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Chapitre 1

ASSASSINAT À GODWYNN

La nuit était tombée depuis peu. La flamme de la lanterne projetait des ombres dansantes sur les murs de l’auberge. Un groupe de voyageurs jouaient aux cartes à une table près de l’âtre de la cheminée où un feu crépitait. Les seuls clients que JudyAnn avait eus de toute la soirée. D’après leur accent, ils venaient de Galara, un village au sud de la mer d’Ankara. JudyAnn et son amie Ingrid observaient un vieux livre d’histoire décrépit que leur avait prêté Caradin, le guérisseur de leur village. Elles s’étaient arrêtées sur une illustration de la légendaire cité d’Anastasia. Le dessin à l’encre noir ne rendait évidemment pas justice à la splendeur de l’ancienne capitale. Ses fins détails et l’immense château digne des histoires de Nymar, le conteur de leur village, faisaient cependant rêver les deux jeunes femmes. JudyAnn s’imaginait ce qu’aurait pu être sa vie si Galénor avait été un endroit plus sûr. Elle aurait pu visiter Anatasia et la vallée des champs Chantants, se baigner dans la mer des Songes, courir sur les plaines de Vigrid… JudyAnn se tourna vers Ingrid.

– T’as jamais eu envie de partir d’ici ?

– Pour aller où ?

– J’en sais rien. (JudyAnn haussa les épaules.)

Depuis la bataille des plaines de Faradonia, quelques originaux exceptés, personne ne sortait d’Aldorham, encore bien moins des terres du Tarzar. Depuis la chute du pont Sans Fin, des hordes de mages noirs patrouillaient dans les territoires du sud. On racontait qu’ils détruisaient tout sur leur passage et que personne ne leur survivait. Le peuple d’Aldorham vivait donc depuis plusieurs années cloîtré derrière ses remparts. N’ayant pratiquement aucun contact avec l’extérieur, ses habitants pratiquaient d’anciennes coutumes perçues comme complètement dépassées ailleurs à travers Galénor. Les non-magiciens étaient ainsi tenus de vouvoyer les magiciens et les femmes ne devaient entre autres pas boire d’alcool ni porter des robes trop courtes ou trop voyantes. Les vieilles peurs et superstitions avaient aussi du mal à disparaître. On racontait entre autres que le fait de ne pas s’incliner devant un magicien comme le voulait la tradition pouvait porter malheur… JudyAnn sortit un bocal de baies de Mistrad et le présenta près de la cage de Drago, un phénix d’un rouge saisissant au long bec protubérant. Il s’envola dans un battement d’ailes sonore et attrapa au vol les petits fruits rouges qu’elle lui lança. Il se posa ensuite sur le comptoir et enfouit sa tête dans sa paume en émettant une sorte de roucoulement. Des coups secs retentirent alors et la porte de l’auberge s’ouvrit dans un grincement. Drago poussa un petit cri strident et se nicha sur l’épaule de JudyAnn, la tête recourbée dans son cou. Un homme entra dans l’établissement. Sa capuche dissimulait son visage dans l’ombre. Il s’approcha du comptoir derrière lequel se tenaient JudyAnn et son amie.

– Vous avez une chambre pour la nuit ? demanda-t-il.

– Bien sûr, ça fera cent costilles. (JudyAnn passa une main sur le fin plumage de Drago pour le calmer.)

L’étranger lui tendit l’argent, releva un peu sa capuche et posa un regard perçant sur l’oiseau.

– Les phénix sont très rares, dit-il. Vous pourriez en tirer une bonne somme… Je vous en offre huit-cents costilles.

– Il n’est pas à vendre, déclara JudyAnn.

...

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– Je l’ai d’abord abordé dans un bar et il m’a pris pour un fou…, intervint Mérindol.

– Il s’est pointé dans une discothèque de la Grande-Allée costumé en magicien comme dans les films, pieds nus, un appareil-photo datant des années soixante dans les mains et m’a demandé de le suivre à Galénor, dans une autre dimension… Comment aurais-je dû réagir ?

– Pas en appelant la police en tout cas, grommela Mérindol.

– Vous étiez un peu trop insistant, disons…

– Je devais te protéger des mages noirs… Kendrick en avait envoyé à Désenchantée. (Mérindol se tourna vers JudyAnn.) Il a même posté ma photo sur leur internet et a tout raconté ce que je lui avais dit. C’était top secret !

– Pour moi c’était délirant ! lança Kyle. »

– J’ai dû faire appel aux Services secrets de la Magie pour qu’ils enlèvent toute l’information. (Mérindol leva les yeux au ciel.)

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Astrid était un sphinx. Il avait tout des êtres humains, mais possédait une peau jaunâtre, tannée comme du cuir et de grands yeux dotés de pupilles de chats. Il travaillait dans les champs avec JudyAnn et Ingrid, et posait toujours beaucoup trop de questions. Caradin disait que les sphinx étaient tous comme ça. Il racontait que selon les légendes, leurs ancêtres s’amusaient à poser des énigmes et dévoraient ceux qui n’y répondaient pas correctement.

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6

Le Cirque de Godwynn Lorsque JudyAnn se réveilla, la lumière filtrait à travers le sous-bois de la forêt turquoise qui se présentait à sa fenêtre. Elle se leva et se dirigea vers la porte. Elle tourna la poignée et à sa grande stupeur, tout un tas de babioles pêle-mêle surgit devant elle et elle perdit pied. Elle se releva et passa la tête par l’embrasure afin de vérifier s’il y avait une issue. Une lumière munie d’une corde était suspendue au plafond. Elle tira dessus et constata qu’il s’agissait bel et bien d’un placard, comme elle le craignait. Elle devait peut-être replacer la poignée de l’autre côté comme l’avait fait Mérindol à son arrivée ? JudyAnn entreprit de remettre en place la pile de DVD, de vêtements et d’objets en tous genres sortie du placard embourbé et referma la porte de peine et misère. Elle commençait à se demander comment elle ferait pour retrouver les autres en bas. Était-elle prisonnière de cette chambre ? Au bord de la panique, elle tira sur la poignée de toutes ses forces, mais en vain. Elle l’examina plus près. Elle n’était même pas vissée ! Aucune vis ni aucun mécanisme ne la maintenait en place. Sûrement un truc de magie... Elle décida de frapper à la porte et d’appeler à l’aide. Les autres finiraient probablement par l’entendre... Après quelques minutes, JudyAnn perdit patience et se laissa glisser contre le mur. Quelques minutes plus tard, des coups retentirent. – Ça va ? demanda Vincent JudyAnn se releva. – J’essaie de sortir, mais ça ne fonctionne pas. La porte s’ouvre sur un garde-robe... – Sacré magicien... Lui et ses portails, ricana le vampire. Attends... La porte s’ouvrit et une montagne de paperasse déboula d’un nouveau placard paraissant beaucoup plus grand que le précédent. Il ne comportait cependant pas plus d’issue. – T’inquiète, je vais trouver la bonne fréquence, ajouta l’illustre. La porte se referma. JudyAnn n’y comprenait rien. Après s’être ouverte sur un bureau, une salle de bain et une armoire pleine de friandises, elle s’ouvrit sur le corridor de l’étrange maison du magicien. Vincent passa la tête dans l’embrasure de la porte. – Te voilà, sourit-il. – Comment ça fonctionne toute cette histoire de porte ? – Ce sont des portails créés par le vieux magicien, expliqua Vincent en entrant dans la pièce. Il s’en sert pour avoir plus d’espace. Il a probablement oublié de te remettre ceci. Vincent lui tendit une petite clé dorée. – Elle permet de régler les poignées des portes sur la fréquence désirée et nous amène où on veut... Les pièces changent en fonction du sens qu’on tourne la poignée et du sens de la poignée elle-même... Vincent l’observa un moment en silence. Il portait un béret noir et son costume de mime habituel. Il est vraiment séduisant pour un vampire, pensa JudyAnn. Un sourire apparut sur les lèvres noires de l’illustre et il s’approcha face à elle. Il était maintenant si près que le bout de ses chaussures touchait celles de JudyAnn. Il la fixa, sans un mot, un long moment. Le cœur de la jeune femme s’emballa. Voulait-il l’embrasser ? Elle aurait dû le repousser, mais elle n’en fit rien, elle demeura figée. Le regard de Vincent se posa dans son cou. Allait-il la mordre ? JudyAnn avait entendu dire que les vampires pouvaient ensorceler les humains… Était-ce, ce qu’il était en train de faire ? L’illustre posa une main contre le mur derrière elle et JudyAnn sentit son poids contre elle. La peur qui l’envahissait se transformait de plus en plus en attirance. Sa proximité avec quelque chose de grisant. Il approcha son visage du sien. Il exhalait une odeur de bonbons sucrés. À l’instant où ses lèvres approchèrent les siennes, JudyAnn se détourna et le repoussa. Elle devait se ressaisir… Vincent était un vampire et elle, une humaine… Il semblait bien gérer sa soif de sang, mais d’après ce qu’on disait, leur lutte était constante. À quel point était-ce difficile de contrôler cette soif insatiable ? Elle n’avait par ailleurs aucune idée de son âge et en plus, il serait bientôt son professeur… Vincent recula de quelques pas et s’adossa au mur, les bras croisés, avec un sourire moqueur. – Je sais que tu ressens la même chose que moi, dit-il. – Comment osez-vous ! s’exclama JudyAnn, en laissant échapper un rire nerveux. – Je le sais, insista Vincent en plongeant son regard dans le sien. Au fait, ajouta-t-il, tu peux cesser de me tutoyer, ça devient ridicule… Il est d’une telle arrogance ! pensa la jeune femme. – Écoute, de toute façon, je n’aurais pas dû tenter de t’embrasser, dit-il. C’était stupide. JudyAnn ressentit un étrange pincement. Était-elle déçue ? Elle devait voir la réalité en face, une relation avec un vampire était risquée… D’autant plus qu’elle le connaissait à peine. – On oublie tout ça ? demanda Vincent en lui tendant sa main gantée. JudyAnn la serra avec un faible sourire. – Amis ? insista l’illustre. – Amis, sourit JudyAnn. – Et plus de vouvoiements, termina-t-il dans un sourire. Il la salua d’un coup de chapeau et sortit de la pièce. * Lorsque JudyAnn descendit à la cuisine, Mérindol feuilletait le journal de Godwynn et Daphnée discutait de façon animée avec Tom. Vincent faisait tournoyer un verre de sang distraitement. JudyAnn évita son regard. Apparemment, Kyle n’était pas encore réveillé. – Une agente des Services secrets de la Magie a disparu, dit Mérindol. Les autorités la cherchent depuis maintenant trois jours. JudyAnn prit place près de Mérindol et jeta un œil au journal. Elle reconnut immédiatement le visage de la jeune femme. Il s’agissait de celle que Kendrick avait tuée dans son rêve. Une chose était maintenant claire… Ses cauchemars n’étaient pas de simples rêves. Elle sentit son estomac tomber comme une pierre. – J’ai rêvé d’elle hier soir… Je ne crois pas qu’ils vont la retrouver… Mérindol releva la tête et l’inquiétude se peignit sur son visage. – Dans mon rêve, Kendrick la tuait, dit JudyAnn. – Ce n’est quand même qu’un rêve, avança Daphnée, visiblement peu convaincue de ses propres paroles. – Je n’avais jamais vu cette femme de ma vie… S’appelait-elle Cassandra ? Mérindol, le front plissé, prit un air soucieux et Vincent ouvrit de grands yeux. – Pensez-vous qu’il s’agisse de mon pouvoir géminique ? Vincent se mit à tambouriner sur la table. – Ça semble être des visions, dit Mérindol, mais en direct, ce qui est plutôt rare… Peut-être est-ce une forme de télépathie… – Je…. (JudyAnn s’interrompit.) Elle ne voulait pas leur révéler qu’elle entendait aussi parfois des voix lorsqu’elle touchait aux gens. La télépathie était un don ancien et mal vu… D’autant plus qu’il lui serait plus utile, si personne ne savait qu’elle le possédait. Elle semblait par contre entendre les pensées des gens de façon aléatoire. – Oui ? demanda Mérindol. – Non, rien, dit JudyAnn. Vincent lui lança un regard insondable. – Dans mon rêve, Kendrick a demandé à un de ses fidèles de prendre l’apparence de la jeune femme et d’enquêter aux Services secrets de la Magie, ajouta-t-elle. – Il faut que je les avise immédiatement, dit Mérindol, l’air grave. – Ils se sont ensuite ravisés… Mérindol la regarda, perplexe. – Comment ça ? – Ils… Enfin, je crois que Kendrick s’est rendu compte que je les observais. On dirait qu’il savait que quelqu’un avait assisté à la scène. Il disait ressentir une présence féminine. Qu’elle se trouvait à Godwynn. À un certain moment, j’aurais juré qu’il me fixait. Il a ensuite dit qu’il était trop risqué de prendre l’apparence de la jeune femme, comme quelqu’un les avait vus la tuer… Il a ordonné à ses fidèles de me retrouver… Enfin, de retrouver la femme dont il avait ressenti la présence… Mérindol caressa son menton un moment, pensif. – Pensez-vous que je suis en danger ? – J’aimerais te dire que tu es en sécurité ici à Godwynn, mais j’ai bien peur que l’ennemi ait franchi les remparts… Un silence s’installa. – Lorsque tu fais ces rêves, s’enquit soudain Mérindol, tu n’es que témoin de ce qui se passe ? Les images ne font que défiler devant tes yeux ou tu y participes parfois ? – Non, je ne suis qu’observatrice… J’assiste aux événements, mais je ne suis pas vraiment présente. Mérindol lissait sa moustache. – Et tu as déjà fait des rêves similaires par rapport à d’autres personnes ? demanda le vieux magicien. – Non… Il s’agit toujours de Kendrick et une dizaine de ses fidèles. – Toujours les mêmes ? – Je ne sais pas, je ne vois pas leurs visages, ils ont tous de grandes capuches et la pièce dans laquelle ils se trouvent est très sombre. Vous croyez que je suis en danger ??? Le vieux magicien paraissait inquiet. Il pianota un moment sur la table, sans un mot. – Je crois que nous sommes tous en danger, dit-il finalement, l’air grave. Vincent fronça les sourcils et se leva d’un bond. – Je dois partir, à plus tard, je suis en retard, dit-il. (Il s’inclina et disparut dans un bruissement.) Kyle descendit les rejoindre en bâillant et prit la place de Vincent.

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