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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T11:11:38+02:00

Sans un mot, il me précède dans les escaliers du hall qui mènent aux étages, puis ouvre une porte dérobée sur notre gauche, un peu avant d’atteindre le premier. Mon cœur se serre plus dans ma poitrine. Où diable m'emmène-t-il ? Il referme derrière moi, me plaquant dans le même geste contre le battant en bois. Nous sommes dans le noir le plus complet, et je ne distingue autour de moi qu'une vague odeur de terre.

— Vous tremblez, me murmure-t-il.

— Oui, Votre Altesse, je réponds en me demandant si je vais tenir très longtemps sans paniquer.

— Auriez-vous peur de moi ?

Question piège ! Si je dis non, il va être furieux car un prince doit être craint, mais si je dis oui, je sais qu'il va faire semblant de mal le prendre. Salvatrice, la lumière se fait dans mon esprit, me révélant un bon moyen de contourner le problème.

— Vous m'impressionnez, Votre Altesse, j'articule à peine.

« Vous me fichez la trouille » serait plus approprié, oui !

Il ne répond pas. Son corps est toujours appuyé contre le mien. J'entends son souffle près de mon oreille. Il est légèrement saccadé, comme s'il avait du mal à respirer. Il s'écarte enfin. Je l’entends fouiller sur ce qui semble être un meuble tout proche, puis il craque une longue allumette – je constate qu’il y en a plusieurs déjà utilisées, abandonnées sur une petite commode, au côté d’un long grattoir. Avec une lenteur délibérée, il l’utilise pour allumer les premiers flambeaux d’un escalier qui descend juste derrière lui.

Dans leur faible lueur, le prince se rapproche à nouveau de moi pour verrouiller la porte dans mon dos. J'ai l'impression d'avoir le cœur dans la gorge, sur le point de m'étouffer.

Qu'a-t-il l’intention de m’infliger ? Vais-je tout simplement disparaître ? Pourquoi m'a-t-il demandé de le suivre jusqu’ici ? Qu'ai-je bien pu faire ? Sans sembler percevoir ma panique grandissante, il pose une main au-dessus de ma poitrine et me murmure à l'oreille :

— Votre petit cœur bat follement, comme celui d'un lapin innocent pris au piège…

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par LilyEden 2016-04-12T00:30:31+02:00

Et surtout Lucie, je veux savoir ce qui s’est réellement passé, pourquoi notre Histoire a quasiment disparu, ainsi que tout vestige de notre ancienne civilisation. Je sais qu’ils nous cachent quelque chose! Et tout ce qui est dissimulé est forcément important.

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par LilyEden 2016-04-12T00:29:45+02:00

Pourtant, une autre question m’assaille : la vie vaut-elle la peine d’être vécue si elle l’est dans la douleur et l’oppression? Quel est le meilleur choix : vivre enchaîné ou mourir libre? A moins qu’il n’y ait une troisième solution : prendre le risque. Prendre le risque de perdre sa vie pour espérer vivre libre…

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-08T14:51:31+02:00

— Votre Majesté, dis-je d'une voix neutre.

Il ne m'adresse pas un mot, se contentant de tourner autour de moi, pareil à un vautour au-dessus d’une charogne. Je me demande bien à quelle sauce je vais être mangée. Pourquoi a-t-il fallu que je me fasse remarquer ? Ai-je au moins été utile à Lucie ? J'espère de tout mon cœur que mon intervention lui a valu d'être épargnée. Il est vrai que lorsque j'ai vu avec quelle violence Julie la battait, j'ai eu très peur pour sa vie. Et j'ai été profondément indignée… cela va sans dire. Mais je sais bien que cet acte de bravoure ne me permettra pas de m’en sortir indemne. Maintenant, le roi m'a à l'œil, je ne suis plus seulement la jeune servante de Laurine, je suis devenue « la petite emmerdeuse » qui n'a pas su rester à sa place et pour laquelle son fils a osé défier son autorité.

— Vous êtes une bien étrange créature, Ma Demoiselle Pénélope, déclare-t-il enfin d'un ton grinçant.

Il ne cesse de se mouvoir autour de moi, renforçant encore ma sensation d’être une proie face à son prédateur. Je me sens prise au piège, et être enfermée dans cette cellule accentue encore cette impression.

Dois-je répondre ? Qu'attend-il de moi ? Peut-être cherche-t-il à me provoquer pour tester mon degré d’insolence ? Il y a de grandes chances pour que ce soit le cas, aussi je préfère me taire afin de ne pas lui offrir ce plaisir.

— Je n'ai jamais vu mon fils se comporter de la sorte avec une femme, reprend-il avec froideur.

Ah ! Voilà donc la raison de sa présence. Je sens que je ne vais pas apprécier la suite.

— Il faut dire qu’avec pareils atours, vous faites votre petit effet, enchaîne-t-il en me lorgnant d'un air salace.

Je me raidis, je n'aime pas du tout la tournure que prend cette discussion. Ses yeux bleus, si intenses, me transpercent comme autant de lames lorsqu'il les braque sur moi. Je sens mon échine tressaillir sous son regard glacial.

— Vous avez perdu votre langue ? s'indigne-t-il avec un certain sarcasme.

— Non, Votre Majesté, je réponds calmement.

— Qu'avez-vous fait à mon fils ?

— Rien du tout, Votre Majesté. Qu'aurais-je bien pu lui faire ?

Le roi se mord l'intérieur des lèvres. Il me semble qu'il se contient pour ne pas laisser éclater sa colère. Mon rythme cardiaque s'est accéléré sous la pression, j'ai peur d'aggraver ma situation, ainsi que celle du prince Stéphane, en disant n'importe quoi.

— Vous couchez avec lui ? demande-t-il sans aucun préambule.

Je suis si choquée par sa question que ma bouche s'ouvre sur un « o » muet tandis que mes sourcils s'élèvent vers le ciel. La franchise de ses propos me prend tellement au dépourvu que je me sens désemparée alors que pourtant la réponse tombe sous le sens.

— Mais non Votre Majesté ! je m'écrie d'une voix indignée.

Il observe mon visage et ma réaction pendant que je digère l’insulte, et il paraît convaincu par ma réponse.

— Eh bien… peut-être devriez-vous le faire.

— Qu… quoi ? je bafouille, stupéfaite et sous le choc de sa suggestion.

Alors là, c'en est trop ! Ce n'est donc même plus à moi de gérer mon intimité, ce monarque vaniteux la prend en charge, elle aussi ! C'est n'importe quoi ! Se rend-il au moins compte de l’absurdité de sa proposition ? Sans rire, il a autant de subtilité que l’entremetteuse d’un quelconque bordel, et moi, j’ai l'impression de passer pour une vulgaire catin ! Mais je suis surtout écœurée que le roi se permette de salir la relation si particulière que j’entretiens avec son fils en voulant ainsi l’orchestrer. Nous ne couchons pas ensemble ; il ne m'a jamais vue nue et je n'ai rien aperçu de sa peau en dehors de son visage, de son cou et de ses mains. De plus, si nos rapports devaient un jour évoluer – ce dont je doute –, je me passerais volontiers des services royaux pour en informer le prince.

— Couchez avec lui ! m’ordonne-t-il.

— Non, Votre Majesté… je m'oppose, farouchement ancrée sur ma position.

Il s'approche un peu plus, menaçant, si bien que je recule et me retrouve acculée contre le mur.

— S'il vous baise deux ou trois fois comme une vulgaire putain, vous ne l'intéresserez plus et il pourra enfin se concentrer sur son mariage.

Je suis tellement blessée par ses paroles, par la façon dont il me considère – un objet destiné à satisfaire son fils avant d'être jeté – que je ne parviens pas à trouver les mots pour lui répondre. Je ne pensais pas notre souverain capable d'une telle grossièreté, je n’aurais jamais cru que des expressions si vulgaires pouvaient sortir de sa bouche ! Sans compter qu'il porte outrageusement atteinte à l'image de son fils, laissant entendre que le prince ne pense qu'à me sauter dessus.

Pour ma part, je suis convaincue que c'est un homme d'honneur et qu'il n'agirait jamais de la sorte. De plus, il est censé préserver sa virginité jusqu'au mariage, ce qui me laisse perplexe quant aux motivations du roi. Cette simple réplique m'apprend en fait bien des choses sur sa personnalité… à savoir que c'est un homme égoïste, prêt à tout pour arriver à ses fins, quitte à manipuler son propre fils sans le moindre respect des traditions de son pays !

J'affronte son regard, des larmes de fureur dans les yeux tant je voudrais lui dire combien il me dégoûte, que son statut de roi ne cache que la médiocrité de sa personne, et bien d'autres choses…

— Vous savez, je peux comprendre mon fils, continue-t-il avec une voix doucereuse. Vous êtes la rose qui pousse sur le tas de fumier. Dommage que vous ne soyez qu'une bonne. Mais vous pourriez tout à fait vous convertir en courtisane si vous le souhaitiez, vous auriez droit à bien plus de considération. Non, ce n’est peut-être pas le mot… Vous auriez plutôt une qualité de vie supérieure, plus de confort, de l’argent, des présents… Et qui sait ? Peut-être pourriez-vous même vous procurer vos papiers d’identité !

Qui pourrait souhaiter une vie pareille, bon sang ? Il a beau accommoder sa proposition de perspectives intéressantes – qui n’a jamais rêvé d’argent et de liberté ? –, le prix à payer en est bien trop élevé.

— Non merci, pour rien au monde je ne voudrais d’une telle vie ! je refuse avec hargne.

Il éclate d'un rire froid, animé par tout le mépris qu'il déverse sur moi.

— Comme vous voudrez. Quoi qu'il en soit, si mon fils vous veut, je vous conseille de vous donner à lui, sans quoi toutes ces jolies choses finiront six pieds sous terre, me menace-t-il en empoignant ma poitrine avec brutalité.

Je ne me suis jamais sentie autant salie qu'en cet instant, traversée par une envolée de sentiments allant de la haine à l'humiliation profonde. Sentir sa main posée sur une zone si intime de mon corps me révulse, sans compter qu'il me fait très mal. Je voudrais le frapper pour qu'il me lâche, lui vomir un flot d'insultes pour soulager ma rage, mais je sais qu'il n'attend que ça… que je franchisse la ligne rouge pour s’autoriser à me faire pendre sur la place publique.

Je dois ravaler ma colère et fouler ma dignité aux pieds pour survivre. Même si c'est douloureux, je n'ai pas le choix. Parce que je veux vivre.

— Maintenant vous savez à quoi vous en tenir, belle Pénélope, conclut-il en relâchant sa prise.

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T13:48:41+02:00

La voix chaude du prince Stéphane me parvient au-dessus des conversations et me ramène à la réalité. Elle me paraît terriblement sensuelle quand il annonce qu'il va goûter le champagne afin de vérifier s'il est buvable. Je me raidis en comprenant que, dans moins de dix secondes, il sera à mes côtés sous les yeux de tous les convives. J'inspire un grand coup et prie pour que mon corps ne me trahisse pas de manière stupide, par des tremblements ou des rougeurs… Je ne tiens pas à ce que qui que ce soit s'aperçoive de l'effet qu’il a sur moi.

J'appréhende surtout Julie, elle remarque toujours le moindre détail, la plus petite mimique, et elle se ferait une joie de m'humilier devant tout le monde. Ce que pour ma part, je préférais éviter.

Sans en avoir l’air, je fais pivoter la desserte et tourne le dos à leur petite assemblée. Quelques secondes plus tard, avant même de l'apercevoir ou de l’entendre, je sens qu'il est derrière moi. C'est comme si mon corps parvenait à l'appréhender bien avant mon regard. Le fin duvet de mes bras se redresse et une douce chaleur m'envahit. Inutile de préciser que mon cœur s'est depuis longtemps emballé, entraînant ma respiration avec lui. Je fais mon possible pour rester aussi stoïque que le marbre du sol, mais à l'intérieur de mes veines, mon sang est en ébullition.

— Pénélope, murmure-t-il en arrivant à mes côtés.

Pourquoi faut-il que tout mon être se comporte comme s'il subissait les secousses d'un séisme ? Mon Dieu, que c'est frustrant !

— Votre Altesse, je chuchote en retour d'une voix nouée.

Me sauvant la mise sans le savoir, il entreprend d’ouvrir les bouteilles. La première émet un « poc » retentissant quand son bouchon est propulsé vers le plafond et un chapelet de bulles légères s'échappe du goulot. Pendant qu'il s'attaque à la seconde, je verse avec précaution le liquide ambré dans les coupes en prenant soin de ne rien faire déborder. Mon trouble est si profond que ma main tremble et je dois monopoliser toute mon attention dans ce geste pourtant anodin. Un nouveau « poc » m'indique que le prince a terminé sa tâche, et qu'en toute logique, il va maintenant se focaliser sur moi. Et ça ne loupe pas…

— Vous tremblez, dit-il tout bas en se plaçant derrière moi. Laissez-moi vous aider.

Il referme ses doigts sur les miens. Le contraste entre la chaleur de ses paumes et le verre glacé me fait frissonner. Je prie de toutes mes forces pour que personne ne se rende compte de ce qu'il est en train de faire. Ne voit-il pas combien cette situation risque de me mettre dans l’embarras ? Elle pourrait non seulement m'attirer de terribles ennuis, mais en plus, elle ne ferait qu'envenimer ma relation déjà fort discourtoise avec Alice.

En un clin d'œil toutes les flûtes sont servies et je constate avec soulagement que les convives, trop occupés à converser, n'ont pas prêté attention ce qui se passait dans leur dos. Dieu existe !

C'est beaucoup plus détendue que je tends une coupe au prince, lequel me remercie d'un tendre sourire tout en me dévorant des yeux. Je vire aussitôt au rouge mais tente de me convaincre que je me fais des idées.

— Je trouve qu'il lui manque quelque chose, susurre-t-il d'une voix douce après avoir pris une première lampée du nectar pétillant. Voudriez-vous le goûter afin de déterminer avec moi ce qui ne va pas ?

J'esquisse une légère grimace. Je n'aime pas l'alcool – détail qu'il est en droit d'ignorer, bien entendu – mais surtout, je n'y connais strictement rien en vins, quels qu'ils soient.

— En toute honnêteté, Votre Altesse, je ne saurais vous aider puisque je n'ai jamais bu de champagne de ma vie.

— Ce sera donc l'occasion pour vous d’y remédier, déclare-t-il toujours très bas. Personne ne le remarquera, n'ayez crainte ! La façon dont je me tiens les empêche de vous voir.

Souhaitant mettre fin à cette séance de torture au plus vite, je saisis la coupe qu’il me tend et la porte à mes lèvres en tremblant. Je bois une courte gorgée qui pétille sur ma langue et me laisse un goût un peu âcre dans la bouche. Pour un peu, j'en frissonnerais de dégoût, mais je me parviens à me contenir.

— Hum, j'imagine qu'il est très bon…

Il esquisse un sourire amusé qui ne fait qu'accentuer ma sensation d'être un volcan sur le point d'entrer en éruption.

— Vous mentez très mal.

J’ébauche une moue un peu gênée et hausse les épaules en signe d’impuissance. Je le regarde porter la flûte à ses lèvres, là où les miennes se sont posées. J'ai l'impression de les apercevoir pour la première fois… elles sont parfaites. Magnifiquement dessinées, un peu charnues tout en restant délicates, d'un rose assez pâle mais plus soutenu que sa peau. Lorsqu’il incline le verre, je peux imaginer le champagne se déversant dans sa gorge au va-et-vient de sa pomme d'Adam. C'est beaucoup trop sensuel…

Bon sang, Pénélope, reprends-toi !

— Maintenant, il est parfait, murmure-t-il en me couvant d’un regard de braise qui me rend fiévreuse.

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T13:23:14+02:00

— Qui que vous soyez, sortez tout de suite ou j'appelle les gardes ! gronde Son Altesse d’une voix forte.

Nous n'avons guère le choix, j'ai bien peur que la situation nous ait finalement échappé. Je presse la main de Lucie et nous sortons toutes les deux de sous le bureau. J'arbore un air honteux lorsque les yeux verts croisent les miens. Mes joues me cuisent, et à cet instant précis, je donnerais n'importe quoi pour m’enfoncer dans le sol et disparaître.

— Eh bien, en voilà une surprise ! lance-t-il d'un ton caustique.

J'ai l'impression de me consumer sur place tant la situation est embarrassante.

— Je… Nous… bredouille Lucie.

— Vraiment ? Intéressant, merci pour votre passionnante contribution ! Quant à vous, Ma Demoiselle Pénélope, quels sont vos arguments ? J'espère qu'ils seront plus explicites que ceux de votre compagne !

Je n’en ai aucun, le problème est bien là ! Quelle idiote ! J'ai l'air malin maintenant… Je tente de réfléchir à toute vitesse, je me sens comme une enfant surprise en flagrant délit de vol de sucreries. « En fait, je fouillais dans les affaires de votre père pour satisfaire ma curiosité, c’est tout… Cette réponse satisfait-elle Votre Altesse ? » Pourquoi mon esprit se perd-il en divagations stupides au lieu de m'apporter une réponse salvatrice ? Au bout du compte, je me mets moi aussi à bafouiller :

— On… Nous… Je… Nous sommes…

Eh bien voilà… Ça, c’est une explication qui a du sens !

— Oui ? m'interrompt-il sévèrement.

— Nous nous sommes perdues, je lâche.

Pitoyable, Pénélope !

Mon Dieu ! ma réponse n'est pas du tout crédible… le prince serait un débile profond s'il se laissait convaincre par pareille explication.

Pour commencer, nous sommes dans un étage qui nous est défendu tant que notre présence n'y est pas requise. Ensuite, nous n'avons rien à faire dans le bureau du roi, sur la porte – verrouillée qui plus est – duquel est placardé en grosses lettres : BUREAU DU ROI RICHARD DE LACOURT, et encore moins dans une pièce secrète dissimulée derrière un pan de bibliothèque dudit bureau. Nom de Dieu, dans quel pétrin nous ai-je encore fourrées ?

— Vous vous fichez de moi, n'est-ce pas ? tonne-t-il soudain.

Je ne peux m'empêcher de sursauter. J'ai l'impression que grâce à mes pitoyables talents de menteuse, nous nous apprêtons à passer un délicieux quart d'heure. Lucie est toute aussi tendue que moi, mais au moins a-t-elle eu la présence d'esprit de ne pas nous enfoncer, elle.

— Suivez-moi, nous ordonne-t-il les dents serrées.

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T11:14:34+02:00

Ses doigts effleurent doucement la fine peau entre mes seins, puis descendent sur mon ventre pour se refermer autour de ma cuisse. Sa respiration est entrecoupée par le désir qu’il peine à contrôler. Sans bien savoir pourquoi, je frissonne de le découvrir si puissant et vulnérable à la fois.

— Vous êtes si belle, Pénélope, suffoque-t-il. Quand je vous ai vue pour la première fois, dans les bras de mon frère, j'ai été tellement troublé. On aurait dit un ange tombé du ciel, le doux pétale d'une fleur de cerisier sacré qui se serait détaché pour s’égarer dans ce monde tragique. Si pure et si fragile…

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T11:03:36+02:00

— J'ai une magnifique nouvelle à t'annoncer ! s'écrie Sylvia. Ce soir, c'est quartier libre, les prouts prouts ont décidé d'aller à l'opéra ! À nous les beaux mecs !

— Jean est réservé ! nous informe Christine d'une voix stridente à la limite du supportable.

— Surveille ton langage, Sylvia. Vraiment, ça fait mauvais genre !

— Oh Lucie, tu ne vas pas commencer à me gonfler et à nous pourrir l'ambiance avec tes jérémiades de chochotte !

Cette dernière s'empourpre, visiblement vexée, puis croise les bras sur sa poitrine telle une enfant boudeuse. C'est adorable. Je n'ai pas encore eu le temps d'en placer une, que déjà Sylvia et Christine font des plans sur la comète en évoquant les diverses étapes « à la Sylvia », sachant que la trois – à savoir le sexe – est l’unique objectif de cette soirée. On dirait bien que Christine s'est laissée pervertir, elle aussi. Je ne peux m'empêcher de rire en les écoutant élaborer de fumeuses techniques de séduction, pourtant vieilles comme le monde.

— Et toi, Péné ? Visiblement, Timothée en pince pour toi, petite veinarde ! me taquine Sylvia.

— Et il est charmant, ce qui ne gâche rien… acquiesce Christine.

— Les filles, je vous remercie du fond du cœur, mais je n'ai pas besoin d'aide pour savoir si un garçon me plaît ou non. Toutefois, insisté-je, si cela s’avérait nécessaire, c’est promis, je vous le ferai savoir ! je termine avant qu'elles ne décident de me caser manu militari avec lui.

— Le secret avec Pénélope, confie Sylvia à Christine, c'est de savoir la piquer tout en finesse et au bon endroit, vois-tu ? Notre amie a un tempérament très fort, pire qu'un bourrin si tu veux mon avis, chuchote-t-elle, avant de reprendre à voix haute : elle est juste exceptionnellement douée pour le cacher.

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T11:01:47+02:00

Nous fermons les yeux pour mieux savourer les bienfaits de l’eau chaude, mais aussi dans le but de nous reposer. Nous devons en profiter, pareille aubaine ne se présente que rarement. Cependant, de tels moments de calme ne seront jamais la tasse de thé de Sylvia…

— Les princes sont vraiment… Wahou, ronronne-t-elle au bout de quelques minutes à peine, tout en jouant avec la surface de l'eau.

— Traduction ? s'enquiert Lucie.

— Eh bien si je pouvais, j’en ferais bien mon quatre-heures… De l’un comme de l’autre !

— Sylvia ! Le sexe est-il donc la seule chose qui t'intéresse en ce bas monde ? dis-je avec une pointe d'ironie.

Elle roule des yeux en prenant un air effaré.

— C'est l'unique distraction que nous offrent nos misérables existences ! Et puis, c'est tellement…

— Stop ! la coupe Lucie en levant les mains. Je n'ai pas envie de subir tes éloquentes descriptions dans un tel moment de bonheur, pitié !

J’éclate de rire, aussitôt ralliée par mon amie. Sylvia nous fixe avec des yeux de poisson mort sur l'étal du marché, ce qui ne fait que renforcer notre hilarité.

— Quand cesserez-vous donc de vous comporter comme des chochottes coincées ?

— Quand cesseras-tu donc de nous choquer ? réplique Lucie, l'air taquin.

Heureusement, Sylvia ne fait pas partie de ces personnes susceptibles qui s’offusquent du moindre rien, bien au contraire.

— Qu'à cela ne tienne, restez des vierges effarouchées toute votre vie !

— Merci pour ce superbe conseil, je lui réponds.

— Mais de rien, c'est un plaisir.

Nous gardons le silence un instant, puis c’est au tour de Lucie de briser notre quiétude.

— Bon d'accord, Sylvia, je dois admettre que tu as raison, ils sont assez… affriolants, confie-t-elle avant de s'empourprer.

— Affriolants ? C'est quoi ce mot ? Tu l'as sorti d'une encyclopédie ? rétorque notre amie en s’esclaffant.

Après une courte pause, elle reprend en me jetant un coup d’œil perplexe :

— Ça existe au moins ce mot ?

— Oui…

Son nouvel éclat de rire m'empêche de poursuivre ma phrase et j'ai beaucoup de mal à me retenir de glousser à mon tour.

— Lucie, ma vieille, le mot que tu cherches, c'est pas plutôt orgasmique ?

— Arrête, on pourrait nous entendre ! s'énerve Lucie.

— Ça y est… la sainte-nitouche est de retour ! Crois-moi, si jamais on nous entendait, on serait plus en mal d’expliquer ce qu’on fiche dans la baignoire de Laurine, que de justifier l’emploi du mot orgasmique, continue de la provoquer Sylvia.

Je me laisse glisser et disparais sous l’eau. Je les entends poursuivre leurs chamailleries sans distinguer le moindre mot, les sons m’arrivent à peine, étouffés par le liquide. Je reste quelques secondes ainsi, et le visage déçu du prince Stéphane revient me hanter. Pourquoi a-t-il fallu que ce soit lui qui entre dans cette pièce ? J'aurais préféré mille fois être surprise par son frère et châtiée sur la place publique plutôt que de subir un tel regard. Cette immense déception dans ses yeux, qui a fané leur vert merveilleux. Je me sens oppressée à cette seule pensée, comme si mes côtes étaient écrasées par un impitoyable étau.

Je manque d’air et décide d'émerger peu à peu à la surface pour ne pas éclabousser la pièce… plus qu'elle ne l'est déjà. Je crois que je préfère encore supporter les querelles enfantines de mes deux amies que d'affronter ma conscience.

— … un corps à se damner, Lucie, avoue-le au moins !

— Là n'est pas la question ! Tu dois faire attention à la manière dont tu t'exprimes, ça pourrait t'attirer des ennuis ! Et à nous aussi, par la même occasion !

— Dis-moi, ma vieille, la dernière fois que tu t'es servie d'un balai, tu t'es assise dessus et n'as jamais pu l'enlever, c’est ça ? Ce qui pourrait expliquer enfin pourquoi tu es aussi coincée du cul ?

— Sylvia ! s’indigne Lucie, les joues rougies par l’outrage.

— Mais dites-moi, elle est drôlement intéressante votre vie ! Sinon, on peut passer au chapitre suivant ? Ou on se contente de se lancer des insultes pendant les deux prochaines heures ? je les coupe d'un ton enjoué avant qu’elles se crêpent le chignon.

Si seulement la conversation pouvait dévier sur autre chose que le sujet « prince » ! Bien que ce soit difficile, je l'accorde, sachant que l'on vit sous le même toit qu'eux.

— Péné, tu m'impressionnes ! lâche Sylvia avec une moue approbative. Une de mes deux pudibondes se serait-elle enfin débarrassée de son balai ? Encore un petit effort avec Lucie et vous serez bientôt deux grandes dévergondées !

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Extrait de Inalia, Tome 1 : Le Prince des Loups ajouté par Maudc 2016-08-03T13:44:16+02:00

— Je suis une créature que vous autres, humains, appelleriez « magique » parce que vous avez besoin de mettre des mots sur tout, et plus encore sur ce que vous ne comprenez pas… En fait, je suis simplement lié à la Terre. J'ai été choisi pour la protéger et l'informer. Tu sais… Elle n’a jamais ignoré que l'Humanité lui réserverait de terribles surprises, mais va savoir pourquoi, elle a tout de même voulu vous préserver. C’est pourquoi Elle nous a élus pour être ses yeux, ses oreilles… ses messagers. Nous, animaux sacrés, veillons à ce que jamais, plus jamais, Elle ne souffre à nouveau comme Elle a souffert. Et en échange, Elle nous a immortalisés, nous épargnant vieillesse et maladie. Tant qu'Elle vivra, nous vivrons par Elle et pour Elle…

— Si je m'adresse à Elle, m'entendra-t-Elle ?

— Bien sûr… Et si tu sais tendre l'oreille et ouvrir les yeux, Elle t'apportera toujours une réponse.

Je pose une main sur le sol, il est si froid… Je me demande comment la Terre pourrait m'entendre. Où est son âme ? À quoi ressemble-t-Elle ? Comment dois-je m'adresser à Elle ? Je formule mes questions à Céleste qui me répond tendrement :

— Elle est partout, tout autour de toi. Dans la bise glaciale qui balaie les plaines pour venir caresser ton visage, dans les vagues furieuses de l'océan, dans les yeux d'une biche effrayée qui s’enfuit en t’apercevant, dans le parfum d'une rose et les neiges éternelles des montagnes… Elle t'écoutera, peu importe la manière dont tu t'adresseras à Elle.

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