Livres
475 605
Membres
453 504

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Gouverneurs de la rosée



Description ajoutée par Marty49 2012-10-17T10:43:08+02:00

Résumé

Ce roman, introuvable depuis des années, est un chef d'oeuvre. C'est l'un des livres fondateurs de la littérature haïtienne. Un village pauvre, en proie à la sécheresse, des rivalités entre habitants, des désirs de vengeance, constituent le cadre de ce drame de l'amour et du courage. Une belle leçon de dignité humaine et un chant d'amour pour le peuple de Haïti, écrit dans une langue d'une saveur sans pareille. «Jacques Roumain a écrit un livre qui est peut-être unique dans la littérature mondiale parce qu'il est sans réserve le livre de l'amour.»

J. Stephen Alexis

Jacques Roumain est l'une des grandes voix d'Haïti.

Afficher en entier

Classement en biblio - 34 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par evolette2012 2019-03-05T02:43:19+01:00

Manuel tourna la tête de tous côtés :

— Ne sois pas craintive, il n'y a pas personne. Bientôt, nous n'aurons pas à nous cacher. Tout le monde saura pour qui je vais bâtir cette case. Trois pièces qu'elle aura, trois ; j'ai déjà calculé. Les meubles, je vais les faire moi-même, il y a du bel acajou par icitte, je suis un peu menuisier. Et il y aura aussi une tonnelle, avec une plante grimpante, à

cause de l'ombrage. On pourrait essayer du raisin, qu'en dis-tu ? Avec une bonne quantité de marc de café dans les racines, ça viendra, tu ne crois pas ?

— Ce sera comme tu voudras, murmura-t-elle.

— « Oui, je serai la maîtresse de ta maison. Je sèmerai tes champs, et je t'aiderai à rentrer la récolte. Je sortirai dans la rosée, au lever du soleil, pour cueillir les fruits de notre terre ; j'irai dans le serein du soir voir si les poules reposent dans les branches des arbres, si la bête sauvage et vorace ne les a pas enlevées. J'apporterai au marché notre maïs et nos vivres. Tu espéreras mon retour sur le pas de là porte. La lumière de la lampe sera derrière toi, sur la table, mais j'entendrai ta voix : tu as eu bonne vente, ma femme ? et je te répondrai selon la chance ou la malchance de la journée. Je te servirai à manger et je resterai debout pendant que tu manges et tu me diras : merci, ma négresse et je répondrai : à ton service, mon maître, parce que je serai la servante de ta maison. La nuit, je m'étendrai à tes côtés, tu ne diras rien, mais à ton silence, à la présence de ta main, je répondrai : oui, mon homme, parce [87] que je serai la servante de ton désir. Il y aura un canal d'eau dans notre jardin et des roseaux et des lauriers sur ses bords. Tu me l'as promis. Et il y aura les enfants que je te donnerai, c'est moi qui le promets, au nom des saints qui sont sur la terre, au nom des saints qui sont dans les étoiles. »

Son visage était devenu grave, à l'image de son âme.

— Tes sourcils sont froncés, s'étonna Manuel ; tes yeux regardent dans le loin. Dis-moi ce que tu as, ma négresse ?

Elle lui sourit, sa bouche tremblait.

— De quel côté est la source, Manuel ?

— Nous sommes arrivés. Baille-moi ta main. Il y a une montée qui n'est pas facile.

Us suivirent le chemin haché par la machette de Manuel dans l'étouffement des plantes.

Manuel descendit d'abord dans la faille. Elle hésita, glissa un peu et il la reçut dans ses bras. Il éprouva contre le sien, le poids et la chaleur de son corps. Mais elle se dégagea.

— Ça sent le frais, dit-elle, ça sent le vent et l'humide.

Les ramiers battaient de l'aile, s'ouvraient un passage dans les feuilles, vers le ciel.

Elle leva le regard vers les branches qui se refermaient sur le silence.

— Il fait sombre, comme il fait sombre. On ne croirait pas que dehors il y a grand soleil. Icitte, c'est goutte à goutte qu'il filtre, le soleil.

J'écoute, je n'entends aucun bruit, on est comme sur un îlet, on est loin, Manuel, on est au fin fond du monde.

— Au commencement du monde, tu veux dire. Parce que au commencement des commencements, il y avait une femme et un homme comme toi et moi ; à leurs pieds coulait la première source et la femme et l'homme entrèrent dans la source et se baignèrent dans la vie.

Il lui prit la main :

— Viens.

Il écarta les lianes. Elle entra dans le mystère du figuier-maudit.

— C'est le gardien de l'eau, murmura-t-elle, avec une sorte de terreur sacrée.

— C'est le gardien de l'eau.

Elle contempla les branches chargées de mousse argentée et flottante.

Afficher en entier

Ajoutez votre commentaire

Ajoutez votre commentaire

Commentaires récents

Commentaire ajouté par Lena-Geynet 2019-05-31T12:30:44+02:00
Lu aussi

Jacques Roumain est un écrivain et un homme politique haïtien. Gouverneurs de la Rosée a été publié après sa mort en 1944 et est désormais considéré comme un classique de la littérature haïtienne. Il a notamment été adapté au théâtre plus tard, mais également au cinéma.

On voit bien que l’auteur parle de ce qu’il connaît, car il nous plonge dans la culture de son pays. Son langage est parsemé de mots en haïtien. Leurs traditions, leurs quotidiens et les dieux qu’ils vénèrent sont mentionnés, et la religion tient une grande place pour eux, elle est très présente dans le récit.

On apprend à connaître un peuple dont l’histoire est marquée par les violences qu’ils ont subies, comme par exemple l’esclavage : dans le récit, dans les plantations de Cuba, les noirs sont les esclaves de Mr Wilson, ils sont traités comme des chiens. Le train de vie des personnages n’est pas facile, et Manuel veut y remédier. C’est pourquoi il amène dans la conversation le concept de « Gouverneurs de la Rosée » qui a donné son titre au roman. Cela désigne l’assemblée de tous les travailleurs de la terre à Haïti, que Manuel imagine combattre la misère et commencer une nouvelle vie dans la paix et la solidarité, avec des valeurs humaines et universelles.

L’écriture est assez simple de façon générale, mais pas simpliste. Elle contient beaucoup de descriptions qui peuvent parfois être très poétiques. L’auteur utilise parfois le discours indirect libre, on le voit grâce aux expressions qu’il emploie, comme par exemple « pour sur ». Le récit convient à tout type de lecteurs, mais particulièrement ceux qui aiment voyager et découvrir de nouvelles cultures. Ces derniers seront parfois pris à parti par le récit.

Celui-ci est plutôt rythmé, et ce grâce aux chapitres relativement courts et à l’alternance des points de vue entre les personnages : on commence avec les parents Délira et Bienaimé, puis Manuel, et parfois Annaïse (par exemple au chapitre 7).

A travers ce livre, Jacques Roumain nous ramène à ce qui fait pour lui l’essentiel de l’humanité et la bonté de l’homme. Il prône dans son récit la valeur du courage, de la générosité, de l’entraide, et en dépit de la face sombre de la mort et de la sécheresse, il instille l’espoir, l’amour et la vie.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par evolette2012 2018-06-06T01:44:08+02:00
Diamant

Livre lu dans le cadre de mon cours de littérature des caraïbes. Un très bon roman, un livre culte de la littérature antillaises. Je recommande fortement.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par Lison50 2017-04-21T19:56:42+02:00
Argent

Après un premier chapitre laborieux, j'ai découvert un roman profond, pétri de charme, riche en thèmes et une histoire d'amour bouleversante, rappelant le mythe de Roméo et Juliette. Une jolie découverte.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par CameronOBrien 2016-01-30T14:29:36+01:00
Or

Ce livre est puissant. Tout d'abord par son histoire, qui est un manifeste de la négritude haïtienne. On y voit une peinture de la misère, de la désolation, de la mort, de la dominance abusive des riches blancs. Un tableau dur, qui transparaît à travers une écriture expressive, touchante et orale. Le travail d'écriture donne une vision imagée de cette existence, que l'on peut aisément se représenter, qui s'accompagne d'une musicalité entraînante.

Le récit est absorbant. Les descriptions de la nature sont parfois un peu longues, surtout au début, et il faut donc s'accrocher un peu pour rentrer dans l'histoire. Mais ensuite on s'attache aux personnages et en particulier à Manuel, prophète de la liberté, de l'espoir et de la vie dans un monde soumis, résigné et condamné.

Il n'y a pas beaucoup de suspense dans ce récit, l'intrigue dans son ensemble est assez prévisible. Mais la curiosité est bien présente, curiosité de voir ses pressentiments se vérifier, curiosité de voir comment l'auteur va amener le dénouement. Et on est touché par le récit poignant des événements, par l'expression de la tristesse, de la joie, et surtout l'amour.

En effet, le récit est empreint d'amour, sans tomber dans le pathétique et le cliché, et c'est là le message que fait passer Roumain, plus encore que dénoncer les conditions de vie des nègres. L'amour passionnel, l'amour maternel, l'amour fraternel, c'est l'amour qui réunit tous ces individus séparés par la misère et la haine. Et l'amour appelant l'amour, il est difficile de ne pas aimer ce livre.

Afficher en entier

Date de sortie

Gouverneurs de la rosée

  • France : 2013-11-03 - Poche (Français)

Activité récente

Djek l'ajoute dans sa biblio or
2019-02-28T01:08:36+01:00
Alteor l'ajoute dans sa biblio or
2017-05-11T10:23:44+02:00

Évaluations

Meilleurs classements dans les Listes Booknode

Editeurs

Les chiffres

Lecteurs 34
Commentaires 4
Extraits 1
Evaluations 5
Note globale 7.6 / 10

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode