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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:07:29+01:00

J’entre dans la maison, portant la viande dans les bras. Prin, levée et habillée, est assise par terre avec Butterball.

—Tiens, Prin, je dis. Je t’ai trouvé de la viande en ce Jour Carrément Fun. Ne la mange pas crue. Il faut d’abord que je la fasse cuire.

Avec les petites sœurs, on n’est jamais trop prudent.

— Je peux me faire à déjeuner moi-même, Capriss. Je ne suis pas débile, répond-elle d’une voix melliflue.

— Je t’aime, Prin.

— Oh, la ferme!

Prin et moi, nous sommes très proches.

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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:13:27+01:00

Extrait très long !

À mon réveil, j’entends gronder un estomac. Ce n’est pas le mien. C’est celui du chat, Butterball, alias «Tas-de-gras».

— La ferme, je ronchonne en le poussant du lit.

Il heurte le sol de terre battue avec un bruit mat et s’époumone:

—Ouaf!

J’essaie de me rendormir, en vain. Aujourd’hui, c’est le Jour Carrément Fun. Je traverse la pièce sur la pointe des pieds pour éviter de réveiller ma mère. Butterball s’est remis de sa chute et me lèche la jambe, ce qui est agaçant. Il a faim.

Je cherche de la nourriture dans le placard. C’est l’endroit où nous conservons notre maigre réserve. C’est aussi celui où dort ma petite sœur. Elle s’appelle Prin, un diminutif de Princesse. Butterball est le chat de Prin. Quand j’ouvre le placard, la fillette est blottie contre une boîte de cookies vide. Je la trouve si mignonne.

Tout ce que je vois pour Butterball, c’est une petite pile de carottes qui ne sont plus de première fraîcheur. Je tends précautionneusement la main pour m’en saisir. Prin remue pendant un instant, mais ne se réveille pas.

— Pfiou! fais-je, vraiment très fort.

Là, elle se réveille.

— Ferme le placard, espèce d’idiote! crie-t-elle.

— Désolée, dis-je.

Je me penche pour lui planter un baiser sur la joue, mais elle me claque la porte à la figure. Je jette les carottes à Butterball. Levant la tête, il me regarde et pousse un grondement. Voyez-vous, Butterball et moi, nous ne sommes pas exactement des amis intimes. Je me rappelle la fois où Prin l’a ramené à la maison. C’était le chat le plus gros et le plus laid que j’avais jamais vu, il devait peser dans les vingt-cinq kilos, il avait une truffe noire et humide, des oreilles pendantes ainsi qu’une langue qui refusait de rester dans sa gueule et avec laquelle il tenait absolument à faire « slurp slurp slurp ». Son épais pelage doré était infesté de puces, et chaque fois que je jetais par la fenêtre un jouet en caoutchouc en forme de journal, ce vieux bêta courait me le rapporter, pantelant. Il était répugnant.

— Pas moyen, Prin, avais-je dit alors. Tu ne peux pas le garder.

J’avais ensuite emmené Butterball dehors au bout de notre allée pour le noyer dans la mare, mais celle-ci était trop peu profonde, si bien que son long museau ne trempait même pas complètement dedans. J’avais capitulé.

— Soit. Tu peux garder ce stupide chat.

Nous avons donc gardé Butterball. Nous ne sommes pas nombreux à avoir un animal de compagnie, là d’où je viens. Je vis dans le district Douze, l’un des douze districts qui forment Paradisland. Le district Douze est le plus pauvre de tous. Si certains le surnomment affectueusement le «Douzième Salopard», la plupart optent plutôt pour «l’Endroit où il fait mal vivre». Mon quartier, le pire du district Douze, est connu sous le nom du Filon.

Butterball bouffe ces délicieuses carottes en voie de décomposition. J’aurais dû m’en réserver quelques-unes. L’espace d’une seconde, j’envie Butterball. Aujourd’hui sera une journée comme les autres pour ce crétin de chat. Il courra après sa queue et ira au parc attraper des Frisbee dans l’insouciance la plus complète. Mais, pour moi, il en va différemment. C’est le Jour Carrément Fun.

Le soleil se lève. C’est l’heure de chasser. Je tire de sous le lit les bottes que mon père m’a données avant de mourir. Une fois que je les ai enfilées, je suis prête à partir. Je prends garde à ne pas claquer la porte en sortant. Lorsque le battant se referme doucement derrière moi, je pousse la fente servant à la distribution du courrier et braille, histoire que la famille soit au courant:

— Je vais chasser!

Je pars ensuite retrouver mon partenaire, Herpès Bogosse. Les rues du district Douze sont étrangement désertes. Le cliquetis régulier des claviers et les sonneries de téléphone qui emplissent d’ordinaire l’atmosphère se sont tus à mesure que le linceul d’anxiété suscité par l’arrivée du Jour Carrément Fun se déposait sur la ville, tels l’oreiller et le Scotch sur la tête d’un chaton à asphyxier.

En passant, je vois un homme déployer devant sa maison un drapeau du district Douze. Il est noir, comme tous les drapeaux de ce bon vieux Paradisland. En son milieu figure un téléphone doré. Chaque district est spécialisé dans une activité industrielle précise, et celle du district Douze est le télémarketing. Avec les autres districts, il s’est autrefois rebellé contre le Capital, où vivent regroupés les habitants riches et puissants de Paradisland. Ça ne s’est pas hyper bien passé. Ce fut même horrible. Horrible comment? Eh bien, avant, on comptait deux cents districts. Leçon retenue.

Afin de s’assurer que personne n’oublie que la rébellion avait été un échec, que le Capital avait gagné et que c’était lui qui commandait, et bla bla bla, les dirigeants obligent chaque année les douze districts à participer à ce qu’ils ont baptisé les «Hamburger Games». Chaque district sélectionne deux gamins, un garçon et une fille, pour le représenter lors d’une grande compétition. Ces deux gosses sont appelés les «tributs», diminutif de «tributyrine», terme qui d’après mon Petit Robert désigne le «triester du glycérol, dont les trois fonctions sont estérifiées par l’acide butyrique».

Les Hamburger Games ne sont pas vraiment ce qu’on pourrait qualifier d’amusant. En fait, ils sont même carrément pourraves. Puisqu’il y a douze districts, comptant chacun deux tributs, vous aurez compris qu’il y a au moins... vingt tributs au total. Tous sont jetés dans une arène, quelque part dans la nature, où ils doivent s’entre-tuer jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul survivant. Et tout ça est diffusé à la télévision. La plupart des gens enregistrent pour pouvoir faire « avance rapide » jusqu’aux scènes de meurtre.

Sachez que lorsqu’ils ont commencé, les Hamburger Games n’étaient pas si mal que ça. Le Capital réunissait tous les tributs et les filmait en train de faire des trucs plutôt cool: tournois de softball, relais, course d’obstacles et chat perché. L’attraction principale consistait à les voir engloutir un maximum de hot dogs. Tout le monde essayait de s’affamer avant le début du concours, d’où l’appellation de «Hamburger Games»: les Jeux du Hamburger.

Mais, au bout de quelques années, les tributs rivalisaient tellement les uns avec les autres que les Jeux sont devenus violents. Un coup de poing dans la figure par-ci, un coup de pied à l’entrejambe par-là... Les concurrents eurent tôt fait de se sauter à la gorge. Et plutôt que de mettre un terme à cette folie, le Capital l’a encouragée. Après tout, ça offrait de mémorables instants télévisuels. Alors, les règles ont été changées. Les plaisantes activités de plein air se sont transformées en un combat à mort. Les participants ont toujours le droit de jouer à chat perché, mais plus personne n’est d’humeur.

Le Jour Carrément Fun est la journée annuelle au cours de laquelle chaque district sélectionne ses tributs. Tout le monde se réunit sur la grand-place. À un moment précis prévu à l’avance, tous les gosses du district Douze jouent à «je te tiens, tu me tiens par la barbichette». Les deux enfants qui sont les premiers à rire sont désignés comme tributs. Ça aussi, ça passe à la télé, et la plupart des gens l’enregistrent. Pas pour faire «avance rapide» jusqu’aux moments croustillants, mais parce que l’événement a lieu en même temps que la rediffusion de Seinfeld.

C’est pour cette raison que les rues sont si calmes aujourd’hui. Tous les habitants de Paradisland ont un congé le Jour Carrément Fun. Assister à la désignation est obligatoire. Quiconque s’absente court le risque d’être battu comme plâtre par les Passificateurs-que-ça, une bande de vieux voyous du Capital qui ont autorité sur chacun des districts, mais qui, en dehors de ça, sont des personnes charmantes.

Je réfléchis à cela tout en me dirigeant vers les bois pour retrouver Herpès. Je me rapproche de notre point de rendez-vous habituel. Soudain, j’entends une feuille craquer à quelques pas de là.

— Réaction! hurle une voix.

Je tourne la tête à l’instant précis où une flèche me frôle en sifflant pour se planter dans l’arbre le plus proche de ma tête. C’est Herpès.

— Non, toi, réaction! dis-je en le poignardant à la jambe.

Il extrait la lame, et on rigole à se taper le cul par terre.

— Bien joué, Caniche, dit-il.

Ce n’est pas mon vrai nom. En fait, je m’appelle Capriss.

Capriss Kidordine. Herpès m’appelle Caniche parce que, la première fois qu’on s’est rencontrés, j’ai murmuré mon nom si doucement qu’il a mal compris. Sans compter qu’on venait de croiser un caniche. Depuis lors, Herpès aime bien me taquiner en m’appelant comme ça. Malheureusement, je ne sais pas du tout quel surnom embarrassant je pourrais lui trouver.

Herpès et moi, nous nous connaissons depuis des années. C’est un excellent chasseur, et il est incroyablement beau. Même quand il vide un écureuil, il arbore cet air rêveur à souhait... Je le laisse toujours mordre en premier dans les cœurs d’écureuil.

Ensemble, nous chassons pour nourrir nos familles respectives et nous échangeons le produit de notre travail contre des denrées. Le district Douze comporte en effet un marché noir florissant, la Flaque. Là-bas, nous faisons souvent affaire avec une vieille femme répondant au nom de Saie la Souillon. Elle est réputée pour ses soupes, ainsi que pour le fait qu’elle arbore une moustache fournie et pas la moindre dent.

Je chasse pour ma famille parce que mon père n’est plus en mesure de nous faire vivre. Ne vous en faites pas, ce n’est pas parce qu’il est fainéant ou quelque chose dans ce goût-là. C’est parce qu’il est mort. Il y a eu une explosion dans le bureau où il travaillait. Il a eu le temps d’appeler à la maison une ultime fois, mais son corps a été désintégré avant qu’il puisse finir le slogan des soldes. Il en était à la moitié du jingle: «On se lève tous pour Panett, Panett», lorsqu’il fut réduit en miettes. Je voulais lui dire combien il me manquerait, que je lui promettais de prendre soin de Prin et de ma mère pour toujours, mais il n’arrêtait pas de chantonner.

La voix d’Herpès me ramène à la réalité.

— Allez, en chasse, dit-il bellement.

Il se passe les doigts dans les cheveux et, pendant un instant, j’oublie que je mène une vie de pauvreté sous la coupe d’un gouvernement autoritaire, et je me sens la fille la plus chanceuse du monde.

Nous atteignons la clôture électrique qui sépare le district Douze des bois. À cause des coupures de courant intempestives, elle n’est en réalité électrifiée que trois ou quatre heures quotidiennement; alors, le plus souvent, ce n’est pas dangereux de la franchir. Pour cette raison, je me réjouis des coupures de courant. En revanche, c’est la plaie quand il s’agit de jouer aux jeux vidéo.

Nous ne sommes pas censés sortir du district Douze et, en passant outre à cette interdiction, nous risquons d’être sévèrement punis. Non pas que les autorités aient vraiment besoin de dissuader les gens de partir, avec toutes les saloperies mortelles qui se trouvent de l’autre côté de la clôture... Les succèfous, les wagalaks et même quelques geais farceurs y rôdent en liberté. Mais il y a aussi de la nourriture, si vous savez comment la chercher. Herpès et moi, nous ne laissons pas la peur nous empêcher de sortir dans les bois, sans quoi on dépérirait en toute sécurité jusqu’à ce qu’on se transforme en sacs d’os. «Le district Douze. Sécurité assurée, mais ça s’arrête là», comme je dis. C’est l’une de mes maximes hautement spirituelles.

J’avance vers la clôture. J’essaie de bondir par-dessus, mais je me cogne les jambes contre l’une des planches. Me mettant à plat ventre, je tente en me tortillant de passer en dessous, mais je n’arrive pas à rentrer suffisamment mon ventre pour y parvenir. Je reste coincée là, gigotant entre la clôture et le sol, lorsque Herpès m’attrape par les pieds et me libère. Il est si fort, me dis-je. Ensuite, j’essaie de passer droit à travers la barrière, mais ça ne marche pas non plus. Je commence vraiment à avoir le tournis. Finalement, j’avise une petite porte à environ quatre pas sur ma gauche. Je tire le loquet, pousse le battant et passe de l’autre côté. Herpès recule un peu pour prendre de l’élan, puis saute par-dessus la clôture. J’en ai le souffle coupé.

Nous longeons la barrière sur environ huit cents mètres, prêts à chasser. Plus loin, nous distinguons une grange. Herpès me murmure:

— Je passe par en haut et toi par en bas.

J’approuve d’un signe de tête. Je m’accroupis sans bruit et entreprends de ramper. Herpès, lui, marche bien droit à côté de moi. On est parés à toute éventualité.

Nous arrivons à la grange. Enfermées dans un petit enclos de bois, quelques vaches broutent l’herbe. Celles qui ne broutent pas mangent de la pâtée dans une grosse brouette près de laquelle roupille un fermier. De dignes adversaires, me dis-je. Mon cœur bat la chamade. Le danger est si grand!

Je bande mon arc et décoche une flèche. L’un des ruminants s’effondre. Herpès et moi, nous nous ruons vers lui. Nous lui entravons les pattes et rebroussons chemin en le traînant derrière nous. Jusqu’à la clôture électrique. Jusqu’à la civilisation. Même la vache laisse échapper un soupir de soulagement avant qu’Herpès lui tranche la gorge.

Je fouille dans la vache et m’empare de la viande. Je tends à Herpès l’entrecôte et le faux-filet, et garde pour moi l’araignée et l’onglet. Quelle traque admirable ce fut! Grâce à ma ruse et à mon courage, nous allons rester en vie quelques jours de plus.

Si du moins ma mère décide de faire la cuisine. Voyez-vous, ma mère est une horrible personne. À la mort de mon père, elle a pété un câble pour une raison quelconque. C’était à peine si elle sortait de sa chambre. Il pouvait se passer plusieurs jours sans que Prin et moi avalions ne serait-ce qu’une bouchée de bretzel. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’allais devoir faire vivre ma famille. J’ai vite appris à reconnaître les baies comestibles au supermarché, à repasser des chemises, à confectionner des sandwichs à la gelée et au beurre de cacahouète. C’est grâce à moi que nous sommes encore vivantes, toutes les trois.

Le Jour Carrément Fun est le seul jour de l’année que ma mère attend avec impatience. C’est une fan inconditionnelle des Hamburger Games. Elle ne peut pas s’en passer. Alors, chaque année, elle est tout excitée. Elle fait du porte-à-porte afin de s’assurer qu’aucun habitant du district Douze ne manquera la sélection des concurrents. Elle a même un chapeau spécial – un chapeau de Jour Carrément Fun – qu’elle porte, pour patienter, pendant le mois qui précède l’événement.

J’entre dans la maison, portant la viande dans les bras. Prin, levée et habillée, est assise par terre avec Butterball.

—Tiens, Prin, je dis. Je t’ai trouvé de la viande en ce Jour Carrément Fun. Ne la mange pas crue. Il faut d’abord que je la fasse cuire.

Avec les petites sœurs, on n’est jamais trop prudent.

— Je peux me faire à déjeuner moi-même, Capriss. Je ne suis pas débile, répond-elle d’une voix melliflue.

— Je t’aime, Prin.

— Oh, la ferme!

Prin et moi, nous sommes très proches. La plupart du temps, c’est la perspective de la voir mourir de faim qui me pousse à me dépasser jour après jour. J’ai promis à mon père que je la protégerai de tout, et c’est une promesse que je tiendrai. Il m’avait également fait jurer de le protéger, lui, mais je suppose que, sur ce coup-là, j’ai comme qui dirait loupé le coche.

Je jette la viande dans l’évier et enfile la tenue que ma mère a sortie à mon intention. Je dis à Prin que je la verrai à la cérémonie, puis je pars pour me trouver une bonne place.

Chemin faisant, je tombe nez à nez avec une fille de l’école. Elle s’appelle Badge Undersissi. Son père est M.Undersissi, le maire du district Douze. Ni l’une ni l’autre n’avons de véritables amis, si bien qu’on en est généralement réduites à s’associer pour les trucs du «genre course en sac» ou «cours de yoga».

Badge porte une jolie petite robe d’été, pas comme le dos-nu hideux que ma mère m’a choisi. Mais c’est facile de porter de beaux vêtements quand on n’a pas, contrairement à moi, besoin de risquer quotidiennement sa vie à la chasse.

Elle arbore une magnifique broche d’or dont l’éclat capte mon regard. Un cercle doré entoure la formule suivante: «Haro sur le Capital!» Je contemple le bijou en me demandant si la phrase veut dire quelque chose.

— Salut, Capriss! dit Badge. Je voulais juste te souhaiter bonne chance pour le Jour Carrément Fun. J’espère qu’aucune de nous deux ne sera choisie.

— J’espère que tu le seras! je rétorque.

Badge, je ne peux pas la sentir. Elle est tellement snob.

— Très drôle, répond l’intéressée, et elle s’éloigne en riant.

Bientôt, j’atteins la grand-place. Les seules fois que les gens s’y rendent, c’est soit pour le Jour Carrément Fun, soit pour aller au bureau de poste. Malgré le caractère oppressif du Capital et le fait qu’il ait tendance à assassiner ses citoyens, il faut bien admettre que sa poste fonctionne comme sur des roulettes. Je n’ai jamais fait la queue plus de deux minutes, et les censeurs qui lisent votre correspondance sont très polis.

Sur la place, tous les enfants du district Douze commencent à se rassembler pour le jeu de la barbichette. Beaucoup d’entre eux s’entraînent avec détermination: ils font exprès de rire pour déstabiliser l’adversaire.

Une fois que tout le monde est installé, trois chaises sont placées sur la scène. Le maire Undersissi s’assoit sur la première. À côté de lui se trouve le seul habitant du district Douze à avoir remporté une édition des Hamburger Games: Heymec Totalapathy. Pour autant que je sache, il est très occupé à crier quelque chose aux parieurs du premier rang. Près de lui, Essi Ontrinkait, qui est aussi la première à s’avancer jusqu’au pupitre. Cette horrible femme assure la liaison entre le Capital et le district Douze lors des Hamburger Games. Étant donné qu’elle représente le Capital, elle est très impopulaire par chez nous. Et comme, tous les Capitaliens, elle parle avec un accent étrange.

—À tous, bienvenue à l’Jour Carrément Fun! annonce- t-elle dans le micro. (Je me suis laissé dire que l’accent du Capital ressemble fortement à ce qui s’appelait autrefois l’accent ch’ti.) Nos allons bien nos amuseu aujeud’hui!

Le moment est arrivé. Le jeu de la barbichette est sur le point de commencer. Les filles passent en premier. Mon cœur bat à tout rompre. Deux enfants ne vont pas tarder à partir très loin d’ici pour en découdre avec un ramassis d’inconnus et être confrontés à une mort quasi certaine. Allez, qu’on en finisse! me dis-je. Tant que ce n’est pas moi, Prin ou Herpès, je me moque complètement de l’identité des tributs. J’espère tout de même que ce sera cette pimbêche de Badge.

— Les filles, vos aetes printes? demande Essi, scrutant la foule pour s’assurer que les concurrentes ont toutes une voisine.

Puis, conformément à la coutume, elle énonce le slogan des Hamburger Games:

—Puisse le sort vos aet’ toujours favorabe! (La foule marmonne quelque chose d’incompréhensible.) Attinsion, à mi signal... Trois, deux, un, parteu!

Sur ce, un millier de filles agrippent de leur petite main le menton de leur voisine. Loin dans la foule, j’entends ma mère souffler dans sa vuvuzela. Je me suis beaucoup entraînée, récemment, et je prends l’ascendant sur mon adversaire en un temps record. Pour être tout à fait honnête, je lui raconte une blague en douce, certes c’est tricher, mais bon, le résultat est là. Je cherche des yeux la pauvrette qui a ri la première. À cet instant précis, son visage s’affiche sur l’écran géant. La toute nouvelle candidate du district Douze.

C’est Prin. Merde!

Tiré de http://www.castelmore.fr/leblog/entry/extrait-de-hamburger-games-la-parodie-signe-par-le-harvard-lampoon.html

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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:02:12+01:00

— Bien joué, Caniche, dit-il.

Ce n’est pas mon vrai nom. En fait, je m’appelle Capriss.

Capriss Kidordine. Herpès m’appelle Caniche parce que, la première fois qu’on s’est rencontrés, j’ai murmuré mon nom si doucement qu’il a mal compris. Sans compter qu’on venait de croiser un caniche. Depuis lors, Herpès aime bien me taquiner en m’appelant comme ça. Malheureusement, je ne sais pas du tout quel surnom embarrassant je pourrais lui trouver.

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Extrait ajouté par LSGI 2013-12-13T19:05:01+01:00

Elle rate son coup, et le projectile file dans les arbres. Pour la remercier, je lui lance la grenade posée à côté de moi. En revanche, je garde la goupille en souvenir.

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Extrait ajouté par LSGI 2013-12-13T19:06:33+01:00

Je compte onze coups de trombone triste. S'il y a un coup de trombone par tribut, sachant qu'il y a vingt-quatre tributs au départ, qu'une journée compte vingt-quatre heures et les Jeux durent depuis moins d'une heure, qu'il y a soixante minutes dans une heure et qu'il m'a fallu deux heures pour pousser aussi loin mon équation, alors il doit rester au moins quarante tributs ! La compétition bat son plein.

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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:01:12+01:00

Le Jour Carrément Fun est la journée annuelle au cours de laquelle chaque district sélectionne ses tributs. Tout le monde se réunit sur la grand-place. À un moment précis prévu à l’avance, tous les gosses du district Douze jouent à «je te tiens, tu me tiens par la barbichette». Les deux enfants qui sont les premiers à rire sont désignés comme tributs. Ça aussi, ça passe à la télé, et la plupart des gens l’enregistrent. Pas pour faire «avance rapide» jusqu’aux moments croustillants, mais parce que l’événement a lieu en même temps que la rediffusion de Seinfeld.

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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:12:28+01:00

Sur ce, un millier de filles agrippent de leur petite main le menton de leur voisine. Loin dans la foule, j’entends ma mère souffler dans sa vuvuzela. Je me suis beaucoup entraînée, récemment, et je prends l’ascendant sur mon adversaire en un temps record. Pour être tout à fait honnête, je lui raconte une blague en douce, certes c’est tricher, mais bon, le résultat est là. Je cherche des yeux la pauvrette qui a ri la première. À cet instant précis, son visage s’affiche sur l’écran géant. La toute nouvelle candidate du district Douze.

C’est Prin. Merde!

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Extrait ajouté par LSGI 2013-12-13T19:12:52+01:00

-Comment t'appelles-tu ?

Pour la première fois, je vois la colère déserter son visage. Elle se dirige vers l’embrasure de la fenêtre où est posée une rose, une seule, dans un vase. Elle pointe le doigt.

-C'est ravissant. Mais comment t'appelles-tu ?

Elle désigne de nouveau la rose.

-Quoi ? Tu veux que je l'arrose ? Ce n'est pas à toi de faire ça ?

Elle tend le doigt avec plus d'emphase.

-Oh, ton nom ! Ton nom est... vase ?

Elle secoue la tête, puis commence à décrire des cercles autour de la fleur avec sa main.

-Cercle ! Tu t'appelles Cercle !

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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:05:36+01:00

Nous longeons la barrière sur environ huit cents mètres, prêts à chasser. Plus loin, nous distinguons une grange. Herpès me murmure:

— Je passe par en haut et toi par en bas.

J’approuve d’un signe de tête. Je m’accroupis sans bruit et entreprends de ramper. Herpès, lui, marche bien droit à côté de moi. On est parés à toute éventualité.

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Extrait ajouté par _Ambre_ 2012-03-24T16:05:12+01:00

J’avance vers la clôture. J’essaie de bondir par-dessus, mais je me cogne les jambes contre l’une des planches. Me mettant à plat ventre, je tente en me tortillant de passer en dessous, mais je n’arrive pas à rentrer suffisamment mon ventre pour y parvenir. Je reste coincée là, gigotant entre la clôture et le sol, lorsque Herpès m’attrape par les pieds et me libère. Il est si fort, me dis-je. Ensuite, j’essaie de passer droit à travers la barrière, mais ça ne marche pas non plus. Je commence vraiment à avoir le tournis. Finalement, j’avise une petite porte à environ quatre pas sur ma gauche. Je tire le loquet, pousse le battant et passe de l’autre côté. Herpès recule un peu pour prendre de l’élan, puis saute par-dessus la clôture. J’en ai le souffle coupé.

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