Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

dark-vince
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Re: Le Temps des Surplombs (Chapitre 14, part.2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar dark-vince » 2017-11-09T12:42:02+02:00

DorianGray a écrit :Oh oh... Et mon sénateur, il arrivera en même temps, j'espère? :mrgreen:

Il arrive dans le chapitre 16 ou 17 normalement ;) en même temps que Félix :mrgreen:

dark-vince
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Re: Le Temps des Surplombs (Chapitre 14, part.2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar dark-vince » 2017-11-09T12:50:34+02:00

Yo ! Bon, la suite de cet Interlude est enfin prête ! :D Mais avant ça je reposte la part.1 que j'avais lâché en preview... en voici une version corrigée ;) (bien entendu si vous l'avez déjà lu vous avez le droit de passer directement à la partie suivante, pas de chichi entre nous)
Énorme merci à Enora encore une fois ! Et sinon je commence enfin à me remettre dans le rythme (c'est pas trop tôt --") cet été et cette rentrée auront été beaucoup trop longues ^^'
Comme je l'ai dit j'ai revu le découpage du volume ! Considérez que cet Interlude se déroule avant le chapitre 14 et qu'il marque le passage de la PARTIE 2 à la PARTIE 3 ;)
Allez, je vous laisse lire !



INTERLUDE 2 (part.1)




Derrière le comptoir, le gros Momo lui jeta un mauvais regard lorsqu’il passa la porte. Dick-Tales l’ignora royalement. La taverne des quais n’était pas autant fréquentée qu’au temps de l’Amiral Ford, mais une petite assemblée s’y réunissait pourtant toujours, fumant, buvant, jouant aux dés et aux cartes, quand on ne s’échangeait pas des petits paquets louches sous les tables. Le Seigneur Vagabond tenta de se faufiler jusqu’au premier balcon, mais fut arrêté par cette colonne de muscle qu’était Fard Taille-caillasse.

— Hé, moustique, où tu crois grimper comme ça ? ricana le Quartier-maitre du Héron en lui posant ses gros doigts sur la truffe.

— Laisse-moi ! grinça le gamin. Je dois parler à Demi-Plume !

— T’es bien impoli pour quelqu’un qui a plus d’une heure de retard, dit-il en l’empoignant par les cheveux. Le Cap’tain il prend du bon temps, là, et toi tu veux le déranger ? Mauvaise idée…

— Arrête ! protesta Dick-Tales. J’ai dû éviter les soldats de Riviera en venant ! Mais j’ai quelque chose qui va l’intéresser !

Le gros-bras partit d’un rire gras, mais relâcha sa poigne.

— T’as intérêt à pas lui faire perdre son temps, le gosse… Allez, monte, demi-portion !

Il ne se le fit pas dire deux fois. Dépassant Fard, il grimpa quatre par quatre les marches menant au premier balcon. Là-haut, sous le lustre faiblard, attablé à un guéridon croulant sous le poids des pintes et d’un plat de volaille, entouré de ses lieutenants débraillés, dînait le Capitaine Demi-Plume.

La sale gueule tailladée de cicatrices du coquin étincelait de malice. Ses deux yeux verts ne quittaient pas la petite camériste qu’il faisait sauter sur ses genoux. Dick-Tales la reconnut : c’était la sœur du petit Abadi avec qui il avait parfois joué. Sur son visage on pouvait lire toute la peur qui la tétanisait. Le Capitaine des pirates l’avait coiffée du tricorne dont il tirait son nom, piqué d’une longue plume de paon sectionnée à mi-longueur. Pour l’amusement des hommes, on avait délacé le corset de la fille. Ses petits seins s’agitaient dans le vide, marqués de gros suçons rouges.

Demi-Plume se redressa sur son fauteuil en voyant le gosse arriver. Il découvrit d’un sourire ses deux canines inégales et lui fit signe d’approcher. La camériste, de honte, se couvrit le visage des deux mains alors que le voyou lui passait les doigts dans la nuque. Dick-Tale, lui, fixait d’un œil envieux le lourd manteau de velours qui reposait sur le dossier du fauteuil et duquel pendaient deux ceinturons, l’un portant le sabre, l’autre les deux volumineux pistolets et un cornet de poudre noire.

— Approche, approche… lui susurra le pirate.

Autour de lui, ses Lieutenants se retenaient difficilement de pouffer de rire. Une femme passa dans son dos et le poussa vers la table du bout des doigts. Elle riait aussi gras que le plus ivrogne des matelots et, quand il tenta de se débarrasser d’elle, elle se colla à lui dans une posture suggestive, ce qui fit éclater de rire toute la tablée mais empourpra le gamin jusqu’aux oreilles.

Le seul à ne pas s’esclaffer comme un demeuré fut Salazar Demi-Plume. Il garda la camériste sur les genoux mais d’un claquement de doigt ordonna qu’on propose une chaise au petit vagabond.

— Alors, entama-t-il en parvenant à garder son sérieux, qu’a donc donné ta pêche ?

Dick-Tale sortit de sa poche une grappe de papier qu’il avait enroulée d’une ficelle.

— Voilà tout ce que j’ai pu piquer dans le bureau de l’administrateur, exposa-t-il.

— Pas de clé ? s’étonna le Capitaine.

Autour de lui, ses hommes se fendirent de quelques railleries et son regard s’assombrit. Le gamin les haïssait tous, ces ogres bruyants et voraces, mais préférait encore leur compagnie à celle des adultes de Cathuba. Demi-Plume était un brigand, une crapule, mais lui au moins ne cachait pas la noirceur qui lui pourrissait le cœur : ce n’était ni un hypocrite ni un menteur.

— L’administrateur Riviera n’a pas les clés, j’en suis sûr à présent, s’empressa de conclure le gamin. L’Inquisition a dû les confisquer, afin que personne n’y fasse de fouilles…

— Voilà qui complique notre affaire…

Les Lieutenants du pirate s’en mêlèrent :

— Ce gosse nous fait perdre notre temps !

— J’en étais sûr, et ça fait déjà trois jours qu’on poireaute !

— Ce serait plus simple de la faire sauter, cette foutue porte !

Demi-Plume, lui, réfléchissait, le regard dans le vide. Sur l’épaule de la petite camériste, sa main tapotait quelques coups irréguliers ; puis il se mit à la peloter, sans prêter attention à ses sanglots, aussi naturellement qu’un militaire ferait les cent pas pour cogiter.

— Je vais trouver un moyen, les coupa Dick-Tale.

Le pirate tourna la tête tel un faucon ayant retrouvé son lièvre. Son sourire s’élargit, et il répondit lentement :

— Je n’en doute pas, petit, je n’en doute pas…

Quelques pirates protestèrent, mais ce fut la femme l’ayant poussé plus tôt qui rétablit le calme en sortant le plus gros des flingues à sa ceinture qu’elle colla sur le front du plus bruyant des gars.

—Fermez-là deux secondes, bande de peureux!

Encore dans la fleur de l’âge, la pirate jouait sur deux tableaux : la séduction par ses cheveux délicatement tressées, son bustier séduisant et la mise en avant de ses formes généreuses ; et la crainte, que ses armes, nombreuses à sa ceinture, et le tatouage de crâne sur sa joue droite ne faisait que renforcer.

Demi-Plume sourit de toutes ses dents.

— Cætana a raison, les gars : vous n’êtes que des pleutres ! J’en entendais claquer des dents avant même notre arrivée ! Toutes les canailles de la région évitent Cathuba depuis des années, mais les choses ont changé depuis le passage de l’inquisition…

Il saisit le petit paquet de papier que lui avait porté Dick-Tale.

— En voici la preuve : Riviera n’a même pas les moyens d’empêcher un gamin de lui dérober de la paperasse ! Il ne reste pas sur le Surplomb assez de soldats pour nous chasser non plus : Cathuba est sans défense !

Il ponctua sa remarque d’une grande claque sonore sur les fesses de la camériste tétanisée.

— Et pensez donc, simples d’esprits, à ce qu’il y a ici, tout près… Un Bastion d’Amirauté, encore entier, plein à craquer des richesses du protectorat… Tout ce que l’Amiral Ford a pu entasser d’or, le fruit des impôts et des pillages de ses Corsaires, juste sous notre nez, sans aucun soldat délégué à leur garde !

— Tu oublies la foutue porte, grimaça Zimeo, son plus jeune Lieutenant, un rouquin à la langue bien pendue. Trente centimètre d’acier noir, sur trois mètres de haut et quatre de large, solide et, surtout… verrouillée.

Demi-Plume se tourna vers Dick-Tale, et lui adressa le genre de regard qu’un maître donne à son chien obéissant.

— Mon ami Dick se propose justement de nous ouvrir cette porte. Vous n’avez pas confiance en lui ? Moi je crois mon ami Dick, je lui fais confiance… Et s’il s’en révèle digne, il aura gagné sa place à bord de mon navire, le Héron.

Les pirates eurent des sourires entendus. Cela suffisait à Dick-Tale. Il ne supportait plus ce Surplomb. Il ne supportait plus ses parents, les Gardiennes et les habitants qui crachaient dans le dos de Yulia et son père. Il voulait partir, et les pirates de Demi-Plume lui offraient cette chance.

Il n’allait pas les décevoir, non.

— Reviens me voir demain avec une idée, Dick, le congédia le Capitaine.

Les pirates reprirent leur beuverie et le gamin se pressa de redescendre, tentant d’ignorer les gémissements inconfortables de la fille Abadi.

Lorsqu’il repassa dans la salle afin de prendre la sortie, de nombreux regards s’attardèrent sur lui. Les anciens Gardes du Surplombs, les hommes et les femmes de Smath Orneels, remerciés par l’Inquisition et rejetés par le peuple rancunier de l’Amiral, écumaient eux aussi les bars et les tavernes, mais il ne devait attendre d’eux nulle sympathie pour un gosse tenté par la piraterie…

Un gros molosse, assis entre les jambes de son maître, aboya sur son passage. Il lui rappelait la façon de faire de son père quand il le voyait encore paraître à la maison. Heureusement, il n’avait plus à subir ses constantes engueulades : cela faisait une semaine qu’il n’était plus rentré chez lui.

Il passa la porte, et courut dans la nuit.

Maintenant, il devait trouver une idée.





La Brume ne quittait plus le Contrebas depuis que les Corsaires du Sans-nom avaient quitté le port. Depuis cette fameuse nuit, le Surplomb entier se comportait comme un chien battu : méchant, paranoïaque, et soumis.

A l’annonce de sa destitution, les derniers soutiens de l’Amiral Ford sur Cathuba avaient sauté : les Gardes de la ville avaient été renvoyés, leurs armes confisquées, le conseil de la cité ne siégeait plus et un nouvel administrateur avait été nommé, cumulant tous les pouvoirs le temps de « restaurer l’ordre »…

Menckim Sanche Riviera, de la famille Riviera de Cathuba, ne disposait en réalité pas d’un pouvoir absolu. L’Inquisition avait confié à ce petit bourgeois –devenu noble par son mariage– la direction du Surplomb, mais Dick-Tale, comme tout le monde, savait qu’il n’avait pas d’assez d’argent pour prendre en main l’aide aux sinistrés ou lancer les travaux de reconstruction, ni assez de soldats pour lever des impôts ou même assurer la sécurité de ses administrés. Avec le renvoi des Gardes de Smath –ordonné par crainte d’un coup d’état ou pour signifier au Sénat que le Surplomb rompait tout lien avec les anciens hommes de l’Amiral, il ne savait pas trop– il ne restait à Riviera que les rares forces Impériales que lui avait laissé l’Inquisition, c’est-à-dire à peine une cinquantaine d’hommes. C’était juste assez pour garantir une sécurité relative au Temple et aux quartiers bourgeois, mais bien trop peu pour espérer tenir tout Cathuba. Oh, ils lançaient bien des patrouilles au hasard dans les grands boulevards, mais ils ne s’aventuraient plus dans les ruelles.

Le gouvernement de Riviera opérait bien retranché dans son hôtel particulier, ses soldats contrôlant tout juste un ou deux quartiers. Le reste de Cathuba était livré à lui-même. Ou plutôt, livré à des gens comme Demi-Plume, des opportunistes attirés par l’ancien chef-lieu de l’Amirauté comme des rapaces par la charogne. Tant qu’un protecteur plus puissant que Riviera ne prendrait pas les choses en main, il arriverait de nouveaux charognards chaque semaine. Et Dick-Tale ne tenait pas à attendre que Quo Gin se décide à prendre sa part du gâteau.

Un vent frais balaya les pavés, et avec lui de petites franges de Brumes vinrent chatouiller les pieds de l’enfant. Il frissonna. C’était le genre de nuit où un gosse reste enfermé dans sa chambre, sous ses draps, la tête pleine d’histoires de monstres.

Mais Dick-Tale n’avait plus de chambre ; de chambre qu’il considérait comme sienne.
Il pressa le pas, et s’éloigna du port. Passant par les ruelles du quartier des artisans, il ne tarda pas à grimper sur les toits. Il connaissait à présent le chemin par cœur, mais faillit passer devant la bonne cheminée sans l’identifier. Ses doutes le quittèrent lorsque, la contournant, il distingua sur une de ses briques une petite croix dans un cercle, gravée par le couteau d’un enfant. Il s’y glissa.

Au cœur d’une maison abandonnée et murée, le repaire des Orphelins était le refuge idéal pour tout gosse en fugue. Dans la cheminée, juste assez large pour laisser passer ses épaules, on avait taillé de petits crans pour aider à l’escalade. A l’atterrissage on avait disposé un ensemble de vieilles couvertures pour amortir la chute de ceux qui manqueraient d’agilité. C’était un squat, éclairé à la bougie, à peine fourni en literie miteuse et nourriture volée. Mais pour un certain nombre, ce squat était un foyer.

Petit-Gris releva la tête quand Dick-Tale sortit de la cheminée, mais ne lui accorda pas plus d’attention. Cafard, lui, échangeait avec la Noiraude le fruit de son dernier cambriolage. La petite négresse à la robe déchirée lui offrit son joli sourire de dents cassées et lui lança un salut faussement enjoué :

— Bon retour parmi nous, le Prince ! Comment se portent tes pirates ?

Il ne prit même pas la peine de lui répondre. Elle lui faisait les yeux doux quand il la regardait, mais derrière son dos elle était plus cruelle encore que Dina. Les enfants qui vivaient là n’avaient pas ou plus de parents. L’administratrice Juno s’était occupée d’eux en échange de services mais, depuis sa mort, les gamins perdus de Cathuba n’intéressaient plus personne.

Dans cette communauté, le seul que Dick-Tale appréciait un minimum était Farang, d’un an son ainé, à qui il devait de connaitre la plupart de ses astuces de voleur. Lorsqu’il n’était pas au repaire, le Prince Vagabond tentait au maximum d’éviter le contact avec les autres résidents.

Les enfants qui grandissaient dans cette petite baraque se nourrissaient de petit larcins jusqu’à ce qu’ils deviennent trop grands pour passer par la cheminée. Alors, ils s’engageaient généralement dans un navire aérien et menaient une vie d’adulte tout aussi misérable que leur vie de gosse. Dick-Tale n’avait rien à voir avec eux. Lui, il ferait tout pour ne pas finir comme un minable.

Le ventre vide, il rejoignit sa couche et se rendit compte qu’on lui avait piqué le quignon de pain qu’il gardait sous son oreiller. Il savait qu’il n’aurait pas dû le laisser sans surveillance…

Il s’allongea, ne répondit pas aux appels de la Noiraude, et se laissa aller au sommeil.

Un fracas dans la cheminée le tira du lit, lui et les autres gamins.

— Apportez des couvertures ! Et un truc à boire ! criait une voix qu’identifia rapidement le fils Talenbourg.

Farang dégringola du conduit. Il portait, avec le costaud Quart-de-Pomme, un autre gamin.

Blanc comme un linge et tremblant.

On le reconnut : c’était le petit Pierron, le plus jeune des gosses du repaire. Quart-de-Pomme l’avait trouvé terrorisé sur les quais, et Farang, voyant qu’il jetait autour de lui des regards affolés, avait décidé de le ramener au repaire. Depuis, ses yeux semblaient s’être pétrifiés sur quelque chose qu’il n’avait plus devant lui. Il claquait des dents, respirait par à-coups, se griffait les bras, et suait à grosse goutes. On mit de longues minutes à le calmer.

Alors que Dick-Tale se rapprochait pour écouter, on passa au petit le quignon de pain qu’il gardait jadis sous son oreiller. Il ne s’en formalisa pas, et Pierron se mit à le mâchouiller lentement.

— Allez, Pierron, l’encouragea Farang, dis-nous ce qu’il s’est passé. Quelqu’un t’a agressé ?

Il ouvrit la bouche, mais ne réussit à rien articuler.

— On lui a pas fait du mal, décida Quart-de-Pomme, il ne porte aucune trace de coups. Non, c’est quelque chose qu’il a dû voir…

— C’est vrai ça, Pierron ? demanda Farang en se rapprochant de lui, comme une mère questionnerait son gosse.

— Les… Les Brumes, murmura-t-il… J’ai vu… J’ai vu un monstre des Brumes.

Tous se figèrent, stupéfaits. Dick-Tale pouvait lire dans les yeux de la Noiraude qu’elle prêtait alors au récit du petit la plus grande des attentions. Parmi les histoires que l’on s’échangeait au coin du feu, celles sur les montres des Brumes étaient les plus populaires, et certains devaient souhaiter avoir été la place du Pierron. A en juger par son regard terrorisé, cependant, lui, aurait bien cédé sa place.

— Il… Il est remonté du Contrebas, articula-t-il difficilement au milieu de deux tremblements. J’enten… J’entendais des bruits, sur les quais, comme des coups de pioche sur la paroi du Surplomb… Alors je me suis pen… penché… Et je l’ai vu, là, le-le monstre. J’ai voulu reculer, m’en-m’enfuir, mais je suis tombé sur les fesses et je… et je… et je suis resté là, à le re-regarder. Il a posé les griffes sur les quais et il… il… il s’est hissé sur le-le le-le le Surplomb.

— A quoi il ressemblait, Pierron ? Dis-nous ! s’impatientait la Noiraude.

— Un monstre ! cria-t-il. Sa forme changeait tout le temps ! Il était petit, puis grand, il avait trois puis cinq pattes ! Et des griffes ! Des griffes immenses !

— Qu’est-ce qu’il s’est passé, Pierron ? s’enquit Farang. Qu’est-ce qu’il a fait, le monstre ?

— Il a dis-di… disparu. Il a… arraché une grille et, et, il s’est glissé dans… les égouts… Moi, moi j’ai couru après ça, et vous m’avez trouvé.

Un sourire de mauvais augure traversa la face de Farang Main-dorée.

— Là où ça s’est passé, Pierron… Tu saurais nous y mener ?





Une heure plus tard, ils arpentaient les quais.

Sur les indications du petit Pierron, ils menèrent la marche jusqu’aux quais du Sud-Ouest. Dick-Tale pensait qu’ils ne trouveraient rien, mais il se trompait : là où les égouts se déversaient dans des rigoles menant au Contrebas, une des grilles gisait sur le sol. Difficile de dire cependant si elle avait cédé à cause de la rouille et du poids des déchets ou si une créature l’avait bien forcée.

Devant les Orphelins, un gros tuyau d’égout s’ouvrait donc, noir, insondable et juste assez grand pour les laisser passer. Farang avait allumé la lanterne qu’il sortait pour les grandes occasions.

— Où ça mène ? avait demandé Dick-Tale.

Petit-Gris, qui s’était baladé dans le grand système de canalisations de Cathuba des années durant, lui répondit.

— Cette artère-là était réservée aux militaires de l’Amirauté. On va vers les latrines et les bains Impériaux sur la colline du Bastion, je suppose.

A cette mention, le Prince Vagabond eut un regain d’intérêt pour l’affaire, et accepta d’accompagner les Orphelins qui remontèrent les tuyaux d’évacuation. La lanterne à la main, ils cherchaient des traces du monstre, se défiant à tour de rôle de jouer les appâts pour l’apercevoir, bien qu’ils manquaient tous de se chier dans les chausses à la première ombre suspecte.

Ce soir-là, ils ne trouvèrent aucun monstre et ressortirent au bout d’une heure qui en parut quatre, un peu déçu de n’avoir rien vu, mais encore grisés par leur expédition.
Dick-Tale se mêlait en apparence à leurs gamineries, mais ses sentiments étaient tout autres car il tenait à présent l’idée que lui réclamait Demi-Plume.


fin de la part.1
Dernière édition par dark-vince le 2017-11-11T01:38:15+02:00, édité 1 fois.

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Re: Le Temps des Surplombs (Chapitre 14, part.2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar dark-vince » 2017-11-09T12:59:37+02:00

INTERLUDE 2 (part.2)




Un soleil timide se levait sur Cathuba, voilé par la grise couche de nuage qui touchait presque les toits. Les rues de l’ancienne cité de l’Amiral Ford bruissaient d’une crainte curieuse, mais Dick-Tales n’y prêta pas une grande attention alors qu’il arpentait les environs du port pour mettre la main sur Demi-Plume. Autour de lui, les gens se regroupaient dans l’encadrure des portes, échangeant à voix plus ou moins basse les dernières nouvelles, le visage grave et inquiet. Il entendit vaguement parler d’une Gardienne portée disparue dans la nuit, alors qu’elle devait rendre visite à un mourant.

Le gosse trouva ses pirates près de leurs navires, là où les quais sinuaient près des ruelles mal famées. Le Héron, une imposante cogue bariolée et cabossée, était entouré de deux gabares armées pour le combat et d’un baleinier équipé de solides harpons.

L’équipage de ces vaisseaux pirates avait pris possession des quais à leur manière. Les gaillards avaient installé là un mobilier sommaire, de quoi surveiller la rue et s’asseoir pour se reposer des balancements incessant des navires. Un bon tiers des gredins traînassait ainsi sur les quais, tandis que les autres s’affairaient sur les ponts de leurs maisons volantes ou patrouillaient dans le quartier.

Pendant que Salazar Demi-Plume s’entretenait à voix basse avec ses lieutenants, la plantureuse Cætana s’occupait d’un petit commerçant à qui les pirates devaient sans doute réclamer une taxe en échange de leur protection. Le pauvre petit bourgeois, terrorisé dans ses chausses colorées, bafouilla une explication bien vague. Cætana haussa un peu la voix :

— Tu cherches la merde ou quoi ? Tu vois des soldats de Riviera dans le coin, trouduc ? Nan, il se terre dans son hôtel, il s’en fout de vous ! Si tu te mets à dos nos gars, qu’est-ce qui nous empêche de te faire disparaître comme ta petite Gardienne, là ?

Le bourgeois dû lâcher un bon litre de flotte. Il se répandit en excuse et se carapata sans demander son reste. S’il était malin, ou qu’il était assez terrifié, il reviendrait verser la moitié de la recette de son commerce aux pirates. Dick-Tales s’en foutait bien, du racket de Demi-Plume ; lui, il venait pour quelque chose de sérieux. Comme il n’y avait aucun signe du Taille-caillasse, il se faufila vers le Capitaine du Héron, et surprit la fin de leur conversation :

— Tu en es sûr ? demandait ce dernier. Et le nom, il dit rien à personne ?

— Sûr et certain, chef, répondit le jeune Zimeo. Aucun de nos gars n’a fricoté avec cette Gabriella, et ceux qui sont allés au Temple l’avaient jamais vue non plus. Je connais assez bien les gars pour savoir que c’est pas eux qui ont enlevé la Gardienne…

— Ça aurait bavardé, chef, renchérit un autre. Un gars à nous qui tringle une Gardienne ? Sûr qu’il s’en vanterait ! Et il la cacherait où ? Dans nos navires ? On l’aurait déjà découverte…

Dick-Tale tira sur le manteau de Demi-Plume. Le coquin interrompit ses hommes d’un geste de la main en se rendant compte que le gamin était parmi eux.

— Hé ! Qu’est-ce que tu fous là Dick ? Toi aussi tu cherches la Gardienne Gabriella ?

Il ne prit même pas la peine de répondre à la plaisanterie –si c’en était une– et adressa immédiatement sa demande :

— J’ai besoin d’une lampe à huile, et d’une grosse bobine de fil.

Il ne voulait pas s’abaisser à demander la lanterne des orphelins –il aurait dû leur expliquer son projet et la Noiraude se serait moquée de lui comme jamais– et ne pouvait se résigner à la voler et se mettre Farang à dos. Il avait cependant besoin d’une bonne source de lumière pour explorer les égouts dans les prochains jours. C’était un véritable labyrinthe, là-dessous, et ça lui avait rappelé un vieux conte que lui lisait Yulia… Il en avait tiré l’idée de la bobine de fil.

Demi-Plume et ses lieutenants affichèrent des têtes étonnées, amusées pour certaines. Salazar cligna des yeux trois fois, plus étira son grand sourire tordu.

— Tu nous prépares quelque chose, petit ?

Dick-Tale tendit la main, paume ouverte :

— Tu veux entrer dans le Bastion de l’Amirauté, oui ou non ? Tu as dit que j’avais ta confiance…

L’autre mit les mains dans ses larges poches trouées et ne lutta pas pour cacher son agacement. Sa canine droite s’agita le long de sa lèvre inférieure, donnant à son sourire l’air de se tordre et de serpenter dangereusement. Aucun de ses lieutenant –pas même le bavard Zimeo– ne moufta pendant qu’il délibérait avec soi-même, et cela ne fut pas pour rassurer Dick-Tale qui envisagea sérieusement l’option de prendre, immédiatement, la fuite. Mais, finalement, le sourire du pirate retrouva sa tranquillité et il dit :

— C’est bien vrai, j’ai confiance en toi, petit. Mais je n’aime pas trop que tu en doutes…

Il appela soudainement :

— Cætana !

La femme rappliqua sans se faire prier, un peu intriguée.

— Apporte à mon ami Dick une de nos lanternes à huile et la plus grosse pelote de fil que tu puisses trouver.

Cela ne lui prit que quelques minutes, et le gamin repartit vite avec une lampe flambant neuve et plusieurs bobines de câble –servant d’ordinaire aux cordages des ballons à voile– qui conviendraient parfaitement à son expédition. Il ne put cependant s’en tirer qu’au prix de la promesse de revenir trouver le Capitaine Demi-Plume une fois la nuit tombée, afin qu’il contrôle son investissement –quoi que ça veuille dire.

...


Pendant plusieurs heures, Dick-Tale se perdit dans les canalisations. Depuis la grille descellée des quais du Sud-Ouest, il avait remonté la voie d’égout que les Orphelins et lui avaient suivie la veille. A la seule lumière de sa lampe sur les parois de pierres des conduits, il pataugeait dans une mince couche de bouillasse, mélange d’eau usée et de restes organiques, qui par endroit s’accumulaient en petits monticules à moitié solidifiés qui manquaient de lui filer une peur bleue. Passé la première centaine de mètres où il distinguait encore la lumière du jour derrière lui, le plafond s’était abaissé jusqu’à lui frôler le crane et il brisait régulièrement de petites stalactites de calcaire avec son cuir chevelu.

Grace au câble qu’il avait attaché non loin de l’entrée et auquel il avait noué, un à un, les câbles suivants à mesure qu’ils se déroulaient entièrement, il s’évitait l’inquiétude de bel et bien se perdre. Pourtant, la configuration des souterrains était parfaite pour le désorienter. En effet, si, pour que l’écoulement de l’eau se fasse correctement, le système d’égout était construit pour monter régulièrement et continuellement à mesure que l’on s’éloignait du bord du Surplomb, de nombreuses voies avaient été déviées au fil du temps, d’autres s’étaient effondrées, et par endroit les rénovations n’avaient rien à voir avec l’organisation de la section voisine. C’était un bordel monstre, et un vrai labyrinthe anarchique que l’on avait partiellement détruit et partiellement reconstruit des dizaines de fois, et à chaque fois d’une façon différente. Le résultat étant qu’il ne pouvait faire six pas sans se retrouver devant un embranchement sans aucun moyen de savoir quel passage allait le mener dans un cul-de-sac, une galerie non-terminée, ou une section qui l’éloignerait de son objectif.

Son objectif, pour en parler, était simple : remonter les égouts jusqu’aux quartiers militaires du Bastion d’Amirauté, et prier pour y trouver une voie d’accès exploitable.

Mais, à mesure qu’il progressait péniblement –devant parfois faire demi-tour en découvrant que le chemin qu’il suivait depuis une demi-heure menait à des latrines qui n’étaient pas celles qu’il visait– il réalisait qu’il avait sous-estimé la tâche à accomplir, et la fatigue puis la faim le forcèrent à arrêter là son effort. Il laissa en place ses bobines, s’étant assuré qu’elles ne risquaient pas d’être évacuées avec les autres déchets, et descendit en suivant l’écoulement des eaux.

Le brouillard, en pleine après-midi, se montrait encore plus dense qu’en matinée. Son estomac criant famine, Dick-Tale se mit en tête de dénicher à manger. Pour un gamin fugueur et sans le sous, « dénicher à manger » ne veut rien dire de moins que voler une miche de pain ou chiper une part de plat bien nourrissant.

Remontant les grandes rues, il se mit à l’affut d’étalages et de petits vendeurs à la sauvette vulnérables. Mais la journée était grincheuse, et il n’y avait que très peu de commerces en activité. Etait-ce la disparition de cette Gardienne qui inquiétait donc les gens ? Elle avait dû faire une fugue. Lui aussi aurait fugué loin de ces connes acariâtres et loin de cette traitresse de Grande Prêtresse ! Dick-Tale lui souhaitait d’avoir réussi à prendre un navire pour quitter Cathuba, lui aussi ne tarderait pas à la suivre.

Alors qu’il grimpait un boulevard de la colline du Bastion, il aperçut un attroupement en train de se former autour d’un cortège de soldats. Il était rare de voir les militaires de Riviera aussi loin du quartier du Temple, quelque chose n’allait pas. Trois gamins le dépassèrent en courant, accourant aux cris de leurs copains qui observaient tout cela depuis les branches d’un arbre sur la place. Une centaine de curieux suivaient la procession qui rejoignait le Temple, mais tous s’étaient figés dans un silence de mort.

Dick-Tale ne les rejoignit pas, il garda ses distances, jugeant de loin les douze soldats Impériaux, stoïques, escortant une jeune Gardienne qui lâchait de violents sanglots, les bras chargés de quelque chose enroulé dans les restes déchirés d’une toge bleu et or…

Le gamin ne voulait pas en savoir plus. Deux riverains, à la balustrade d’un petit appartement, échangeaient à voix basse des propos effarés qu’il entendit alors qu’il se glissait sous les arcades de l’immeuble pour échapper à la foule.

— Alors, c’est elle ?

— Aucun doute, sa propre sœur la pleure…

— Quelle horreur ! C’est tout ce qu’ils ont retrouvé du corps ?

— On l’a pratiquement dévorée vivante…

— Quelle horreur, quelle horreur… !

La procession se dirigeait vers le Temple. Dick-Tale n’était pas curieux de voir la réaction de la Grande Prêtresse, pas plus que de connaitre les éléments du discours qu’elle allait ensuite prononcer. Le ventre noué, à présent certain qu’il ne pourrait rien avaler, il préféra repartir vers les quais, et laisser la nouvelle se rependre dans la ville.

Voilà que les horreurs reprenaient à Cathuba. Il devait quitter ce Surplomb maudit au plus vite.

Lorsqu’il rejoignit son conduit abandonné, il ne se souciait plus de la faim ou de la fatigue. Seul comptait désormais son objectif : s’enfuir avec l’équipage du Héron, une fois qu’il leur aurait ouvert le Bastion de l’Amiral.

Yulia lui pardonnerait de livrer les richesses de son père. Elle était son amie. Peut-être sa seule amie. Elle comprendrait.

Il reprit son œuvre mais, à présent, croyait déceler dans chaque monticule, dans chaque aggloméra de déchets, les contours de bras et de jambes humaines, restes d’un festin monstrueux. Alors qu’il avait presque retrouvé l’endroit où il avait arrêté son expédition, il regarda passer au loin une forme désarticulée et morcelée, entortillée dans une étoffe en lambeaux, flottante dans l’eau rougie et poisseuse qui, ici, lui arrivait aux genoux. Il éteignit la lumière de sa lampe et attendit de longues minutes que la forme soit passée, le souffle court.

Il passa le reste du jour à se persuader qu’il n’avait rien vu.





Le soir venu, Dick-Tale alla retrouver les pirates là où il était certain de les trouver : la taverne des quais.

Un vent glacial soufflait sur le Surplomb, si bien que les badauds ne s’attardaient plus à l’extérieur comme ils en avaient l’habitude mais se pressaient à l’intérieur. La salle ne désemplissait pas, mais l’affluence se faisait moins forte qu’à l’accoutumée : on ne voyait plus le moindre enfant, les vieillards ne se montraient pas, et –Dick-Tale eut beau la chercher longuement des yeux– la petite camériste n’occupait pas son poste. Craintive, la populace ne sortait plus le soir. Malgré quelques exceptions, l’assistance se résumait à deux groupes : les pirates de Demi-Plume, attablés à l’étage, occupés à dépenser le fruit des rackets du jour, et les anciens Gardes de Cathuba, gens d’armes sans affectation, se regroupant chaque soir autour de la cheminée et de bières fades, en quête de leur camaraderie perdue.

Ce second groupe, Dick-Tale veillait à ne pas s’y mêler de trop près. Le corps des Gardes de Cathuba, jadis exclusif à la noblesse, avait été ouvert aux citoyens méritants par l’Amiral Ford lorsqu’il avait placé Smath à leur tête. Devenir Garde était un prestige que les nobles du Surplomb les plus fortunés avaient depuis longtemps délaissé, troquant épée contre tables de commerces, mais cette fonction allait avec une solde importante qui faisait vivre de nombres familles depuis son ouverture. Aujourd’hui composé de petits nobles sans fortune et de fils d’ouvriers dédiant leur vie à protéger la communauté, le corps des Gardes se retrouvait subitement à la rue, leurs armes confisquées, leur caserne occupée, leur solde suspendue. Chez ces hommes pour qui la Garde était tout, prestige et pitance, cette situation était une mise à mort.

Dick-Tale se rappelait Smath, administrateur et chef des Gardes, plus imposant dans son armure que n’importe qui, dont l’Inquisition avait annoncé l’exécution pour trahison. Le gamin ne savait pas si le père de Yulia avait bel et bien mêlé les Gardes du Surplomb à ses machinations, mais une chose était cependant certaine : s’il y avait des hommes qui haïssaient aussi bien l’Inquisition Impériale que le nouvel administrateur Riviera, c’étaient bien ces gaillards-là, aux visages graves, sourcils froncés, attroupés dans le fond de la salle autour du feu, dont les chiens gueulaient dès que quiconque passait la porte.

Le tavernier, un petit bourgeois à la barbe brune, courait en tous sens pour servir la boisson, et le gosse finit par comprendre qu’aucun de ses employés n’était venu travailler ce soir-là. Sans doute que plus personne de sensé n’acceptait de sortir la nuit. Le bonhomme attrapa Dick-Tales par la manche alors qu’il essayait de se faufiler sans être vu :

— Tu devrais être chez toi, Georges, ton père te cherche…

Le gamin lui décrocha un mauvais regard et ne lui répondit pas un mot. Vite appelé par un ivrogne réclamant sa boisson, le tavernier le lâcha finalement et il put filer jusqu’à l’étage.

Cette fois, Fard Taille-caillasse ne tenta pas de l’intimider car, avec les autres, il disputait une partie de cartes autour de trois tables qu’on avait poussées côte à côte.

Le gosse voulut se glisser vers Demi-Plume, mais ce dernier lui fit signe dès qu’il l’aperçut de rester à distance. Le Pirate terminait son pli, et les sommes pariées se révélaient grosses. Alors que Cætana poussait les adversaires du Capitaine à l’audace en leur promettant certaines faveurs, le coquin adressa un sourire en coin à son jeune complice et, avec un clin d’œil, lui montra sous la table les quelques cartes qui dépassaient de sa botte et que les autres ne pouvaient voir. Profitant de la distraction offerte par Cætana qui délaçait son corset, il plongea la main sous la table et échangea ses cartes contre la main supérieure qu’il avait préparée.

Il y avait plus d’argent sur la table que Dick-Tale en ait jamais vu. Avec une telle somme, il pourrait faire sa vie hors de Cathuba sans avoir à dépendre de ce genre de bandits. Alors que Demi-Plume allait récolter les fruits de sa roublardise le jeune Lieutenant Zimeo déboula avec deux comparses :

— Y’a eu un nouveau mort, chef ! annonça-t-il.

On déposa instantanément les cartes. L’air grave, le Capitaine demanda :

— Qui ? Où ?

— Un garçon, fils de bourgeois, il s’est fait éventrer dans une ruelle, toujours dans le même quartier. Personne n’a rien vu, il a été retrouvé par une patrouille à Riviera. Ils disent partout que c’est l’œuvre d’une bête ou d’un cannibale alors il devait pas en rester beaucoup plus de bouts que la Gardienne…

Un terrible brouhaha éclata avant même qu’il ait finit son exposé. Salazar Demi-Plume attendit que le ton redescende et, se grattant le poil du menton de l’index, marmonna :

— Maintenant on en est sûr : le meurtre de la Gardienne n’était pas un acte isolé… Quelqu’un tue des citoyens, avec une mise en scène macabre pour effrayer le Surplomb qui plus est… Les amis, ça commence à sentir mauvais !

— Tu ne crois pas au cannibale ? demanda le jeune Lieutenant dont c’était manifestement la thèse préférée.

— Abruti, il n’y a bien qu’au Nouveau Monde que ça existe des trucs pareils ! Garde tes conneries pour toi-même : s’il y avait un barjo dans le genre à Cathuba ça aurait fait du bruit depuis longtemps...

— Il a peut-être débarqué ces derniers jours…

Le Capitaine Demi-Plume eut un sourire crispé des plus sinistre.

— Tu insinues qu’il y a un putain de cannibale dans mon équipage, Zim ?

Ziméo bafouilla de vagues excuses et son chef ne lui exprima que son dédain :

— La prochaine fois ferme ta gueule. Ce qui est sûr c’est que si quelqu’un veut que Riviera chie dans ses chausses, il s’y prend sacrément bien…

— C’est pas bon pour nous, fit remarquer Cætana , pas bon du tout. Quand un lâche est terrifié, il fait des conneries ; Riviera pourrait nous envoyer des soldats s’il devenait parano…

— Exactement, valida son Capitaine. Il va falloir faire beaucoup plus attention maintenant les gars. Dick !

Surpris d’être convoqué aussi brusquement, le gosse eut un temps d’hésitation mais finit par s’avancer.

— Avec tes câbles et ta lanterne, tu comptes nous faire rentrer comment ? Par les toits ?

— Par les égouts, articula-t-il avant de s’être posé la question de savoir s’il devait encore garder cette information secrète pour l’instant. Il hésitait toujours à confier tous les détails de son plan au Capitaine, aussi ne dit-il rien de plus.

— Dans combien de temps tu seras prêt ? lui demanda-t-il simplement.

Parti pour parti, le gamin décida d’en dire plus, pour se justifier :

— Je pensais que ça irait vite, mais là-dessous c’est beaucoup plus compliqué que prévu. Je saurais pas dire quand j’aurais trouvé le chemin mais je sais qu’il existe. C’est l’affaire de quelques jours…

Demi-Plume hocha la tête, compréhensif.

— Fais au plus vite, petit, le temps joue contre nous. Si tu as besoin de plus de matos, viens trouver Cætana et tu l’auras. Ziméo !

Le jeune Lieutenant s’avança, sans pour autant oser rouvrir la bouche.

— Tu as exprimé le souhait d’explorer ta propre méthode pour pénétrer le Bastion… Je te donne carte blanche, mais surtout ne te fais pas remarquer, ok ? Le premier de vous deux qui me trouve une entrée reçoit une promotion. Bien compris ?

Ils acquiescèrent de concert.

— Que Vapeur nous soit favorable, lança le pirate à la plume avant de les congédier pour retourner à sa partie.

Il ne riait plus et avait renoncé à tricher. Fard Taille-caillasse, indifférent à l’inquiétude générale, se tapait sur le ventre et en profitait pour remporter le pli.

Dick-Tale, lui, se pressa de quitter les pirates avant que Cætana ne le coince dans un coin. Au bas de l’escalier, il se rendit compte qu’il n’y avait pas que les pirates qui avaient été secoués par la nouvelle. Les Gardes s’étaient levés et discutaient vivement entre eux. Leurs gros chiens, à leurs pieds, grondaient avec des airs menaçants. Le gosse se garda bien d’aller leur chercher querelle et sortit dans la nuit.

Il grimpa sur les toits pour rentrer chez les Orphelins afin d’échapper aux ruelles qui, à présent, ne se faisaient plus sûres. Le brouillard, épais, rendait ses repères visuels flous et les tuiles glissantes. Il s’arrêtait souvent, incertain, et prenait quelques instants pour réfléchir.

Depuis sa naissance, Cathuba avait toujours été un Surplomb tranquille, agité par quelques affaires de mœurs un peu étranges de temps en temps, par le vol à l’étalage des gosses de rues, et par ses propres pitreries volantes ou galopantes. Mais depuis que Yulia était partie, voilà que l’on parlait de meurtres et de vengeance sanglante. L’innocence les avait-elle quittés avec la fille de l’Amiral ? Comment un être humain pouvait-il être derrière des actes aussi sauvages ? On parlait de marques de morsures sur les os, de membres broyés par des mâchoires… Jamais on avait vu telle violence à Cathuba autrement que sur des bêtes. Le gamin, par exemple, se souvenait parfaitement du roquet de sa voisine, la vielle Faama, qui sur son ordre pouvait se jeter sur les poules, en attraper une dans sa gueule et l’ouvrir à coups de dents pour en engloutir un large bout de viande…





Les jours qui suivirent, Dick-Tales les passa dans les égouts, à explorer son chemin jusqu’à tomber à court d’huile. Forcé de sortir, il ne put alors échapper aux nouvelles.

Riviera avait presque doublé ses patrouilles, recrutant tout citoyen volontaire pour les faire soldats, mais aucune de ses mesures ne semblait menacer le tueur. Le second jour, ce fut une autre Gardienne qui disparut, en plein jour, à la faveur de ce brouillard qui persistait à s’attarder sur la région. Le troisième, deux soldats de ces patrouilles inefficaces subirent le même sort, égorgés avant d’avoir pu même tirer un coup de fusil.

On ne quittait plus son chez-soi ; les commerces n’ouvraient plus ou presque : seule la taverne des quais et quelques courageux persistaient à tenir leur boutique, pour une clientèle rachitique. Même les Orphelins n’osaient plus arpenter les rues, et priaient pour avoir assez de provisions jusqu’à la fin des troubles. Le Temple, meurtri, avait fermé ses portes et les Gardiennes arrêtèrent même de visiter les malades, signe que la situation tournait vraiment à la paranoïa.

Demi-Plume devenait chaque jour plus anxieux. Aucun de ses hommes n’avait encore été touché par le tueur en série, qui semblait seulement opérer dans l’ancien quartier de l’Amirauté, mais à chaque fois que Zimeo revenait de ses expédition il semblait soulager de constater que son jeune Lieutenant soit encore entier. Celui-ci arpentait les environs du Bastion en quête d’un moyen d’en forcer l’entrée. Dick-Tales savait d’ores et déjà que c’était peine perdue : les murs étaient des plus solides, les fenêtres trop hautes, et la façade que le crash de l’aéronef avait ouverte ne donnait que sur la salle de réception et non sur les quartiers des militaires.

Son propre plan se mettait en place plus lentement, mais il était persuadé de tenir une bonne piste. S’il parvenait à faire entrer les pirates dans la salle des coffres, il aurait sa place sur le Héron et adieu Cathuba ! Adieu, Surplomb de malheur !

Bien entendu, ce ne fut pas si facile.

Il déblaya un matin, après trois jours entiers à avancer dans la zone, une nouvelle voie praticable. Rien qu’à l’odeur, il sut qu’il avait atteint des latrines. La pierre des voûtes, grisâtre et lisse, était caractéristique du Bastion de l’Amirauté qu’avait fait bâtir Ford. S’il levait la tête, il pouvait distinguer, six par six, les rangées de chaises percées.

Seulement voilà, une trappe verrouillait chacun des orifices.

Dick-Tales allait avoir besoin de gros-bras s’il voulait en forcer l’ouverture.

Le moment était venu de donner le feu-vert à Demi-Plume.


fin de la part.2
Dernière édition par dark-vince le 2017-11-11T18:11:45+02:00, édité 2 fois.

DanielPagés
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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar DanielPagés » 2017-11-10T23:26:41+02:00

Héhé ! super ! j'aime beaucoup ! Beau boulot !!
J'adore la description des latrines vues par en-dessous !! :lol:

Allez, j'ai noté pour cette fois quelques bizarreries, je fais mon prof :lol: :

- on avait délassé le corset de la fille. Délasser c'est ôter la lassitude, délacer, desserrer ou ôter un lacet
- Sûr qu’il s’en venterait ! rien à voir avec le vent, il se vante !
- Dick-Tale ne les rejoint pas, il garda ses distances, Alors là, vous êtes nombreux à fauter sur le passé simple de rejoindre qui fait rejoignit
- Le Pirate terminait son plis pourquoi un s à plis ? un pli des plis, non ?
- Cætana qui délassait son corset idem que plus haut
- se jeter sur les poules, en attraper une dans sa gueule et l’ouvrir par les dents pour en engloutir un large bout de viande… là j'ai pas trop compris...
- et priaient pour avoir assez de provision jusqu’à la fin des troubles. assez de provisions c'est toujours plusieurs quand il s'agit de bouffe, au singulier c'est pour la banque > chèque sans provision

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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar dark-vince » 2017-11-11T01:40:48+02:00

DanielPagés a écrit :Héhé ! super ! j'aime beaucoup ! Beau boulot !!
J'adore la description des latrines vues par en-dessous !! :lol:

Allez, j'ai noté pour cette fois quelques bizarreries, je fais mon prof :lol: :

- on avait délassé le corset de la fille. Délasser c'est ôter la lassitude, délacer, desserrer ou ôter un lacet
- Sûr qu’il s’en venterait ! rien à voir avec le vent, il se vante !
- Dick-Tale ne les rejoint pas, il garda ses distances, Alors là, vous êtes nombreux à fauter sur le passé simple de rejoindre qui fait rejoignit
- Le Pirate terminait son plis pourquoi un s à plis ? un pli des plis, non ?
- Cætana qui délassait son corset idem que plus haut
- se jeter sur les poules, en attraper une dans sa gueule et l’ouvrir par les dents pour en engloutir un large bout de viande… là j'ai pas trop compris...
- et priaient pour avoir assez de provision jusqu’à la fin des troubles. assez de provisions c'est toujours plusieurs quand il s'agit de bouffe, au singulier c'est pour la banque > chèque sans provision

Merci beaucoup Daniel !
Ok ok, c'est corrigé !
Pour "se jeter sur les poules, en attraper une dans sa gueule et l’ouvrir par les dents pour en engloutir un large bout de viande… " peut-être que la fin de la phrase ("pour en...") est de trop ?

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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar DanielPagés » 2017-11-11T11:20:55+02:00

dark-vince a écrit :
DanielPagés a écrit :Pour "se jeter sur les poules, en attraper une dans sa gueule et l’ouvrir par les dents pour en engloutir un large bout de viande… " peut-être que la fin de la phrase ("pour en...") est de trop ?


Non, ce que je comprends pas c'est ce que tu veux dire en écrivant "ouvrir par les dents" : ouvrir avec les dents ou à coups de dents ? ;)

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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar dark-vince » 2017-11-11T18:10:29+02:00

DanielPagés a écrit :
dark-vince a écrit :
DanielPagés a écrit :Pour "se jeter sur les poules, en attraper une dans sa gueule et l’ouvrir par les dents pour en engloutir un large bout de viande… " peut-être que la fin de la phrase ("pour en...") est de trop ?


Non, ce que je comprends pas c'est ce que tu veux dire en écrivant "ouvrir par les dents" : ouvrir avec les dents ou à coups de dents ? ;)

Aaaaah ! :lol: Ok, je change pour à coups de dents ;)

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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar Marjogch » 2017-11-13T21:46:33+02:00

Ahhhhhhhhh Dickiiiiiii est de retour :lol: .. oui je lui ai donné un tit surnom chouchou. Je l'adore ce personnage et je suis super heureuse de le retrouver.

Alors là, tu nous laisses sur notre fin devant une intrigue croustillante et sanglante. Qui tue ces personnes? Pourquoi? Qui sera la prochaine victime? Dick n'est pas entouré que d'amis et j'aime beaucoup l'idée qu'il s'attache à la pensée de notre jeune héroïne pour l'aider à tenir le coup. Il lui faudra beaucoup de courage pour y arriver.

Très bon chapitre en tout cas, et du bon travail. Ca valait, comme toujours, le coup d'attendre ;) .

Plus les chapitres passent et plus tu t'améliores. Tu as raison de prendre ton temps pour poster ton travail. Le résultat est encore plus visible.

A quand la suite??? :D

Je suis prête en tout cas

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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar dark-vince » 2017-11-13T22:43:49+02:00

Marjogch a écrit :Ahhhhhhhhh Dickiiiiiii est de retour :lol: .. oui je lui ai donné un tit surnom chouchou. Je l'adore ce personnage et je suis super heureuse de le retrouver.

Alors là, tu nous laisses sur notre fin devant une intrigue croustillante et sanglante. Qui tue ces personnes? Pourquoi? Qui sera la prochaine victime? Dick n'est pas entouré que d'amis et j'aime beaucoup l'idée qu'il s'attache à la pensée de notre jeune héroïne pour l'aider à tenir le coup. Il lui faudra beaucoup de courage pour y arriver.

Très bon chapitre en tout cas, et du bon travail. Ca valait, comme toujours, le coup d'attendre ;) .

Plus les chapitres passent et plus tu t'améliores. Tu as raison de prendre ton temps pour poster ton travail. Le résultat est encore plus visible.

A quand la suite??? :D

Je suis prête en tout cas

Merci beaucoup !! :D Ah, Dick Je te cache pas que je l'aime de plus en plus ^^ Plus j'écris sur lui plus j'aime le manier 8-)
Héhé, cool que mon intrigue marche ! :D (je crois que KoinKoin a deviné la fin, mais il doit être le seul ^^)
Au niveau écriture, j'en suis à la dernière scène de l'Interlude 2 ;) dooooonc... ça arrive peut-être ce week-end si Enora est dispo pour la correction :mrgreen:

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Re: Le Temps des Surplombs (Interlude 2) [Fantasy-Steampunk-Aventure]

Messagepar AprilDevil » 2017-11-17T20:43:36+02:00

Salut !

Je suis enfin à jour dans les Surplombs (mais plus pour très longtemps, à ce que je lis :lol:).

J'ai adoré lire ce chapitre 16. C'est frais, un brin déjanté, et tellement drôle.

Pourtant, le début a des tonalités assez sombre et je ne m'attendais pas à un tel revirement. Au passage, j'ai beaucoup aimé les premiers mots de ton chapitre :
Avachie sur un fauteuil fatigué, Angora regardait Yulia dormir.

Non seulement je trouve l'adjectif "fatigué" vraiment bien choisi (vu ses sens multiples), mais en plus ta phrase pose directement une certaine atmosphère : Angora, elle, est éveillée et se trouve dans un état d'intranquillité qui l'aspire dans ses souvenirs. Néanmoins on sent qu'elle refuse de se laisser aller, comme une certaine retenue, un refus de la nostalgie et/ou de l'autoapitoiement. Tes phrases courtes et sèches coupent court à son amorce de divagation.

Ensuite, j'ai bien aimé en apprendre plus sur Nadejda et sur l'enfance d'Ashä. L'ambiance légère de la taverne tranche avec la morosité de leur discussion, qui provoque même des tensions à propos de Yulia.

Et puis l'atmosphère se détend, et à partir de là, je n'ai fait que rire jusqu'à la fin du chapitre !

Je ne bois pas souvent, mais je tiens à essayer…

J'ai tellement d'empathie pour la petite Angora... Calée pour le maniement des armes, mais pas une connaisseuse dans tous les domaines.

Et le jeu des cicatrices dérape bien vite...
Angora hésita à se dévêtir devant Ashä mais, si Nadejda l’avait fait, il ne devait pas y avoir de danger.

Angora, je te pensais plus courageuse que ça ! On dirait qu'elle voit Ashä comme une menace potentielle qu'il faut tenir à l'oeil. :twisted:

En tout cas, Angora a un beau talent de conteuse ! Ce que j'aime bien dans la manière dont tu as mis en scène ce jeu, c'est qu'il y a une disproportion entre la légèreté et liberté de ton et l'objet même du jeu, d'ordinaire assez glauque.

— Vu la façon dont tu le reluque quand il a le dos tourné, tu n’as pas vraiment l’air de ces femmes qui se délectent d’une compagnie féminine… Plutôt du genre à se lover entre deux bras musclés ?

— J’aime les hommes, je ne le cacherai pas, admit Emy, mais tu fais fausse-route si tu crois que je les laisse mener la danse…

J'aime beaucoup la façon dont Emy contrecarre les sous-entendus de Ashä en donnant un coup de pied aux stéréotypes.


Mais que peux-tu en savoir ? Si je peux te retourner la formule, tu as l’air de ces femmes qui collectionnent plus facilement les conquêtes de leur sexe que de celui qu’on veut leur imposer…

La sabreuse, joueuse, leva les deux mains en l’air en riant :

— Joliment formulé ! Me voilà démasquée !
[...]
— Et vous, alors, fit-elle, vous partagez la débauche de votre épéiste ?
[...]
— Le sexe ne m’intéresse pas, dit-elle simplement.

J'aime ce naturel et cette simplicité. J'aime la diversité des personnages. Et surtout, j'aime le fait qu'on se passe des étiquettes, car au fond on n'en a rien à carrer de savoir si Ashä se considère comme lesbienne, bi ou pan, ou de savoir si Nadedja se voit comme ace. Tout simplement parce que c'est hors propos et que ça n'apporterait rien. J'ai l'impression que le fait que ton histoire s'inscrive dans un univers de fantasy favorise cette spontanéité. Les personnages parlent de leurs désirs présents mais ne se laissent pas entièrement définir par ces derniers. Ce ne sont que des caractéristiques parmi d'autres, des infimes parties de leurs personnalités.

Enfin, j'ai beaucoup aimé la scène de combat, assez bien gérée finalement ; on croirait presque, comme Angora, que tout ça n'a été que rêvé.

Derrière ce personnage se positionnèrent les quatre gars, pistolets à la main, malabars mal brossés, l’air idiots mais intimidants. Toutes leurs sales gueules se tordaient en des sourires de truands.

Les sonorités sont vraiment très bien pensées.

La Dragon peinait à détacher le regard des restes de Crogg. Le brigand gisait, renversé sur le sol, les jambes encore traversées de spasmes. En plus des trois balles qui lui trouaient le buste, son horrible trogne avait été réduite en bouillie, sa cervelle éclatée, dispersée sur le planché. Il ne restait plus rien de ses yeux ou de son nez, seule sa langue pendait, presque coupée alors qu’il avait claqué la mâchoire au moment de sa mort. Ironiquement, la seule partie encore regardable de sa face était la crevasse de son oreille manquante.

Horrible, mais comique.
Je ne sais pas pourquoi, mais je trouvais que ce passage avait presque un air de Tarantino. Peut-être parce que je pensais à la scène de la voiture dans Pulp Fiction où ils tuent le type "par accident" et doivent nettoyer les "petits bouts de cervelle".

Un très bon chapitre donc.

Ensuite, j'ai lu l'interlude 2 que j'ai également beaucoup apprécié. On sent bien l'ambiance des bas-fonds de Cathuba. Dick-Tale s'engage dans des manigances, j'espère que ça ne tournera pas à son désavantage.

La Brume ne quittait plus le Contrebas depuis que les Corsaires du Sans-nom avaient quitté le port. Depuis cette fameuse nuit, le Surplomb entier se comportait comme un chien battu : méchant, paranoïaque, et soumis.

Une belle comparaison, avec trois adjectifs qui résume l'ambiance de folie qui règne sur le Surplomb.

L'aperçu que tu nous donnes du repaire des Orphelins est également très intéressant, cette phrase m'a un peu serré le coeur car c'est précisément ce sur quoi je m'interrogeais dans les paragraphes qui la précèdent :
Les enfants qui grandissaient dans cette petite baraque se nourrissaient de petit larcins jusqu’à ce qu’ils deviennent trop grands pour passer par la cheminée.

La partie 2 sent vraiment le mystère, entre les petites promenades dans les égoûts, le monstre qui rôde et les meurtres. Très sympathique, une petite ambiance à la Jack l'Eventreur.

Un vent frais balaya les pavés, et avec lui de petites franges de Brumes vinrent chatouiller les pieds de l’enfant. Il frissonna. C’était le genre de nuit où un gosse reste enfermé dans sa chambre, sous ses draps, la tête pleine d’histoires de monstres.

Une petite mise en abyme qui annonce la suite : c'est une histoire de monstre que tu vas nous offrir ! :D

J'ai hâte de découvrir la suite, ton récit a une belle progression. ;)


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