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Ian prit les deux mains de la jeune fille et respira longuement. Même sous le regard de ses hommes, il voulait choisir soigneusement ses mots pour qu'elle se souvienne à jamais de sa déclaration. C'était diablement difficile de parler d'amour, et il manquait totalement d'expérience dans ce domaine, mais il était déterminé à s'exprimer le mieux possible.

Il fallait que l'instant soit parfait pour elle.

- Judith, commença-t-il.

- Oui , Ian?

- Je vous garde.

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—Mais tu ne supportais plus de la voir, tu disais...

—J'ai changé d'avis, coupa Isabelle. Et j'ai retrouvé mes bonnes manières, en même temps.

Bonsoir, laird Ian, cria-t-elle.

Judith était déjà dehors, à côté de Ian. Elle adressa un signe d'adieu à Winslow et à Isabelle avant de se diriger vivement vers la maison de France Catherine. .

Ian ne tarda pas à la rattraper.

—Winslow et Isabelle tiennent à vous dire qu'ils vous remercient infiniment de leur avoir apporté les présents de Margaret. Vous avez également rangé la maison, n'est-ce pas ?

—Oui.

—Pourquoi?

—Elle en avait besoin.

Ian continua de marcher à côté d'elle.

—Judith, ne rendez pas la situation plus compliquée qu'elle ne l'est déjà, murmura-t-il d'une voix rauque.

Elle courait presque.

—Je ne veux rien compliquer, dit-elle sèchement. Je vais de mon côté et vous du vôtre. J'ai déjà surmonté cette insignifiante petite attirance que je ressentais pour vous. Je ne me rappelle même plus vous avoir embrassé.

Ils avaient atteint la haie qui délimitait le jardin de France

Catherine quand elle proféra cet

énorme mensonge.

—Du diable si vous avez oublié ! gronda-t-il.

Il la saisit aux épaules et la tourna vers lui, puis il lui releva le menton pour l'obliger à le regarder.

—Que faites-vous ? s'indigna-t-elle.

—Je réveille vos souvenirs.

Il prit ses lèvres, étouffant toute protestation. Sa bouche était chaude, à la fois douce et insistante.

Elle eut l'impression que ses jambes ne la portaient plus, et elle s'appuya contre lui. Il la serra plus fort. Il ne pouvait quitter ses lèvres. Dieu, il ne se lasserait jamais de l'embrasser ! Elle lui rendait ses baisers avec une ardeur égale. Plus rien d'autre ne comptait pour elle. Elle eut une dernière pensée cohérente : il savait parfaitement apaiser sa colère !

Patrick ouvrit soudain la porte et étouffa un petit rire devant le spectacle qui s'offrait à lui. Ian l'ignora, quant à Judith elle était bien incapable de se rendre compte de quoi que ce fût. Ian releva enfin la tête pour regarder avec une fierté évidente la femme ravissante qu'il tenait dans ses bras. Elle avait les lèvres gonflées, les yeux encore voilés de passion. Et il eut envie de l'embrasser de nouveau.

—Rentrez à présent, Judith, tant que j'ai encore assez de sang- froid pour vous laisser partir.

Elle ne comprit pas très bien cette remarque, ni son air sombre.

—Si vous n'aimez pas m'embrasser, pourquoi avez-vous recommencé ? demanda-t-elle, un peu perdue.

II se mit à rire, et elle en fut mortifiée.

—Lâchez-moi, maintenant ! ordonna-t-elle.

—Mais je ne vous retiens plus...

Elle s'aperçut que c'était elle qui s'accrochait encore à lui, et elle recula vivement. Remettant de l'ordre dans ses cheveux, elle se dirigea vers la porte où elle aperçut un Patrick réjoui. Elle rougit violemment.

—Ne tirez aucune conclusion de ce que vous venez de voir, dit- elle. Ian et moi ne ressentons pas la moindre affection l'un pour l'autre.

—J'aurais pu m'y tromper, plaisanta Patrick.

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Judith se tourna vers Brodick.

—Voyez-vous souvent votre frère ?

Le guerrier se contenta de hausser les épaules.

—Et son épouse, Isabelle ?

Il haussa de nouveau les épaules. Judith lui lança un petit coup de pied sous la table, et il fronça les sourcils, stupéfait.

—Vous venez bien de me donner un coup de pied ?

Inutile d'essayer la subtilité, avec lui !

—Oui.

—Pourquoi ? intervint Ian.

Elle lui adressa son plus beau sourire.

—Je veux que Brodick me réponde. J'ai envie qu'il parle d'Isabelle.

—Mais vous ne la connaissez même pas ! lui rappela Ian.

—J’ai quand même envie d'avoir de ses nouvelles ! s'entêta Judith.

Ian la regardait comme si elle avait perdu l'esprit. La jeune fille soupira et se mit à pianoter sur la table.

—Parlez-moi d'Isabelle, s'il vous plaît.

Brodick l'ignora.

—Brodick, accepteriez-vous, je vous prie, de sortir un moment avec moi ? J'ai quelque chose de terriblement important à vous dire en privé.

—Non.

Incapable de se dominer, elle lui lança un nouveau coup de pied avant de se tourner vers Ian.

Elle ne put voir le bref sourire qui avait illuminé le visage de

Brodick.

—Ian, s'il vous plaît, ordonnez à Brodick de venir dehors avec moi...

—Non.

Elle tambourina encore sur la table, tout en réfléchissant.

Lorsqu'elle croisa le regard éploré

de Margaret, elle décida que, quoi qu'il lui en coûtât, elle parviendrait à ses fins.

—Très bien, déclara-t-elle. Je parlerai donc à Brodick demain pendant le voyage. Je monterai avec vous, ajouta-t-elle avec un sourire innocent. Et comme je suis très bavarde, je babillerai sans doute du lever au coucher du soleil. Vous feriez mieux de prendre des forces !

La menace était convaincante. Brodick repoussa son siège. De toute évidence, il était fort en colère. Judith, quant à elle, était furieuse. Bon sang, elle avait hâte d'entraîner cette brute insensible au-dehors ! Elle parvint cependant à sourire en quittant la table, et même lorsqu'elle ferma la porte derrière elle.

Elle avait oublié les deux fenêtres qui flanquaient la porte.

Margaret et Gowrie se tenaient de dos, mais Ian et Alex avaient une vue parfaite sur ce qui se passait à l'extérieur. Gowrie lui-même se retourna pour assister à

la scène.

Ian ne quittait pas Brodick des yeux. Le guerrier lui faisait face, bien campé sur ses jambes, les mains dans le dos. Il n'essayait même pas de dissimuler son irritation. Malgré son caractère ombrageux, il ne toucherait Judith en aucun cas, mais il risquait de la blesser avec des remarques cruelles.

Ian se tenait prêt à intervenir. Il n'avait guère besoin ce soir d'une femme pleurnicharde sur les bras, or Brodick était excellent dans les ruses d'intimidation.

Le sourire du guerrier le prit totalement au dépourvu. Il n'en croyait pas ses yeux ! Alex non plus.

— Vous avez vu ça ? murmura-t-il.

— C'est impossible ! Notre Brodick battrait en retraite ? dit

Gowrie avec un petit rire amusé.

Je ne lui ai jamais vu cette expression ! Que lui raconte-t-elle, à

votre avis ?

Elle faisait passer un dur moment au guerrier, se dit Ian. Les mains sur les hanches, elle avançait vers son adversaire. Brodick reculait littéralement devant elle. Et il avait l'air...

étonné.

La voix de Judith était étouffée par le vent et la distance, mais elle ne chuchotait pas, pour sûr ! Elle criait, et parfois le farouche guerrier clignait des paupières.

Ian jeta un coup d'œil à Margaret. Elle avait la main sur la bouche, le regard affolé, et il se douta qu'elle était plus ou moins concernée.

La porte s'ouvrit enfin. Avec un sourire crispé, Judith revint à sa place. Puis elle croisa les mains sur ses genoux en soupirant. Brodick suivit plus lentement.

Quand il eut regagné son siège, tout le monde le fixa, et Judith se permit d'adresser un clin d'œil à Margaret.

La curiosité de Ian s'exacerbait.

Brodick toussota avant de marmonner:

—Winslow et Isabelle ont un cottage qui ressemble beaucoup à

celui-ci.

—C'est une agréable nouvelle, déclara Cameron.

Brodick, gêné, se trémoussa nerveusement sur son tabouret.

—Leur bébé ne va pas tarder à naître.

Margaret poussa un petit cri de joie, et des larmes lui montèrent aux yeux. Elle saisit la main de son mari.

—Nous allons être grands-parents !

Les yeux de Cameron s'embuèrent et il piqua du nez dans son assiette.

Ian avait enfin compris le jeu de Judith. Elle s'était mise dans une situation difficile simplement pour aider Margaret. Quelle gentillesse de sa part !

Jamais Ian n'aurait imaginé

que les parents d'Isabelle souhaitassent avoir des nouvelles de leur fille, mais une étrangère l'avait deviné, et elle s'en était chargée.

—Aimeriez-vous me poser quelques questions précises au sujet de votre fille ? demanda

Brodick.

Des questions, Margaret en avait des milliers ! A certaines, Alex et

Gowrie répondirent aussi.

Judith était aux anges. Le visage radieux de Margaret était une merveilleuse compensation à

l'attitude rébarbative de Brodick.

La pièce crépitait de chaleur et de joie. Judith tenta de s'intéresser

à la conversation, mais elle

était totalement épuisée. Elle remarqua soudain que le pichet d'eau

était vide, et alla le remplir. Cameron la remercia d'un signe de tête.

Dieu qu'elle était lasse ! Les hommes s'étaient resserrés pendant qu'elle s'était levée, et de toute façon, elle avait trop mal au dos pour rester sur un tabouret.

Elle retourna s'asseoir près de l'âtre et s'appuya au mur. Une minute plus tard, elle dormait à

poings fermés.

Ian ne pouvait détacher son regard d'elle. Elle était si ravissante, avec son visage d'ange ! Il la fixa longuement, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'elle était en train de glisser de son siège.

Après avoir fait signe à Brodick de continuer son histoire, il se leva, vint se poster à côté

d'elle. Les bras croisés, il s'adossa au mur pour écouter son ami parler d'Isabelle. Margaret et

Cameron étaient suspendus à ses lèvres. Ils eurent un sourire rayonnant quand Brodick leur dit qu'Isabelle était d'une générosité presque maladive.

Judith perdit soudain l'équilibre, et elle serait tombée si Ian ne l'avait retenue. Il la repoussa contre le mur, et, de sa jambe, l'empêcha de glisser de nouveau.

Ils restèrent ainsi une bonne heure, puis Ian mit un terme à la conversation.

—Nous partirons à l'aube, Cameron. Nous avons encore deux longues journées de voyage devant nous.

—Votre femme peut prendre notre lit, suggéra Cameron.

Il avait baissé la voix en s'apercevant que Judith dormait.

—Elle restera dehors avec nous ! répliqua Ian. Jamais elle n'accepterait que vous renonciez à

votre lit pour elle, ajouta-t-il pour adoucir son refus.

Margaret et Cameron n'osèrent discuter la décision du laird. Celui- ci se pencha pour prendre

Judith dans ses bras.

—La petite dort comme une marmotte ! remarqua Alex avec un bon sourire.

—Voulez-vous d'autres couvertures ? proposa Margaret. Le vent est glacial, cette nuit.

—Nous avons tout ce qu'il nous faut, répondit Gowrie en ouvrant la porte devant Ian.

Sur le seuil, Ian se retourna.

—Merci pour le souper, Margaret. C'était excellent.

Il se sentait un peu gauche, mais Margaret rougit de ravissement.

Cameron rayonnait, le torse bombé, comme si le compliment lui était adressé.

Ian se dirigea vers un bouquet d'arbres qui protégerait Judith du vent et lui offrirait quelque intimité. Alex lui prépara une tente rudimentaire et Ian la déposa sur le plaid que Gowrie avait déployé pour elle.

—J'avais promis à la petite qu'elle dormirait dans un bon lit, cette nuit, objecta Alex.

—Elle reste avec nous ! répéta Ian d'un ton sans réplique.

Personne n'aurait osé argumenter davantage. Les hommes s'éloignèrent tandis que Ian couvrait la jeune fille. Elle n'avait pas ouvert les yeux une seconde. Il lui caressa doucement la joue.

—Que vais-je faire de toi ? murmura-t-il.

Il n'attendait pas de réponse, et n'en reçut aucune. Judith s'enroula plus étroitement dans les couvertures. Ian n'avait guère envie de la quitter, cependant il s'obligea à se lever, prit un plaid et alla s'appuyer à l'arbre le plus proche. Il ne tarda pas à

s'assoupir. Il fut réveillé au milieu de la nuit par un bruit jusqu'alors inconnu. Les autres guerriers l'avaient entendu également.

—Bon Dieu, que se passe-t-il ? grommela Brodick.

C'était Judith. Elle avait l'impression qu'elle était en train de geler sur place. Elle tremblait de tous ses membres et ses dents s'entrechoquaient violemment.

C'était ce bruit qui avait alerté

les hommes.

—Je ne voulais pas vous réveiller, Brodick, cria-t-elle d'une voix entrecoupée. Mais je meurs de froid !

—Vraiment, petite ? s'étonna Alex.

—Je viens de vous le dire !

—Venez ici, ordonna Ian d'une voix bourrue.

—Non ! répliqua Judith sur le même ton.

Il sourit dans l'obscurité.

—Alors c'est moi qui viendrai à vous.

—Ne m'approchez pas, Ian Maitland ! décréta-t-elle. Et si vous avez l'intention de m'ordonner de cesser d'avoir froid, je vous préviens, ça ne marchera pas !

Il vint se poster devant la tente, et elle ne vit d'abord que le bout de ses bottes. Puis il arracha les fourrures.

—Voilà qui va me réchauffer ! s'indigna-t-elle en se redressant, courroucée.

Ian la repoussa sur le sol et s'allongea près d'elle, lui offrant la chaleur de son dos.

Brodick arriva soudain de l'autre côté et s'allongea aussi près d'elle. Instinctivement, elle se rapprocha de Ian, et le guerrier se pressa contre elle. A présent, elle n'avait plus froid ! La chaleur que dégageaient ces deux géants écossais était étonnante !

Et merveilleuse.

—On dirait un bloc de glace, remarqua Brodick.

Elle éclata de rire, et les deux hommes en furent attendris.

—Brodick ?

—Oui ? aboya-t-il.

Elle ne se laissa pas déconcerter par sa brusquerie. Elle commençait à le connaître. C'était une défense, elle le savait. Sous ses manières d'ours mal léché, il cachait un cœur d'or.

—Merci...

—De quoi ?

—D'avoir pris le temps de parler d'Isabelle.

Il grommela, et elle rit de nouveau.

—Judith ?

Elle se lova plus encore contre Ian avant de répondre :

—Oui, Ian ?

—Arrêtez de pouffer comme une petite fille, et dormez.

Elle ne se le fit pas dire deux fois.

Brodick attendit un long moment avant de parler. Il voulait être sûr que Judith ne pouvait l'entendre. Enfin il prononça à voix basse :

—Chaque fois qu'elle a le choix, elle se tourne vers toi...

—Que veux-tu dire, Brodick ?

—Elle s'est collée à ton dos, pas au mien. Elle préfère aussi chevaucher avec toi.

—J'ai remarqué, avoua Ian en souriant. Mais elle me préfère simplement parce que je suis le frère de Patrick.

—Bon Dieu, c'est bien plus que ça !

Ian ne commenta pas cette déclaration.

—Dis-moi, Ian... reprit Brodick au bout de quelques minutes.

—Te dire quoi ?

—Si tu as l'intention de la garder ou non.

—Et si c'est non ?

—Alors, moi, je la garde...

5

Il leur fallut en effet deux jours pour atteindre les terres des

Maitland. Ils passèrent leur dernière soirée dans la merveilleuse forêt de Gledden Falls.

Bouleaux, pins et chênes y étaient si denses que les chevaux avaient du mal à se frayer un passage dans l'étroit sentier. Le brouillard blanc qui flottait au ras du sol conférait au paysage une atmosphère presque magique.

Judith était ravie. Elle s'enfonça dans la brume jusqu’à y disparaître presque entièrement. Ian veillait sur elle. Elle se retourna et murmura, émerveillée, que c'était sûrement le plus bel endroit du monde.

—Pour moi, le paradis doit ressembler à ce lieu, Ian.

Surpris, il regarda autour de lui.

—Peut-être, dit-il enfin.

Visiblement, il n'avait jamais pris le temps d'apprécier la beauté de la nature, et elle le lui fit remarquer. Il l'observa longuement, vint à elle, lui effleura doucement la joue et souffla enfin :

—Mais si, j'apprécie la beauté.

Il faisait allusion à elle... La trouvait-il vraiment belle ? se demanda-t-elle en rougissant. Elle n'osa poser la question.

Heureusement, il détourna la conversation en lui annonçant qu'elle allait pouvoir prendre un véritable bain.

Quelle joie ! L'eau qui cascadait tranquillement était glaciale, mais

Judith était trop heureuse de pouvoir enfin se laver pour s'en soucier. Elle baigna même ses cheveux qu'elle dut tresser encore mouillés. Mais cela n'avait pas d'importance.

Elle voulait se montrer à son avantage pour ses retrouvailles avec

France Catherine. Elle redoutait un peu leur rencontre. Il y avait quatre ans qu'elles ne s'étaient pas vues. Son amie la trouverait-elle changée ? Et serait-ce en bien ou en mal ?

Elle ne voulait pas se tracasser à ce sujet. Au fond de son cœur, elle savait que tout se passerait bien. De plus en plus excitée, dès la fin du repas, elle se mit à tourner en rond autour du feu de camp.

—Savez-vous que l'épouse de Cameron a passé toute la nuit à

nous confectionner des gâteaux ? demanda-t-elle à la cantonade. Elle en a fait pour

Isabelle, mais pour nous aussi.

Alex, Gowrie et Brodick étaient assis près du feu, et Ian s'appuyait

à un gros bouleau non loin.

Ils ne prirent pas la peine de lui répondre.

Elle n'en fut pas mortifiée. Rien n'aurait pu ternir sa joie.

—Pourquoi avons-nous un feu, ce soir ? C'est la première fois depuis notre départ.

—Nous sommes chez les Maitland, à présent, répondit Gowrie. En sécurité.

Elle faillit s'étrangler.

—Cet endroit de rêve vous appartient ?

Alex et Gowrie sourirent. Brodick fronçait les sourcils.

—Ça vous ennuierait d'arrêter de tourner en rond, jeune fille ? dit- il. Vous me donnez mal à la tête!

Elle lui lança au passage un sourire éblouissant.

—Alors, ne me regardez pas !

Elle cherchait à l'asticoter un peu, mais il la surprit en lui rendant son sourire.

—Pourquoi vous agitez-vous ainsi ? demanda Ian.

—Je suis bien trop énervée pour rester tranquillement assise. Il y a si longtemps que je n'ai vu

France Catherine, et j'ai tant de choses à lui raconter ! Je ne vais pas fermer l'œil de la nuit, j'en suis sûre !

Ian était sûr du contraire.

Et il avait raison. Judith s'endormit à l'instant même où elle posa la tête sur le plaid qui lui servait d'oreiller.

Au matin, elle les avertit qu'elle prendrait du temps pour sa toilette. Quand elle revint au camp où les hommes l'attendaient sur leurs montures, elle était aussi merveilleuse que le décor. Sa robe était d'un bleu lumineux comme ses yeux, et elle portait ses cheveux dénoués, les boucles dansant sur ses épaules.

Ian en eut le cœur serré d'émotion. Il ne pouvait se détourner d'elle, et se reprocha son manque de maîtrise de soi.

En pénétrant dans la clairière, Judith s'arrêta net. Ian ne comprit son hésitation que lorsqu'il se tourna vers ses compagnons. Tous lui tendaient la main pour qu'elle vienne à eux.

—Elle monte avec moi ! déclara-t-il d'une voix dure.

Judith pensa qu'il était irrité parce qu'elle avait été longue à se préparer. Elle marcha lentement vers lui.

—Je vous avais prévenu que j'avais besoin de temps, ce matin, alors ne me faites pas ces yeux noirs !

—II n'est pas très correct de me parler sur ce ton, soupira-t-il, agacé.

—Quel ton ? demanda-t-elle, sincèrement étonnée.

—Exigeant.

—Je n'exigeais rien !

—Vous n'avez pas non plus à discuter avec moi...

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Lorsque les chevaux furent prêts, Ian retira les peaux de bêtes qui couvraient les piquets et s'agenouilla pour toucher l'épaule de la jeune fille en murmurant son prénom.

Elle n'eut même pas un battement de cils. Il la secoua légèrement.

—Elle a un sommeil de plomb, on dirait, remarqua Gowrie en s'approchant. Elle respire, au moins ?

Judith ouvrit enfin les yeux. En découvrant les deux géants au- dessus d'elle, elle faillit hurler.

Heureusement, elle se retint à temps.

Dans sa peur, elle avait saisi la main de Ian, et il l'aida à se mettre debout.

—Il est l'heure de partir, Judith, dit-il comme elle ne bougeait pas.

Pourquoi n'allez-vous pas vous passer un peu d'eau sur le visage, afin de vous réveiller tout à

fait ?

Elle se mit à marcher droit devant elle... Brodick vint la prendre aux épaules et la tourna dans la bonne direction. Il dut la pousser pour qu'elle avance de nouveau.

—Tu crois qu'elle va rentrer directement dans l'eau ? demanda

Alex.

—Elle se réveillera peut-être avant... répondit Gowrie en riant.

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—Mon père, condamneriez-vous Isabelle sous prétexte qu'elle s'est montrée courageuse ? Elle a crié plusieurs fois, en vérité, mais pas à chaque contraction, car elle ne voulait pas inquiéter son époux. Il attendait dehors, et pouvait l'entendre. Même dans cette pénible situation, elle pensait à lui.

—Allons-nous croire cette Anglaise sur parole ? s'écria Agnès.

Judith se tourna vers les parents assis à la table.

—J'ai rencontré Isabelle seulement hier, aussi dois-je admettre que je ne la connais pas très bien. Pourtant je l'ai tout de suite jugée comme une femme douce, de caractère égal. Cela vous paraît-il exact ?

—Oui, ça l'est, répondit une femme brune avant de jeter un regard mauvais aux deux sages- femmes. Elle est aussi calme et gentille que possible. Et nous nous félicitons de l'avoir dans notre famille. Elle craint et respecte Dieu, également. Jamais elle n'aurait fait quoi que ce soit pour alléger ses souffrances.

—Je dirai aussi qu'Isabelle est une personne très bonne, renchérit le prêtre.

—Cela n'a rien à voir avec la question, aboya Agnès. Le diable...

Judith lui coupa délibérément la parole.

—Serait-il aussi exact de dire que jamais Isabelle ne blesserait quelqu'un volontairement ?

Que ce serait contre sa nature ?

Tout le monde hocha la tête. Judith se débarrassa de son châle.

—Maintenant, je vous demande, mon père, si vous pensez qu'Isabelle a assez souffert.

Elle releva ses cheveux et pencha la tête pour bien montrer les marques sombres sur son cou.

Il ouvrit de grands yeux.

—Dieu du Ciel ! Est-ce notre tendre Isabelle qui vous a fait ça?

—Oui, répondit Judith.

Et heureusement qu'elle l'avait fait!

—Elle avait tellement mal qu'elle m'a serré le cou et ne voulait plus me lâcher. Je pense qu'elle ne se le rappelle même pas. J'ai eu du mal à dénouer ses doigts, mon père, et à lui faire agripper les poignées du tabouret de naissance.

Le regard du prêtre en disait long. Judith sut qu'il la croyait.

—Isabelle a suffisamment souffert, selon les lois notre Sainte

Église, déclara-t-il. L'affaire est close.

Agnès ne l'entendait pas de cette oreille. Elle sortit un mouchoir de la manche de sa robe.

—Il pourrait s'agir d'un leurre, dit-elle en s'approchant de Judith pour essayer d'effacer les marques sur son cou.

Judith tressaillit de douleur, mais elle ne fit rien pour arrêter cette torture. Sinon, l'autre affirmerait partout qu'elle avait triché, qu'elle s'était volontairement teinté la peau.

—Lâchez-la!

Le rugissement de Ian emplit la demeure. Agnès sursauta si fort qu'elle heurta le prêtre qui lui-même vacilla.

Judith sentit des larmes de reconnaissance et de joie lui monter aux yeux. Elle mourait d'envie de courir se jeter dans les bras de Ian. Sans la quitter du regard, il franchit le seuil et pénétra tout à fait dans la pièce, Brodick sur ses talons. Les deux guerriers semblaient fous de rage.

Ian s'arrêta à quelques centimètres de Judith et l'examina de la tête aux pieds pour s'assurer qu'elle n'avait pas de mal.

Elle fut très fière d'avoir pu garder une attitude digne. Ian ne saurait pas à quel point elle était bouleversée. Elle s'était déjà humiliée la nuit précédente en sanglotant dans ses bras; elle en avait encore honte. Jamais plus elle ne montrerait devant lui une telle vulnérabilité. Il pensa qu'elle était sur le point de fondre en larmes. Ses yeux étaient embués, et elle luttait visiblement pour garder un maintien calme. Si Judith n’avait pas

été blessée physiquement, elle l’avait certainement été moralement.

—Winslow ? demanda Ian d’une voix dure, furieuse.

Le mari d’Isabelle comprit immédiatement, et il fit le récit de ce qui s’était passé, à sa manière brève et précise sa voix tremblait d’indignation.

Ian posa sa main sur l’épaule de Judith et la sentit trembler, ce qui décupla sa colère.

—Judith est invitée dans la maison de mon frère commença-t-il.

Il attendit que tout le monde ait bien assimilé l’information avant de poursuivre :

—Mais elle est également sous ma protection. S’il y a un problème, c’est à moi qu’il faut en parler. Compris ?

La charpente semblait trembler tant sa voix était forte. Jamais

Judith ne l'avait vu dans un tel

état de rage. C'était un peu terrifiant. Elle s'obligeait à se rappeler que ce n'était pas à elle qu'il en voulait, qu'il prenait même sa défense, mais la logique ne lui

était pas d'une grande aide. La flamme qui brûlait dans ses yeux la faisait frissonner.

—Laird Ian, vous rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de dire ? murmura le prêtre.

Ian répondit, les yeux fixés sur Judith :

—Oui.

—Par le diable ! marmonna Brodick.

Ian se tourna vers son ami.

—Tu t'opposes à moi ?

Brodick considéra la question un long moment, avant de secouer la tête.

—Non. Mon aide t'est acquise. Et Dieu sait que tu vas en avoir besoin !

—Je suis avec toi aussi ! cria Winslow.

Ian se détendit quelque peu. La loyauté de ses amis le touchait.

Judith, cependant, ne comprenait pas pourquoi il aurait besoin de leur appui. L'hospitalité, en

Angleterre, était offerte à un invité par tous les membres le la famille ; mais ici, cela paraissait se dérouler ; autrement.

— Le conseil ? demanda Winslow.

— Bientôt.

Judith regarda enfin ses deux ennemies. Elle fut étonnée de l'expression d'Helen : elle semblait soulagée du tour qu'avaient pris les événements. Elle retenait un sourire, et Judith fut bien incapable de comprendre pourquoi. Quant à Agnès, son attitude était beaucoup plus claire. Ses yeux flamboyaient de rage ; Judith se tourna vers le prêtre, qui la fixait avec insistance.

— Avez-vous d'autres questions à me poser, mon père?

Il secoua la tête en souriant. Personne ne leur prêtait plus attention, et elle s'approcha de lui.

Winslow, Brodick et Ian étaient engagés dans une discussion animée, et les parents réunis autour de la table parlaient tous en même temps.

—Puis-je vous demander quelque chose, mon père ? murmura

Judith.

—Je vous en prie.

—S'il n'y avait pas eu ces marques sur mon cou, auriez-vous condamné Isabelle et son enfant ?

—Non.

Judith soupira. Elle n'aurait pas aimé croire qu'un homme de religion pût se montrer aussi impitoyable.

—Alors vous vous seriez contenté de ma parole comme seule preuve de sa souffrance, bien que je sois une étrangère ?

—J'aurais trouvé un moyen de soutenir vos déclarations. Peut-être en demandant à la famille d'Isabelle, ici assemblée, de parler pour elle. Mais ces ecchymoses m'ont grandement facilité

la tâche, ajouta-t-il en lui tapotant amicalement la main.

—Sans doute... Si vous voulez bien m'excuser, à présent, mon père, j'aimerais me retirer.

Avec sa bénédiction, elle se hâta de sortir. Il était peut-être un peu indélicat de partir ainsi sans saluer l'assistance, surtout Ian, mais Judith n'aurait pas supporté de rester une minute de plus dans la même pièce qu'Agnès.

A l'extérieur, il y avait deux fois plus de gens qu’à l'arrivée de

Judith, et elle ne se sentait pas d'humeur à supporter leur curiosité. La tête bien droite, elle se fraya un passage jusqu'à l'arbre où elle avait attaché sa monture. Elle n'était pas non plus d'humeur

à tolérer les caprices de l'étalon. Elle lui donna une claque d'avertissement sur le flanc gauche et il resta tranquille pendant qu'elle se mettait en selle.

La jeune fille était trop bouleversée par ce qu'elle venait de vivre pour rentrer directement chez France Catherine. Elle avait besoin de se calmer. Sans idée préconçue, elle dirigea le cheval vers le haut de la colline. Elle galoperait jusqu'à se libérer de sa colère. Et tant pis si cela prenait longtemps.

Le père Laggan sortit du cottage peu après Judith. Il leva les mains pour capter l'attention de la foule.

—Tout est résolu, à ma plus grande satisfaction ! annonça-t-il avec un bon sourire. Lady

Judith a tout élucidé en quelques minutes.

Il y eut un cri de joie général. Brodick sortit à son tour, suivi de

Ian et de Winslow. Les gens s'écartèrent pour le laisser passer, et il était presque arrivé à l'arbre où était resté son l'étalon quand il s'aperçut, qu'il avait disparu.

—Bon Dieu, elle a recommencé ! rugit-il.

II n'en croyait pas ses yeux. Comment avait-elle osé partir de nouveau avec sa monture ? Le fait que l'étalon l’appartient n'entrait pas en ligne de compte.

—Lady Judith n'a pas volé ton cheval, cria Winslow. Elle l'a simplement emprunté. C'est ce qu'elle a dit en arrivant ici, et elle est sûrement persuadée, que...

Winslow fut obligé de s'interrompre car le rire l'étranglait.

Ian, en revanche, ne souriait même pas. Il alla chercher sa monture, se mit en selle et tendit la main à son ami. Celui-ci allait monter en croupe quand Bryan, un des plus vieux de la foule, fit un pas vers lui.

—La petite n'a pas volé ton cheval, Brodick. N'en prends pas ombrage...

Brodick lui jeta un coup d'œil mauvais. Mais un autre guerrier s'avança près de Bryan.

—Ouais, Lady Judith était sans doute pressée, c'est tout.

Un autre encore vint ajouter sa voix à celle de ses compagnons.

Ian était aux anges, il ne s'agissait pas du cheval emprunté,

évidemment. Mais les hommes faisaient savoir à leur laird que Judith avait su gagner leur appui...

et toucher leur cœur. Elle avait défendu Isabelle, à présent, ils la soutenaient.

Ian attendit que Brodick fût monté derrière lui pour lancer son cheval au galop. Il avait imaginé que Judith se rendrait directement chez son amie, mais l'étalon ne s'y trouvait pas. Où

pouvait-elle bien être ?

Il laissa Brodick mettre pied à terre.

—Elle a dû aller au château. Je vais voir, dit-il.

—Moi, je regarderai vers le bas de la colline, dit Brodick.

Il commença à s'éloigner, puis se retourna.

—Je te préviens, Ian, quand je la retrouverai, je lui ferai passer un mauvais quart d'heure !

cria-t-il.

—Je t'y autorise !

Brodick dissimula un sourire. Il attendait la suite. Il connaissait suffisamment Ian pour savoir comment son esprit fonctionnait.

—Mais... ?

—Fais-lui passer un mauvais quart d'heure si tu veux, mais ne hausse pas le ton devant elle.

—Pourquoi ?

—Tu risquerais de la bouleverser, expliqua Ian. Et je ne le veux pas.

Brodick ouvrit la bouche pour protester, mais il choisit de se taire.

S'il ne pouvait pas crier, à

quoi bon gronder Judith ! Cela n'avait plus le moindre intérêt.

Comme il se remettait en marche en bougonnant, il entendit le rire de Ian derrière lui.

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- Elle était en colère parcequ'elle avait peur que tu lui manque pendant six mois de l'année? insista France Cathérine.

- Non, souffla Judith. Elle dit que je suis un fardeau.

- Alors pourquoi elle ne voulait pas que tu t'en ailleq?

- Elle n'aime pas oncle Herbert, c'est pour ça.

- Pourquoi elle ne l'aime pas?

- Parce qu'il est apparenté à ces ecossais pourris, répondit Judith, répétant ce qu'elle avait entendu des centaines de fois.

- Papa, est-ce que je suis une Ecossaise pourrie?

- Certainement pas!

- Et moi? demanda Judith d'une toute petite voix.

- Tu es Anglaise, Judith, expliqua patiemment le papa.

- Je suis une Anglaise pourrie?

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udith écouta à peine les paroles de son mari. Elle n'avait sans doute aucune chance de repérer le petit garçon dans cette foule dense, mais elle était bien décidée

à le chercher. Elle aperçut

France Catherine près d'Isabelle et se réjouit de leur amitié

naissante...

—Continuez à parler, murmura-t-elle à Ian quand il s'interrompit.

—J'ai terminé, lui dit-il à l'oreille.

—Ian, je vous en prie. Je ne l'ai pas encore trouvé. Et ne me regardez pas ainsi. Ils vont croire que vous me prenez pour une folle.

—Mais je vous prends pour une folle ! marmonna-t-il.

Elle lui envoya un petit coup de coude dans les côtes pour le pousser à poursuivre.

Et il se remit à parler. Judith allait renoncer à sa quête quand elle aperçut une des sages- femmes. Helen, se souvint-elle. Elle semblait terrifiée. Judith la regarda un bon moment, en se demandant pourquoi. Soudain, Helen se tourna à demi pour regarder derrière elle. Alors seulement Judith vit le garçon. Il essayait de se dissimuler dans les jupes de sa mère.

Judith posa sa main sur le bras de Ian.

—Vous pouvez arrêter, maintenant.

Ian s'interrompit tout net, et le clan mit une bonne minute à

comprendre que l'allocution était terminée. Enfin on poussa des cris de joie. Les guerriers, qui se tenaient près du château, vinrent offrir leurs félicitations à leur laird.

—C'est ton plus long discours, remarqua l'un d'eux.

—Le seul qu'il ait jamais prononcé, rectifia Patrick.

Judith ne leur prêtait plus aucune attention. Elle voulait intercepter le petit avant que sa mère ne l'emmène.

—Excusez-moi, murmura-t-elle.

Avant que Ian pût lui en donner l'autorisation ; elle fendit la foule, saluant rapidement France

Catherine au passage. Plusieurs jeunes femmes; apparemment sincères, la félicitèrent chaudement, et elle leur répondît en les invitant à venir lui rendre visite au château.

Helen avait saisi la main de son fils. Plus Judith approchait, plus elle semblait terrorisée.

L'enfant avait certainement avoué sa faute...

—Bonjour, Helen, commença Judith.

—Nous voulions aller parler à notre laird, balbutia la jeune femme. Puis on nous a demandé

de venir dans la cour, et... Sa voix se brisa.

Plusieurs commères les observaient, or Judith ne voulait pas qu'elles assistent à la scène.

— Helen, chuchota-t-elle, j'ai à parler avec votre fils. Voulez-vous me le confier quelques minutes ?

Les yeux de la sage-femme étaient pleins de larmes refoulées.

— Andrew et moi allions dire au laird...

Judith l'interrompit.

—Ce problème concerne votre fils et moi. Le laird n'a pas besoin de s'en mêler. Mon époux est un homme très occupé, Helen. Si vous vouliez lui parler de quelques pierres malencontreusement jetées, je pense que cela peut rester entre nous trois.

Helen comprit enfin, et elle fut tellement soulagée que Judith crut qu'elle allait s'évanouir.

—Voulez-vous que je vous attende ici ?

—Vous feriez mieux de rentrer chez vous. Je vous renverrai

Andrew dès que j'en aurai fini avec lui.

—Merci, murmura Helen en ravalant ses larmes.

Ian n'avait pas quitté sa femme des yeux. Pourquoi s'entretenait- elle si longuement avec la sage-femme ? Helen avait l'air catastrophée, mais Judith lui tournait le dos, et il ne pouvait savoir ce qu'elle ressentait. Brodick et Patrick réclamaient son attention, et il allait se détourner quand il vit Judith se pencher pour saisir la main du fils d'Helen. Il semblait répugner à la suivre, mais elle ne céda pas. Elle se mit en route, traînant le petit derrière elle.

— Où va Judith ? demanda Patrick.

Ian ne répondit pas assez vite au goût de Brodick.

—Veux-tu que je la suive ? Il ne faut pas la laisser seule tant qu'on n'a pas trouvé le coupable.

A ce moment précis, Ian comprit tout.

—Ne vous tracassez pas pour Judith, dit-il. Je sais qui a lancé les pierres. Elle n'est pas en danger.

—Par le diable, qui a bien pu agir ainsi ? tonna Brodick.

—Le fils d'Helen.

Les deux guerriers étaient décontenancés.

—Mais elle est avec lui, justement...

—Elle avait dû le voir. Avez-vous remarqué la façon dont elle l'a traîné derrière elle ? Oh oui, elle sait tout. Et elle doit lui passer un sacré savon, à présent !

Ian ne se trompait pas. Judith sermonna le petit, mais il se montrait tellement repentant et apeuré qu'elle finit par le consoler. Il venait tout juste d'avoir sept ans. Même s'il était grand et fort pour son âge, c'était encore un tout petit bonhomme. Il pleurait dans les bras de Judith, la suppliant de lui pardonner. Il n'avait pas voulu lui faire de mal, non, il essayait seulement de lui faire peur pour qu'elle rentre en Angleterre.

Judith était pratiquement sur le point de s'excuser de rester dans les Highlands quand le petit s'écria entre deux sanglots:

—Tu as fait pleurer maman !

Judith se demandait bien pourquoi, mais Andrew était incapable de le lui expliquer. Elle en parlerait directement à la sage-femme.

Elle s'assit sur un rocher, le petit garçon en larmes dans ses bras.

Elle était heureuse de voir qu'il regrettait son méfait. Puisqu'il l'avait déjà confié à sa mère,

Judith estimait qu'elle n'avait pas besoin d'ennuyer Ian avec cette affaire.

—Que dit ton père de ta conduite? demanda-t-elle à l'enfant.

—Papa est mort l'été dernier, répondit Andrew. C'est moi qui m'occupe de maman, à présent.

Judith eut le cœur serré.

—Andrew, tu m'as promis de ne plus jamais te comporter aussi mal, et je suis sûre que tu es sincère. Ne parlons plus de cette histoire.

—Mais il faut que je dise au laird que je Regrette...

Elle trouva cette attitude digne et courageuse.

—Tu as peur de parler au laird ?

Andrew hocha vigoureusement la tête.

—Tu voudrais que je m'en charge à ta place ? proposa-t-elle.

Il cacha son visage contre l'épaule de la jeune femme.

—Tu veux bien le faire tout de suite ? demanda-t-il.

—Entendu. Nous allons rentrer, et...

—Il est là, murmura Andrew, tremblant de terreur.

Judith se retourna pour trouver son époux debout derrière elle. Les bras croisés, appuyé à un arbre, fil les observait.

L'enfant tremblait à présent de tous ses membres, et Judith décida de ne pas prolonger cette

épreuve. Elle le repoussa, le remit sur ses pieds, lui prit la main et l'obligea à avancer vers Ian.

Andrew n'osait pas lever la tête. Ian devait être un géant, pour lui !

Judith lui serra les doigts bien fort.

—Ton laird est prêt à entendre ce que tu as à lui dire...

Andrew leva enfin un petit visage terrifié aux taches de rousseur plus visibles que jamais.

—J'ai lancé les cailloux, déclara-t-il tout de go. Je ne voulais pas blesser votre dame, juste lui faire peur pour qu'elle rentre chez elle. Comme ça, maman ne pleurerait plus.

Il baissa de nouveau la tête.

—Je regrette, ajouta-t-il dans un murmure, et je vous demande pardon.

Ian resta longtemps silencieux, Judith souffrait de voir l'enfant si malheureux. Elle allait prendre sa défense quand Ian leva la main pour lui imposer le silence.

Il s'avança lentement en secouant la tête à l'attention de Judith. Il ne voulait plus qu'elle s'en mêle. Il vint se planter devant le petit.

—Ce n'est pas à tes pieds que tu demandes pardon, dit-il. C'est à

moi.

Judith n'était pas d'accord. C'était à elle qu'Andrew devait des excuses, et il les lui avait déjà

faites.

Néanmoins, ce n'était pas le moment de discuter avec Ian.

L'enfant regarda son laird. Il s'accrochait plus que jamais à la main de Judith. Ian ne comprenait donc pas à quel point il terrifiait ce garçon ?

—Je suis désolé d'avoir blessé votre dame, répéta Andrew.

Ian mit les mains dans son dos et fixa l'enfant une longue minute.

Il faisait traîner la punition... se dit Judith.

—Viens marcher un peu avec moi, ordonna-t-il Judith, attends- nous ici.

Sans leur donner le temps de réagir, il s'éloigna sur le chemin.

Andrew lâcha Judith et courut derrière lui. Ils restèrent partis un long moment. Quand ils revinrent, Ian avait toujours les mains dans le dos, et Judith faillit éclater de rire en voyant l'enfant l'imiter. Les mains

également croisées dans le dos, il avait la démarche aussi arrogante que le laird. Il ne cessait de parler, et Ian hochait gravement la tête de temps en temps.

Andrew se comportait comme si on venait de le soulager d'un grand poids. Ian le congédia et attendit qu'il fût hors de portée de voix pour dire à Judith :

—Je t'ai demandé si tu avais vu quelqu'un. Peux-tu m'expliquer pourquoi tu m'as menti ?

—Vous m'avez demandé précisément si j'avais vu un homme ou une femme, lui rappela-t- elle. Je ne vous ai pas menti. Il s'agissait d'un enfant.

—N'essaie pas de m'abuser ! répliqua-t-il. Tu sais parfaitement de quoi je voulais parler, maintenant dis-moi pourquoi tu ne m'as rien confié.

Elle soupira.

—C'était une affaire entre ce garçon et moi. Je n'ai pas cru bon de vous ennuyer avec ça.

—Je suis ton époux ! Que veux-tu dire par «je n'ai pas cru bon de vous ennuyer»?

—Ian, j'étais sûre de pouvoir régler le problème seule.

—Ce n'était pas à toi d'en décider.

Il n'était pas en colère. Il enseignait seulement à Judith la façon dont elle devait se comporter en cas, de difficulté. Elle tentait désespérément de ne pas le prendre mal. En vain. Elle finit par croiser les bras et froncer les sourcils.

—Je n'ai pas le droit de prendre des décisions ?

—Il est de mon devoir de prendre soin de toi.

—Et de régler mes problèmes ?

—Évidemment.

—Ce qui me rabaisse au rang d'un enfant. Par le Ciel, je ne suis pas sûre d'apprécier le statut de femme mariée ! J'avais plus de liberté quand je vivais en

Angleterre !

Il soupira. Elle proférait des absurdités et se comportait comme si elle venait seulement de découvrir ce qu'était la condition féminine.

—Judith, personne n'est entièrement libre.

—Si, vous.

—C'est faux. En tant que laird, j'ai beaucoup plus d'obligations que les guerriers qui me servent. Chacun de mes actes peut être remis en question devant le conseil. Tout le monde a sa place, ici, et ses responsabilités. Et, femme, je n'aime guère t'entendre dire que tu es mécontente d'être mariée avec moi !

—Je n'ai pas dit cela, mon cher époux. J'ai dit que je n'appréciais guère la condition de femme mariée. Il y a une grande différence!

Visiblement, il n'était pas d'accord, pourtant il la prit, contre lui et l'embrassa.

—Tu aimeras être mariée avec moi, Judith, je te l'ordonne.

C'était ridicule. Elle le repoussa pour le regarder. Il plaisantait, forcément... Mais elle ne vit aucune lueur d'amusement dans ses yeux. Dieu, il semblait...

ennuyé, et vulnérable. Elle en fut étonnée et très, très heureuse. Elle se jeta de nouveau dans ses bras.

—Je t'aime, murmura-t-elle. Évidemment, j'aime être mariée avec toi !

—Donc, tu aimeras aussi me confier tes petits problèmes pour que je les résolve.

—Parfois, oui... D'autres fois, je m'en occuperai moi-même.

—Judith...

Elle l'interrompit.

—D'après France Catherine, vous avez été plus un père qu'un frère aîné pour Patrick. Vous avez toujours traité ses problèmes à sa place, n'est-ce pas ?

—Quand nous étions plus jeunes, peut-être, avoua-t-il. Maintenant que nous sommes tous deux adultes, nous décidons ensemble de l'attitude à adopter en cas de difficulté. Je m'en remets à lui autant qu'il s'en remet à moi. Mais explique-moi ce que mon frère vient faire dans notre discussion. Tu veux que je prenne soin de toi, non ?

—Je le veux, bien sûr. Mais je refuse d'être un fardeau. Je veux pouvoir partager mes problèmes avec vous, pas m'en décharger. Comprenez-vous ? Je souhaite être suffisamment importante à vos yeux pour que vous aussi partagiez vos tourments avec moi. Ne pourriez- vous me traiter avec le même respect que Patrick ?

—Je prendrai ce vœu en considération, répondit Ian, un peu désorienté.

Elle dissimula un sourire.

—Cela me suffit...

Elle l'embrassa dans le cou, et il prit longuement ses lèvres. Il eut un mal fou à interrompre leur baiser. Judith aperçut Andrew qui se tenait immobile à

quelque distance. Ian l'appela sans même se retourner.

—Prêt, Andrew ?

—Oui, laird ! répondit le petit.

—Comment saviez-vous qu'il se trouvait là ? demanda Judith.

—Je l'ai entendu.

—Pas moi.

—Ce n'est pas la peine, dit-il en souriant.

Elle ne comprit pas le sens précis de cette remarque, mais elle lui sembla très arrogante.

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II ne la quittait pas des yeux, le bras posé sur la croupe de son

étalon. Il gardait un visage de marbre, mais en s'approchant Judith lut de la surprise dans ses yeux. Elle s'arrêta à un mètre de lui. Elle ne savait même plus ce qu'elle voulait lui dire, pourtant les mots se formèrent tout seul sur ses lèvres.

—Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas, Ian ?

Elle avait presque crié, mais Ian ne s'en formalisa pas.

— Oui, Judith. Je sais que tu m'aimes.

Elle eut un petit soupir soulagé.

Ian eut l'impression qu'elle était parvenue à voir clair enfin dans son esprit... et dans son cœur.

Et elle semblait sacrement contente d'elle. Elle souriait, les yeux légèrement embués de larmes.

—Et tu m'aimes aussi, reprit-elle d'une voix très douce. Je t'ai dit un jour que je ne pourrais vivre avec un homme qui ne m'aimerait pas. Tu as été de mon avis, sans hésiter. Cela m'a troublée, car je ne savais pas alors combien tu m'aimais. Je regrette que tu ne me l'aies pas dit plus tôt. Cela m'aurait épargné bien des tourments.

—Tu aimes les tourments, déclara-t-il.

Elle refusa de discuter sur ce point.

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Les autres membres du conseil hochèrent gravement la tête. Ian se leva si brusquement que sa chaise s'écrasa au sol, et Judith, stupéfaite, recula de quelques pas, heurtant du même coup

Brodick. Encore plus étonnée, elle vit que les guerriers s'étaient remis en ligne derrière elle.

—Pourquoi me suivez-vous ainsi ? demanda-t-elle, exaspérée.

Ian se tourna vers elle. Cette question ridicule avait eu raison de sa colère.

—Ils ne vous suivent pas, Judith. Ils m'assurent de leur soutien.

Cela ne suffit pas à la jeune fille.

—Alors dites-leur d'aller vous soutenir un peu plus loin ! suggéra- t-elle avec un geste vague.

Ils me barrent le chemin, or j'aimerais me retirer.

—Mais moi, je veux que vous restiez.

—Ian, ce n'est pas ma place...

—C'est vrai, ce n'est pas sa place ! s'écria Gelfrid.

Ian se tourna pour l'affronter.

Dès lors, Judith eut l'impression d'être prise au beau milieu d'un ouragan. Tout le monde parlait en même temps. La discussion semblait porter sur une sorte d'union. En tout cas ce mot revenait sans cesse, et il contrariait visiblement les membres du conseil. Ian se faisait le défenseur de cette alliance, le conseil s'y opposait.

L'un des Anciens s'en rendit presque malade. Après avoir crié son opinion avec véhémence, il fut pris d'une affreuse quinte de toux. Il s'étranglait, il étouffait.

Judith fut la seule à remarquer son état pitoyable, et, après avoir ramassé la chaise de Ian, elle se dirigea vers une table où se trouvaient un pichet d'eau et des gobelets en argent. Personne ne tenta de l'en empêcher. Elle tendit un verre d'eau au vieil homme, puis entreprit de lui taper

énergiquement dans le dos.

Enfin, il lui fit signe de cesser, se tourna pour remercier celui qui l'avait ainsi secouru. Et il s'arrêta net, les yeux agrandis d'étonnement en la voyant derrière lui. Il eut un hoquet et recommença à tousser de plus belle.

—Vous ne devriez pas vous mettre dans des états pareils, dit-elle doucement en le tapant de nouveau entre les omoplates. Et vous ne devriez pas non plus me détester, ajouta-t-elle. La haine est un péché. Demandez au père Laggan, si vous ne me croyez pas. D'autre part, je ne vous ai jamais fait de tort.

Elle était tellement absorbée par ses propres paroles qu'elle ne remarqua pas que les autres s'étaient tus.

—Judith, cessez de frapper Gelfrid !

Elle leva les yeux vers Ian et fut surprise de le voir sourire.

—Et vous, cessez de me donner des ordres, rétorqua-t-elle.

J'essaie d'aider cet homme. Buvez encore un peu, conseilla-t-elle à Gelfrid. Cela vous fera du bien.

—Vous me laisserez tranquille, ensuite ?

—Inutile de me parler sur ce ton. Je serai ravie de vous laisser tranquille, comme vous dites.

Elle retourna se placer près de Ian et murmura :

—Pourquoi suis-je obligée de rester ici ?

—Cette jeune fille a le droit de savoir ce qui se passe, intervint le père Laggan à voix forte. Il faut qu'elle consente, Ian.

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Elle se laissa retomber sur les oreillers, les yeux clos.

—Judith, essayez de vous réveiller, ordonna Ian d'une voix plus autoritaire.

—Elle est épuisée, intervint France Catherine.

Judith remonta ses couvertures jusqu'au menton.

—Ian, ce n'est pas convenable, murmura-t-elle. Que veut Winslow

?

—Isabelle vous réclame. Les douleurs ont commencé, Winslow dit que vous avez le temps, elle ne souffre pas encore beaucoup.

Judith fut soudain complètement réveillée.

—Les sages-femmes sont-elles arrivées ? Ian secoua la tête.

—Isabelle refuse de les avertir.

—C'est toi qu'elle veut, Judith, renchérit France Catherine.

—Mais je ne suis pas sage-femme !

—Il semblerait que si, désormais, dit Ian avec un gentil sourire.

7

Il crut qu'elle allait s'évanouir. Aussi pâle que sa chemise de nuit, elle rejeta les couvertures, se leva, mais ses genoux cédèrent, et elle serait retombée sur le lit si Ian ne l'avait soutenue.

Elle en avait oublié l'indécence de sa tenue. Certes sa chemise ne révélait pas grand-chose, mais Ian la trouva malgré tout provocante. Diable, vêtue d'un sac de jute, cette femme lui aurait encore plu ! Sa réaction lui parut presque grossière. Mais bon sang, il était homme et elle très belle ! Troublé par la courbe de ses seins, il souleva la chaîne d'or qui ornait son cou.

Il contempla longuement l'anneau orné d'un rubis, qui lui semblait

étrangement familier.

L'avait-il déjà vu auparavant ? Une chose était certaine, c'était une bague d'homme, et Judith la portait sur elle.

—Une bague de guerrier, dit-il à voix basse.

—Comment?...

Elle n'arrivait pas à se concentrer sur ce qu'il lui disait. Elle avait trop à faire avec le problème immédiat. Ian était devenu complètement fou, s'il voulait qu'elle joue la sage-femme. Il fallait absolument le persuader que c'était impossible !

—Ian, je ne...

—C'est un anneau de guerrier, Judith, coupa-t-il.

Elle lui arracha le bijou des mains et le remit sous sa chemise.

—Pour l'amour du Ciel, quelle importance ? Voulez-vous, je vous prie, écouter ce que j'ai à

vous dire ? Je ne peux pas mettre l'enfant d'Isabelle au monde. Je n'ai aucune expérience.

Dans son anxiété, elle s'accrochait à son tartan.

—Qui vous l'a donné ?

Dieu, il n'abandonnerait pas ! Furieuse, elle le secoua. Peine perdue, il ne sembla même pas s'en rendre compte. Elle recula d'un pas.

—Vous m'avez dit que vous n'étiez pas fiancée... insista-t-il.

Auriez-vous menti ?

Il saisit de nouveau la chaîne avec laquelle il joua un moment, effleurant ses seins. Elle tenta de se dégager.

—Répondez-moi ! ordonna-t-il.

Il était en colère, lui aussi. C'était un comble !

—C'est mon oncle Tekel qui m'a donné cette bague. Elle appartenait à mon père.

II continuait à froncer les sourcils. Visiblement, il ne la croyait pas. Elle secoua la tête.

—Ce n'est pas l'anneau d'un jeune homme qui m'attendrait dans mon pays. J'ai dit la vérité.

Alors cessez de me regarder de cet œil méchant !

Judith se sentait forte de son bon droit. Elle n'avait pas tout dit, mais Ian n'avait pas besoin de savoir qu'il tenait le bijou du laird Maclean entre les mains.

—Dans ce cas, vous pouvez le garder.

—Je n'ai certes pas besoin de votre permission ! rétorqua-t-elle, indignée de son arrogance.

—Si!

Grâce à la chaîne, il la tira vers lui, se pencha et l'embrassa longuement sur la bouche.

Lorsqu'il releva la tête, elle avait une expression totalement perdue, et il en fut enchanté. La lueur d'amusement dans son regard était encore plus troublante que son ridicule interrogatoire au sujet de l'anneau.

—Je vous l'ai déjà dit : vous n'avez pas le droit de m'embrasser chaque fois que l'envie vous en prend.

—Si.

Afin d'appuyer ses paroles, il l'embrassa de nouveau. Judith n'était pas encore revenue de sa surprise quand il la poussa derrière son dos.

—Patrick, Judith n'est pas en tenue convenable. Sors.

—Ian, vous vous trouvez chez lui, pas chez vous ! protesta Judith.

—Je sais parfaitement où je suis, dit-il, exaspéré. Patrick, laisse- nous.

Patrick, souriant, ne faisait pas mine d'obéir. Ian avança vers lui, menaçant.

—Qu'est-ce qui t'amuse ?

Judith le tira par le pan de son tartan pour l'empêcher de se jeter sur son frère. Pitoyable effort contre un homme de sa stature ! Il ne bougea pas d'un pouce.

Patrick prit enfin sa femme aux épaules pour l'entraîner à l'autre bout de la pièce. Elle ouvrit la bouche, il lui fit signe de se taire, avec un clin d'œil complice. Il désigna le paravent, indiquant qu'il souhaitait écouter ce qui allait se dire derrière.

France Catherine pouffa silencieusement.

—J'aimerais que vous sortiez, disait Judith. Tout de suite !

Elle ramassa la couverture et la tint serrée contre elle.

—Cette situation n'est pas convenable !

—Judith, ce qui n'est pas convenable, c'est que vous me pariiez sur ce ton.

Elle avait envie de crier de frustration.

—Je n'aime guère non plus le ton que vous employez avec moi !

Stupéfait, il faillit rire, mais se retint à temps,

—Je vous attends dehors, dit-il sèchement. Habillez-vous.

—Pourquoi ?

—Isabelle... Vous vous rappelez ?

—Oh, Dieu ! cria-t-elle. Isabelle ! Ian, je ne puis...

—Ça va, coupa-t-il. Nous avons le temps.

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