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Extrait ajouté par JennDidi 2017-10-24T20:51:36+02:00

Le cœur battant la chamade, Steve s’agenouilla à côté de la femme aux yeux cousus et ramassa le torchon. Puis il se releva. Alors que son coude frôlait la chaîne de l’aveugle, cette dernière tourna vers lui son visage mutilé. Il lui remit le torchon sur la tête et se hâta de rejoindre les autres, le front trompé de sueur, alors que les aboiements féroces et alarmés de Fletcher retentissaient depuis le jardin.

— Bonne idée, le torchon, dit-il à Jocelyn.

La famille continua de manger, et pendant tout le dîner, la femme aux yeux cousus resta immobile derrière la vitre.

Elle ne bougea qu’une seule fois : quand le rire aigu de Matt résonna autour de la table, elle inclina la tête.

Comme si elle écoutait.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:12:44+02:00

Attendez la suite. En octobre 1664, le fils de Katherine meurt de la variole à l’âge de neuf ans. Des témoins jurent avoir aperçu la mère, portant le deuil, enterrer son corps dans les bois. Mais quelques jours plus tard, les habitants du village voient le gamin se promener dans les rues de New Beeck. Katherine l’aurait ressuscité d’entre les morts, comme Jésus l’a fait avec Lazare. Ils en ont fait dans leur froc, je vous le garantis. Il n’en a pas fallu davantage pour que tout le monde soit persuadé qu’elle se livrait à des activités interdites. Katherine van Wyler a donc été condamnée à mort pour sorcellerie. Elle a avoué sous la torture, ce qui n’a rien de surprenant. Après avoir subi le supplice de la roue et de la chaise à plongeon, ces femmes étaient généralement prêtes à avouer n’importe quoi, y compris d’avoir volé de toit en toit à cheval sur un balai. Ils lui ont fait des choses épouvantables. Pour finir, ils ont exigé qu’elle tue son fils soi-disant ressuscité de ses propres mains. En cas de refus de sa part, ses juges l’ont menacée d’éliminer non seulement le garçon, mais aussi la fille.

— Quelle horreur ! s’écria Bammy. Elle a dû choisir entre ses enfants ?

Pete haussa les épaules.

— Ce n’étaient pas vraiment des tendres à l’époque. Le vent qui soufflait depuis l’Ancien Monde était glacial. Les accusations et les procès pour sorcellerie étaient monnaie courante. Katherine n’a pas eu le choix : elle a tué son fils pour sauver sa fille, après quoi on l’a condamnée à la pendaison – un geste de clémence. Mais ils ne l’ont pas pendue eux-mêmes : elle a dû sauter de son plein gré, pour qu’elle s’inflige elle-même son châtiment – un symbole d’expiation. Son corps a ensuite été jeté dans une mare dans les bois, abandonné aux animaux sauvages. En général, c’était ça ou le bûcher. De nombreuses innocentes sont mortes de cette façon.

— Quelle horreur, marmonna Bammy.

— Sauf que Katherine n’était pas totalement innocente, intervint Grim.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:11:52+02:00

— Bref, dit Pete quand il eut fini de rire, les prophètes de malheur ont contribué à l’insécurité et à la peur qui s’empare de la population dès qu’une calamité étrange survient. Des enfants qui naissent aveugles, de curieuses traces d’animaux dans la boue, des lumières dans le ciel nocturne… Quand les gens se mettent à croire aux signes, c’est toute leur façon de vivre et de penser qui en pâtit. Quelle est la prochaine horreur que le sort nous réserve ? C’est sur ce terrain propice que la peur inspirée par Katherine van Wyler a pris racine.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:10:53+02:00

— Excusez-moi, mais vous pouvez préciser ? demanda Burt Delarosa.

— Le village avait été ensorcelé, dit Robert Grim, avec son manque de finesse coutumier. La sorcière lui avait jeté un sort.

— C’est ce qu’ils croyaient à l’époque, vous voulez dire, intervint Bammy.

— Si vous voulez, dit Grim d’un ton sarcastique, mais le regard venimeux de Pete VanderMeer le fit taire et il s’enfonça dans son fauteuil.

Les Delarosa se dévisagèrent en fronçant les sourcils. En d’autres circonstances, leur façon d’agir parfaitement synchrone aurait presque semblé comique.

— Vous devez comprendre que la superstition était profondément enracinée chez ces populations, poursuivit Pete. N’oublions pas que nous avons affaire à des gens qui devaient survivre dans un milieu totalement inconnu, à une époque où il n’y avait pas la moindre sécurité. Ils avaient quitté l’Europe des épidémies, des mauvaises récoltes et des bandits, pour le Nouveau Monde, plein de bêtes sauvages et de démons. Personne ne savait quel genre de forces surnaturelles hantait les bois à l’ouest des colonies. Une situation pour le moins désagréable. Sans la science, ils n’avaient que des contes de bonne femme ou des signes auxquels se raccrocher. Ils craignaient Dieu tout-puissant et avaient peur du Diable. Ça a laissé des traces facilement reconnaissables sur les forêts environnantes – pensez seulement au nom de la colline derrière chez nous.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:09:55+02:00

— Son nom est Katherine van Wyler, mais la plupart d’entre nous l’appellent la sorcière de Black Rock, dit Pete VanderMeer, avant de tirer une longue bouffée de sa cigarette d’un air songeur.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:08:49+02:00

Ce soir-là au lit, Tyler a un terrible pressentiment de ténèbres et d’horreur, et deux images le tiennent éveillé jusqu’aux aurores : des visages hurlant sous la pluie et la sorcière qui tombe. Puis elles finissent par s’estomper dans un fondu au noir.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:07:42+02:00

La caméra de surveillance située sur le réverbère devant le pavillon des Delarosa offrait une vue d’Upper Reservoir Road qui descendait en pente à l’orée de la forêt de Black Rock. Le camion de déménagement était garé sur la droite ; les hommes soulevaient les cartons et disparaissaient au bas de l’image. À part ça, la rue était déserte, sauf une vingtaine de mètres plus haut, sur la gauche. Une femme se tenait debout sur la pelouse d’une maison de plain-pied. Elle ne s’intéressait pas aux déménageurs, mais fixait le bas de la rue, sans bouger. Robert n’avait pas besoin de la voir de près pour savoir qu’elle ne regardait rien. La panique s’empara de lui.

— Merde ! cria-t-il. (Sa main droite se leva vers sa bouche et la couvrit.) Bon sang, comment c’est possible…

Il courut vers le pupitre et ses yeux balayèrent l’écran.

L’énorme camion bouchait la vue du couple BCBG et des déménageurs, mais il suffirait qu’un de ces imbéciles contourne la rampe de chargement pour la voir. Code Rouge puissance dix. Ils appelleraient le 911 : une femme sous-alimentée, gravement mutilée – « oui, elle a l’air débraillée ; envoyez une ambulance et la police ». Ou pire : ils tenteraient de lui porter secours. Impossible d’imaginer les conséquences.

— Qu’est-ce qu’elle fait là, bordel ! Elle était bien censée être chez les Grant, non ?

— Oui, jusqu’à… (Claire consulta l’historique.) Au moins jusqu’à 8 h 37 ce matin, quand le gamin nous a prévenus via l’appli qu’il devait aller à l’école. Après, la maison a été vide.

— Comment est-ce que cette vieille bique fait son compte ?

— Du calme, intervint Warren. Ç’aurait pu être pire. Estime-toi eureux qu’elle ne soit pas dans leur salon. On n’a qu’à installer un séchoir à linge parapluie sur la pelouse avec quelques draps pour la cacher en dessous. Toi et Marty pouvez être sur place dans cinq minutes. Pendant ce temps, j’appellerai les propriétaires ou un de leurs voisins pour leur demander de la planquer sous une couverture en attendant votre arrivée.

Grim courut vers la sortie et poussa Marty dans le couloir.

— Quel merdier.

— S’ils la voient, on leur dira qu’elle fait partie du comité d’accueil, ajouta Warren.

Il lança à Grim un sourire éclatant, plus approprié pour une soirée salsa que pour une situation potentiellement mortelle. Il échoua lamentablement dans sa tentative d’apaiser Grim.

— Une blague des gens du coin pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux, ajouta-t-il. Hou-hou-hou, c’est fou ce qu’un peu de suggestion peut accomplir. C’est juste une sorcière.

Robert Grim se retourna sur le pas de la porte.

— On n’est pas chez Hansel et Gretel, bordel !

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:06:33+02:00

— Je n’ai pas l’intention de me laisser soudoyer par le représentant de je ne sais quel comité de surveillance de quartier ! Ma femme et moi aimons beaucoup cette maison, et nous signons le contrat demain. Estimez-vous heureux que je ne porte pas plainte.

— Écoutez. Le toit de Mme Barphwell fuit tous les automnes. L’an passé, les sols ont subi des dégâts des eaux considérables. Cette maison, avait ajouté Grim en la montrant des deux mains, est un taudis. Vous trouverez de très belles propriétés du côté de Highland Falls, aussi champêtres, et juste au bord de l’Hudson. En plus, les prix de l’immobilier y sont plus bas.

— Si vous pensez pouvoir m’amadouer pour 5 000 dollars, vous vous trompez, avait dit Delarosa. (Puis quelque chose lui était venu à l’esprit.) C’était vous, hein, ce chantier bidon derrière la maison ? Mais pourquoi vous donner tout ce mal ?

Grim avait ouvert la bouche, mais Claire l’avait pris de vitesse.

— On n’aime pas les étrangers ici, avait-elle répondu sèchement, impeccable – comme d’habitude – dans ce rôle qu’elle détestait jouer. Les snobinards de la ville comme vous ne sont pas les bienvenus. Vous polluez notre air.

— Une bonne dose d’humour local. Il faudra vous y faire, avait ajouté Grim sur le ton de la confidence.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:05:55+02:00

— Mais… pourquoi ? avait demandé M. Delarosa, après avoir retrouvé sa voix.

— Nous avons nos raisons, avait répondu Grim, imperturbable. Pour votre propre bien, il est préférable que vous partiez immédiatement. Oubliez tout ça. Nous pourrons figer les détails de cet accord dans un contrat…

— Mais enfin, quelle autorité représentez-vous ?

— C’est sans importance. Renoncez à cette acquisition. En échange, vous recevrez 5 000 dollars. Certaines choses ne s’achètent pas. Pour le reste, nous sommes là.

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Extrait ajouté par queenregina 2019-10-02T15:04:41+02:00

La caméra se tourne brusquement de l’autre côté et Matt n’est plus affalé sur le sol ; il se redresse en se contorsionnant de manière convulsive et a un mouvement de recul ; il heurte la table dans son dos. Il a tout de même réussi à garder sa serviette autour de la taille. Pendant un moment, on a l’impression d’être sur le pont d’un navire qui roule ; dans la salle à manger, tout semble incliné. Puis l’image se redresse, et bien que la tache de nouilles bouche en grande partie la vue, on aperçoit une femme émaciée qui traverse le salon en direction des portes vitrées ouvertes donnant sur la cuisine. Jusqu’à présent, elle est restée sans bouger dans les limbes, mais soudain, elle est là, comme pour aider ce pauvre Matt à se relever. Le torchon a glissé de son visage, et en une fraction de seconde – peut-être seulement pendant quelques images –, on voit que ses yeux sont cousus, et sa bouche également. Tout se passe très vite, mais c’est le genre de vision dont on ne sort pas indemne et qui se grave durablement dans le cerveau de ceux qui en sont témoins.

Puis Steve se précipite pour fermer les portes vitrées. Derrière le verre à moitié translucide, la femme émaciée s’arrête. On entend même une légère vibration, alors qu’elle bute contre le carreau.

La bonne humeur de Steve s’est envolée.

— Éteins-moi ça, dit-il. Immédiatement.

Il est on ne peut plus sérieux, et bien que son visage n’apparaisse pas à l’image (on ne voit que son tee-shirt, son jean, et son doigt pointé vers l’objectif), on imagine aisément son expression. Puis tout devient noir.

 

— Elle est venue droit vers moi ! cria Matt. Elle n’a jamais fait ça !

Il était toujours à côté de la chaise renversée, tenant la serviette autour de sa taille pour l’empêcher de glisser.

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