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Je vous écris du Vél'd'Hiv



Description ajoutée par siegrid 2011-11-13T20:46:41+01:00

Résumé

13 000 Juifs ont été arrêtés puis internés les 16 et 17 juillet 1942 lors de la rafle du Vél'd'Hiv.

On a longtemps cru qu'il ne restait de ces journées qu'une seule et unique photo, quelques documents administratifs, et de trop rares témoignages. Récemment, au Mémorial de la Shoah, Karen Taieb, responsable des archives, a découvert une poignée de lettres écrites dans l'enceinte même du Vélodrome d'Hiver et sorties clandestinement. Tous les auteurs de ces lettres ont été déportés. Parmi eux, seule une femme est revenue.

Réunies ici pour la première fois, reproduites en fac-similé et retranscrites, ces lettres nous plongent de façon saisissante dans la réalité de cet épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale.

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Extrait

Extrait ajouté par siegrid 2011-11-13T20:47:01+01:00

Préface

J'ai écrit Elle s'appelait Sarah avec le cœur, pour qu'on se souvienne de ces enfants, dont la plupart étaient français, car nés en France. J'ai écrit ce roman pour transmettre l'horreur et l'indignation que j'ai ressenties en découvrant le sort de ces petits. J'ai écrit ce livre pour que l'on se rappelle ce qui s'est passé le 16 juillet 1942, en plein Paris. Dans mon cœur de femme, de mère, d'être humain, il y a désormais une petite Sarah à l'étoile jaune.

Née en France au début des années 1960, je fais partie de cette génération qui a appris tardivement les détails exacts de la rafle du Vél'd'Hiv, le rôle précis de la police française, ainsi que l'existence des camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers où les enfants ont été arrachés à leurs parents. Lors de la rafle, pour la première fois, des enfants ont été arrêtés. Des enfants que les nazis n'avaient pas demandés. C'est la police française, on le sait, qui a procédé aux arrestations. Je ne savais pas non plus que sur l'ancien emplacement du Vél'd'Hiv, rue Nélaton à Paris, on trouve désormais une annexe du ministère de l'intérieur.

Je n'aurais jamais imaginé, en commençant ce roman, comment il allait bouleverser ma vie. Il y a d'abord eu ma rencontre avec Suzy C. Alors que ce livre allait enfin être publié, un couple âgé a emménagé dans mon immeuble, juste au-dessus de chez moi. Je venais de perdre ma grand-mère, que j'adorais, et il y avait chez Suzy un je-ne-sais-quoi de slave qui me rappelait ma Mamou, qui a fui la révolution russe. Un jour, au supermarché en bas de ma rue, je croise Suzy. Elle était déjà venue avec son mari Maurice à plusieurs de mes signatures, elle-même était l'auteur de quelques ouvrages. Je l'aide à faire ses courses, et je bavarde un peu avec elle. Elle me demande si je vais bientôt publier un nouveau roman. Je lui réponds que oui, et je lui parle de Sarah. Son visage change dès que je prononce le mot « Vél'd'Hiv ». Sa main cherche la mienne. Sa peau est glacée. Nous sommes comme seules tout à coup dans ce magasin bruyant. Une bulle de silence autour de nous. Elle me dit : « Tatiana, le 16 juillet 1942, j'avais l'âge de votre Charlotte. La police est venue nous chercher, dans le XXe arrondissement. Ils ont pris ma mère. Je ne l'ai plus jamais revue. » Pour une raison qu'elle ignore, un policier refuse d'embarquer Suzy, qui le supplie de rejoindre sa mère. « Je ne le savais pas, mais cet homme m'a sauvé la vie. » Je suis devenue proche de Suzy, et de Maurice, son mari. Lorsqu'elle a fini de lire mon roman, elle m'a serrée dans ses bras en me disant : « Merci d'avoir écrit ce livre. Les gens doivent savoir. » Et nous avons pleuré toutes les deux.

En 2008, j'ai fait une autre rencontre. Je me suis retrouvée dans un collège, en Picardie, devant une classe de troisième, et il y avait là une rescapée de la rafle, Arlette T. Un professeur d'histoire avait pensé à nous réunir suite à la publication d'Elle s'appelait Sarah. Arlette T. a raconté son 16 juillet 1942 et, devant la classe, elle m'a dit ces mots : « Vous avez écrit le roman qui dévoile ma vie. Je suis de descendance polonaise. Je suis née à Paris. Je vivais dans le Marais. Comme Sarah. J'ai connu l'enfer du Vél'd'Hiv. Je me suis échappée de Beaune-la- Rolande. Comme Sarah. Tout ce que Sarah ressent, je l'ai ressenti. Comment avez-vous fait pour vous mettre dans ma tête ? » Arlette est aussi devenue une amie chère. C'est une femme extraordinaire, véritable boule d'énergie et de charisme. Et, chaque fois que je la vois, chaque fois que je lui prends la main, je ne puis m'empêcher de penser que cette femme, lorsqu'elle était enfant, a été enfermée dans le Vél'd'Hiv.

Troisième rencontre aux États-Unis, à Saint Louis, dans le Missouri. Obama vient d'être élu. Je donne une conférence pour le Jewish Book Festival devant plusieurs centaines de personnes. Je leur explique pourquoi et comment j'ai écrit Elle s'appelait Sarah. Je m'exprime dans ma langue maternelle, l'anglais. À la fin de la conférence, les mains se lèvent pour me poser des questions. Et c'est alors qu'une femme me parle en français, d'une voix sourde d'émotion. Cette femme digne et belle, aux cheveux blancs, au regard las, s'appelle Rachel M. et elle veut juste me dire merci. Merci d'avoir écrit son histoire. Comme Sarah, après avoir perdu toute sa famille le 16 juillet 42, après avoir été cachée, après la guerre, elle a choisi de s'exiler aux États-Unis pour refaire sa vie. Elle n'est jamais retournée en Europe. Et elle a mis trente ans à pouvoir parler du Vél'd'Hiv à son mari et ses enfants.

Il me revient la tâche d'écrire la préface de ce recueil de lettres toutes écrites dans le Vél'd'Hiv et sorties clandestinement. Chacune reflète une vérité, une intimité, un passé, des croyances. Derrière chaque lettre, il y a une personne, un regard, un parfum, un être. Une vie. En lisant ces lettres, ces lettres simples qui montrent l'existence de tous les jours par mille détails infimes, nous mesurons l'abîme de tout ce qui aurait pu être. De tout ce qui a été broyé.

Clara, seize ans, écrit à ses oncles et cousins : « Je ne sais pas si on pourra supporter longtemps ceci. Maman n'en peut plus. [...] Jeannot pleure tout le temps parce qu'il veut retourner à la maison. » Jean, son petit frère, a trois ans. Arraché fin juillet à sa mère et à sa sœur dans les camps du Loiret, et comme tous les enfants du Vél'd'Hiv déportés dans les camps de la mort, il ne reviendra pas. Clara et son autre frère Henri non plus.

Rose écrit à sa sœur Berthe : « Tu sais le malheur qui m'est arrivé. » Rose est prisonnière du Vél'd'Hiv, alors que sa petite Clairette, sa fille, est à la campagne, à l'abri. Clairette ne reverra jamais sa maman.

Maurice écrit à Flora, son épouse enceinte qu'il ne reverra jamais non plus : « La nuit je n'ai pas fermé les yeux. [...] Chaque femme et ses enfants est un monde de misère. Jamais on aurait pu imaginer pareille chose. »

Rachel, dans une lettre à sa voisine, se permet un humour grinçant, empreint de douleur. « Quelques mots pour vous dire que nous sommes tous au Vél'd'Hiv. Nous sommes tous assis tout autour, sur les fauteuils, comme au spectacle, mais ce sont nous, les artistes. »

Antonina, elle, supplie ses voisins de prendre soin de son enfant. « Je suis au Vélodrome d'Hiver. Je ne sais pas ce qu'est devenu mon mari. Je vous en supplie, prenez mon enfant chez vous. »

Rosette, du haut de ses quatorze ans, annonce courageusement à ses amis : « Vous ne pouvez malheureusement pas nous répondre. »

Édith, à la fois poétique et amère, se confie à son ami Roland : « Je ne fais rien, aussi j'ai tout mon temps pour méditer sur tout le bonheur perdu. Forget me not. »

Dans cette poignée de lettres, l'horreur du Vél'd'Hiv. La chaleur, la puanteur, la soif, la poussière, le manque de sanitaires, le désespoir et la peur. 4 051 enfants, 5 802 femmes, 3 031 hommes, parqués là dans des conditions inhumaines par le gouvernement français de Vichy sous l'ordre des nazis.

Des lettres sur papier chiffonné, griffonnées à la hâte dans le cœur noir de la rafle, au petit matin du 16 juillet 1942, puis lors des quatre jours dans l'enfer poisseux de la rue Nélaton. Des lettres qui sont miraculeusement parvenues à leurs destinataires, grâce à quelques mains bienveillantes, celles des infirmières, des pompiers, des passants.

Dix-huit lettres. Dix-huit lettres clandestines qui ont pu sortir du Vél'd'Hiv, fermé, gardé, clos, barricadé.

Dix-huit lettres qui se retrouvent aujourd'hui dans ce recueil, infiniment précieuses, fragiles messages d'amour et d'espoir, d'angoisse et de doute. Lettres qui témoignent avec force, et malgré elles, d'une des pages les plus sombres de l'histoire de France.

Ces dix-huit lettres miraculées témoignent de l'horreur du Vél'd'Hiv. C'est un livre extrêmement important qui voit le jour, un recueil qui pourra être lu par toutes les générations, et je suis particulièrement émue de participer à sa publication.

Ces dix-huit lettres sont tout ce qui nous reste.

Tout ce qui nous reste de l'abomination du Vél'd'Hiv.

Tatiana de Rosnay

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Andjalie012 2017-07-29T09:01:49+02:00
Argent

Un bon livre très poignant avec ces lettres qui sont parfois dure à lire. A lire au moins une fois.

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Commentaire ajouté par Jolin 2017-06-12T18:36:40+02:00
Diamant

J'ai acheté ce livre hier au Salon du Livre du Mémorial de La Shoah. Je viens à l'instant de le terminé.

Et c'était. Je n'ai pas les mots. C'est un livre très prenant à lire. Je ne saurais vous décrire ce que j'ai ressenti en le lisant : j'ai eu les larmes aux yeux, éprouvé de la colère, et été infiniment triste. Mettre les photographies des lettres rends les faits encore plus réels qu'il ne le sont. Ce recueils, très complet, nous en apprends tellement sur la rafle du Vél'd'Hiv, c'est... terrible ?

Comment l'Humain a-t-il pu faire une chose pareille ?

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Commentaire ajouté par mirabelle90 2016-11-13T10:44:23+01:00
Or

Une super lecture très touchante, lu avec les larmes aux yeux par moment je dois bien avouer ... je la recommande comme lecture mais pas au plus jeune !

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Commentaire ajouté par Freelfe 2016-07-31T18:50:18+02:00
Diamant

Ma chronique : http://freelfe.blogspot.fr/2016/07/je-vous-ecris-du-veldhiv-de-karen-taieb.html

Je vous écris du Vel’D’Hiv est un documentaire publié par les Editions Le Livre de Poche et vendu à 5,60€. Ce livre de 217 pages regroupe les quelques lettres retrouvées de la rafle du Vel’D’Hiv, le 16 et 17 juillet 1942 à Paris.

Ce livre est un documentaire très intéressant. Chaque lettre se découpe en plusieurs parties. Tout d’abord, un scan de la lettre originale. Ensuite, la lettre retranscrite. Puis l’histoire de la lettre ou des personnes qui l’ont écrite et ce qu’ils sont devenus, leur transfert après la rafle et leur destin ensuite, pour la plupart, fatal.

Bien que très intéressant, ce livre reste assez éprouvant à lire. Très peu de ces personnes ont survécu. A travers ces lettres, on se rend compte que la plupart ne savait vraiment pas ce qui allait se passer, ce qui rend la lecture d’autant plus difficile.

J’ai trouvé ce livre, que j’apparente davantage à un documentaire, très intéressant et nécessaire. Un livre à lire pour comprendre, pour ne pas oublier et pour apprendre. Je recommande de documentaire.

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Commentaire ajouté par TiasJaani 2014-04-18T16:22:12+02:00
Bronze

Un très beau livre de témoignages, comme j'aimerais en lire plus souvent. Les explications complémentaires en fin d'ouvrage m'ont aussi appris beaucoup de choses.

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Commentaire ajouté par Améliane 2014-03-10T23:28:03+01:00
Or

J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce petit livre. Ce livre rassemble des lettres de "juifs" ayant été raflé lors des deux jours de la rafle du Vel' d'Hiv'. J'ai été très touchée par certains témoignages mais également horrifié de tous les actes commis durant cette époque.

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Commentaire ajouté par Angedechu 2013-09-22T23:37:08+02:00
Or

j'ai été très fortement touchée par ces lettres et l'histoire que retrace ce livre de cette catatrophe que l'on a fait vivre a ces pauvres gens.

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Commentaire ajouté par gribouille 2013-07-07T12:47:07+02:00
Bronze

Poignant à lire! Des lettres dignes, de gens qui osent à peine se plaindre du calvaire qu'ils vivent.

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Commentaire ajouté par Magante 2013-05-24T22:24:16+02:00
Or

Quelque chose de dur ... On ne pourra jamais penser qu'on saura tout ce qui s'y est passé =/

Livre très original qui fait intervenir plusieurs personnage, j'apprécie beaucoup les notes qui développe l'histoire d'"après"

Soit il est court, soit très prenant, en tout cas je l'ai fini un peu trop rapidement à mon goût

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Commentaire ajouté par Zelda20 2013-01-02T14:05:52+01:00
Argent

Ces lettres qui nous transportent et qui nous touchent au plus profond. Cette volonté de garder un contact et surtout, cette peur dissimulée mais qui se transmet tout de même... L'émotion est grande...

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Date de sortie

Je vous écris du Vél'd'Hiv

  • France : 2012-07-04 - Poche (Français)

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