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Bibliothèque de Irene-Adler : Liste de diamant

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Mon désir le plus ardent Mon désir le plus ardent
Pete Fromm   
Lorsque j'ai commencé à lire ce roman, je n'avais pas lu le résumé et je me suis demandé qui était cette femme avachie sur une chaise roulante qui avait l'air d'avoir 110 ans, surtout que le chapitre suivant, je me retrouvais avec des jeunes qui venaient de s'envoyer en l'air…

Le rapport (pas le sexuel), je l'ai vite compris, mais je me suis laissée porter par les flots à la fois tumultueux et doux de cette histoire d'amour comme on en voit peu en littérature ("Nos âmes la nuit" de Kent Haruf m'avait fait le même effet).

Maddy et Dalton sont un jeune couple non conventionnel, épris de la nature sauvage et surtout des rivières que l'on descend. Maddy et Dalton, c'est le couple improbable, celui que l'on pense trop jeune pour arriver à s'en sortir, ceux que l'on dit qu'ils vont casser rapidement.

Pourtant, si Dalt a l'air un peu fantasque, un peu doux rêveur, qu'il ne veut pas toujours voir ce que Maddy essaie de lui faire comprendre, on peut dire que ce jeune homme a non seulement des couilles, mais aussi du coeur parce que peu de maris auraient fait ce que lui a fait : rester avec son épouse malade.

Pour certains, un SP, c'est génial car c'est un livre gratuit envoyé par un quelconque Service Presse d'une quelconque maison d'édition. Mais pour Maddy, SP veut dire Sclérose en Plaques, et là, on ne rigole plus.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou le récit neuneu à la guimauve, Pete Fromm nous entraîne dans le quotidien pas facile de ce jeune couple qui tire le diable par la queue, alors que Maddy et Dalton auraient plus envie de jouer à la bêbête à deux dos…

Maddy est une battante, elle ne se laisse jamais aller, préférant s'enfermer toute seule dans sa maladie plutôt que de se lamenter devant les autres, préférant même que son mari ne prenne pas de disposition pour faire face à la dégénérescence qui ne manquera pas de se produire au fil du temps.

Un livre beau, profond, lumineux, malgré la maladie, malgré leurs soucis, sans jamais sombrer dans voyeurisme, Maddy va nous raconter son quotidien avec la SP et ses soucis avec l'assurance santé qu'elle ne possède pas…

Même dans le final bouleversant, l'auteur ne choisit jamais la solution de la facilité qui consisterait à sombrer dans le voyeurisme de bas étage juste pour faire pleurer les lecteurs.

C'est beau, c'est poignant, c'est bien écrit, c'est bourré d'espoir, d'amour, de vie pas facile et de courage.

J'ai terminé cette lecture avec le coeur en larmes et les yeux en vrac… Ou le contraire.
Le dernier arbre Le dernier arbre
Tim Gautreaux   
Bienvenue à Nimbus, concession forestière des Aldridge, un des nombreux trous du cul de la Louisiane. Bienvenue dans un enfer chaud et humide.

Attention, regardez où vous mettez les pieds car il y a des mocassins d'eau qui se nichent dans les flaques boueuses. Et rien à voir avec la chanson ♫ tes mocassins et les miens ♪ car ici, nous parlons de serpents d'eau.

Dans ce roman, les gars, va falloir bosser dur durant de longues années, le temps de couper tous les arbres, des cyprès chauves. Scier les troncs, les débiter 6 jours sur 7 avant de vous saouler la gueule du samedi soir au lundi matin dans le bastringue tenu par un sicilien louche ayant des cousins mafiosi.

Oubliez les syndicats et les droits des travailleurs, car en 1923, seuls les riches ont des droits. Je ne vous parlerai même pas du cas où vous seriez de couleur… là, le mot "droit" n'existe même pas pour vous, hormis celui de fermer votre gueule.

Sans user d'artifices, l'auteur nous décrit l'Amérique des années 20, celle qui avance à pas de géant, qui industrialise tout, qui déforeste tout… le roman vous plongera dans un marais où les conditions de vie et de travail sont inhumaines, les accidents graves ou mortels nombreux et où le racisme, tel l'alligator dans le bayou, règne en maître.

Utilisant une multitude de personnages, tous bien travaillés, tous bien distincts – certains étant même très attachants – l'auteur explore une partie des années 20, avec tout ce qu'elles avaient de démesuré niveau progrès industriel (le téléphone et les constructions à tout va, en bois). Sans oublier le traumatisme de la Première Guerre, bien présent chez un des frères Aldridge, Byron.

C'est toute la vie de la concession forestière qui se déroule dans ce roman aussi profond que l'étendue des cyprès : les maladies, les accidents, le débit de boisson, la mafia qui tient les ouvriers par l'alcool, les putes et le jeu, ces hommes dépensant jusqu'à leur dernier sous dans ce bouge dégoutant.

La sueur a coulée sur mon front durant la lecture, non pas que le roman était pompant, mais il est tellement puissant que j'ai été emportée dans le bayou, suivant ses méandres tortueux et boueux, j'ai pataugé dans tout cela et j'en suis ressortie bouleversée, épuisée, secouée… L'âme de certains hommes est plus boueuse et tortueuse que les méandres de ce diable de bayou !

La tension est palpable tout au long de l'histoire, les salauds vous harcèlent comme un moustique la nuit, vous ne savez jamais quand ils vont frapper et c'est au moment où l'attention se relâche qu'ils en profiteront pour vous piquer définitivement d'une balle bien placée.

Il y a aussi dans ce récit de l'amour fraternel, celui d'un frère cadet (Randolph) qui ne sait rien de la Grande Guerre et qui voudrait aider son aîné (Byron) à se ressaisir, lui qui a vu les horreurs de Verdun. Un père aussi, qui voulait que son fil Byron fasse la guerre, qu'il soit un héros, qu'il aille au feu et qui ne comprend pas pourquoi il est revenu traumatisé, se réfugiant dans l'alcool et le fuyant comme la peste.

Tant de personnages dont j'ai partagé la vie, les souvenirs sur cette Amérique, tout ces gens que je dois quitter, maintenant, les laisser aller ailleurs, détruire une autre forêt (pour les Aldridge), reconstruire d'autres baraquements minables et continuer à se faire exploiter car une partie de ces pauvres gars, après 5 années de dur labeur, n'ont même pas mis un dollar de côté sur un compte en banque et repartent avec les mêmes frusques sur le dos.

Un grand roman coup de coeur qui ne vous laissera pas indifférent, un roman sur l'impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique qui se gave de progrès technique au point de ne pas réfléchir et de détruire tout le capital « arbres ». Ici, c'est pas Zorro qui fait la loi, mais les Zéro qu'on a après les chiffres, sur un compte en banque.

Un grand roman presque en vase-clos, dans un décor dévasté par les crues, la boue… Une nature qui était magnifique mais qui sera dévastée car ici, on coupe les arbres jusqu'au dernier…

Enfile tes bottes, prends ta scie et regarde où tu marches, des fois qu'un alligator ou un serpent te mordrais… gaffe aussi aux mafiosi, comme ces animaux précités, ils n'aiment pas qu'on les dérange dans leur petit business…

Prends une Winchester à plusieurs coups et laisse-toi tenter par un verre de whisky frelaté dans le troquet. La paye n'est pas bonne, la boisson non plus, les conditions de travail sont merdiques, mais putain, tu vas lire un sacré bon roman !
Sauf Sauf
Hervé Commère   
Mais il est fou, dis ! Dingue ! (comme le disait Jacquouille). Oui, il est dingue, cet auteur, moi je te le dis !

Hervé Commère m'avait déjà époustouflé avec « Ce qu'il nous faut c'est un mort » et là, il m'a décoiffé.

Pire, je pourrais même dire qu'il m'a troué le c** mais je ne voudrais pas qu'il ait des problèmes et qu'on l'accuse d'abus textuel sur la pauvre lectrice que je suis.

Oui, ce roman est un truc de ouf (pour parler djeuns), tout en étant réaliste. C'est court, c'est intense, sans que l'auteur ait bradé la qualité de son histoire, de ses personnages ou de son écriture.

Au départ, tu te poses moult questions sur le pourquoi du comment un album photo, censé avoir brûlé avec le manoir, se retrouve dans les mains de Mathieu, propriétaire d'un dépôt-vente et, accessoirement, fils de ses parents qui sont mort dans l'incendie dudit manoir. Tu m'suis ?

Il y a du mystère, qui, tel un brouillard léger, entoure cet album photo. Ensuite, le brouillard s'épaissi, tout comme le mystère et les questions affluent dans ta tête, sans que tu puisses trouver la solution de l'affaire. Je pensais l'avoir trouvé et je me suis plantée. Et royalement !

Avançant à vitesse élevée dans ta lecture, malgré la purée de pois, tu la vois se lever vers la moitié du roman et là, tu as la trouille : si l'auteur nous raconte tout, qu'est-ce qu'on va faire le reste du roman ? Se gratter les cou…des ??

Si le brouillard s'est levé en partie, l'auteur sort ensuite le canon à smog et t'enfumes un peu plus, te faisant tourner en bourrique au niveau cérébral car tu cherches le fin mot de l'histoire, mais aucun des scénarios échafaudés dans ta tête ne sera plausible.

D'ailleurs, la tête, je me la suis prise, éliminant l'impossible pour que, ce qui me reste, si improbable soit-il, devienne nécessairement la vérité. Et je me suis plantée…

Punaise, quel roman ! Je suis essoufflée par l'enquête menée par Mathieu et sa femme, Anna, aidé tout deux par les employés de Mathieu : Gary, le gitan (♫ que tu ne connais pas ♪) et la vendeuse, Mylène (pas Farmer).

Du rythme, du mystère, du suspense, de l'action, des personnages intéressants, sympathiques, avec leur part d'ombre, une enquête qui ne sera pas pépère, sorte de chasse à la vérité, une chasse au présent pour éclairer le passé et ce qui est arrivé dans ce putain de manoir, la nuit 6 au 7 août 1976.

Un truc de fou, je vous le dis ! Et comme le disait si bien Jeanne D'Arc alors que les flammes dansaient autour d'elle « Vous ne m'avez pas crue, et bien, vous m'aurez cuite ».

Faites fumer vos méninges sur ce roman de fou et, comme moi, perdez le sens du temps, oubliez ses heures (Qui tuaient parfois À coups de pourquoi ♫), oubliez de manger, de boire et lancez-vous comme un affamé sur ce roman qui vous enfumera plus que si vous étiez une noix de jambon dans un fumoir.

Son précédent roman avait placé la barre très haute au niveau émotions et profondeur.

Celui-ci ne le dépassera pas, ne l'égalera pas, mais ce n'est pas grave car les histoires ne sont pas les mêmes. En tout cas, il le talonne de près.
Que ta volonté soit faite Que ta volonté soit faite
Maxime Chattam   
Si on m'avait fait lire ce livre à l'aveugle, j'aurais parié ma chemise et tout le reste que l'auteur était américain et auteur de polars noirs.

C'est toute nue que j'aurais terminé puisque Maxime Chattam est français et que le polar noir n'est pas son créneau habituel.

Pourtant, ce n'est pas la première fois que je lis cet auteur, sa trilogie du Mal m'avait déjà happé, ses autres oeuvres aussi, mais je fus bien incapable de reconnaître sa patte.

Direction Ploucville… Enfin, Carson Mills, plutôt, mais c'est du pareil au même. Nous sommes dans les années 50-60, dans une petite bourgade un peu retirée avec des gens simples, frustres, une famille riche qui domine le tout et une division religieuse entre les luthériens et les méthodistes.

Et le Mal rôde en la personne d'un homme qui fera preuve d'une extrême violence envers les autres, avec sa femme, son fils et envers tout le monde.

Le premier chapitre est sans concession et je l'ai terminé en fermant les yeux, avalant difficilement ma salive. le ton était donné : âmes sensibles, dégagez !

Sombre, violent, dérangeant, angoissant, avec un contexte social d'une petite ville en toile de fond. Bref, un p'tit roman noir serré comme je les aime.

Ce que j'ai apprécié, c'est que le premier chapitre donne le ton tout en nous présentant deux personnages clés – Jon Petersen et son fils, Riley – avant de faire un retour de plus de 30 ans en arrière pour nous expliquer l'histoire de Jon.

L'écriture est âpre et elle vous imprégnè, telle de la fumée qui se fixerait dans vos vêtements et sur votre peau. Nous sommes face à un roman cérébral qui, même refermé, nous fera encore cogiter longtemps.

Si la violence transpire à toutes les pages, elle n'est pas gratuite et bien souvent larvée, cachée, en attente. On la sent naître, on suspecte ce qu'il va se passer (ou ce qu'il s'est passé) et la sueur froide dégouline dans le dos. Bref, c'est pire qu'une explosion de violence. C'est sournois, même.

Les personnages sont typés, mais sans être stéréo (typés), ils sont travaillés avec peu de détails et, malgré tout, ils arrivent à être tellement présent qu'ils vous hanteront longtemps après la fin (et vous mettrez des années à regarder les coquelicots sans frissonner). Il y a une dualité du Bien contre le Mal, au travers de deux personnages, qui ajoute de la pression durant la lecture.

La psychologie des différents personnages est très fine et bien mise en oeuvre, notamment avec les deux communautés religieuses. Là, on est dans le très fin et on touche à l'excellence à tous les points de vue.

Chattam a dû biberonner aux grands auteurs noirs, les trempant dans sa soupe du midi et en reprendre dans ses biscuits de 16h. D'ailleurs, il en cite quelques uns – le shérif est un lecteur – et c'est pas de la gnognotte.

L'auteur a dû suivre aussi un stage de foot parce qu'il m'a taclé assez violemment alors que je soufflais après une accalmie et que l'enquête était en place.

Paf, dans ma gueule. L'équivalent du choc que le joueur Battiston a dû ressentir en se faisant percuter par Schumacher lors de la fameuse finale à Séville en 1982.

J'étais par terre, groggy, sonnée. Pas de gong pour sonner le glas, on se relève et on continue jusqu'à ce que je me reprenne un uppercut qui m'a envoyé au tapis.

Brillant ! Faudra d'ailleurs un jour que j'embrasse l'auteur – si j'ai le bonheur de le croiser – pour le remercier de m'avoir offert ça !

C'est un roman noir très fort, prenant et un coup de coeur, aussi fort que les coups de poings que j'ai pris. Chattam, il shoote et ça fait mal, mais c'est bon.

Avec ce livre, t'es sur un ring, tu te prends les coups, tu voudrais les rendre mais… t'en redemande !

Que ta volonté soit faite… et elle le fut ! Oh que oui !
Nos disparus Nos disparus
Tim Gautreaux   
Voilà ce qui s'appelle avoir une chance de cocu ! Sam Simoneaux ainsi que les autres combattants Américains, arrivent en France pour participer à la Première Guerre Mondiale le… 11 novembre 1918.

À peine descendu de leur rafiot, c'est des scènes de liesse partout : la guerre est finie. On pourrait penser qu'ils vont se tourner les pouces, mais non, faut déminer les champs remplis de grenades, bombes, obus… Sans se faire exploser sois-même !

Dès le début, en quelques pages (40), l'auteur, de sa plume sans concession, nous démontre toute l'absurdité, toute la bestialité, toute la cruauté et l'inhumanité d'une guerre. Nos soldats, tout dépités lorsqu'ils étaient arrivés de ne pas pouvoir participer à cette Grande Boucherie, comprennent ce à quoi ils ont échappés. Voir les corps déchiquetés et la terre éventrée vont les secouer et les traumatiser.

Ensuite ? Retour à la casa América pour nos hommes et Sam Simoneaux se retrouve à la Nouvelle-Orléans comme responsable d'étage aux grands magasins Krine.

N'allez pas croire qu'on se la coule douce, dans les romans de Tim Gautreaux. Nous sommes dans le Sud de l'Amérique, et c'est toujours un Sud poisseux et inhospitalier que nous allons évoluer. Un Sud aux mentalités raciales que vous connaissez bien. La tolérance, c'est toujours un gros mot.

Ici, on boit de l'alcool de contrebande, sorte de tord-boyaux qui donnera un peu de courage aux gens ou qui les fera oublier dans quelle misère noire ils vivent. Certes, tous ne vivent pas dans la misère, mais les contrastes sont assez prononcés entre les deux populations : les très riches et les pauvres.

Qualifier ce roman de policier ne serait pas faux, nous avons notre Sam qui va se muer en enquêteur de fortune afin de retrouver la petite fille kidnappée, presque sous ses yeux, au magasin.

Mais ceci n'est qu'une partie visible de l'Histoire avec un grand I. C'est aussi de l'Aventure que l'on vous propose, une Quête, parce que retrouver la gamine est une sorte d'exorcisme, une expiation d'une faute ancienne. Ce roman mélange habillement tout ces genres pour nous donner un plat de résistance dont on se pourlèche les babines.

Sorte de voyage initiatique sur un bateau à aubes remontant le Mississippi sur des airs de jazz et de bagarres, l'auteur nous ballade à travers le Sud sans que l'on voit le temps passer, nous présentant une (faible) partie de ses plus mauvais gens. Et les pires ne sont pas toujours chez les pauvres ! Mais certains valent la peine qu'on ne les croise jamais de notre vie.

J'ai joué de la musique pour des culs-bénis, des soulards ou des péquenauds, j'ai dansé au son de la musique Noire, j'ai essuyé des crachats, lavé le pont souillé de vomi, l'ai fait briquer, j'ai enquêté, j'ai terminé mes journées épuisée et vous savez quoi ? J'en redemande.

La plume de l'auteur fait toujours mouche, ses personnages sont toujours aussi fouillés, attachants ou donnant des envies de meurtre (une certaine bonne femme, surtout), sans nous gaver, il nous brosse le portrait d'une Amérique dans les années 20 avec détails, mais pas de trop. À nous d'aller voir ce qu'est un train des orphelins.

La trame n'est pas cousue de fil blanc parce que j'ai eu des surprises. Franchement, je pensais qu'on allait plier l'affaire en deux coups de cuillère à pot et bien non !

Un portrait sombre du Sud, des personnages taillés à la serpe, hantés par des deuils non accomplis, des idées de vengeance, des douleurs muettes et des envies de revenir en arrière pour tout changer.

Il y a une humanité énorme dans le personnage de Sam et sa force de caractère lors de certains passages ont forcé mon admiration. Oui, il y a encore des traces d'humanité. le roman en est rempli.
Le Livre rouge de Jack l'Éventreur Le Livre rouge de Jack l'Éventreur
Stéphane Bourgoin   
Ça, c'est ce qui s'appelle une sacrée étude sur Ze First Serial Killer : l'Éventreur de Whitechapel qui se fera appeller "Jack" suite à une lettre intitulée "Dear Boss" et envoyé à la Central News Agency par une personne dont on ne certifiera pas qu'elle était bien le tueur...

Pour mémoire, la lettre était écrite à l'encre rouge et signée "Yours truly Jack the Ripper".

Ceci est une étude clinique des meurtres de 1888, aussi précise qu'un coup de scalpel car l'auteur s'en tient aux faits et rien qu'aux faits (Sherlock Holmes aurait aimé, lui aussi aime les faits) !

Pas d'extrapolation sur X ou Y qui aurait pu être le tueur puisque, malgré toute la débauche de faits, de témoignages, d'indices et tutti quanti, on ne peut pas en tirer une théorie.

Et l'auteur se gardera bien de vous fournir une piste. Il vous expliquera juste pourquoi telle ou telle théorie est fumeuse, surtout celle du complot royal sortie du chapeau malade de Stephen Knight.

Dans ce roman, on reprend l'enquête à zéro, on entre dans les ruelles sombres et tortueuses, on se balade dans la rue la plus dangereuse de Londres : Flower and Dean Street, on se penche sur les conditions de vies déplorables des habitants de l'East End et on suit les meurtres...

Désolé pour les plus sensibles, mais l'auteur nous fait revivre chacun de ces meurtres effroyables de Mary Ann Nichols, d'Annie Chapman, d'Elizabeth Stride, de Catherine Eddowes et de Mary Jane Kelly...

Pour nous offrir un menu aussi copieux et sérieux, Stéphane Bourgoin a eu accès aux archives secrètes de Scotland Yard. Il a eu également accès aux dossiers de la FBI National Academy.

Cette lecture m'a permis aussi de confirmer que Michel Moatti dans "Retour à Whitechapel" était très professionnel aussi dans les faits, même s'il les a romancé et de soupirer devant un téléfilm sur Jack, à cause de toutes les incohérences !

Le récit est suivi d'un certain nombre de documents sur le tueur : des nouvelles anglaises inédites, une bibliographie et une filmographie exhaustives pour celui ou celle qui voudrait compléter sa collection.

Ce texte est vraiment un panorama complet et scientifique sur l'Éventreur. Médical, quasi, mais tellement intéressant !

À ne pas lire si vous n'êtes pas intéressé par ce vieux mystère de 1888...
Papillon de nuit Papillon de nuit
R. J. Ellory   
Avec Ellory, mon esprit littéraire a joui une fois de plus. le récit m'a pris à la gorge, au coeur, dans mes tripes, dans mes cou… Ah non, ça j'en ai pas !

Cet auteur a une manière bien à lui de décrire les années sombres des États-Unis, alors qu'il est anglais, et j'en redemande à chaque fois.

Ici, c'est tout un pan des sixties qu'il va mettre en scène. Les années 60 et sa putain de guerre du Vietnam, cette boucherie à ciel ouvert pour jeunes recrues qui ne savaient même pas où ça se trouvait.

Les années 60, c'est aussi l'époque où les Noirs acquièrent enfin des droits. Oui, mesdames et messieurs, ça ne remonte pas à si loin que ça, l'entrée des Noirs à l'université, dans ce grand pays qui se prend pour le gendarme du monde et grand donneur de leçons devant l'Éternel.

Enfin, le droit d'aller à l'unif… c'est sur papier ! La loi le dit, mais faut encore qu'on autorise ces personnes à franchir la porte. du côté des États du Sud, ils résistent encore et toujours à la déségrégation raciale.

Tout cela va nous être raconté aux travers des souvenirs de Daniel Ford, prisonnier dans le couloir de la mort.

Nous sommes en 1982 et notre Danny Boy, racontant ses souvenirs à un prête, va nous narrer son histoire d'amitié avec Nathan, un jeune gamin noir, quand ils avaient tous les deux 6 ans.

La plume d'Ellory m'enchante toujours autant et son premier roman ne fait pas exception. Lui, il peut même se permettre de faire des phrases courtes, ça passe toujours.

L'alternance des récits, celui de 1982 mélangé à des souvenirs d'antan, rend le roman addictif, on ne le lâche plus et on découvre avec effroi ces années sombres des États-Unis.

Des personnages bien campés, bien détaillés, un récit fort, puissant, magnifique, addictif, de l'émotion à l'état brut, sans jamais plonger dans le pathos gratuit, Ellory nous sert là un plat de résistance gargantuesque sans avoir besoin de nous servir un pavé.

Non, le pavé, on se le prendra dans la gueule si on est un grand naïf et qu'on ne sait pas encore qu'on ne nous dit pas tout et que les complots sont aussi nombreux dans certains milieux que les punaises de lit dans de la literie d'une auberge pouilleuse du 18ème.

Je savais que l'on pratiquait de la démagogie et de l'intox à tous les étages, mais Ellory en a ajouté quelques uns dont je n'avais pas encore connaissance.

Un roman que j'ai dévoré, ne laissant aucune miette, me pourléchant les babines tout en le finissant sur les genoux, tant l'émotion m'avait saisie à la gorge, au coeur, dans mes tripes et dans mes cou…

Oui, si j'en avais eu, le récit m'aurait saisi là aussi. Un putain de super bon roman. Les mots me manquent.
Nous rêvions juste de liberté Nous rêvions juste de liberté
Henri Loevenbruck   
♫ Je vous parle d'un temps, Que les plus de vingt ans, Ne peuvent plus connaître ♫ Les routes en ce temps-là ♪ On les avalait d'jà ♪ Couché sur nos bécanes… ♪

Et si l'humble ville de Providence, Qui nous a servi de nid, Ne payait pas de mine, C'est là qu'on s'est connu, Moi qui n'avait pas d'amis et vous qui m'avez accueilli. ♪

La Bohem, la Bohem… Non les mecs, j'ai pas fait de fautes, ne me faites pas un scandale en Bohème parce que Bohem, c'est le surnom d'Hugo, un jeune gars de 16 ans à qui la vie n'a pas fait de cadeau, que l'école à préféré enfoncer plutôt que de secourir. Comme tant d'autres.

Hugo, il s'est fait trois copains dans cette école privée. Et putain de Dieu, il fallait du talent à l'auteur pour arriver à me faire aimer ces quatre petites graines de blousons noirs ! Sales gamins de merde, mais avec des règles morales : on vole pas les pauvres gars, on fait pas chier les meufs.

Avec eux, j'ai fait les 400 coups, avant que nous ne quittions la ville de Providence, juché sur Lipstick, la bécane d'enfer de Bohem. Mon seul regret sera de ne pas avoir su convaincre mon pote, mon frère, mon ami, Freddy, de nous suivre dans notre périple.

J'ai avalé tellement de kilomètres avec Bohem, La Fouine et Oscar, que j'en ai la gorge sèche, nouée, brûlante. Nous avons bouffé du bitume, dormi à la belle étoile, notre peau a bruni au soleil lorsque nous avons traversé le désert au guidon de nos brêles, tout les trois, puis avec trois autres motards ivres de liberté aussi.

On s'est bouffé quelques mandales dans la gueule, aussi… j'en ai encore les maxillaires tout ankylosés, ils sont tout dur quand j'essaie de faire bouger ma mâchoire.

C'est avec ses mots à lui que Bohem/Hugo nous raconte son périple, son voyage les cheveux au vent, la blanche dans les narines et avec les keufs au cul aussi, souvent…

Et les mots de Hugo, c'est pas du Victor ! Genre que ça ferait même grincer les dents des académiciens car c'est brut comme un arbre à came, noir comme du cambouis, mais ça ronronne comme des moteurs de motos sur la ligne de départ, quand on essore les poignées de gaz.

Roule et ne pense pas aux miles, aux kilomètres… La liberté a un prix et tu as mis le flouze sur la table pour pouvoir la garder, quand d'autres se sont enchaînés à des bars, à des bagnoles, à du fric, malheureux deniers…

Renie jamais ton âme, mon Bohem, ne renie jamais tes serments, ne lâche jamais ton guidon et roule jusqu'à plus soif. Parce quand t'arrêtes de rouler, t'es mort.

Merci à l'auteur d'avoir écrit ce magnifique voyage, ce putain de bordel de merde de coup de coeur, et fais chier qu'il y ait inséré des épluchures d'oignons entre les pages finales parce que je ne vois plus le clavier de mon PC…

Et j'ai pas les mots qu'il faut pour rendre hommage à ce roman qui m'a troué l'âme et perforé le coeur.

C'est pas du Baudelaire, mais putain de merde, qu'est-ce que ça fait du bien à tes tripes. Il t'invente même des mots, le Bohem, comme le faisait le Frédéric Noeud… Non, Dard !! Dard, pas Noeud… "Entrouducuter", fallait le pondre, ç'ui là !

Le voyage avec mes p'tits gars tient plus d'un road-trip que d'une promenade de santé, le dimanche, avec bobonne. Mais bordel de cul, qu'est-ce que ce fut bon de rouler les cheveux au vent, même si j'ai plus d'affinités avec les motos sportives qu'avec les chopper où on a les pieds dans le phare, façon Easy Reader.

Marrant comme les gars qui veulent plus de la société et de ses règles finissent par monter des clubs de motards avec des règles, eux aussi ! Loyauté, Honneur et respect ! Avec une hiérarchie et du protocole. L'homme restera toujours le même et sans règle, c'est le chaos et rien ne progresse lorsqu'on est dans le chaos.

Ce fut un voyage éprouvant, émouvant, beau comme un châssis de moto, fou, un voyage de malade, un voyage que je referais bien encore une fois. Des personnages attachants (pourtant, z'ont rien pour, ces petites teignes que j'ai aimé), profonds, des amis pour la vie, des frères de sang…

De l'amitié, de la vitesse, de la folie, un zeste d'iscariotisme (moi aussi j'invente de mots) et ça donne un cocktail détonnant, une furie.

Fais chier, merde, j'ai les yeux rouges à cause du soleil que je viens de regarder dans les yeux. Merde, une limaille dans mon oeil ! Là, je chiale comme une gonzesse sur la fin du parcours.

Roule, mon Bohem, tu es libres de toutes entraves. Fais rugir ton moteur, mon Bohem, la route est longue et sans fin. Lève la roue avant, mon Bohem, ta moto glisse sur la route de la liberté retrouvée.
Justice blanche, misère noire Justice blanche, misère noire
Donald Goines   
— Hé, man, si t'es à la recherche d'un récit trépidant avec des courses-poursuites, faudra que t'ailles voir ailleurs si j'y suis. Ici, tu mets les pieds dans un huis-clos sordide.

"Si ça te plaît pas, t'as qu'à demander à ton baveux commis d'office de te faire sortir de ce trou à rat. Mais n'oublie pas, man, si t'es pas un Blanchot, compte pas trop dessus. T'as pas la bonne couleur, man !"

Bienvenue dans la prison du comté où les détenus attendent l'audience qui les déclarera coupable ou non du délit qui leur est reproché. Les cellules peuvent contenir 14 détenus mais elles sont occupées par une vingtaine d'hommes, ceux en trop dormant à même le sol.

La bouffe ? Dégueulasse ! le café ? Amer. le sucre ? Faut payer, comme pour tout le reste. La douche est au milieu de tout et les chiottes aussi. Que vous vous laviez ou que vous vous soulagiez, ce sera aux yeux de tout le monde.

Et pour peu que vous soyez un Blanc perdu avec quelques autres au milieu des Noirs et que votre petit cul soit à leur goût, vous n'échapperez pas à la perte de votre virilité par introduction d'un membre vigoureux dans votre fondement.

Ne cherchez pas à vous évader, durant tout le récit, vous serez enfermé avec ces hommes et vous entrerez dans un véritable huis-clos oppressant où le plus fort mange à sa faim et le plus faible non.

Si dehors, les Blancs sont les plus forts, dans la prison du comté, ce sont les Noirs ont le pouvoir sur les Blancs.

Le titre du livre résume bien toute l'injustice du système carcéral américain : la justice y est pour les Blancs, pas pour les Noirs. Un Blanc qui vole et qui tire purgera moins qu'un Noir qui vole sans faire usage d'une arme.

Triste constat que l'auteur nous rappellera souvent, dans ce livre : un accusé blanc a beaucoup plus de chance de faire moins d'années de prison qu'un Noir, quel que soit le délit, et y compris pour des délits moindres que ceux commis par des Noirs.

Idem en ce qui concernait les cautions, fixées à des montants exorbitants pour les prévenus Noirs, montants que les accusés ne récupéreront jamais, même s'ils sont jugés innocents.

Pire, le jour de leur jugement, le juge a déjà lu leur dossier et décidé des peines qu'il leur infligera à chacun.

Chester Hines y est détenu, en attente de son jugement et il s'est lié d'amitié avec Willie Brown. C'est à deux qu'ils vont tenter de survivre à l'enfer.

L'homme a des principes : il ne sera pas un bourreau des Blancs, tout comme il n'a jamais accepté d'en être leur victime.

Avec un style propre à lui et un langage très argotique et fort cru, Goines aborde à travers les thématiques propres à la prison : l'homosexualité, le viol, la survie alimentaire, les comportements hiérarchiques, l'amitié, la trahison…

Rien n'est épargné au lecteur. Ici, tout n'est que noirceur. On s'en prend plein la gueule et on se dit qu'on n'aimerait pas se retrouver à leur place !

Malgré leur passé sombre, ces hommes ne méritent pas un traitement aussi inhumain de la part des gardiens car ces hommes n'ont pas encore été jugés "coupables" des délits qui leur sont reprochés ! Tellement inhumain qu'ils furent tous content d'être transféré à la prison de Jackson, après leur condamnation, c'est vous dire.

Un grand roman noir, véritable pamphlet sur le système carcéral totalement inhumain ainsi que sur l'injustice flagrante qu'il régnait dans les années 70. Un brûlot virulent sur le système des libérations sous cautions. Le pays n'en sortira pas grandi.
Ça, Tome 2 Ça, Tome 2
Stephen King   
Ça risque de vous faire replonger dans les affres de vos années jeunesse : vous allez vous remémorer vos joies de gosse, mais aussi vos chapelets de souffrances à l'école, vos tombereaux de doutes sur l'avenir, les questions que vous vous posiez, vos premiers émois, ainsi que votre je-m'en-foutisme.

Mais c'est aussi un grand roman sur l'amitié et sur le fait que l'union fera toujours la force. Surtout si on est persécuté à l'école ou aux prises avec un clown terrifiant qui prend l'apparence de vos peurs les plus profondes.