollution, extrémismes, plus de pétrole, surconsommation, chacun préférant accuser les « autres » que se sentir concerné, je n’étais pas très optimisme ; mais l’air du temps faisait tourner mon fonds de commerce, à croire que les désordres mentaux étaient correllés aux désordres planétaires. Je n’avais pas vu venir l’effondrement. Je ne pensais pas que ce serait aussi binaire. Un jour, tout va plutôt mal, mais c’est stable, le lendemain on apprend qu’un président a bombardé un pays soi-disant ami, pour des raisons probablement financières. À dire vrai, je ne m’en souviens pas exactement. Qu’est-ce que ça changerait ? Même là, on sentait bien que ça allait mal se passer, mais on était tellement habitué à notre engourdissement que personne ne s’est inquiété plus que ça. Qu’aurait-on pu faire ? Puis ça a pété, méchamment, de partout. Les pays opprimés en ont profité pour tenter une émancipation. Puis, plus rien. L’un des grands de ce monde a cru bon de tout casser pour de bon, façon Docteur Folamour. Ça fait 10 ans, environ, je crois. Les calendriers font partie du superflu qui n'existe plus. Beaucoup de morts, de destructions, partout. La civilisation, toutes les civilisations étaient à terre. Paradoxalement, ce sont ceux qui étaient les plus en difficulté qui ont le mieux survécu. Sans doute parce qu’ils survivaient déjà avant.

« Vous êtes bien pensif, aujourd’hui…
- Oui, c’est un luxe rare, de nos jours ».

Une fois tout perdu, j’ai fait comme tout le monde. Je n’avais plus de famille, plus d’ami, plus de ville, même plus de lac. J’ai erré. J’ai vite compris que certains se laissaient moins démonter que d’autres, et attaquaient. Chaque survivant est une bouche à nourrir, une concurrence pour les denrées rares. J’ai encore erré, en me cachant mieux. Les premiers temps, le ciel était rouge en permanence. À cause de ce qu’il y avait dans l’air, ou des incendies perpétuels, je ne sais pas. C’était très beau, en fait. Je restais en dehors des grandes villes (trop de risques de rencontres désagréables), et les regardais flamber depuis la périphérie. Un beau bouquet final. C’était terrible, c’était magnifique.
Puis la poussière est retombée, combien de temps après ? Ça s’est gâté. Difficile de survivre, encore, dans cet air vicié. Se planquer, trouver des abris. On fait plus de rencontres. Désagréables, souvent, violentes presque à chaque fois. Si ma propre limite était de faire du mal (très mal) à un autre humain, je l’ai dépassée il y a longtemps. Puis la surprise de trouver des gens qui réfléchissent et se disent, puisqu’on est dans le même bateau, autant s’aider. Je suis resté méfiant, cherchant le point faible du raisonnement. Je l’ai trouvé : les enfants, les femmes, les vieillards, tous les faibles qui se sont fait bouffer depuis longtemps ailleurs. Purement pratique, je risquais moins la mort dans un groupe (même composé d’autant de gens inutiles) que seul. J’ai même commencé à être utile à nouveau. Je n’ai pas repris mes anciennes activités. Chacun se débrouille avec ses fantômes. Mais je sais appuyer là où ça fait mal, littéralement et symboliquement, et c’est très utile dans notre nouveau monde.

« Vous pensez à quoi ?
- A quel point c’était beau
- Le monde d’avant ?
- Non, la fin »

C’est fou comme on oublie vite. Les habitudes, les réflexes. S’allonger au bord d’un lac et lire au soleil, offrir un verre dans un bar à une beauté sans nom, s’émerveiller devant une peinture… Les musées sont en cendre, ceux qui restent debout son pires. J’ai essayé d’en visiter un, une fois. Même pas un musée d’art, un musée archéologique. Les pointes de flèches qui ont traversé toute l’histoire de l’humanité pour finir détruites par un ciel un peu trop rouge, à cause d’un homme qui avait déjà tout mais voulait encore plus. Les jeunes gens comme mon acolyte (comment s’appelle-t-il, déjà?) n’ont presque rien connu de ça. Qui est le plus à plaindre, lui ou moi ? Le pire, c’est que des gens font encore des enfants. J’admets que les moyens de contraception ont un peu diminué en efficacité, mais il y a des moyens d’éviter tout ça. Quel intérêt de procréer encore ?

« Je repense à tout à l’heure. Dites, c’est quoi votre point faible à vous, votre limite ?
- Ah, ah… Je n’en ai plus, c’est ça mon point faible.
- Je ne comprends pas.
- Espères que ça continues. »

Mae-7
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Mae-7 » 2019-09-17T19:11:34+02:00

Bonjour, voici ma première écriture. J'espère qu'elle vous plaira, bonne lecture.

J'aime le printemps, c'est ma saison préférée. J'aime ce regain d'énergie que la nature fait preuve suite à un rude hiver. Cette saison où la nuit fait place au jour, où les arbres exposent leurs plus belles floraisons et les oiseaux nous livrent leurs chants les plus mélodieux. Dans les parcs et les rues, la population Parisienne reprend vie, s'active ou se réactive.
C'est par une soirée ensoleillée, quoique encore fraîche, que je me promenais sur les quais de la Seine, Quai Montebello, sous les chênes et flânais devant les bouquinistes. J'aime régulièrement aller dénicher des livres dans ces librairies à ciel ouvert après mon travail. Là les romans comme les livres historiques et les dictionnaires prennent place les uns aux côtés des autres. Alors qu'une quatrième de couverture d'un roman policier me tenait en haleine, j'entendis au loin la sirène des pompiers. Elle se rapprocha de plus en plus, de plus en plus aiguë et stridente. Et puis des cris me parvinrent, des exclamations.
- Qu'est-ce que c'est que cette fumée noire ? Dit un passant.
- On dirait que cela vient de la cathédrale, dit un autre.

Je vis la population changer de trottoir, courir et se presser pour aller de l'autre côté de la rive. C'est alors que je pris la peine de lever mes yeux du roman. Au-delà du quai se trouvait effectivement la cathédrale Notre-Dame de Paris d'où une fumée noire et quelques flammes s'échappaient de la nef. Et comme une personne hypnotisée par une force inconnue, aimantée par ce spectacle, je m'approchai. Je contournai les bouquinistes, entamai ma traversée du pont au Double et pénétrai dans une foule bruyante, angoissée, haletante par ce qu'il se passait devant leur yeux.
Regardez ! Notre-Dame est en train de brûler ! Dit une dame âgée.
C'est dommage quand même, juste pendant que la messe se prononçait, dit sa voisine.

Pendant ce temps, les personnes assistant à la messe sortaient par la porte principale. Sur leur visage je pouvais y lire de la peur et de l'inquiétude.
Les pompiers s'étaient sans doute placés des deux côtés de la cathédrale. Pour ma part, je ne voyais seulement le côté gauche. Les hommes du feux déroulaient leurs lances à incendie, s'affairaient dans tous les sens. Certains étaient au téléphone sans doute pour appeler des renforts d'autres s'entretenaient avec sans doute la sécurité de la cathédrale. Quelques minutes plus tard, la police arriva, les agents formèrent un périmètre de sécurité. Ils demandèrent à la masse compacte de reculer et de ne pas céder à la panique ou faire preuve d'héroïsme car la situation était sous contrôle. Enfin des caméras et journalistes se déplacèrent sur place afin de couvrir l'événement et le diffuser dans la France entière ainsi que par le monde.

Le feu m'a de tout temps effrayée. Étant petite, je passais des heures assise devant la cheminée vitrée de mes parents, regarder les bûches se consumer. Parfois je me réveillais la nuit pour aller vérifier que le feu était toujours contenu dans la cheminée. Lorsque je me levais le lendemain matin, je n'y constatais que des cendres. Et lorsque je voyais des pompiers éteindre un feu à la télévision je les admirais car eux n'avaient pas peur et étaient prêts à donner leur vie pour sauver celle des autres.
Ce soir du 15 avril, il y avait ce bruit particulier venant de Notre-Dame, semblable à celui que l'on entend lorsque les bûches brûles, ce crépitement suivi d'une tempête d'étincelles. A mes côtés, des chuchotements se propageaient parmi la foule mais également des silences. Le silence n'est rien et dans un même temps, il veut dire tellement de choses. Un autre sens est éveillé également : l'odorat. L'odeur du brûlé, l'odeur d'une fumée qui asphyxie l'atmosphère, la rendant lourde, irrespirable.

Vers 20h, nous vîmes la flèche de la cathédrale s'effondrer. Elle se consumait depuis un moment, c'est comme si le sol s'était affaissé sous elle. A ce moment précis, j'ai pensé que les pompiers, ces héros, ne parviendraient jamais à contrôler le feu et que les flammes allaient engloutir l'édifice en entier. Je suis restée clouée sur place, peut être la bouche ouverte, tellement ébahie devant cette scène.
Comment ce monument, qui a su traverser les siècles, l'érosion du temps, les guerres, peut-il partir en fumée ? Je suis athée, je respecte chaque religion malgré les conflits qu'elle a pu créer. Mais Notre-Dame est un édifice historique de Paris. De nombreux événement se sont déroulés en son sein, c'est un symbole. Je l'ai visitée de nombreuses fois, j'ai lu Victor Hugo qui la décrit si bien, j'ai vu la comédie musicale et j'ai regardé de multiples reportages. Aujourd'hui je la regarde se consumer.
Les pompiers réussirent à avoir le dessus sur les flammes. Elles disparaissaient peu à peu alors que la fumée prenait de l'ampleur. La foule, ayant vu la partie la plus spectaculaire de l'incendie s'éparpilla à nouveau. Chaque individu retournait à ses habitudes, à son domicile, à sa promenade. Mais je restais encore et toujours immobile. C'est alors qu'un homme d'une soixantaine d'année s'est approché de moi :
- Vous savez Mademoiselle, l'Homme n'est que peu de choses face à la force de la nature. Si le feu a décidé de détruire, il détruira. La charpente de Notre-Dame est uniquement bâtie de bois. Le risque d'incendie était donc majeur. Si Dieu est si bon pour nous, pourquoi a-t-il brûlé sa maison ? Y-a-t-il une raison ? Est-ce que ce feu est d'origine criminelle ? Seule l'enquête inévitable qui sera réalisée pourra nous le dire. En attendant, rentrez chez vous et reposez-vous. Notre-Dame a près d'un millénaire, ce n'est pas ce feu qui la détruira. Demain vous pourrez à nouveau venir vous recueillir devant elle. Bonne soirée Mademoiselle.

Sur ces mots, l'homme traversa le parvis et s'engagea dans la rue d'Arcole sans se retourner. Je restai seule encore durant quelques minutes.

Je décidai de rentrer à mon appartement, je tournai le dos à Notre-Dame et pris la direction de la bouche de métro de Saint-Michel Notre-Dame. Dans la rame du RER, je restais pensive, les yeux rivés sur le sol. Il était 22h. Quelques étudiants et hommes d'affaires étaient debout et assis à mes côtés. Certains parlaient entre eux, d'autres lisaient un livre ou écoutaient je ne sais quoi dans leurs écouteurs. Savait-il ce qu'il s'était passé ? Étaient-ils émus comme je l'étais ou indifférents ? Je descendis à Gentilly, je n'avais qu'une centaine de mètres à marcher pour atteindre mon immeuble où il me fallait encore monter quatre étages.
Arrivée dans mon appartement, je me sentis très fatiguée. Je m’allongeai sur le canapé, les bras croisés derrière la tête et un plaid sur le reste de mon corps. C'est une fois seule, à l'abri de tout regard que quelques larmes coulèrent sur mes joues. Pourquoi tant d'émotion ? Je ne sais pas encore dire pourquoi. Peut-être parce qu'une simple étincelle peut réduire à néant toute une vie ?

Notre-Dame est à ce jour en reconstruction, je suis en partie soulagée. Mais aujourd'hui et avec du recul je prends conscience de la force dévastatrice du feu à travers les incendies d'Amazonie à travers mon écran de télévision. Ce poumon terrestre partant également en fumée. Certains souhaitent détruire une partie de la forêt afin de créer de nouvelles plantations et de subvenir aux besoins de leurs familles, et l’État Brésilien les soutient. Il y a tellement de vie dans ces forêts, qu'elles soient humaines, animales ou végétales. C'est réduire encore et encore leur territoire et nous rendre spectateur de leur extinction. Les populations et les gouvernements ne prennent pas conscience que leurs comportements portent préjudice à la planète entière. L'espèce humaine a besoin de ces forêts pour respirer, pour vivre. Qui la sauvera ? Le feu sera-t-il donc la cause de notre effondrement ?

AlyW
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar AlyW » 2019-09-18T15:14:31+02:00

Bonjour, voici ma participation au concours de septembre.

Le monde s'est soudain accéléré, et s'est mis à tourbillonner autour de moi. Puis le saut dans le vide. L'effondrement d'un monde, le mien. L'effondrement d'une vie. Tel la destruction d'un fragile château de cartes, l'effondrement d'un tronc que l'on coupe, le déferlement de l'eau depuis le haut d'une cascade. Brutal et douloureux. Si la chute est rapide, il faudra du temps pour remonter la pente, tous me l'ont dit. Mais au fond, qu'en savent ils ?
Le verdict est tombé hier soir. Tu n'illumineras plus mes journées d'un éclat de rire, n'éclaireras plus mes nuits avec ton sourire. Tu as arrêté de vivre, et moi avec.
" Ressaisis toi, disent ils, elle ne souhaiterait pas te voir déprimer. Tu dois continuer à vivre de belles choses pour elle."
Mais comment peut on vivre de belles choses si d'autres personnes ne vivent plus du tout ?

"Ton enterrement a eu lieu la semaine dernière. J'ai réfléchis. Me suis morfondus. Le monde est empli de chaos, et nous, simples et pauvres humains que nous sommes, ne pouvons rien faire pour l'empêcher, ni pour y échapper. Où se cachent les oiseaux lorsque la tempête fait rage ? Où se réfugie le renard lorsque les flammes ravagent sa forêt ? Même s'il est emplie de bonne volonté, le colibri ne la sauvera. Il ne me sauvera pas non plus. Avant tout ça, je n'aurai jamais cru que des paroles puissent être aussi assassines. Aujourd'hui, j'en fais les frais. Elles me tuent à petit feu, encore que j'ai du mal à croire que l'ont puisse tuer quelqu'un qui a cessé de vivre. Mon existence ne se résume désormais plus qu'à de la survie.

Cela fait maintenant un mois que tu me manques à chaque minute, à chaque seconde. Toutes le nuits, je vacille avec les souvenirs que j'ai de toi. Mais ce ne sont rien d'autre que des souvenirs, qui finiront par s'effacer avec le temps, je le sais et cette pensée est insupportable. Le temps n'arrangera rien, ce sera même de pire en pire.

J'en veux à l'univers tout entier de t'avoir arrachée à moi pour toujours. J'ai le sentiment que personne ne peux comprendre ma peine. C'est intolérable, je n'en peux plus. Cela fait déjà six mois, mais je ne me suis jamais senti aussi mal. Je suis au fond du gouffre et tu n'est pas là pour m'en sortir. D'autres m'ont proposé de l'aide, mais je n'en veux pas. Ce que je veux, c'est toi. Mes émotions sont incontrôlables. Je vole en milles éclats. Si au moins l'un d'eux pouvait te rejoindre. Je suis en train de me détruire, de m'effondrer, comme un bâtiment qui aurait été battit sur des fondations instables et qu'une bourrasque un peu trop forte l'arrachait du sol. Ta mort à été cette bourrasque. Et je suis en train de me perdre en plein ouragan.

Il y a un an, je t'ai dit au revoir pour la dernière fois. J'étais à des années lumières de me douter que ce serait la dernière fois. Aujourd'hui, c'est toi qui est a des années lumières. De moi. Parfois, j'aime penser que tu es parmi les étoiles, la plus brillante à côté du Soleil, et que tu veilles sur moi. Pour ton anniversaire, j'ai allumé une bougie. J'ai fermé les yeux en rêvant que tu la voit. La colère a disparu, peu à peu. Elle a finalement fini par passer, comme le font toutes les tempêtes.
Elle a été balayé par la nostalgie, et aussi le regret. Celui de ne pas avoir passé plus de temps à tes côtés, de ne peut être pas avoir vraiment vécu nos moments ensembles. Celui de ne pas avoir pu te dire au revoir correctement. Mais je crois que je commence à aller mieux. J'ai compris que ce n'est pas parce que je m'autorisais le droit de vivre des moments de bonheur que je t'oubliais. Tu restera à jamais dans mon coeur.

Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit. Ma dernière lettre remonte à neuf ans. Cela fait dix ans que l'on ne s'est plus vu. Dieu, que le temps passe vite. Les gens avaient raison. Le temps guéri les blessures, même s'il n'empêche pas d'avoir des cicatrices. Tu es la plus grosse cicatrice de ma vie. Mais je suis heureuse qu'elle soit là. Heureuse que tu ai fais partie de cette vie, même si ce n'est plus le cas aujourd'hui. Je ne t'ai jamais oubliée. Chaque jour, tu occupes une place de mon esprit. Je sais que tu ne me quittera jamais. Autrefois, cette présence pâle était comme des coups de poignard dans mon coeur, mais avec le temps, j'ai appris à la chérir. J'ai fini par autoriser les gens à m'aider. Au fond, ils avaient raison, en me morfondons, en m'interdisant de vivre, je ne faisait pas honneur à ta mémoire. J'ai compris que je devais vivre pour nous deux. Et c'est ce que j'ai fait. Tu te souviens de l'histoire de la part du colibri ? Celle que tu passais ton temps à me raconter, même quand je la connaissais par coeur. Cela marche vraiment. Une marque d'attention quelconque n'a pas une réelle importance dans une situation comme la notre. Mais quand des dizaines, des centaines, commencent à s'accumuler, elles commencent à avoir un sacré poids. La part du colibri m'a sans doute sauvé la vie. Il m'arrive encore parfois de danser avec ton fantôme, comme une vieille habitude. L'image est moins nette qu'avant, et elle continuera à s'effacer, mais je l'ai accepter. Au final, perdre quelqu'un, cela revient à devoir accepter l'inacceptable.
Oui, te perdre m'a détruite. Ma vie est tombée en ruines. Mais petit à petit, brique après brique, avec de la patience, de l'attention et du temps, je me suis reconstruite. Le château de ma vie n'est plus effondré, et il est plus solide qu'avant. Maintenant, j'ai la conviction, qu'un effondrement, quel qu'il soit, n'est pas définitif. Même si nous ne sommes plus qu'un tas de cailloux, ou de poussières, nous nous relèverons. Et nous deviendrons quelqu'un de plus fort. Ta perte est loin d'être une bénédiction. Mais elle m'a permis d'évoluer.
Merci. Merci pour tous ces moments de joie que tu m'as apporté, merci d'avoir ensoleillé ma vie. On se retrouvera dans quelques décennies, et nous aurons l'éternité devant nous. Alors à très vie. Je t'aime."

celibook
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar celibook » 2019-09-18T20:00:59+02:00

Voilà ma participation au concours de Septembre !

Avoir BFMTV en boucle. Voir tout. Prendre conscience. Conscience du monde, de notre monde. Voir Greta Thunberg traverser le monde pour nous alerter. Voir la guerre en Afghanistan qui n'en finit pas, celle en Palestine qui s'amplifie. Observer les populations bouger, les entendre se révolter, à Hong Kong, en Russie. Les laisser se déchirer pour des histoires d'argent et de pouvoir comme la Chine et les Etats-Unis. Sentir l'environnement changer avec des ouragans de plus en plus fort, des tempêtes qui font tous trembler, l'été de plus en plus chaud et l'océan de plus en plus haut. Voir sa terre brûler, être carboniser et personne pour stopper le feu. Lire que l'Amazonie, l'Afrique centrale et Madagascar brûle de mille feux et manifester pour sortir Balkany de prison.

Etre là, stoïque, devant la beauté du monde qui disparaît. Avoir autour de soi les hommes qui se déchirent, se haïssent et s'insultent pour défendre leur valeurs humaines, pour prôner leur confort et leur intérêts propres. Percevoir leur égoïsme, sentir leur propre satisfaction d'avoir leur confort et de pas être dans le pétrin comme ces "putain d'immigrés qui peuvent pas rester chez eux".
Comprendre que l'homme perd son humanité, chercher désespérément que la phrase d'Aristote "l'homme est un être sociable", est un sens. Sentir son individualisme monter, voir l'homme se renfermer, se cloîtrer dans sa vie privée puis se féliciter de pouvoir la garder. Ne plus aider, juger puis se conforter de sa complaisance. Être fier d'avoir réussi, d'avoir une carrière, être quelqu'un mais être seul. Seul dans son égoïsme et dans son univers. Ne plus voir autour tellement on s'est mis des œillères. Ne surtout pas regarder autour, rester concentrer sur soi.

L'homme n'a pas conscience. L'homme se conforte sur ce qu'il sait, sur ce qu'il sait faire. L'homme agit à échelle humaine. Il défend sa culture, se bat pour sa liberté. Il crie à qui veut l'entendre qu'il a des droits et qu'ils doivent être respectés. Les institutions internationales, le droit international, sont là pour que la liberté de l'homme soit épargnée. Mais l'homme a aussi des devoirs et cela il semble l'oublier.

Observer ces gens, perdus dans leur quotidien. Les voir s'affairer à remplir leur vie. Et pour cela il faut consommer, acheter bien plus que nécessaire, faire semblant qu'on est occupé, qu'on est heureux. Fermer les yeux sur l'actualité. Ouvrir Instagram,Youtube, se satisfaire de cette société. Et consommer encore.
Consommer, jusqu'à plus soif, consommer jusqu'à plus rien. Laisser sa terre brûler, s'asphyxier, être épuisée puis s'effondrer.
Voir les hommes fermer les yeux sur la fin de l'humanité et préférer se vanter de pouvoir consommer encore des années. Les entendre faire la morale aux générations futures, qu'après il va falloir faire attention, que 2050 arrive bientôt. 2050, cette date qui paraît fatidique, cette date de tous les rapports, de toutes les peurs. Ecouter les anciens ricaner, les laisser dire haut et fort que de toute façon ils ne seront plus là. Être choquée de leur comportement. Avoir envie de leur crier de se bouger, que l'heure est grave et qu'il faut réagir.

L'homme ne peut pas gérer un problème plus grand que lui, alors l'homme ferme les yeux et se concentre sur lui pendant que tout doucement, tout s'effondre autour de lui.

lacrystal
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar lacrystal » 2019-09-22T09:44:20+02:00

Bonjour ! Voici ma participation pour le concours de ce mois (première participation tout court d'ailleurs)
Merci d'avoir organisé ce concours et j'espère que mon texte vous plaira :D

Effondrement


Perché sur l'une des plus hautes tours du château, un homme regarde l’horizon. C'est à son tour de monter la garde sur le royaume, et ceci est une des premières étapes avant de monter en grade. Il espère pouvoir quitter la section Neuf pour rejoindre la Dix, voire même rejoindre les As du royaume. Mais les As représentent la garde rapprochée de la famille royale, il lui faudra quelques années supplémentaires avant d'y parvenir.

Il rêvasse, imaginant rencontrer femme et gloire lorsqu'il obtiendra enfin le grade qu'il mérite. C'est alors que son regard est attiré par une forme, au loin. Il écarquille les yeux. Serait-ce un géant ? La forme lève son bras, et pendant un instant, cache le soleil à tout le royaume. Le soldat se précipite vers la cloche perchée sur cette tour, oui il s'agit bien d'un géant.
Aussitôt, il donne le signal d'une attaque imminente. Il la secoue avec force et fait retentir un « ding-dong assourdissant ». La panique gagne les habitants du royaume qu’il peut apercevoir en contrebas.

La porte s'ouvre et un As le rejoint. Il regarde à son tour le géant qui approche. Par sa grande taille, ce dernier marche comme s'il était constamment au ralentit.

« Combien de temps nous reste-t-il ? demande l'humble soldat Neuf.
— Environ une vingtaine de minutes, répond sobrement l'As. Allez prévenir le roi. »

Lui ? prévenir le roi ? Entrer dans la suite royale et côtoyer la famille royale ? Pendant un instant, il oublie qu'un monstre se dirige droit sur le royaume.

« Qu'est-ce que vous attendez ? Allez-y ! »

Le Neuf se précipite hors de la tour et descend quelques étages avant de s'arrêter devant l'immense porte royale. Il hésite un instant avant d'entrer d'un pas ferme. Toutes les têtes se tournent vers lui et il blêmit. C'est aujourd'hui que les quatre Rois des quatre familles qui règnent sur ce royaume se réunissent. Ils sont chacun entourés par leurs Reines, leurs Valets, et leurs gardes rapprochées. Le Roi de mon royaume se lève à mon entrée inopinée.

« Que signifie donc cette entrée impétueuse ?
— Un géant mon seigneur, répond le soldat en s'inclinant jusqu'à presque atteindre le sol. Il se dirige droit vers le royaume. Il sera là dans une vingtaine de minutes. »

Ses mots sèment la panique à la tablée. Les femmes posent leurs mains à leur cous, là où reposent saphirs et diamants. Les Valets s'approchent de leurs Rois, qui se sont tous levés, prêts à recevoir des instructions.

Dans un accord silencieux, tous les Rois quittent la salle et me suivent jusqu'à la tour principale. Monseigneur plisse les yeux en direction du géant maladroit qui a l'air de peiner à rester en équilibre sur ses deux pieds.

« Général, dit-il en se tournant vers l'As qui m'avait envoyé les alerter. Appelez les infanteries Cinq et Six. Mettez-les en bas, en premier rang. Qu’elles se préparent à combattre. Dites également aux sections Sept, Huit, Neuf et Dix de monter sur les tours et de préparer les canons. Nous allons essayer de le dissuader de s'en prendre à notre château. »

L'As, en bon soldat, descend précipitamment les marches pour exécuter les ordres de notre bon Seigneur. Enfin mon Roi se tourne vers le soldat Neuf.

« Vous, restez ici. Si j'ai besoin d'envoyer d'autres messages, vous le ferez. »

Le soldat fait un salut militaire, gonflé de fierté. Il a reçu un ordre direct du Roi ! Il se poste au bord de la tour pour regarder la progression de l’immense créature . Il devrait être ici dans dix minutes à présent. Les quatre Rois sont en train de discuter vivement. Ils recherchent la solution la plus appropriée pour protéger le royaume. Un des Rois, le plus grand, qui doit bien dépasser le petit soldat de quatre bonnes têtes, croise les bras sur sa poitrine en proposant son idée folle : envoyer les troupes en avant quitte à avoir de nombreuses pertes parmi les soldats. Le Roi du soldat Neuf refuse. Son peuple passe avant tout. Ce qui engendre une dispute.

Au même moment, les premières attaques sont lancées. Des boulets de canons sont tirés, des balles fendent l'air pour frapper le géant. Mais aucune des attaques n'est fructueuse. Sept minutes se sont écoulées depuis l'assaut, mais rien à faire, le géant continue sa progression. Plus que trois minutes. Le petit soldat se tourne vers son Roi.

« Il ne reste que trois minutes, Monseigneur, quels sont les ordres ? »

Les rois se consultent du regard, l'air sombre. Ils comprennent qu'il n'y a peu de chance que le château ne soit pas détruit par ce monstre.

« Dites à tout le monde, des Deux jusqu'au As de solidifier les fondations du royaume. Il ne nous reste qu'à prier que notre Sauveur arrive à temps. »

Le Neuf fait de nouveau un salut militaire avant de partir. Tandis qu'il traverse le royaume, il crie à tout va de se mettre en position de solidification du royaume. Tout le monde lui obéit, et se met en place. Enfin, il rejoint la section Neuf et agrippe le bras de ses compagnons de combats pour solidifier lui aussi les fondations. Il prie. Il prie leur Sauveur d'arriver maintenant. Tout le monde prie dans le château.

Les quatre Rois, toujours perchés sur la tour, regardent le monstre approcher de plus en plus de leur royaume.

« A moins que notre Sauveur arrive, nous sommes perdus, déclare un des Seigneurs.
— Je sais, Pique. Mais j'ai encore de l'espoir, déclare le Seigneur du petit soldat Neuf. »

Le géant est devant eux, ça y est. Il lève la main … et l'abat sur le château. Le Sauveur n'est pas venu. Des hommes volent de toutes part dans les airs tandis que le tiers du royaume est déjà détruit. Les Rois essaient tant bien que mal de continuer à s'accrocher. En vain.

« C'est la fin de notre ère, murmure Pique. Ce fut un plaisir de régner avec vous, Cœur, Carreau et Trèfle.
— Le plaisir fut partagé, répond le seigneur du petit soldat, Cœur. »

Tandis qu'un As crie au loin que les fondations sont touchées, le roi de Cœur murmure :

« Notre royaume s'effondre. »

Et ensemble, ils regardent le royaume s'effondrer sous les mains d'un géant.

***


« Mais qu'est-ce que tu as fait ?! »

Le petit garçon de sept ans se tourne vivement vers son grand frère, les joues rouges. Il va encore se faire disputer !

« Je … Je voulais jouer à Godzilla.
— Mais tu as détruit mon château de cartes ! Je vais le dire à maman. »

Les deux petits garçons s'éloignent, en se disputant. Le Roi de Cœur, au sol, vaincu, regarde les vestiges de son royaume effondré.

Au loin, on peut entendre deux petites voix se chamailler.

« Maman ! Il a encore détruit mon château de cartes ! J'avais réussi à toutes les mettre et il a tout détruit !
— Mais moi aussi je voulais jouer !
— Mais c'est moi qui l'avais fait ! Tu m'énerves, tu … »

Leurs mots finissent par se perdre tandis que les Rois rendent leurs derniers souffles, attendant que le petit garçon revienne leur donner vie en reconstruisant leur château de cartes.

J0305
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar J0305 » 2019-09-23T05:57:29+02:00

Bonjour, voici mon texte. Il est un peu court, mais très métaphorique. J’espère qu’il vous plaira. :D

Je me morfonds dans ma prison de verre. Ses fines parois transparentes me laissant entrevoir le bonheur à l’extérieur tout en retenant ma tristesse à l’intérieur. J’attends avec tant d’impatience le moment où je pourrai enfin la briser, pourtant à chaque jour qui passe, une parcelle d’espoir se mue en désespoir. Séparée du monde par un mur invisible, un mur qui ne se voit pas, mais qui se ressent, un mur qui me prive des sensations, d’une libération. Mon temps ne cesse de s’égrener, dans un sablier imaginaire, entachant mon avenir. Puis, mon esprit indomptable, ressasse le pire. Je rêve d’avant, avant ma condamnation, dont seul un temps que je n’ai pas, semble pouvoir effacer. Malgré tous mes efforts, je ne fais que craqueler une vitre incassable. Je rêve d’après, l’après que mon désespoir n’a pas encore rongé.

Chaque fenêtre qui vole en éclat est-elle un pas vers la liberté? Ou une fourbe tromperie visant à me faire croire que je pourrais m’échapper? Comme une fleur qui s’épanouit sous le soleil; elle parait affranchie de toute domination, cependant, elle demeure prisonnière. Uniquement la mort peut la séparer de sa tige qui la rattache à la vie. La confusion m’assaille tel un brouillard qui entoure ma consience. Ses épaisses volutes semblent vouloir estomper la valeur du monde. Elles éteignent en moi, l’étincelle de volonté, de passion et de courage qui me proférait la force de réaliser mes rêves.

Ma prison de verre se trouve dans ma tête. Je ne puis m’en évader; ma seule issue serait de la détruire. Toutefois, nul ne peut le faire à ma place et je crains de ne pas y arriver. On m’a déjà dit que j’étais forte, mais moi je ne pense pas l’être assez. Le temps m’aide, bien sûr. Il m’aide à oublier mes propres barrières. Et parfois j’oublie. Ma cage s’évapore dans les méandres de mon esprit. Ce n’est plus qu’un fantôme. Or, il suffit que je m’abandonne quelques instants à la vulnérabilité pour qu’il revienne me hanter. Dès lors, je revis ma peur, ma colère, ma tristesse et mon désarroi. Auquels viennent s’insérer sournoisement, cruellement, les incertitudes. Écrasée par le poids de mes émotions, des montagnes infranchissables que je m’impose à moi-même, épuisée de me cacher derrière les apparences, de réprimer mon impuissance, de feindre le contrôle, J’EXPLOSE. Et ça fait tellement mal... que je voudrais oublier pour toujours.

quoi-de-neuf-docteur
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar quoi-de-neuf-docteur » 2019-09-23T13:03:00+02:00

Bonjour,
J'ai choisi d'opter pour une version plus personnelle de l’effondrement.
J'espère que vous apprécierez. Bonne lecture.

L'effondrement

J'étais dans ma classe, c'était un mardi.
Et d'une voix basse, soudain on me dit :

"Souviens-toi ce temps, cesse de le fuir!"
Sans mon consentement, ils m'y conduisirent.

Je me retrouvais, cinq ans en arrière,
Ma vue se troublait, je revis l'enfer :

Les bruits, les odeurs, tout me rattrapait!
Ces scènes en couleurs, elles me bouleversaient.

A côté de moi, la pièce s'écroula
Je pensais " pourquoi, revivais-je cela?"

Revenant encore à ces temps reclus,
Je maudis alors mon déni perdu.

Ma vie s'effondrait, me glissait des doigts,
Et l'on m'appelait tout autour de moi.

Comme j'ouvris les yeux en les rassurants,
Je m'éloignais d'eux, tout en chancelant.

Une révélation s'imposa soudain,
Une transition venait de prendre fin.

Je ne regrette plus ce brouillard très dense,
Vivant méconnu, là dans ma conscience.

De l'effondrement, naquit un phénix,
Je suis maintenant, dure comme l'onyx.

Ah! cet interlude s'était arrêté!
Mais bien que très rude, cette liberté,

Le sourire aux lèvres, je la découvrais.
Et cachant ma fièvre, je la dégustais.

Calimero33
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Calimero33 » 2019-09-30T00:21:51+02:00

Voici ma participation :

Effondrement

Quelles images, quels mots, quelles sensations étranges résonnent derrière ces quelques lettres. C'est un échafaudage d'ombre qui se révèle mensonge, une onde lisse soudain perturbée dans ses fondements les plus anciens. C'est l'enfant qui voit un monde perturbé, ombrageux. C'est ma vie, ta vie qui se mêlent et qui tombent dans le vertige sombre de la révélation. C'est tout perdre après avoir gagné une once de vrai. Chuter, sombrer recevoir la gravité comme une bourrasque de vent amer. Le temps est détruit et avec lui, ses certitudes. Quand je tombe ainsi, je sens l'âcreté du sang et les désirs morts. Car s'effondrer c'est mourir. C'est la vie qui s'évapore quelques instants, qui sue à travers les pores d'une peau asséchée, qui rend aveugle quand son voile opaque traverse la cornée. C'est troquer le miel d'une joue pour la lame rouge du sens ou être retiré des limbes par des pinces de fer.
L'effondrement. Ou une elfe dont l'ombre ment. Qui murmure dans mon oreille et chatouille mon cou car avec ses lèvres pourpes, elle goûte le miel de ma joue. Mes yeux d'argent sont encore protégés mais je dois prendre garde, l'effondrement rode sur mon visage silencieux. J'aimerais hurler au secours, prier la reconstruction mais c'est impossible. L'effondrement est si évident qu'il défie prudence et croyance anciennes. Alors, doucement se scelle ma bouche et je me laisse aller dans l'âcreté brune du bois mort. Soudain, s'effectue le changement. La reconstruction pour laquelle je priais me paraît alors n'être que destruction. L'effondrement que je redoutais n'est qu'un fondement de neuf et c'est sans mensonge que je le saisi de mes doigts creux et que j'avale ce tourbillon de vide et de vertige.

daenerys98
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar daenerys98 » 2019-09-30T11:01:19+02:00

Bon avant tout, je dis merci à ceux qui auront le courage de lire mon texte ! Je sais qu'il est très long, mais j'espère néanmoins que ceux qui le liront l'apprécieront :D Merci pour ce concours et bonne lecture à vous !

EFFONDREMENT

La bruine commençait à lui glacer le sang. Mais les odeurs de feuilles mouillées, d'herbe et de mousse lui donnaient envie de se promener encore quelques instants. La forêt d'automne était tellement différente des autres saisons. Plus paisible, moins étouffante et surtout plus magique. Les sons étaient tous transformés. Après environ une heure à déambuler ici et là dans cette forêt qu'elle ne connaissait que trop bien, la jeune femme décida de rentrer. Elle coupa entre les arbres pour ne pas faire un trop grand détour. Entre les troncs d'arbres, elle aperçut quelqu'un. La silhouette était étrange. Elle se déplaçait comme un animal. Doucement, sur la pointe des pieds. C'était une femme. Elle était sale, pieds nus. Elle était maculée de terre, ses mains, ses pieds, ses jambes… Jusqu’à son visage. On ne distinguait pas ses traits. Ses yeux par contre… Ils flamboyaient. Ils étaient marron vif, et se rapprochaient d'un orange ambré. Ses iris semblaient incandescents. Sa chevelure rousse, ébouriffée et emmêlée était pleine de feuilles et de brindilles. Outre son allure étrange et envoûtante. Elle avait l’air menaçante. Soudain, un léger grognement sortit de sa gorge. Un son rauque et lourd qui fit presque vibrer l'air ambiant. Le ventre de la jeune femme se noua et un frisson descendit le long de sa nuque, pour se répandre dans tout son corps. Sans plus essayer de comprendre qui était cette sorcière ni ce qu'elle lui voulait, la jeune femme se retourna et partit aussi vite que ses jambes pouvaient le lui permettre. Elle courut. Elle courut. Ses yeux ne voyaient plus que ses pieds foulant le sol. Puis ce fut le noir.

Que s'était-il passé ? Était-elle tombée ? Lorsqu'elle se réveilla, il faisait nuit et la brume était déjà tombée sur la forêt. Une douleur fulgurante lui martela l'arrière du crâne. Elle porta sa main à sa tête et toucha un amas de feuilles et d'épines de pin, le tout agglutiné avec du sang séché. Son sang. Elle chercha ce qu'il avait bien pu se passer. Puis elle se rappela la femme. La sorcière. Elle se retourna, regarda autour d'elle, mais aucun signe de la femme. Elle était seule… Combien de temps était-elle restée inconsciente ? Il faisait vraiment très sombre. Et elle était partie de chez elle vers 16h45… Elle était donc dehors depuis environ trois ou quatre heures minimum… Beaucoup trop pour que son fiancé ne s'inquiète pas de ne pas la voir rentrer à la maison. Elle sortit son téléphone, mais bien entendu, il n'y avait aucun réseau… Elle avança. Mais impossible de retrouver son chemin. Le sentier était introuvable. Quelque chose clochait. Ça n'était pas la forêt où elle se promenait quelques heures plutôt. Même les arbres… Elle ne les reconnaissait pas. Elle n'en avait jamais vu de cette espèce. Après plusieurs heures à marcher tout droit (du moins le pensait-elle) elle céda à la fatigue, à ses ampoules et à la faim… et elle tomba à genoux sur le sol boueux recouvert d'épines de pins. Si la sorcière arrivait d'ici… Il était normal qu'elle soit si sale… Elle allait devoir dormir sur ce sol spongieux plein de mousse et d'autres végétaux inconnus.

Quand soudain la terre se mit à trembler. Au début, il ne s'agissait que d'un grondement. Sourd. Venant de très loin sous la surface. Puis les vibrations se firent plus fortes, plus violentes. Elle tomba en avant, les mains d'abord. Ses doigts s'enfoncèrent dans le sol vaseux, jusqu'à ses poignets, puis ses avants-bras. Elle releva la tête pour chercher comment se sortir de cette zone marécageuse. Rien. Ni liane, ni corde, ni pierre. Les tremblements se firent bientôt extrêmement virulents. Quand elle regarda devant elle, les troncs d'arbre restaient figés. Mais lorsqu’elle leva les yeux, leurs cimes vibraient tellement que le bois aurait facilement pu céder. Elle continua de se débattre pour enlever ses bras du bourbier dans lequel elle était bloquée. Quand soudain des mains surgirent du sol juste devant son visage. Elles l'attrapèrent par la nuque, la faisant plonger la tête la première dans la boue. Elle ferma les yeux. De la terre remplit très vite sa bouche. Les mains la tiraient de plus en plus profond dans le sol. Lorsqu'elle sentit qu'elle était submergée de terre des pieds à la tête, elle commença à perdre à la fois ses forces et son espoir. Les mains la lâchèrent enfin, elle n'arrivait presque plus à bouger tant ses muscles étaient compressés. Elle essaya de se retourner, en vain. L'air lui manquait. Elle n'avalait plus que de la terre et de la boue. Elle voulait tousser, mais c'était impossible. Quand le grondement de la terre cessa, elle se sentit glisser un peu plus vers le bas. Comme si la terre devenait plus liquide. Ou peut-être que c'était son corps qui la lâchait petit à petit… Et qu'elle se sentait dériver. Subitement, elle sentit qu'elle pouvait de nouveau plier les doigts. Ça n'était donc pas une impression, elle coulait vraiment vers le fond de la terre. Terre qui devenait une boue de plus en plus liquide. Bientôt, elle arrivait à se mouvoir comme dans une piscine, ses mouvements n'étaient plus entravés, elle pouvait nager. Elle tenta d'ouvrir les yeux, mais ne vit que les ténèbres, une noirceur totale. Elle essaya de nager, mais elle était incapable de savoir si elle réussissait à avancer ou pas. L'air commençait à lui manquer, son corps voulait respirer. D'un coup, elle se sentit chuter brusquement. Ça ne dura pas longtemps, mais la surprise lui fit prendre une grande inspiration. L'eau terreuse avait un goût de métal, un goût de sang… elle atterrit alors sur une surface ferme, mais pas trop dure. Elle ouvrit alors les yeux et se retrouva dans une sorte de grotte. Non plutôt un trou, un terrier. Les murs, le sol et le plafond étaient faits en terre. Les murs étaient constellés de petites cavités où était posée une multitude de bougies, de toutes les formes, tailles, et couleurs. Et elles étaient toutes allumées. Son épaule avait violemment heurté le sol et elle se sentit mal. Elle se redressa et s'assit par terre. Elle était sale. Tout son corps était recouvert de terre de la tête au pied. Mais pas de boue. La terre était sèche… Le sol également… Elle observa autour d'elle. Pas d'entrée et pas d'ouverture, même pas au plafond. Après quelques instants, elle se leva et se déplaça dans la pièce. La hauteur du plafond était extraordinaire. Le mur devait être environ de quatre à cinq mètres de hauteur. Elle se déplaça le long des parois pour chercher un quelconque passage. Mais les murs de terre étaient bien tassés, solides. Il n'y avait pas moyen de creuser. Malgré toutes ces bougies, l'air ambiant était froid. Comment était-il possible que dans cet endroit totalement clos, les bougies ne réchauffent pas l'espace ? Mais après tout… Comment était-elle entrée sans ouverture ? Comment les bougies s'étaient-elles allumées ? Qui l'avait tiré dans la terre ? Et où était cette personne maintenant ? Quoi qu'il en soit… Il fallait vraiment qu'elle trouve un moyen de s'échapper de cet endroit.

Après de longs moments à tourner en rond, à chercher à escalader les niches à bougies, à vouloir creuser dans les parois, elle se décida à se reposer par terre. Ses yeux la brûlaient et ses pieds la faisaient souffrir, alors elle décida de s'étendre au sol. Sans savoir quoi faire. Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes, elle ne chercha même pas à lutter contre le sommeil qui commençait à l'envahir. Alors elle s'endormit.

À son réveil, presque toutes les bougies étaient consommées en entier. Il n'en restait plus que trois. Une toute en haut, presque au sommet du mur. Une seconde juste face à elle. Et enfin une dernière presque à la hauteur de sa tête. Les deux plus basses s'épuisèrent à peine à quelques minutes d'intervalle. Mais la dernière tout en haut, persistait à éclairer une toute petite zone de ce terrier. La jeune femme se demanda si une fois que la dernière lumière se sera éteinte, ça sera la fin pour elle. En tout cas, une chose était sûre, elle aurait bientôt la réponse. Au bout d'une petite heure, la flamme se réduit drastiquement. Elle n'éclairait plus rien. Elle était comme petite diode inutile. On aurait dit qu'elle ne faisait de la lumière que pour elle-même, qu'elle n'était plus faite pour éclairer le monde, mais simplement pour laisser une trace de son existence. Puis la nuit se fit.

L'obscurité était totale. Plus aucune source de lumière, plus aucun son à part sa respiration qui s'accélérait et ses battements de cœurs qui s'emballaient. Elle sentit son pouls battre dans tous ses membres. Sa gorge se serra, son crâne commença à la lancer et la pression dans sa tête se fît de plus en plus forte. Elle s'allongea par terre, à plat ventre, le front collé contre la terre froide. De la bile lui remonta dans la gorge, elle vomit par terre, mais elle sentait toujours son crâne tambouriner. Comme si son cerveau cherchait à s'échapper. La douleur devint beaucoup trop forte et la jeune femme s'évanouit.

Elle reprit connaissance quand une légère brise lui caressa la nuque. Elle ouvrit les yeux et une douce lumière rosée baignait les arbres. Les arbres ? Comment était-elle revenue ici ? C'était la forêt où c'était réveillé après s'être cogné la tête. Le soleil se couchait. Mais combien de temps était-il resté dans cette grotte ? Et comment en était-elle sortie ? Les questions se multipliaient, mais elle n'arrivait pas à remettre les pièces du puzzle ensemble.

« – Tu dois arrêter de chercher. »
La jeune femme se retourna, mais elle ne trouva personne. La voix venait pourtant de derrière elle…
« – Ça ne te sauvera pas. Arrête. »
La voix grave semblait proche, mais la jeune femme avait beau chercher, elle ne voyait personne.
« – Plus tu cherches, et plus tu t'enfonces. »
Dans la pénombre, elle vit une silhouette très grande, sombre, mais dont les contours étaient flous.
« – Tu dois te sauver. Arrête de chercher. »

La silhouette se mit à bouger. Le bruissement des feuilles se rapprochait. Vite. La jeune femme prit peur et se retourna pour partir en courant. Elle courut jusqu'à ne plus pouvoir respirer. Au moment où elle se dit qu'elle devrait s'arrêter. Quelque chose s'enroula autour de sa cheville et elle s'étala de tout son long sur le sol. Un poids l'écrasa alors, l'empêchant de se relever, de se retourner ou même de ramper pour s'échapper. La chose appuya contre sa tête, qui s'enfonça légèrement dans le sol boueux. La même voix grave chuchota alors à son oreille :
« – Si tu continu de chercher, tu ne pourras plus être sauvé. Les âmes paisibles repartent toujours. Mais les tourmentées restent. »
La jeune femme se débâtit et chercha un moyen de s'enfuir, mais la chose n'était pas décidée à la laisser partir si facilement.
« – Tu ne cherches pas le bon chemin. Tu dois juste partir. »

D'un coup, le poids sur son dos disparut, mais des mains sortirent à nouveau de terre et la saisir par les épaules, les poignets, les chevilles, les hanches et la nuque. Combien y en avait-il ? Comment était-ce possible ? Qui pouvaient-ils être ? Ces gens, ces choses ? Il fallait qu'elle arrive à s'échapper pour retourner chez elle. Retrouver son fiancé et en finir avec toute cette histoire invraisemblable. Elle rassembla alors toutes ses forces afin de s'arracher à l'étreinte de ces mains qui venaient d'on ne sait où. À force de persévérance, elle arriva à s'extirper de son étau et se remit à courir. Elle ne savait pas où, mais elle savait qu'elle devait courir. Elle continua, encore et encore. Le soleil déclinait au fur et à mesure jusqu’à ce qu'il ne reste plus qu'un ciel rougeâtre qui n'éclairait plus aucun de ses pas. Soudain, elle stoppa net sa course quand elle entendit que le bruit de ses pas avait changé. C'était un bruit dur, net. Elle ne courrait plus sur un tapis de mousse et de feuille, mais sur une route bétonnée. Elle bifurqua alors de sa trajectoire pour suivre cette route. Elle la remonta pendant quelques minutes jusqu’à voir la silhouette d'une maison se dessiner au loin. Plus elle se rapproche, plus le bâtiment lui est familier. Arrivée à une vingtaine de mètres, elle en était dorénavant certaine. C'était sa maison. Mais c'était impossible. Elle vivait en pleine ville. Ça ne pouvait pas être sa maison… Mais c'était bel et bien sa voiture qui était devant et la moto de son conjoint qui était garée sur le bas-côté. Elle se remit alors à courir de plus belle et rentra dans la maison en ouvrant la porte à la volée. Elle chercha à allumer les lumières, mais le courant ne marchait plus… Elle savait que dans la cuisine, il y avait une lampe torche dont ils servaient régulièrement à cause du vieux système électrique qui avait vite tendance à disjoncter. Elle ouvrit le tiroir et saisie la lampe. Elle alluma la torche et commença à chercher son fiancé. Il n'était pas au rez-de-chaussée alors elle monta à l'étage.

Dès qu'elle ouvrit la porte en haut de l'escalier, qui menait à un couloir étroit, une odeur âcre lui monta au nez. Une puanteur tellement puissante qu'elle recula de quelques pas comme si quelqu'un venait de la frapper au visage. Les trois portes de ce petit couloir étaient toutes fermées. Le faisceau de la lampe n'éclairait pas suffisamment pour lui permettre de considérer le couloir dans sa globalité, mais elle pouvait néanmoins se rendre compte que chaque cadre était soit de travers, soit tombé au sol. Elle se dirigea vers la première pièce à gauche. La salle de bain. Elle saisit la poignée, mais celle-ci refusa de tourner sur elle-même. La jeune femme tenta de la tourner dans les deux sens, sans aucun effet. Elle avança vers la porte qui se situait à droite du couloir et lorsque ses doigts touchèrent la poignée, une douleur fulgurante lui vrilla le bras, comme si un courant électrique l'avait traversée… Elle essaya de nouveau et cette fois-ci, la décharge la crispa toute entière. Son corps se raidit et elle sentit chacun de ses muscles se tendre. Elle ne pouvait plus lâcher la poignée. Lorsque la tension se relâcha, elle tourna aussitôt la poignée. Et la porte s'entrouvrit. À peine remise de sa tétanie, la jeune femme entra dans la chambre aussi vite que possible de crainte de la voir se refermer d'elle-même. Crainte qui se justifia quand, dans l'obscurité de la chambre, la porte claqua derrière elle. Elle retourna à la volée et essaya de saisir la poignée, mais ses doigts se refermèrent sur sa propre paume. Et son poing se heurta au mur. À l'aide de la lampe, elle éclaira la porte, ou plutôt le mur où se trouvait la porte quelques secondes auparavant. Elle posa sa paume le long de la paroi comme pour s'assurer que ce qu'elle voyait était bien réel. Comment la porte avait-elle pu disparaître ? Cela dit, comment sa maison avait-elle pu se retrouver dans cette forêt inconnue ?

Elle se retourna pour observer la pièce, mais la noirceur régnait malgré la fenêtre ouverte qui laissait rentrer une légère brise. Elle leva sa torche. Elle observa d'abord face à elle. Rien ne semblait inhabituel. Elle se retourna et avança légèrement lorsqu'elle se rendit compte que le sol était poisseux. Ses chaussures collaient au sol. Elle baissa la lampe et vit que le sol était recouvert de sang. Du sang noircit, qui avait presque fini de coaguler. Machinalement, elle leva les pieds comme pour éviter de marcher davantage dedans. Cependant, c'était inutile, car le sol en était totalement recouvert. Elle balaya alors la pièce de sa lampe, sans rien trouver d'autre d'étrange que cette mer de sang. Elle continua néanmoins à progresser dans la pièce lorsqu'elle vit, derrière le lit, au sol, le sommet d'une tête. Les cheveux étaient maculés de sang séché, mais on les devinait blonds. La jeune femme, sans même avoir vu le visage du corps, savait déjà de qui il s'agissait. Cette personne allongée au sol était son fiancé. Elle fit encore un pas en avant et la torche lui glissa des mains, pour venir se fracasser contre le sol. La lumière s'éteignit, mais trop tard pour empêcher la jeune femme de voire la paire de ciseaux enfoncée dans le cou de son compagnon. Elle s'effondra au sol, incapable de respirer. Les mains crispées sur le sol poisseux, ses yeux fixant ses doigts blancs, son visage, tout aussi livide. Une douleur lui martela soudain le crâne. Chacune de ses articulations semblait comme rouillée. Lui interdisant tout mouvement sous peine de s'effondrer sur ce parquet tâché du sang du seul homme qu'elle n'ait jamais vraiment aimé. Elle vit alors des taches bleutées danser devant ses yeux, comme des cellules qui se déplaceraient en glissant doucement. Ces cellules se divisaient pour envahir progressivement tout son champ de vision, et le noir se fit à nouveau.

Il lui saisit le bras suffisamment fort pour l'empêcher de se retourner et donc de partir en claquant la porte comme elle le faisait à chaque fois qu'il tentait d'aborder ce sujet. Ils étaient ensemble depuis maintenant presque sept ans, mais dorénavant, il ne pouvait plus rester avec elle. Regarder un autre homme est une chose. Le tromper avec en est une autre. Et elle prétendait que cela n'avait pas d'importance ? Cette fois-ci, elle allait devoir l'écouter. Il allait la quitter. Sa décision était prise, et même ses crises ne le dissuaderaient plus. Il aurait peut-être pu lui pardonner, et rester, si seulement elle avait bien voulu l'écouter, discuter et s'expliquer. Mais elle fuyait la conversation comme une enfant. Elle partait en claquant la porte et devenait hystérique lorsqu'il continuait de lui poser des questions à travers la porte. Cette fois, plus besoin de discuter. Elle devait simplement écouter et comprendre ce que cela signifiait. Il partait. Il la quittait et le mariage était annulé. Lorsque les mots sortir de sa bouche, elle s'arrêta de crier tout net. Elle semblait comme en état de léthargie. Les yeux fixés sur sa bouche comme si elle n'avait pas compris ce qu'il venait de dire. Elle ne criait plus. Ne cherchait plus à aller s'enfermer dans la salle de bain. Alors il la lâcha. Il prononça à nouveau la phrase. Et elle acquiesça légèrement. Il commença alors à faire sa valise. Au bout d'une dizaine de minutes, elle quitta la pièce pour aller s'enfermer dans la salle de bain. Après à peine deux minutes dans la pièce, elle revint. Elle lui tendit alors sa trousse de toilette, remplie du strict minimum. Brosse à dents, dentifrice, déodorant, un gel douche 2-en-1 et son rasoir. Il la remercia, avec tristesse, car après tout, il l'aimait toujours, mais l'amour d'une seule personne ne peut pas résoudre tous les problèmes. Puis il se retourna et mit la trousse dans la valise. Soudain, il sentit qu'on le frappait violemment, comme un coup de poing. Elle venait de le frapper à la gorge. Sa respiration se coupa net. Il porta la main à son cou et sentit qu'elle ne lui avait pas mis un coup de poing, mais qu'elle lui avait bel et bien enfoncé un couteau dans la gorge. Non … pas un couteau, il s'agissait de ciseaux. Il sentit la chaleur du sang qui lui coulait entre les doigts. Il tomba à genoux près du lit. Elle le regardait, en pleurs. Puis il s'effondra.

«- Tu n'aurais pas dû chercher. Tu aurais pu être sauvé.» dit la même voix grave qu'elle avait entendue plus tôt.
«- Chaque acte à des conséquences. Donner la mort t'a amené ici.»

La jeune femme ouvrit les yeux et vit le corps de son fiancé, livide et couvert de sang. Elle se redressa et se retourna pour regarder l'ombre qui parlait. Sauf que ça n'était plus une ombre, mais la sorcière. Elle avait une voix extrêmement grave. Une voix caverneuse, qui donnait l'impression d'être celle d'un vieillard qui a fumé la pipe tout au long de sa vie, et dont les cordes vocales avaient gardé des traces.

«- Je t'avais donné une chance. Tu aurais pu laisser tout ça derrière toi. Et avoir une nouvelle chance. Au lieu de ça, ton âme brisée a préféré rester ici, attirée par ton crime. Ceux qui regrettent sincèrement leurs actes sont attirés vers l'orée de la forêt pour pouvoir traverser. Vers l'autre côté. Mais les autres qui, comme toi de toute évidence, ont l'âme noire et abîmée sont attirés vers leur passé, ici, au cœur de la forêt, où ils restent piégés. Toi comme les autres. Tu resteras ici. Et ton esprit s'effondrera, comme le leur. Et tu ne seras plus qu'une ombre.»

Devant l'air interloqué de la jeune femme, la sorcière continua.

«- Je suis la Baba Yaga. Et je dois faire traverser les âmes. Mais je ne laisse passer que les âmes pures. Les âmes brillantes, celles qui ne sont pas malveillantes. Après ta mort, tu es arrivée ici pour que ton âme soit jugée. Jusqu'à la dernière seconde, tu aurais pu faire demi-tour. »

Morte ? Oui… La fenêtre… Elle porta la main à l'arrière de son crâne, la blessure ne lui faisait plus mal et elle tâta pour la première fois l'envergure de la blessure. Elle n'avait pas été frappée… Non… Elle se précipita vers la fenêtre et regarda en bas, le soleil commençait à se lever ce qui lui permit de voir au sol, son corps. Inertes, les mains tachées de sang.

« – Dorénavant, tu vas rejoindre les autres et observé le chemin des nouvelles âmes. Tu les as rencontrés, ceux qui sont brisés, certains ont voulu t'aider, t'arrêter. J'ai voulu t'aider. Je pensais que tu n'avais fait qu'une erreur et que ton chemin pouvait être rectifié, de l'autre côté. Mais malgré nos interventions, tu t'es obstinée. Maintenant, tu vas devoir payer pour ton crime et pour ton âme souillée, durant toute l'éternité… »

Merci beaucoup pour votre lecture :D :D :D !

acsjg
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar acsjg » 2019-09-30T21:31:17+02:00

Bonjour
Voilà mon texte pour Septembre.

Effondrement d'une vie

D'abord la sensation de chute libre
Votre cœur fait un bond, en apesanteur
Vous flottez dans un air qui vibre
Saturé de douceur

Sous l'effet de l'adrénaline vous tremblez
Vous connaissez bien cet effet
Ce sont les vertiges de l'amour, maintes fois racontés
Mais cette fois c'est différent vous le sentez

Vous tombez vous tombez
L'effet du choc s'estompe
Et la douleur s'épanouit sur votre tempe
Avant de sentir vos dents s'arracher

Dissonance dans ce monde parfait
Apparences brisés, vous sentez les éclats
de votre mariage anéanti se figer dans votre crâne
et entendez même un bruit de vitre qui explose

Et soudain tout est noir

"Encore une sale histoire, inspecteur ?" "Oui. Une femme battue à mort par son mari. Ses enfants dormaient à l'étage. Elle s'est évanouie après un coup particulièrement violent et s'est effondrée sur la table basse en verre du salon. Il y a du sang partout, son corps est complètement désarticulé, il semble qu'il a continué à la frapper alors qu'elle était déjà morte." "A-t-il expliqué son geste ?" "Le dîner était froid et elle a refusé de se lever pour lui réchauffer."

Gilles51
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Re: Concours d'écriture - Septembre 2019 : Effondrement

Messagepar Gilles51 » 2019-09-30T23:56:19+02:00

Bonjour,
Voici mon texte. Bonne lecture.


Après

Un coq chanta sous la fenêtre d'Alicia, suivit, peu de temps après, du gloussement caractéristique d'une poule qui vient de pondre. Pendant quelques secondes, Alicia resta dans un état instable, entre rêve et réalité, se demandant pourquoi une poule pondait à cette heure si matinale, puis le coq chanta une deuxième fois ce qui finit de la réveiller entièrement.

Après avoir profité du moment, la jeune femme alla ouvrir sa fenêtre et ses volets : une forte odeur de terre mouillée et d'humus entra dans la chambre ; il avait dû pleuvoir une bonne partie de la nuit mais ce matin il n'y avait plus un seul nuage dans le ciel.

Alicia descendit dans son jardin. Il faisait à peine jour, mais suffisamment pour distinguer les légumes en pleine croissance. Elle jardinait en permaculture, comme tous ses voisins, comme la plupart des gens en France d'ailleurs. Après l'Évènement de 2020, 10 ans plus tôt, plus rien n'avait été pareil. Alicia s'en rappelait encore comme si c'était hier : un mini-effondrement s'était produit. Alicia allait avoir 18 ans quand la Chine fut victime d'une panne électrique générale, suivit de peu par l'Inde et le Pakistan, puis finalement le monde entier. La panne dura entre 3 jours et 3 semaines selon les pays. Pendant ce temps sans électricité, plus aucune information ne parvenait aux gens, c'était presque comme perdre un de ses cinq sens brutalement. Une fois le courant revenu, le monde découvrit avec effroi que cette panne avait non seulement générée des centaines de milliards d'euros de pertes, mais surtout que 90 millions de personnes étaient mortes, principalement à cause d'affrontements aux frontières, entre ethnies, ou entre bandes de pilleurs.

Ce fut comme un déclic : les gens comprirent enfin que la voie actuelle était sans issue. On découvrit alors que le gouvernement, porté par son président et son premier ministre, avait prévu cette éventualité et avait tout un plan permettant de se remettre sur le bon chemin. Les grands principes étaient simples :
1. L'impact sur l'environnement doit être nul
2. Tous les produits doivent être bio, local et de saison
3. Emprunte carbone nulle, voire inversée en plantant de nombreux arbres
4. Des immenses zones interdites à l'homme et donc complètement réservées à la faune et la flore
Etc...

Les corolaires furent que la France devint entièrement autonome en moins d'un an, chaque personne se vit attribuer 20 ares, lui permettant d'être elle-même autonome, une nourriture principalement basée sur les fruits, légumes et œufs, les villes furent peu à peu désertées, l'entraide revint au premier plan...

Bref, l'homme revint au même niveau que les autres créatures terrestres.

Alicia refit surface. C'était bien beau de laisser son esprit vagabonder mais elle avait pas mal de travail : des poules à nourrir, des légumes à repiquer, un bout de terrain à préparer pour ses prochaines cultures. Il faudrait également qu'elle passe chez la petite grand-mère d'à côté pour lui apporter des œufs frais et voir si ses cerises étaient mures.

La matinée passa ainsi à toute vitesse. Après déjeuner, Alicia décida de s'allonger sur le hamac du jardin. Une légère brise, à peine une caresse, virevoltait sur tout son corps. Elle pensa : je me pose dix minutes et je repique mes courgettes jaunes, puis sombra aussitôt dans le sommeil.

************

Alicia fut réveillée par une violente douleur au mollet. Dans la pénombre elle vit un gros rat en train de la boulotter. Terrorisée, elle hurla en repoussant violemment l'animal. Celui-ci n'eut pas l'air plus effrayé que ça, fit même quelque pas vers la jeune femme avant finalement de faire demi-tour en trottinant.
Mais où était telle ? Ah ! Avec stupeur elle constata qu'elle avait encore fait ce beau rêve dans lequel l'effondrement final n'avait pas eu lieu, dans lequel les humains avaient été assez intelligents pour revoir leur modèle, dans lequel… Mais ce n'était qu'un rêve...

En réalité il y avait bien eu un mini-effondrement, le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre Edouard Philippe avaient bien un plan pour permettre aux français de continuer à vivre dans de bonnes conditions, un plan où l'homme retrouvait sa place au sein de la nature...

Mais cela n'allait pas sans de nombreux sacrifices. Cela n'avait pas convenu aux routiers, aux agriculteurs, aux fonctionnaires... Sans parler des gilets jaunes qui criaient au complot en targuant que cette panne électrique avait été montée de toute pièce par nos dirigeants pour mieux asservir le peuple ! Une grève générale avait paralysée la France, empêchant de mettre le plan de sauvegarde en œuvre. Résultat : deux ans après, lorsque l'effondrement final avait eu lieu, le France avait sombré dans le chaos, comme le reste du monde...

Aujourd'hui Alicia se retrouvait cloitrée au fond d'une cave à se terrer comme une bête pourchassée. Avec son petit groupe de survivants, elle avait dû se résoudre à retourner en ville car toutes leurs réserves étaient terminées. Ils se cachaient habituellement dans une ferme au milieu de nulle part, réussissant à survivre en cultivant des légumes, en récoltant des fruits d'arbres à l'abandon ou en forêt. Mais une grosse canicule fin mai (c'était de plus en plus tôt) avait grillée leurs plants de légumes et détruits pas mal de bourgeons des arbres fruitiers.

En ville, ils pensaient trouver des vivre dans des endroits non encore pillés, mais chaque magasin, et même chaque maison, avaient été minutieusement visitées. Pendant leur périple ils ne rencontrèrent pas âme qui vive ce qui était assez surnaturel. S'étaient-ils tous entretués ? Il faut dire que leur parcours passait le plus possible dans les petites rues pour ne pas attirer l'attention d'une éventuelle horde de brigands ! Sur leur chemin il y avait seulement des carcasses de voitures abandonnées depuis le début de l'effondrement, huit ans plus tôt.

Pendant ses réflexions, le rat était arrivé au bout du long couloir. Il tourna sur la droite et disparu, avant de réapparaître quelques secondes plus tard en courant, poursuivit d'un individu avec un arc. L'homme s'arrêta, bonda son arc avec une flèche sortie de nulle part, puis tira. Le rat s'arrêta net, transpercé par la flèche : il n'avait pas fait trois mètres.
Alicia le regarda en souriant :
- Joli coup, Philippe ! Le petit déj est servi, pile à l'heure.

Philippe hocha la tête avec une ébauche de sourire, ce qui était déjà énorme : depuis qu'il avait perdu sa femme et ses trois filles au début de l'effondrement, lors des affrontements initiaux, c'était le maximum qu'il pouvait offrir en la matière. Philippe était suivi par Aurélien, Baptiste, Victor et Karim :
- Salut ma belle, bien dormi (hum) ? Nous n'avons absolument rien trouvé ! On fait quoi, on continue ? Initialement on pensait rentrer le soir même...
- Je suis d'avis de continuer jusqu'à midi. Toute cette perte d'énergie pour rien : c'est pas possible !

Dans leur petit groupe, il n'y avait aucun chef reconnu comme tel, mais dans les faits c'était souvent Alicia qui était la plus suivie. Ils embarquèrent donc leurs sacs presque vides (ils avaient quand même trouvé quelques récipients, casseroles et ustensiles divers, sans compter le rat qu'il mangerait à leur retour : ils n'avaient rien pour le faire cuire ici), puis ils traversèrent la ruelle et rentrèrent furtivement dans la maison d'en face. A l'intérieur, tout le monde s'arrêta pour écouter : pas un bruit. Ils commencèrent par fouiller le rez-de-chaussée, puis se réunir au pied de l'escalier permettant d'atteindre le niveau supérieur. Un faible gémissement était perceptible. Aurélien et Philippe firent aussitôt de grands gestes pour indiquer la sortie, mais Alicia fit signe qu'elle allait voir. Tout le monde suivit. Les escaliers étaient en béton recouverts de moquette, si bien qu'ils ne faisaient aucun bruit. En haut il y avait un grand pallier desservant 4 pièces, sans doute des chambres : deux de chaque côté. A gauche, dans la 1ère chambre, une jeune femme était attachée à un lit, le visage tuméfié. Ses yeux s'agrandir en voyant le groupe arriver, mais Alicia lui fit signe de ne rien dire en mettant son doigt devant sa bouche. Dans la chambre de droite, un homme était allongé sur le lit tout habillé, visiblement en train de dormir. Un fusil était posé à quelques centimètres de sa main. Au moment où Alicia se demandait comment elle allait le neutraliser, l'homme se redressa d'un coup et attrapa son fusil. Mais Philippe, juste derrière, fut plus rapide : une flèche traversa l'œil droit de l'individu qui retomba sur le lit.

Maintenant il n'était plus question de garder le silence : tout le petit groupe se retrouva sur le palier et se scinda en deux pour sécuriser les deux autres chambres, pendant qu'Alicia allait s'occuper de la prisonnière. Philippe, Victor et Karim qui rentrèrent dans la 3ème chambre firent des "ohhh génial" en découvrant un grand stock de conserves diverses. Les deux autres firent "ahhh quel horreur", en découvrant des restes humains à moitié découpés.

Alicia, qui avait réussi à enlever les liens de la prisonnière, l'aida à se redresser :
- Peux-tu marcher ? Est-ce qu’il y a d’autres types ?
- Oui, il faut partir, ils sont une quinzaine. Ils ne devraient pas rentrer tout de suite, mais il faut partir. S'il-vous-plaît.
- Allez les gars, on prend deux minutes pour remplir nos sacs à dos au maximum et on se casse ! Vite !

Dans un grand désordre, chacun essaya d'entasser le plus de conserves possible. Enfin, tous à part Aurélien qui était visiblement très choqué (on le serait à moins) par ce qu'il avait vu. Il fallut même le soutenir jusqu'à la sortie.

Dire que la traversée de la ville dans l'autre sens fut stressante est un doux euphémisme. Ce n'est qu'une fois qu'ils dépassèrent la dernière maison et qu'ils furent masqués par la végétation qu'ils commencèrent à se détendre. Jusque-là, personne n'avait prononcé la moindre parole. On entendait juste Aurélien qui reniflait en pleurant, mais au moins pouvait-il marcher sans aide, ce qui n'était pas le cas de la jeune rescapée. Alicia lui avait passé son blouson car elle n'était guère habillée et tremblait de tout son corps.
- Moi c'est Alicia. Je pense qu'on est sauvé maintenant.
- Lucie. Merci. Merci infiniment.

Pendant le restant du chemin, Lucie se mit à raconter son histoire. Trois jours plus tôt, elle et son copain avaient été en ville en espérant trouver de la nourriture. Malheureusement leur chemin avait croisé ceux d'une bande de malfaiteurs qui avait élu domicile dans cette ville. En ayant marre des rats pour obtenir des protéines, les malfrats n'étaient pas contre varier leur menu en mangeant un bonhomme de temps en temps... Son copain en avait fait les frais... Son histoire s'arrêta là, mais Alicia imagina que le sort réservé à Lucia n'était pas plus enviable.

************

Trois mois ont passé depuis leur excursion en ville. Grâce aux conserves, ils ont pu survivre jusque-là, le temps de replanter des légumes et trouver des systèmes pour que tout ne grille pas, par exemple en les ombrageant quand le soleil tape trop fort. C’était décidé, dès que la fin de la saison pointerait son nez, ils se mettraient en route vers le nord, le plus loin possible de la ville, en espérant trouver un petit coin où continuer à survivre, et pourquoi pas à vivre ?
Pendant cette période, Alicia a refait son rêve dans lequel l'humanité a changé de cap à temps. Elle se dit que cela aurait été possible, il aurait fallu que tout le monde y mette un peu du sien, mais voilà : les humains sont ce qu'ils sont...


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